D'APRÈS
SRE
STRESS
du portrait de Gigoux, et j'ajouterai en note que l’ensemble avait une vague ressemblance avec Eugène Delacroix. J'en suis désolé pour les incrédules qui d’ailleurs n'ont qu'à regarder le portrait donné ici.
Une notice biographique signée P. accompagnait le portrait de Barye. S'il était tenu en rigueur par les chefs du clan dont il démolissait les vieux errements sans y prendre garde, par contre il avait des partisans fanatiques, qu'exaltait la froideur de certains. Je cite des passages de cette notice :
« Croyez-vous que celui dont nous vous donnons le portrait aujourd'hui, dont
vous avez admiré les œuvre
croyez-vous que Barye que voilà a 6té inconnu quinze ans! que cet homme d'une si grande puissance, d'une si grande vérité de talent qu'il n’a eu qu'à apprendre pour devenir populaire, se consumait dans son
génie, faute de trouver une main amie et puissante qui le soutint! qu'il
ne pouvait étudier faute de modèles !.. Misère, insouciance, obseurité, ignorance,
préjugés, préventions, montagnes qui pesez sur l'artiste de cœur, pesez encore !
il vous soulèvera : « marchez! » dit la foi. Barye a marché, marché toujours. La
conviction et la gloire l'ont saisi à temps. Le voici, celui qui a su se faire une muse de son malheur et nous a prouvé, à nous de ce siècle incrédule et insouciant, qu'il appartient au génie de féconder. même l'infortune.. Il est question pour lui de nous montrer tout ce qu'il y a en lui dans une autre phase de son talent, et nous ne doutons pas de son succès, nous; il y a trop de pensée, trop
de profondeur dans ses productions, pour que ce qui est un fait ne soit pas une
garantie qu'il saura rendre la forme humaine d'une manière aussi supérieure que cette autre nature qu'on l’a forcé d'aller étudier au Jardin des plantes, faute d'avoir de quoi payer d'autres modèles !
« Qu'on lui donne du marbre et de l'homme à faire! Peut-on douter du succès ?... »
Qui veut trop prouver ne prouve guère, Cet hyperbolisme romantique ne fut pas, je gage, apprécié par le calme et modeste Barye : il dut surtout hausser les épaules à cette assertion malavisée, suivant laquelle, il aurait, faute de mieux, été chercher ses modèles au Jardin des plantes. Non, c'était son tempérament d'artiste créateur, et la destinée même de son génie qui devait avec les
fauves rugissants le mettre face à face.
UNUUU
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Au mois de janvier 1834, il fut officiellement annoncé que le due d'Orléans venait de charger MM. Aimé Chenavard et Barye d’un travail des plus importants. Il s'agissait d’un surtout de table en orfèvrerie, dont le sujet et les moyens d'exécution avaient 6té laissés entièrement au goût des deux artistes.
« D'après les premières données du programme qui est approuvé, dit /’A7rliste, ce surtout aura 21 pieds de longueur sur 5 de large, et se composera de quinze groupes principaux formés de figures, et d’un grand nombre d'animaux. La presque totalité des pièces sera fondue en or et en argent, à cire perdue.
Les parties plates seront chargés de dessins niellés à la manière florentine, et
enrichis par des incrustations d'une grande quantité de pierres fines des couleurs les plus vives. Le plateau sera formé dans toute sa longueur par une mosaïque de malachite, de lapis-lazzuli et d’autres marbres précieux. »
On sait que ce vaste ensemble décoratif, ne fut jamais terminé. L'ornema-
niste Chenavard, jaloux de faire briller les ressources de son imagination, com-
posa un Sy
tème d'architecture exubérante comprenant des tours, des temples, des arcades, des colonnades, entre et sous lesquels les groupes de Barye devaient figurer. Il en résulta qu'il eût fallu faire Gtayer une table dans une salle construite spécialement pour supporter ce surtout qui ne devait pas peser moins de neuf mille kilogrammes. Voici d’ailleurs de curieuses révélations sur les aventures de ce surtout légendaire ! :
« Les princes de la maison d'Orléans ont tous eu non pas le goût des arts (triste manie chez les princes ainsi que le prouvent certaines galeries de Versailles et la salle aux assiettes du château de Fontainchleau), mais du goût dans les arts. Le duc d'Orléans sympathisait avec le talent si nouveau de M. Barye, et le protégea toujours dans ses petits moyens de prince royal consti-
tutionnel. Un jour qu'il était peu en fonds, comme à son ordinaire, il lui avait