‹ L'œuvre de Barye;Chapitre 35 sur 155 · ATEN · texte numérisé non relu

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la reprenait, l'abandonnait à nouveau pour d’autres, et ne la terminait souvent qu'après avoir donné de nombreux tours de faveur à des esquisses moins anciennes.

Une telle façon d'opérer, naturelle d’ailleurs chez un artiste, ne laisse pas que d'être embarrassante pour celui qui se propose de passer en revue une œuvre dont la fécondité étonne. On comprendra que je ne négligerai rien pour ne pas m'égarer à travers les hypothèses ; mais quand je ne verrai plus ma route, je ne m'attarderai pas à vouloir la tracer quand même toute droite devant moi. Je prendrai, autour de l'obstacle, des sentiers de traverse qui me remettront en bon chemin, et si la promenade est ennuyeuse avec les points de vue qui vont s'offrir à nous, en

vérité ce ne sera pas la faute du lecteur.

L'époque pendant laquelle Barye travailla pour Fauconnier marque le plus

grand labeur de sa vie. Marié et père de famille, il dut songer aux siens, satisfaire aux besoins d'ordre matériel sans s’y absorber, et sa situation était précaire, Il n'eut qu'une pensée : faire tourner au profit de l'art ses études quotidiennes. Ce qui eùt été pour d’autres une sorte de profession supérieure, un métier relevé d’artisan habile, susceptible de satisfaire des ambitions modérées, ne fut envisagé par lui que comme une préparation à des destinées plus hautes. Là où beaucoup eussent vu un terme et un but atteint, il ne voulut, lui, voir qu'un acheminement et qu'un prélude.

Ainsi mises à profit, qui sait, après tout, si ces huit années de besogne sans

gloire, étant donnée la force de volonté maintenue en réserve, ne furent pas salu-

taires comme des années de recueillement et de méditation? Lentement, mais sûrement, l'artiste se développait sous l'artisan. Des recherches patientes, dont bénéficiaient ces petits modèles livrés à l’orfèvrerie, agrandissaient l'étendue de son savoir. Il ne négligea rien de ce qu'il pouvait apprendre : son esprit faisait

provision de connaissances dont il savait devoir user un jour; mais loin de se

prodiguer il se concentrait, ou pour mieux dire il s'ensemençait lui-même, comptant bien que le moment de la récolte viendrait tôt ou tard.

Il n'est pas bon que l'artiste produise, alors que son éducation n’est pas terminée. Malheureusement, il n’en est que trop souvent ainsi. La vocation est une grande téméraire, toujours pressée de se faire voir, et qui pousse son homme en avant au risque de compromettre, par une hâte trop grande, un talent non encore

parvenu à sa maturité. Il est sage de lui résister et, pour échapper à ses instances,

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