C. Corot
Un des albums de Corot porte la trace de son séjour en Périgord ; on y lit plusieurs fois « Nontron /> au bas de croquis faits au pays des chercheurs de truffes. Le « voyage du Midi » se termine au commencement d'août et, le b, de Ville-d'Avray, Corot prévient Dxitillcux de son arrivée pour le i8. " Je vais préparer mes (lûtes //, dit-il. Les tlùtcs se l'ont entendre d'abord à .Arras : puis, au bout d'une dizaine de jt)urs, Corot entraîne son hôte. Il a un neveu à Rotterdam, auquel il a promis une visite. Bonne occasion pour voir du pays et peindre de nouveaux cicux. Les deux amis se mettent en route le 28 août à d heures du matin et arrivent à Bruxelles à midi et demi. Dutilleux a noté au fur et à mesure les détails de l'excursion. Ce journal nous permet de suivre pas à pas les vo\ageurs.
28 août. — Arrivés à Bruxelles. Descente à l'hôtel du Miroir. Visité la galerie d'Arenberg; pas d'enthousiasme. Vu Sainte-Gudule : très beaux \itiaux. la chaire. Promenade sur les boulevards et sur le port. Après le diner. \u la place de l'Hôtel de Ville.
29 août (mardi). — Nous partons de Bruxelles à 9 heures. Nous descendons à Anvers, hôtel St-Antoine. où nous sommes écorchés. Notre-Dame, le Musée (les Rubens !I), Saint-Jacques. Le soir, promenade sur le port, magnifique soleil couchant. Souper hôtel du Petit Paris sur le port. Nous passons la nuit sur le bateau à vapeur d'Anvers à Rotterdam.
30 août. — Départ d'Anvers à 2 h. 12. Arrivée à Rotterd.im à i h. 1 2. \ u en route Dordrecht. d'un aspect tout original et vénitien, dit Corot. Corot trouve son neveu et descend chez lui. Je descends hôtel Américain. Corot et son neveu viennent me prendre et nous visitons Rotterdam et ses environs. Halte et crème. Nous revenons dîner à mon hôtel; promenade le soir et projet d'étude pour le lendemain.
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(Fig, 131). — La C-'Uipagnie Jo^Diaiie, ou le Matin. Exposition universelle de 1855.
(Fig. 132). — Ronde d'Amours, ou le Printemps. Exposition universelle de 1855.
31 août. — Lever vers 7 heures. Corot vient me prendre, i'" étude dans les environs : les moulins. Retour chez moi; écrit à ma femme. Départ de Rotterdam pour la Haye. Arrivés vers le soir. Nous allons à Scheveningue, près de la mer. Logés à l'Hôtel du Lion d'Or.
r"" Septembre (vendredi). — Nous allons vers la mer. i'" étude, dans les dunes avec fond de Scheveningue. -— 2° étude, la mer. — Déjeûner en vue de la mer. — 3" étude, dans les dunes. — 4' étude, dans les dunes avec petits arbres.
2 Septembre (samedi). — Au bois de La Haye. Petite étude sur la lisière du bois. Retour à La Haye. Après le déjeuner, au Musée. Il est fermé. Cherché les lunettes de Corot oubliées le matin au bazar. Quelques croquis près des dunes. Retour. Conversation dans la chambre avant de se coucher.
Dimanche 3. — Messe à La Haye. Visite au Musée. Leçon d'Anatomie de Rembrandt et grand Paul Potter : impression peu favorable. Départ pour Amsterdam. Dîner, puis promenade au bord de l'eau. Beaux motifs et beau soir. Le matin, à La Haye, rencontre de Mme Herbelin. Nous allons avec elle jusqu'à Harlem.
4 septembre (lundi). — En voiture à l'étude : une maison dans les arbres. Dîner, puis visite au Musée. La ronde de nuit de Rembrandt et Van der Helst (peu satisfaisant). Le Rembrandt, hommes auprès d'une table (très beau). Petit tableau de Van der Eiden. Le soir, étude sur le port : vue d'Amsterdam.
=) septembre (mardi). — Les bords de l'Amstel près Amsterdam. Nous y faisons quatre études. Déjeûner dans le faubourg. Retour à 6 heures. Dîner h Amsterdam. Corot va faire une visite avec son neveu. Ecrit à ma femme et à Legentil.
6 septembre (mercredi). — Départ d'Amsterdam à 8 h. 1/2. Arrivée à Rotterdam à midi. Avec Corot fait une étude sur le bord d'une rivière : moulins. Avec lui et le neveu dîné à mon hôtel ; puis le café au café de Londres. Terminé mon compte avec lui. Dispositions de départ. Couché à
10 heures.
Dutilleux, appelé du côté de Givet, quitta son compagnon le 7 septembre. Celui-ci demeura une semaine de plus à Rotterdam.
11 fit encore plusieurs études, {Fig. 1^0), puis il prit congé de son neveu et revint à Arras en passant par Douai. Le cénacle des amateurs arrageois, auquel fut offerte la primeur des études de Hollande, témoigna, paraît-il, d'une certaine froideur. Les Parisiens virent plus clair, à en juger par ce que Corot, rentré à Paris, écrivait à
leur proposa Dutilleux (14 décembre 1854) : " Vous avez peut-être vu dernièrement à Arras un de mes amis, un ancien camarade de l'atelier Bertin... Il aura pu vous parler des études de Hollande. Avec le temps, elles finissent par être aimées. On les trouve bien en général >/.
Dans cette même lettre, l'artiste parle des compositions auxquelles il travaille. Il n'y a pas eu de Salon en 1834. L'Exposition Universelle, annoncée pour le printemps de 1855, doit résumer l'elTort artistique des deux années (i). Corot s'y prépare. S'il montre certains tableaux déjà prêts, il en est d'autres qu'il cache encore. Il les appelle plaisamment « les sournois ». — « L'on est assez content en général des tableaux visibles. Les deux sournois, ça sera pour la moitié de janvier. » — Il en parle encore dans un billet de jour de l'an, plein d'amical abandon :
Paris, 4 janvier 185'^.
Mon cher ami.
J'ai reçu avec grand plaisir votre dernière lettre qui m'adresse des compliments pour la nouvelle année, de votre part ainsi que de votre bonne famille. Je vous remercie tous et fais pour vous les souhaits pour tout ce que vous pouvez désirer. Santé pour toute la famille et bonne peinture, bien consciencieuse ; et fichons-nous de tout. Je vais bientôt mettre au grand jour mes deux tableaux qui ont fait les sournois. Je vous écrirai ce que l'on m'en dira. Embrassez bien Mme Duiilieux et tous vos enfants pour moi. Je vous serre la main.