‹ L'œuvre de Barye;Chapitre 63 sur 155 · MINE · texte numérisé non relu

MINE

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que, en 1833, nous voyons au livret Cheval renversé par un lion, plâtre, et que l'année suivante nous lisons : Jeune Lion terrassant un cheval, groupe en bronze Est-ce bien la même œuvre? On peut l'aflirmer : les critiques contemporains ne signalent en 1834 que deux groupes nouveaux.

Mais /e Cerf et le Lynx est bien une œuvre distincte. On en a la preuve dans le compte rendu du Salon écrit cette année-là par Decamps. Le maître peintre en parle avec enthousiasme; et une lithographie imparfaite, néanmoins précieuse, nous donne

le contour et la composition de ce groupe peu connu, inexécuté peut-être en bronze. Le ?

Nous y voyons un cerf, dont la tête est maintenue à terre cruellement par un lynx qui le mord à l'oreille, et le tient vaincu sous les aiguilles de sa mâchoire.

Est-ce pendant la recherche de cette esquisse que la première pensée lui vient de l'Étan surpris par un lynx? Quoi qu’il en soit, l'ouvrage est admirable de mouvement et de drame. La bête, agile et haute, ramassée sur son train de derrière, par une sorte de contraction de douleur va emporter dans un bond l'animal petit, qui s’est collé à sa nuque et, en s’aplatissant, s'y incruste des dents et des griffes. Elle est prise, sans défense, et son instinct la précipite dans une course vertigineuse, qui peut-être fera lâcher prise au sournois fouilleur de sa chair.

Les cinq autres ouvrages exposés au Salon ne sont que la reproduction,

fondue en bronze par Honoré Gonon, de ceux de l’année précédente, et dont

l’acquisition par divers personnages de la famille royale avait été annoncée.

Le due d'Orléans s'était rendu propriétaire de la Gazelle morte et de l'Ours dans son auge, le duc de Nemours de l’Zléphant, et le due de Luynes du Jeune Lion terrassant un cheval. Avouons que la cour avait fait preuve d'intelligence et de goùt'.

Si la participation de Barye au Salon de 1834 a été restreinte, on en devine aisément la cause. Il était absorbé déjà par le fameux surtout auquel il tra-

vaillait, comme à une œuvre de prédilection, avec une ardeur particulière. Puis

il n'était pas homme à abandonner au fondeur — ce fondeur füt-il Honoré Gonon — ses plâtres destinés au bronze, en abdiquant sa part de contrôle et

de collaboration. Très expert dans l’art de la fonte, il savait non seulement —

ce dont on se soucie trop peu aujourd'hui — composer et modeler en vue du bronze, mais encore diriger où même exécuter l'opération matérielle.

La presse s'occupa peu de Barye cette année-là, non que son enthousiasme

fût diminué, mais, gâtée par les expositions précédentes, elle était quelque peu

4. Or ilse trouva des esprits chagrins ou mécontents pour partager cette opinion formulée dans l'Artiste, « Salon

de1834 » : « Ilestbien regrettable que ces ouvrages exécutés pour le compte des amateurs qui les ont acquis ne puisse

être reproduits par la fonte et répandus dans le public. Ces petits chefs-d'œuvre contribueraient certainement à rendre le goût des arts plus éclairé et plus vif chez ceux qui les fondraient, »

désappointée de se trouver devant des redites. Elle signale toutefois un fait au—

quel on pouvait s'attendre : ce fut l'apparition d'un certain nombre d'ouvrages inspirés par les succès de Barye.

« Si Barye tient si peu de place au Salon, ses imitateurs en occupent pour lui. Les imitateurs n’ont pas plus manqué à Barye qu'à tous les hommes supérieurs !. » Quoi de plus naturel? Une voie a été ouverte par un homme; il y à trouvé au bout la célébrité. Dès lors, c'est à qui s’élancera sur ses traces. L'ordre des choses le veut ainsi. D'ailleurs la contrefaçon n'est-elle pas une forme de l'éloge? Puis MM. Fratin et Fauginet ont eu beau tenter de sculpter des animaux à l'instar de Barye : quel mal ont-ils fait à son talent ou à sa mémoire.

La commande des travaux se fit comme d'ordinaire à la suite de l’exposion. Barye ne fut pas compris dans la série des favorisés, et l'Administration recoit les étrivières

« La liste” civile a des travaux de commande pour tous les hommes qui prennent le titre de sculpteur : elle a soin toutefois d'en excepter deux : est-il besoin de dire que ce sont les deux hommes qui montrent de la manière la plus éclatante une imagination neuve, un sentiment original, et une science naïve dans cet art dominé autour d'eux par la manière. La liste civile se montre aussi

ennemie du beau talent de Barye que la Direction des beaux-arts elle-même. »

Malg

en ce moment-là. C'est en effet à l’époque où nous voici arrivés que se place,

ces injustes reproches, il était fort question de Barye au ministère

si l’on suit les dates, la curieuse histoire du couronnement de l’are de triomphe de l'Étoile, histoire quelque peu incertaine, confuse, qui occupa longtemps les esprits et n'eut pas plus de dénouement avec Barye qu'avec tout autre. Il est certain qu’on songea longtemps à commander à Barye un aigle colossal en bronze qui eùt plané au sommet.

À qui appartient l’idée première de ce projet? 1. L'Artiste. 1834, volume IX.

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