Revue de Paris. Tome XXX, année
commandé un surtout bien simple, bien petit, destiné à servir tous les jours, et ne ; 5 D Se
dépassant pas comme prix de revient le luxe que peut se permettre un bourgeois aisé
e sé,
Au bout de deux mois, M. Barye, achevait ces modèles, à savoir : les cinq
chasses, quatre groupes d'animaux de plus petite taille, et douze candélabres
formant vingt et une pièces séparées, lorsqu'un personnage influent au château et attaché au prince, recommanda à l'artiste un certain Chenavard, dessinateur d'ornements qu'il le priait d'employer. M. Barye répondit : « A quoi bon? je n'ai pas d'ornements à dessiner, et n'ai « besoin de personne. » Mais le haut protecteur revenait sans cesse à la charge. M. Barye, avec cette bonhomie qui le caractérise et dont je viens d'abuser pour visiter du haut en bas ses deux
ateliers, finit par consentir à entourer la plinthe de ses groupes de quelques
UNHAMHUN
arabesques, et M. Chenavard s'installa.
« Au bout de huit jours, les journaux annonçaient que «M. Chenavard, ce
dessinateur d'un talent hors ligne, auteur de ceci et de cela, venait d'être
NUNUNUNY
chargé, par S. A. R. le duc d'Orléans, de la composition et de l'exécution
d'un magnifique surtout dont nos premiers artistes devaient faire les groupes.
Le choix de M. Chenavard pour la direction de cet important travail était
LUMVUUUUL
au-dessus de tout éloge. » Le prince apprit avec inquiétude sa belle action involontaire ; mais il avait été élevé, comme il convient à un futur roi constitutionnel, dans la crainte de Dieu et des journaux.
« Le prince avait raison d’être inquiet, M. Chenavard n'était pas homme à se contenter d'un surtout de tous les jours tout de suite achevé; il se promit à lui-
mème d'étonner la ville et la cour par un surtout comme on en voit peu,
par un surtout comme on n'en avait jamais vu; des arceaux, des colonnes, des tours devaient entourer les groupes, et relier les diverses pièces en une seule, Ces pièces n'étaient pas assez nombreuses, M. Chenavard en commanda d'autres; toutes les fleurs, tous les fruits, tous les oiseaux de la création durent figurer dans l'œuvre immense. M. Chenavard, qui ne s'était jamais occupé de fonderie, résolut de diriger lui-même les moulages, et pour première idée lumineuse, il voulut éviter les raccordements trop nombreux d'ordinaire à son gré en fondant des pièces de bronze de mille kilogrammes. Quand la première pièce fut achevée, il fallut une machine construite exprès pour la conduire aux
Tuileries et la faire glisser sur la table. Au moment de l'y mettre, on s’aper-
çut que la table rompait sous le poids.
« Un autre se fût découragé; M. Chenavard, avec l'entêtement du génie, fit un quatrième appel de fonds au prince désolé (il y avait déjà plusieurs années que la
tante.
plaisanterie durait) et fit construire une table de chêne suffisamment rési
Il prit exactement les mesures du surtout devenues fabuleuses, et commanda
en conséquence les mesures de la table; les pièces continuaient à s’embellir ou à se fondre, les journaux entretenaient le public des progrès de l’œuvre. Quand on apporta la nouvelle table, M. Chenavard découvrit un petit incon— vénient auquel il n'avait pas songé jusque-là; c’est que cette table occupait toute la salle à manger, et qu'il était impossible de placer à l’entour ni chaises, ni convives, ni laquais.
«€ M. Chenavard, toujours avec l'entêtement du génie, alla résolument trouver M. Fontaine, architecte des Tuileries, et le pria de reculer un des murs de la salle à manger. M. Fontaine n'était pas à beaucoup près aussi endurant que M. Barye et que le prince; il se fàcha tout rouge à cette prodigieuse demande, et sans perdre un instant il alla se plaindre au roi, aux princes, aux chambellans, aux ministres, cte., et cela si vertement, il mit contre M. Chenavard tant de gens en campagne, lui causa tant de soucis, que le pauvre homme, croyant que le fruit de ses veilles serait perdu, en mourut de chagrin. Triste moralité de cette histoire.
« M. Chenavard mort', le surtout inachevé, c'était une place à prendre. Elle fut vivement sollicitée, et M. Denière l'obtint. En 1848 on travaillait encore au surtout du feu due d'Orléans. »
Barye travailla jusqu'en 1837 aux cinq groupes représentant des chasses diverses; nous y reviendrons plus tard pour en donner la description et raconter
l’iniquité dont ils furent les victimes.
Au salon de 183%, Barye ne fut représenté que par deux ouvrages nou-
veaux : “ne Panthère et une (Gazelle, en bronze, et l'Ætude, en plâtre d'un
1. Entre Aimé Chenavard, cet ornemaniste, dé n 1839, et Paul Chenavard, le peintre qui exécuta les cartons pour le Panthéon, il n'y avait qu’une similitude de noms, mais aucun lien de famille. 2, Livret du Musée royal de 1834.
BARYE, 41, RUE DEs NoYERrs.
Peinture.
7h. Études d'animaux, aquarelles.
BARYE, #1, RUE DES Novers,
TR RTS EE DER EEE CEE ERP
cerf et d'un lynx. Te premier de ces groupes était de très petite dimension, la panthère couchée près du corps de la gazelle n'a qu'une hauteur de trois ou quatre centimètres; mais Barye n'avait pas besoin des grandes proportions pour
donner l'impression totale de son art. La panthère écoute et veille, et la
elle étendue est bien morte.
petite g
Dans l'étude en plâtre faut-il voir la première pensée ou le modèle