‹ L'œuvre de Jan van de VeldeChapitre 2 sur 169 · JEAN VAN DE VELDE · texte numérisé non relu

JEAN VAN DE VELDE

La date de sa naissance nous est inconnue; nous la plaçons entre iSqS et 1697; car, en 161 3, Jean était disciple de Jacques Matham, à Haariem, et, d’après les termes des lettres du père, il doit avoir été très-jeune. M. Van der Willigen, dans son livre intéressant : les Artistes de Haariem, dit qu’il entra dans la gilde de Haariem en 1614, non comme maître, car dans la lettre du 16 septembre 1617, le père Van de Velde engage son fils au travail assidu, afin qu’il devienne maître cette année, pour pouvoir graver librement et d’après ses propres inventions. Ici se présente une difficulté que nous n’avons pas pu résoudre. Nous trouvons, en 1617, la Grànde Fête de village, deux suites des Saisons, le Pont 7'omain; en 1616, les six Vues de châteaux, les grands

Mois, les vingt planches Regiunculae ; et même déjà,

en 1 61 5, la suite des dix-huit planches Amoenissimae aliquot Regiunculae , et presque toutes ces gravures dénotent la main d’un graveur exercé. Comment accorder ces faits avec l’exhortation du père ?

Il est impossible d’admettre avec M. Kramm, le biographe des peintres néerlandais, qui, par erreur, dans un article très-embrouillé, donne la date i665, au lieu de i6i5 , pour la suite Amoenissimae, etc., qu’il y ait eu deux Jean Van de Velde, graveurs. D’abord tout l’œuvre décrit ne peut être que d’un même artiste; le dessin, la gravure le prouvent

NOTICE BIOGRAPHIQUE

sufiisamment. Le mot Jiiniore sur la première des dix-huit planches déjà nommées a donné lieu à la supposition que le père, le calligraphe, aurait gravé; mais alors toutes les autres estampes d’avant 162 3 seraient donc de lui, car il n’y a que sur la suite indiquée que se trouve ce mot : Junior. Mais jamais, ni dans les sonnets écrits en l’honneur du père Jean, ni chez les historiographes de Haarlem, ou d’aucune autre façon, on n’a trouvé une indication quelconque que le maître d’école se soit jamais occupé de gravure. Donc nous n’admettons qu’un seul Jean Van de Velde, graveur, tout en avouant que l’expression dans la lettre de septembre 1617 nous embarrasse beaucoup en rapport avec les gravures de i6i5- 1617.

L’œuvre de Jean Van de Velde est très - important. Il est composé de portraits, de planches historiques, de pièces de genre, et surtout de paysages; on y trouve aussi quelques planches pour livres. Ce sont surtout les paysages qui ont contribué à la réputation du graveur. Presque tous dessinés par lui, ils ont un charme particulier, même quand parfois la forme des arbres nous paraît bîzarre et pas conforme à ce que nous montre la nature. Mais quand on parcourt les plaines de la Hollande, sillonnées de canaux et égayées par des fermes à moitié cachées par des arbres , on rencontre à chaque instant les mêmes sites que Van de Velde nous a montrés dans ses nombreuses gravures. Il savait à merveille rendre par les moyens les plus simples ces grandes étendues semées d’habitations et de bouquets d’arbres, un pays plat et cependant tout le contraire de monotone.

Cependant Van de Velde n’a, pas plus que ses collègues contemporains, pu résister à la tentation de montrer aux habitants du pays plat par excellence les paysages montagneux des bords du Rhin et de la Moselle. Comme les Brill,

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Savery, Gillis Hondecoeter, et d’autres avant lui ; comme Saftleven et Griffier plus tard, il a voulu voir et dessiner les montagnes.

Mais le paysage hollandais a eu ses préférences, et il lui a mieux réussi. Aussi ces suites ont été de tous les temps recherchées par les artistes, et c’est probablement la raison qu’elles sont devenues excessivement rares à l’état complet.

On trouve dans l’œuvre de Van de Velde deux manières distinctes : la manière libre, pittoresque, celle de beaucoup de ses paysages, presque entièrement gravés à l’eau-forte, et la manière nette et claire, celle des Mois, de la Suite des trente-six paysages , etc. Dans la première, c’est le peintregraveur; dans l’autre, c’est plutôt le graveur au burin qui parle. — Les portraits, qui sont généralement très-finement gravés, appartiennent à la manière nette ; les scènes à effet de lumière qui , dans les premières épreuves, ont le velouté des planches du comte de Goudt, peuvent être placées au premier rang dans ce genre de gravure, très-recherché du temps de Van de Velde, et dans lequel Rembrandt a produit des merveilles à l’eau-forte.

Jean Van de Velde excellait encore dans un genre fort apprécié de son temps, et dans lequel des graveurs, comme les Wierix, Goltzius, de Gheyn , avaient déjà produit de très-belles choses , le dessin à la plume. Le portrait de son père est un très-bel échantillon de son habileté dans cet art qui touche à la gravure et à la calligraphie.

Son talent a été apprécié par ses contemporains. Les gouvernants de la ville de Haarlem acceptèrent et récompensèrent l’offre qu’il leur fit de ses gravures (supplément A). Ses planches ont été tirées à un grand nombre d’exemplaires.

Jean Van de "S^elde a-t-il peint? Quoique nous n’ayons Jamais trouvé de peintures signées par lui , les paysages qui

NOTICE BIOGRAPHIQUE

figuraient sous son nom aux ventes deW. Van Oosterwijk, Amsterdam, 27 février 1721, de N. Selhoff, Amsterdam, 28 mars 1769, et d’un inconnu, ii avril 1727, pourraient bien être de notre graveur, à moins qu’ils ne soient des productions d’Isaïe Van de Velde ou du peintre des natures mortes.

M. Van der Willigen cite comme disciples de Van de Velde, en i635, Cornelis Goutsbloem et Tomas Tomasz Joncker.

Nous ne savons pas quand Van de Velde est mort. La dernière gravure est datée de i633 (Spiegel... der Ydelheyt]. En i635, Jean Van de Velde, graveur, était commissaire de la gilde, à Haarlem. En i652, il ne vivait plus, car Claes Jansz Visscher, qui mourut vers cette année, a publié la suite des trente-six paysages, et il nous apprend sur le frontispice, qui est de sa main, que c’était le dernier travail de notre graveur.

Terminons cette courte Notice biographique par les lignes que Samuel Ampzing voue au graveur, l’auteur des planches de la Description de la ville de Haarlem, 1628 :

Hoe waerdig Velde sij in dese Konst gepresen Datheeft hij in mijn werck wel rijckelijck hewesen.

Bchoefd hij iemand oock te yvijken met syn snêe?

Gewisselijk hij mag wel met de besten mêe.

Wat wil hij met der tijd indien hij maer magleven Noch daechlijkx meer en meer sijn konst te kennen geven.

Gelj'k hij overvliegt int snijden met het stift So is 00k sijne pen een over waerde gift.

Les mérites de Velde dans cet art (la gravure) sont grandement démontrés par ce qu’il a fait dans le présent ouvrage. Il ne le cède à personne dans la taille; il peut rivaliser avec les plus forts. Comme il nous montrera de plus en plus son art, s’il aura le temps de vivre ! De même qu’il excelle dans la gravure, sa plume aussi est très-appréciée.

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Page 1