L'Artiste, 16 août
Prenons pour ce qu'elles valent toutes ces nouvelles, mises en circulation par
les gazettes d'alors. Toujours est-il qu'une opposition assez vive semble avoir été
faite à l'idée de l'aigle dans certains milieux affluents. Gros plaisanta « l'immense presse-papier. » M. de Romieu dit avec sa facétie habituelle : « Le vent empêche l'exécution de ce beau projet, » et il se trouva des gens qui crurent de bonne foi que le vent soufflant de l'avenue des Champs-Elysées pourrait soulever cette masse de métal de soixante-dix pieds de long. Puis des préoccupations politiques s'en mêlèrent, On craignit de froisser les susceptibilités des nations voisines et l'amour-propre des puissances que le chauvinisme avait voulu braver.
Bref les choses restèrent en l'état; elles y sont encore et depuis cinquante-
cinq ans l'arc de triomphe attend toujours.
L'admiration à ses exigences, et la critique de tous les temps a parfois
manqué de logique. Telles sont les deux réflexions que m'inspirent les apprécia-
tions des écrivains d'art d'alors. Au Salon de 1835, — où il obtint « une mention honorable, parmi celles données aux artistes récompensés des années précédentes », — Barye expose un tigre en bronze commandé par le ministère de l'intérieur, ainsi que le prouve la mention M. I. du catalogue”.
On reprochait avec virulence à l'Administration de laisser inactif le talent de Barye. Voici qu'on le blâme de travailler pour elle. « Pourquoi s'obstiner à fonder l'espoir de sa renommée sur les occasions d'exercer son talent que le ministre promet depuis si longtemps en vain de lui fournir? Tout le temps que Barye a consumé dans cette frivole attente, s'il l'eût employé à des travaux destinés au publie, aurait accru sa réputation plus sûrement que n'aurait même pu le faire une année de travaux exécutés pour l'État”. »