TIGRE TÊTE BAISSÉE
bijoux, de colliers, de breloques et de pendants d'oreilles. Les écrivains qui
parlent de ces objets avouent ne pas les avoir vus, mais en font de grands éloges. Je n'ai pas l'intention de les contredire, ce qui serait injuste, n'ayant pas davantage le droit de parler en connaissance de cause. Toutefois, il ne me semble pas que le génie de Barye, même à ses débuts, surtout à ses débuts, ait jamais pu se prêter aux frivolités délicates, aux jolies mièvreries, aux fines élégances de l’orfèvre ou du joaillier. L'opinion peut sembler hasardée; mais en faisant cette réserve, je crois indiquer par là un des caractères de l'œuvre de Barye, qui est l'absence de l'artificiel même dans la grâce.
A cette époque on peut attribuer l'Æ/ereule tuant un sanglier, vraisemblablement le sanglier d'Érymanthe; œuvre sans titre, peu connue, et qui n’a jamais figuré dans les catalogues de vente de Barye, œuvre intéressante par son caractère primitif dans l'ensemble, déjà libre de mouvement, trop serrée d'exécution et qui est encore de la même main que le Jon de Crotone du concours : l'Hercule brandit le sanglier comme une masse qu'on veut briser.
En outre, il est certain qu'alors Barye modelait déjà des petits animaux qui,
exécutés en orfèvrerie, vendus comme serre-papiers ou ornements d'étagères, don-
naient à son patron gloire et profit. Parmi les morceaux que lui commandait Fauconnier, on cite un cerf destiné à une soupière. Or’ c'était la première fois que Barye avait à modeler des animaux en ronde bosse. Il alla naïvement étudier le cerf d'après nature au Jardin des plantes: Mais ce cerf de soupière semble n’avoir été très goûté ni
noble.
du public ni du patron lui-même, On le trouva trop nature, pas assez
Toutefois, on relève ces lignes dans le rapport ofliciel du jury sur l'exposi-
tion industrielle de 1825 : « On doit à M. Fauconnier- une collection de bons modèles pour l'imitalion de divers animaux. » NS devaient être bons, en effet,
les modèles; mais ce n'était pas à M. Fauconnier qu'on les devait.