SERRE
Théophile Silvestre, il n’obtint que le second prix et ce fut M. Jacquot qui partit pour Rome.
En 1821, Barye ne fut pas inspiré par le programme donné : Alexandre assiégeant la ville des Oxydraques ; et le concurrent heureux devait être M. Lemaire, l’auteur de la décoration du fronton de la Madeleine.
Le sujet de l'année 1822 fut : Za Aobe de Joseph rapportée à Jacob par ses frères: M. Seurre jeune l'emporta.
Les deux années suivantes, Barye non découragé affronta encore le concours : En 1823, le prix n’est pas même décerné : il s'agissait de représenter Jason enlevant la toison d’or. La mortification allait être plus grande encore en 1824 pour Barye qui ne fut pas même reçu en loge. Cette fois, il renonçait pour toujours à
un espoir qui lui avait réservé de si cruels mécomptes, et quittait l'école.
Ainsi donc Barye ne fut pas pensionnaire de la villa Médicis. Si l'on prêtait l'oreille aux propos irréfléchis pour le moins, qui ont cours à l'heure actuelle, si l'on tenait compte des jugements formulés par les écrivains qui se sont occupés de Barye, on inclinerait à penser que son insuccès fut pour lui une bonne fortune : « Ce perfide laurier, s'écrie Théophile Silvestre, en éloignant l'artiste des faveurs officielles sauvait en même temps son beau talent des études routinières de l'École de Rome. » Je fais grâce au lecteur de la pesante dissertation de Gustave Planche, mais je suis, je l’avoue, un peu étonné de l'opinion hésitante du regretté Charles Blanc. Pris d'incertitude au moment de se prononcer sur le cas particulier, ce critique délicat et éminent, après avoir essayé un moment de réagir contre l'opinion vulgaire, émet finalement ce doute : « Peut-être aussi est-il permis de croire que Barye aurait perdu à Rome une partie de cette originalité puissante, de cet air peuple, mais robuste, passionné et fier, qui ont fait de lui le Géricault de la sculpture. »
L'assimilation est singulière. Oublie-t-on que Géricault a été à Rome, qu'il
a habité cette ville, qu'il l'a aimée, et que son génie d'artiste y a grandi? Mais sans
At
s'arrêter à cette considération, peut-on être bien sûr que le séjour en Italie aurait été funeste à Barye ?
Oui il tira de son fonds propre, et trouva dans son tempérament même ces qualités qui, en se développant, constituèrent sa puissance. Quoiqu'il aimät la nature avec ardeur, qu'il l’étudiàt avec passion jusque dans ses parties intimes,
il n'en divulgt
| jamais la réalité, il en dégagea la noblesse. Mais il ne fut intéressé et préoccupé que par la forme. Il ne vit et ne comprit qu'elle seule, Elle s’imposa à lui, elle le domina, et cela d’une façon si absolue et si complète, qu'il ne tenta point de lui confier l'expression d’un sentiment moral, ou d’une idée philosophique. La vue de lignes belles par elles-mêmes, l'image d'un corps faisant valoir la force ou la souplesse de ses membres, le captivaient tout entier et suflisaient à mettre en travail ses facultés de créateur. Il resta étranger à ce
domaine de l’art où la pensée règne, servie par la forme,
On objectera qu'il n'avait guère besoin de pénétrer dans ce domaine pour modeler ses bêtes et faire marcher ses lions. Mais ses figures humaines, elles aussi, ne sont que des animaux superbes: leur vie morale n’est pas ce qui le préoccupe. Un commerce suivi avec les sculpteurs du xv° siècle l'eùt amené à donner plus de place dans ses œuvres à l'être méditant et vivant de l'esprit. L'ardente poétique de la Renaissance, si elle n'avait pas enflammé son imagination, ne l'eùt pas dévoyée. IL eùt subi le charme de ces Italiens, les premiers créateurs d'art du monde, qui ont mis en activité le cerveau de l'humanité, mêlé leur âme à l'âme éparse des générations, et donné la fête de l'esprit alors que tant d'autres ne devaient donner que la fête des yeux. En tout cas, il eùt conservé ses énergies de facture, ses vigueurs d'expression, ses éloquents mouvements de silhouette. Et si Rome et Florence ont fait du mal à quelqu'un, Barye était de ceux qui
n'avaient rien à en craindre.
Rebuté dans ses espérances, Barye ne se laissa pas aller au découragement, Cette pension de l'État qu'il avait espérée faisant défaut, il fallait lutter pour la vie, il lutta. Il prit le parti conseillé par la sagesse et commandé par la nécessité.
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Il mit son talent au service d’un nommé Fauconnier, orfèvre de M°° la duchesse de Berry. Il se résigna, producteur anonyme, à travailler pour le compte d'un patron. Ce Fauconnier, grâce à l'habileté des artisans qu'il employait, S'était fait une véritable réputation. Sa maison, soutenue par la faveur de la cour royale, avait alors la vogue.
Ce temps d'épreuve et d'abnégation dura jusqu'à 1831, peut-être plus tard. Que furent pendant cette période les ouvrages de Barye? Certainement il pratiqua l'art de la ciselure, mais il reste peu d'œuvres qui permettent d'apprécier
le mérite de son ciselet. On s'accorde à dire qu'il exécutait des modèles de