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Heureusement, la fée bienfaisante de l’art français veillait sur Barye : il fut
attaché à la brigade topographique du génie. Son service consistait à modeler des plans en relief sur lesquels l’empereur indiquait les places à fortifier. A tout prendre, c'était encore une bonne fortune pour le soldat que cette sorte de sculpture militaire. Néanmoins, je l'indique en passant, cette participation à des travaux topographiques a été révoquée en doute, mais je m'appuie ici sur l'autorité de Th. Silvestre, qui mentionne ce souvenir, rappelé par Barye en ces termes « J'ai travaillé nuit et jour aux reliefs du mont Cenis, de Cherbourg et de Coblentz, probablement conservés encore dans les archives de la guerre. »
Quoi qu'il en soit, il fut incorporé, quelques mois après, dans le deuxième bataillon des sapeurs du génie : «Un soir, a dit encore Barye au même écrivain, c'était le 30 mars 1814, comme je revenais très fatigué d'une longue promenade à travers les champs de Montrouge, le portier du dépôt militaire me cria par le guichet : — « l'armée est partie, allez bien vite la rejoindre sur les bords de la « Loire. » Comme je n'avais pas un sou pour entreprendre moi-même cette retraite devenue si célèbre, je regagnai la maison de mon père, Licencié après la capitulation de Paris, je repris ma profession de ciseleur, mais j'étais vivement tourmenté par ma vocation pour la statuaire. Je m'appliquais infiniment au dessin et au modelé, mais comme je n'étais pas remuant, je ne savais ni comment trouver un maitre, ni comment faire pour vivre en étudiant’. »
Il se connaissait bien : remuant, il ne le fut jamais. Personne moins que lui ne sut se faire valoir ou se mettre en lumière. Il n’alla pas courtiser le
succès. C'est le succès qui vint à lui, amené par ses œuvres.
En décembre 1816, Barye devint l'élève du sculpteur Bosio. Mais ses inquiétudes relatives au choix d'un maître n'étaient vraisemblablement pas calmées
encore, car, quelques mois après, en mars 1817, pris du désir de pousser plus
A. Th. Silvestre, Artistes vivants, BARYE.
LA VIE ET LES ŒUVRES il
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avant ses études de dessin, il entra à l'atelier de Gros, le célèbre peintre des Pestiférés de Jaffa.
Quelles ont été les conséquences de ces deux enseignements ? Lequel des deux maîtres eut le plus d'influence? Ces questions ne me paraissent pas mériter l'importance qu'on leur prête généralement. Est-on bien sûr, d’abord, à un point de vue de principe, que les préceptes donnés par un artiste puissent exercer sur l'esprit de celui qui les reçoit une action assez détérminante pour modifier des façons personnelles de voir et de sentir? On peut en douter. Quelle que soit la méthode qu'on leur propose où qu'on leur inflige, les tempéraments entiers et forts s'y soustraient vite, et leur originalité s’élance comme d'elle-même, laissant tomber à terre, dénouées ou rompues, les lisières dont on voulait l'entraver. Est-ce que les figures de l’École d'Athènes ont un air de famille avec les Madones du Perugin? Malgré la despotique autorité de David, Gros n'a-t-il pas émancipé son génie dans cette Bataille d'Aboukir, par exemple, qu'il sera toujours facile d'opposer au tableau des Sabines ? Qu'on en soit convaineu : les talents qui conservent l'empreinte profonde de l'éducation première ne vont jamais au delà d’une estimable médiocrité. Condamnés au second ou au troisième plan, ils disparaissent peu à peu dans l'effacement des perspectives lointaines.
Pour Barye, artiste individuel s'il en fut jamais, Bosio et Gros furent plutôt des instructeurs que des maitres dans le sens même large du mot. Il vint à eux afin d'en obtenir les secrets d’une pratique que son métier de ciseleur ne lui faisait qu'imparfaitement connaître; il voulut apprendre à modeler avec le premier, à dessiner, à tenir un pinceau avec le second. Quant à une réelle
influence d'art, elle n’exista point, et c’est pour cela que les écrivains qui ont con-
sacré à Barye des articles ou des notices, ont fait pauvre besogne en s'en prenant à la mémoire de Bosio.
L'un d'eux n’a pas hésité à dire : « Nous devons nous estimer heureux que le maitre n'ait point gâté l'élève. » L'autre, et c'est Gustave Planche, a rendu du haut de son froid parti pris ce jugement singulier : « Au bout de quelques semaines, M. Barye savait comme il ne fallait pas faire. C'était après avoir eu sous les yeux l’afféterie, la manière, la convention, qu'il s'est épris d'un violent amour pour le naturel, la franchise, la vérité. La contradiction lui a si
bien réu
i, que je suis tenté de voir, dans la contradiction même, une des
sources les plus fécondes de son talent. C'est peut-être à la méthode incertaine
et timide de Bosio que nous devons la hardiesse qui éclate dans toutes les
œuvres de M. Barye. »
pm