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PIERRE BOSSAN SUR SON LIT DE MORT

Dessin de Gabriel Villard d'après Millefaut.

l’aide de collaborateurs lorsque le soin de sa santé le ramena dans le midi, à Valence d’abord, puis à la Ciotat, où, pendant les derniers jours de sa vie, il aimait à contempler les merveilles de la nature.

APERÇU GÉNÉRAL 3 C'est là qu'il rendit son âme au Dieu à qui l’unissait depuis longtemps une sincère piété. (1)

On peut dire que Bossan et avec lui la plupart de ceux qui, par leurs travaux, ont complété la 5

{1} Nous détachons d'un opuseule de M. l'abbé Didelot (*) les passages suivants relatifs aux derniers moments de Bossan. Ces détails intimes pourront paraître étrangers à notre sujet et par conséquent inutiles dans un livre d'art. Nous croyons cependant qu'ils offriront de l'intérêt à ceux qui voudront analyser le talent de l'artiste et découvrir la source de son inspiration. La recherche d'un même but nous a guidé pour plusieurs des descriptions contenues dans cet ouvrage.

« L'œil ne regarde jamais « regard arrêté et fixe (**) ».

fixement qu'un seul objet; de même l'âme ne peut s'arrêter qu'à un seul bien: Dieu attend de nous un

Qui a connu notre cher ami a pu voir étinceler ce regard d'âme dans le regard de ses yeux ; pour peu que la conversation tournât aux choses divines, on ne tardait pas à remarquer tout ce que ses traits avaient de contemplatif et de céleste.

Ce matin encore, nous étions accoudés tous deux sur le bras du même fauteuil ; il avait l'œil ouvert, levé en haut, plongeant dans le ciel, resplendissant d’une sorte de sérénité angélique.

— Mon ami, lui dis-je, vous voyez le bon Dieu ? Vous avez été toute votre vie un si grand ouvrier de sa gloire !

— Moi ? ah ! vous ne savez pas quelle pauvre vie a été la mienne !

Il prononça ces mots d'un air tremblant, effray! de Dieu troublait visiblement sa sainte âme.

; je vis une légère nappe de larmes s'étendre sur le globe de ses yeux : la crainte — Votre vie, lui dis-je, m'est connue depuis trente ans. Je ne vous dirai pas ce que j'en pense : les anges vous le diront mieux que moi dans le ciel. Quoi qu'il en soit, la miséricorde de Dieu est si grande ! — Ah ! pour ça oui ! j'en ai besoin et j'y compte. — Et de tout votre cœur ?

— De tout mon cœur !

Peu de temps après, je l’abordai encore et, enlaçant de mon bras sa tête appesantie et tremblante, je lui dis d’une voix posée et ferme:

— Mon ami, vous êtes très malade ; peut-être aurez-vous bientôt le bonheur de voir Dieu.

— Vraiment ! me dit-il avec l'élan décisif d’un homme qui part tout de suite ; mais c'est la première fois qu'on me le dit ! Le docteur, mes amis, tous viennent m'assurer à chaque heure que je vais mieux. Ah ! vous, au moins, vous me dites la vérité.

— Oui, la vérité ! vous est-elle désagréable ?

— Oh ! non, pas celle-là, bien au contraire !

— Eh! bien, allons, lui dis-je ! nous voici au Lætatus sum de vos dernières vêpres:.… in domum Domini ibimus.

— Ibimus !.. la Sainte Vierge L.. répéta-t-il ; le sommeil lui fit laisser la phrase inachevée.

« Le temps, dit Bossuet, n’est rien puisqu'il n’a ni forme ni substance ; tout son être n’est que de couler, c'est-à-dire n'est que d « périr ; partant tout son être n’est rien. (***) n. L'attachement à la vie temporelle est si naturel et si fort, même dans le cœur du juste, que la religion lui fait un très grand mérite

de s'immoler de son propre gré au Seigneur par le sacrifice de sa vie.

Nous n'avons pas manqué de suggérer à notre pieux mourant la pensée de ce suprême abandon. Il avait l'oreille trop ouverte à ce langage pour ne le comprendre qu'à demi.

« Notre vie est peu de chose, nous dit-il ; d'ailleurs n'est-elle pas à Dieu, que nous le voulions ou que ne nous le voulions pas ? Mais puisqu'il lui est agréable que je lui offre la mienne, je la lui donne de bon cœur : que ne puis-je la lui donner meilleure, hélas ! »

Ce religieux offertoire de tout son être tombait lentement de ses lèvres, entrecoupé quelquefois au milieu d’un mot, faute d’haleine. Puisse ce sacrifice volontairetrouver grâce devant Celui « qui n'est mort par amour pour nous que parce qu'il a bien voulu mourir! (****) »

Notre saint ami avait fait de la solitude et de la componction ses dévotions aimées et habituelles. Elles étaient pour lui la voie prompte et « en ligne droite » pour arriver à ce recueillement profond qui l'absorbait si délicieusement, dont son beau visage rayonnait à l'église, surtout à la Table Sainte, et qu'il conservait chez lui tout le jour, le crayon à la main, tour à tour le sourire sur les lèvres ou des larmes dans les yeux.

Tout paraissait perdu pour lui quand il perdait cet intime sentiment de Dieu même. Il n'y avait pas d'austérités qu’il n’employät pour y ramener son âme etses sens. Les épreuves, les malheurs dont il a été si diversement accablé, lui étaient, pour cela, disait-il, ses bons moments, les moments du bon Dieu et les siens.

Il y a quelques heures, la fièvre, signe avant-coureur de la mort, l'agitait un peu ; on s’approcha pour l'aider à se soulever, en lui disant : Nous allons vous donner une bonne position.

« Oh ! répondit-il avec ce sourire intime et fin que nous lui avons connu, ok ! ce n’est pas la peine! je n'ai jamais eu de bonne position de toute ma vie. »

La communion faisait ses délices. Sa foi en la présence réelle était vivante : c'était du feu ; sa physionomie, quand il communiait, en était éclatante ; on le suivait pour aller voir un saint à la Table sainte.

Le divin Viatique eût été pour lui une consolation infinie ; il ne l'a pas eue. La déglutition ait devenue lente, souvent impossible ou douteuse. Il a compris cette privation et en a souffert ; il y a suppléé par la communion spirituelle.

Nous lui dîmes pour lui en fa en union avec le prêtre.

iliter la pensée : On va célébrer la sainte messe pour vous. Vous l'entendrez et vous communierez

« Oui, oui, nous répondit-il, Imaginez si je suis malheureux [voilà quatre grands jours que je n'ai mis les pieds à l'église. Mais, demain j'irai à l'église la plus proche ! »

La plus proche église pour lui, c'était le Ciel où « l'Agneau est sans cesse immolé, » où les convives ont toujours à la main le Pain vivant et la coupe adorable, où la communion est éternelle.

Ce fut là notre dernier colloque. Vers cinq heures du soir l’agonie entra dans sa phase extrême, la respiration devint embarrassée et bruyante; il s'y joignit quelques frémissements fébriles, avant-coureurs de la dernière heure.

Nous avons recommencé les prières pro exspiratione, allumé le cierge bénit, renouvelé les indulgences.

Puis la respiration s'est ralentie et est devenue comme insaisissable. Le pieux mourant a cherché notre bras pour y poser sa tête: il avait rendu le dernier soupir que nous écoutions encore, l'oreille penchée sur ses lèvres, pour ÿ surprendre un reste d’haleine qui, hélas! n'existait plus et que venait d'absorber « le baiser du Seigneur ».

Le corps de Bossan fut transporté au cimetière de Loyasse, à Lyon, et son cœur doit être déposé dans la basilique de Fourvière. Les funérailles ont été célébrées dans la crypte de cette basilique. Au cimetière, M. Bresson, architecte, a prononcé lesparoles suivantes, au nom de la Société d'architecture de Lyon:

Messieurs,

Devant la tombe d’un artiste aussi éminent que Pierre Bossan, la Société académique d’architecture ne saurait être muette. Notre président, empêché, m'a prié de le remplacer pour dire à notre cher confrère un dernier adieu.

() Pierre Bossan, architecte de Notre-Dame de Fourvière, Valence imp. Jules Céas et fils, (°) Bossuet, Sermon sur la vérité,

(1) Bossuet. Sermon sur la mort.

(**) Ep. aux Romains, ch. XL

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valeur artistique de son œuvre, {1} se sont tenus en dehors du mouvement actuel, sans toutefois en méconnaître l'importance. Cette existence indépendante, acceptée aux grandes époques historiques de l’art, n'est-elle pas pour quelque chose dans l'originalité des productions dont nous nous occupons ? Il nous a paru intéressant de montrer ce qu'ont pu tirer de leurs idées des artistes dont l'individualité avait été sauvegardée par leurs convictions personnelles ou par les conditions de leur vie.

Bossan a connu toutes les phases de l’art ; il a été bon appareilleur et audacieux constructeur ; parfait dessinateur, il a connu tous lesstyles à une époque où cette érudition et cette souplesse sont exigées ; il avait le sentiment absolu de la proportion dans toutes les dispositions, dans toutes les formes. Remontant aux principes du Beau, il a rendu la liberté à l'architecte ; liberté dangereuse si elle ne s'appuie sur une extraordinaire sévérité de dessin. Il avait le sentiment de la mesure et la sobriété de l’art grec alliés à toute la hardiesse de l’architecture chrétienne du moyen âge. Chez lui, c'est la forme accomplie dont il les revêtait qui a rendu possible l'emploi d’arrangements devant lesquels tout autre eût échoué.

Pour définir plus complètement le talent de Bossan, nous empruntons quelques lignes à l’un de ses admirateurs :

« I allie au savoir si complexe, si étendu, qu’exige son art merveilleux, cette haute vue artistique qui, loin de sacrifier aux préjugés d'école rien de ce qui est la destination et l'appropriation d’un édifice, sait tirer de cette appropriation même un parti original et la fait reconnaître sans hésitation. Familiarisé mieux que personne avec les styles, les écoles de chaque époque, il n’a garde d’oublier qu'il ne fait partie ni de cette nation, ni de cette époque. Aussilibre vis-à-vis de l'antiquité que du moyenâge, il les apprécie assez tous deux pour ne les copier ni l’un ni l’autre. Aussi loin de l'éclectisme bâtard du XVI: siècle que des servitudes archéologiques du XIX°, il sait résumer de toutes ses études une formule qui lui est propre et porte le double caractère de son époque et de sa personnalité. L'œuvre qui en résulte, à raison de sa nouveauté même, n'est pas tout d’abord comprise, et la violence, la multiplicité des attaques sont en proportion même de son mérite (2) ».

Les critiques, en effet, n'ont pas été épargnées à Bossan, venant de là même où l’on avait moins le droit de les attendre. Critiques contradictoires, car les uns lui reprochent de viser uniquement à la singularité et d’autres croient voir dans son œuvre des emprunts aux styles Grec, Arabe, Palermitain, etc. On peut assurément retrouver dans Bossan le reflet de ses études sur les styles antérieurs, mais jamais sous la forme du plagiat proprement dit: mieux que personne il avait su se les approprier, les réduire à l'unité ; mais on ne saurait faire de lui un éclectique. S'il a eu pour le style de transition du XII° au XIII siècle une sorte de préférence, il lui a enlevé toute sarusticité, et dans le moindre de ses croquis on reconnaît une originalité et une distinction qu'il n’abdique jamais.

Avant nous, M. Sainte-Marie Perrin, ami et collaborateur de Bossan et son continuateur dans l'œuvre de la basilique de Fourvière, a publié sur lui une intéressante notice (3) contenant, avec cinq planches, des détails biographiques, une nomenclature et une juste appréciation de ses œuvres. Il a bien voulu nous permettre de lui faire des emprunts, ce dont nous lui sommes fort reconnaissant.

Notre Société l'a compté pendant vingt-huit ans au nombre de ses membres, et comme un de ceux qui l'ont le plus honoré par son talent, sa science et sa renommée. Notre sympathie entière était d'autant plus grande que nous, ses confrères, nous avions connu les épreuves de sa carrière. Nous savions qu'il avait cherché à les surmonter dans la pratique exclusive de son art, dans une claustration volontaire, où seul avec son culte idéal et son sentiment de chrétien et d'artiste, il cherchait des voies nouvelles et s'efforçait de briser le moule étroit où l'on voulait enclore l'art religieux dans des formes consacrées par la tradition.

Avec le spiritualisme éthéré de ses aspirations, il est toujours resté l'architecte pur, le vrai maître de l'œuvre. Nous ne saurions décrire en quelques phrases la carrière et les nombreux travaux de notre confrère. Animé d’une foi ardente, il chercha à l’exprimer dans une langue nouvelle appropriée à son temps et aux besoins nouveaux. Il s'était assimilé les découvertes de la science et de l'industrie en les faisant servir à la perfection de ses œuvres. Voulant enfin les résumer dans l'œuvre capitale de sa vie, il chercha dans le silence et l'isolement une cellule volontaire où il pât se livrer à son inspiration éminemment religieuse : il en surgit un monument où, pourla première fois, des prières de mort viennent d'être prononcées. Je n'ai pas à en faire l'éloge, c’est de l'architecture extatique dont nous ne pourrons apprécier le mérite qu'après que le monument sera, au dehors, dégagé de la cangue de pierre brute, et en dedans, paré de son décor somptueux de peintures.

Bossan est mort avant l'heure de la glorification et du triomphe, il laisse heureusement le collaborateur dévoué qu'il avait imprégné de son ardeur et de sa foi. Celui-ci achèvera l’œuvre appelée un jour, plus encore que par le passé, à attirer, dans un sentiment unanime d’admiration, la ferveur de la cité, de la France et de la chrétienté.

(1) Nous regrettons de ne pouvoir enregistrer la liste des collaborateurs de Bossan et nous espérons qu'on voudra bien nous excuser. Malgré nos recherches, il nous a été impossible d'obtenir des renseignements complets à leur endroit et nous avons préféré nous abstenir plutôt que de commettre d’involontaires omissions

(2) L. Janmot. Salut Public de Lyon, numéro du 2 septembre 1890.

(3) Pierre Bossan, architecte. Lyon, imprimerie Mougin-Rusand, 1889. Ouvrage édité pour la Société académique d'architecture de Lyon.

D'ailleurs, nous avons résolu de nous en tenir à un texte très court ; car, ainsi que le dit modestement M. Perrin: « Les études, les croquis, la reproduction des travaux du maître sont plus éloquents qu'un commentaire ». Donc, nous avons surtout cherché à accumuler les documents figurés. En agissant ainsi, nous avons eu le désir de plaire aux travailleurs plutôt qu'aux bibliophiles. Ceux-ci préfèreraient sans doute des gravures moins surchargées de détails et mieux emmargées, quoique moins nombreuses. Nous nous adressons surtout aux artistes ; nous avons voulu leur fournir une quantité d'éléments en nombre suffisant pour analyser l’œuvre de Bossan, et notre but sera rempli si nous inspirons à quelques-uns d’entre eux le désir de le mieux connaître.

Nous avons hésité beaucoup dans le choix des motifs d’architecture qui ontété gravés. En effet, s’il était surtout indiqué de montrer des constructions d’une certaine importance, portant l'empreinte de l’individualité de Bossan, il n’eût pas été sans intérêt de faire connaître un plus grand nombre de travaux de sa jeunesse, ainsi que les importantes restaurations pour lesquelles il a consenti à mettre sa personnalité au second rang, sans pourtant abandonner la finesse et la distinction de son dessin. Il eût été désirable de publier un plus grand nombre de pièces d’orfèvrerie, de maisons, de tombeaux, etc. Mais, si notre livre présente des lacunes, nous osons espérer que d’autres chercheront à le compléter.

Peut-être s’étonnera-t-on de voir la chapelle d'Oullins occuper dans cette publication une place aussi importante. Voici le motif qui nous a guidé. Bossan, parfois entravé dans l'exécution de ses plans, a rarement pu voir une de ses œuvres complètement terminée, les difficultés inhérentes aux constructions entreprises par des fabriques souvent besoigneuses s’ajoutant à celles que lui suscitait, d'autre part, sa hardiesse d'artiste novateur.

A Oullins, ses clients et ses collaborateurs étaient des amis avec qui toute question pouvait être tranchée suivant son désir, mais d'un commun accord ; aussi a-t-il pu fournir presque tous les dessins, soit de l’ensemble, soit des détails (à l'exception toutefois des bancs, des stalles et du buffet d'orgue), et faire librement une part auxsculptures, aux peintures et à la décoration murale. En outre, les directeurs du collège d'Oullins ont conservé le plus profond respect pour l'artiste et n'ont pas défiguré leur chapelle par l'addition d'objets d'un goût douteux ou tout au moins étrangers à ses intentions, tels que lustres, bannières, fleurs artificielles, annexes dépourvus de style, tuyaux de cheminée disgracieux plus élevés que des campaniles, etc., etc. La chapelle de l'école de Saint-Thomas d'Aquin est donc un édifice entièrement achevé et exempt d’altérations. Ces considérations nous ont amené à lui donner ici la place principale, malgré ses dimensions restreintes, et à en faire une monographie aussi complète que possible.

Notre intention primitive était de nous borner à des reproductions photographiques des monuments exécutés par Bossan, le nombre de nos gravures était fixé, quand nous eûmes la bonne fortune de rencontrer M. Joannis Rey, architectede Valence, et l’un des disciples fervents de Bossan qu’il a connu depuis son jeune âge et suivi pendant de nombreuses années. A cette époque, M. Rey a pu diriger les travaux de plusieurs œuvres capitales du maître, telles que la basilique de la Louvesc, et l'église des Dominicains, de Marseille. Bossan lui avait remis un grand nombre de dessins et de croquis, parmi lesquels nous avons eu la liberté de faire un choix.

Les meilleurs procédés d'héliogravure sont impuissants à rendre d’une manière suffisante la délicatesse d'un coup de crayon presque invisible, cependant il nous a paru intéressant de donner un aperçu de ces autographes. Dans plusieurs d’entre eux, arrachés d'albums de poche ou de petits carnets, on peut voir la première idée de projets complétés plus tard. Nous avons donc formé des planches supplémentaires composées de documents fournis en grande partie par M. Rey et, aussi, par MM. Bernard, Perrin, Tardieu, etc. Plusieurs de ces planches ont été héliogravées directement d’après les originaux de Bossan ; les autres sont des réductions de calques faits sur les originaux, c'est-à-dire des interprétations, et nous savons d'avance que ces reproductions seront critiquées. Aussi, avons-nous voulu demander conseil à des artistes compétents. Or, à part de rares exceptions, on a considéré ces planches comme fort utiles pour donner une idée au moins approximative de la variété des conceptions de Bossan, et pour indiquer les transformations de certains projets. Le maître lui-même eût sans doute désapprouvé notre décision, car il hésitait à faire connaître ses croquis et, à plus forte raison, des interprétations faites par des mains étrangères plus ou moins habiles. Notre table donne des indications suffisantes pour qu'il n’y ait aucune surprise. Mais nous tenons

spécialement à constater ici même que les planches 106, 109, 113, 114, 115, 116 et 117 ne sont

pas des reproductions directes des œuvres de Bossan. Les planches d’orfévrerie 110, 111 et 112 sont composées de pièces qui sortent des ateliers de M. Armand Calliat, de Lyon, qui nous a aidé dans nos recherches. Nous lui devons des remerciments, ainsi qu'à MM. Bernard, Brion, Didelot, Dufraîne, Vincent Durand, Janmot, Levasseur, Méley, Millefaut, Montuclard, S.-M. Perrin, Rey, Steyert et Tardieu, qui nous ont fourni leur aide ou leurs conseils.

Nous devons aussi exprimer notre reconnaissance à Messieurs les directeurs de l'Ecole de Saint- Thomas d'Aquin, qui se sont prêtés avec une extrême obligeance à tous les dérangements qu'entraînent forcément des travaux de la nature de ceux que nous avons entrepris chez eux, et nous adressons également nos remerciments à Messieurs les curés et aux religieux qui ont bien voulu nous ouvrir leurs églises et leurs couvents. Mais la mémoire de Bossan nous a servi de recommandation (1).

rtiste ont pu admirer son beau caractère et in ne saurait tarder à occuper dans l'opinion

D'ailleurs, tous ceux qui ont connu ce grand à apprécier son œuvre. Ils espèrent avec nous que Bos publique la place qu'il aurait toujours dû avoir.

Pour permettre de juger complètement Bossan, il est regrettable qu'il n'ait pas construit des édifices civils importants ; il y eût certainement montré un talent personnel et provoqué lès mêmes admirations et les mêmes critiques que par ses monuments religieux. À part quatre maisons qui contrastent avec celles qui les entourent, et quelques monastères où il a été le plus souvent entravé par la question d'argent, on ne peut citer de lui aucun projet d'édifice civil un peu considérable. Cependant, la charmante construction en briques de la Trappe des Dombes, le cloître robuste de Coublevie, la cour des dames de la Visitation à Lyon, le presbytère de l’Immaculée-Conception, etc., peuvent donner une idée approximative de ce qu'il eût été capable de produire.

Parmi ses croquis, nous remarquons quelques projets de riches habitations pour lesquelles on lui avait imposé des programmes qui ne lui convenaient qu'à demi, puisqu'il préféra abandonner ces travaux à des confrères.

Ses projets de tombeaux, de pièces d'orfévrerie, de boiseries, sont nombreux et variés.

Le plus souvent ses monuments funéraires sont des cippes ou même de simples tables de pierre verticales plus ou moins ornées à la base et au sommet; mais, si l'architecte, obéissant à la nécessité de réserver un large champ aux inscriptions, s’est arrêté au même parti pour l’ensemble, il a su faire varier à l'infini le caractère et le dessin des détails. Ses principales chapelles funéraires se terminent en forme de coupoles ; leurs lignes sont presque toujours accusées par une décoration symbolique. La plus importante de ces chapelles a été construite dans le cimetière de Loyasse, à Lyon, pour la famille Servier. Nous regrettons de ne pouvoir en donner qu'un simple croquis, car ce monument serait digne, autant quetoutautre, defigurer parminoshéliogravures; mais les nombreuses barrières qui l'entourent nous ont empêché d'en prendre une photographie convenable.

Dans son orfévrerie, Bossan atteint la perfection de la forme ; la malléabilité et la rigidité du

métal lui donnant toute liberté de composition.

Comme nous venons dele voir, Bossan s'est surtout consacré à l'art religieux; les circonstances s'accordèrent en cela avec ses convictions.

Il construit généralement ses églises de la façon suivante.

Le vaisseau central a des voûtes d’arêtes ou à nervures : celles-ci, à la Louvesc, chevauchent les unes sur les autres, et, à Fourvière, s'infléchissent pour soutenir une calotte sphérique. Les collatéraux ont des voûtes en berceaux transverses jetés d’une travée à l’autre; leurs poussées s’annulent et leur poids maintient celles du vaisseau central ; si l’église n’a qu'une nef, ces berceaux se réduisent à des arcs appliqués aux murs latéraux.

Berceaux ou arcs appliqués reposent soit sur des colonnettes en encorbellement, comme à la chapelle de Notre-Dame de la Roche, soit sur des contreforts intérieurs, comme à la Louvesc où ils

(1) Nous devons ici rendre hommage à la mémoire de M. G. Leroux, architecte à Saint-Etienne, artiste des mieux doués. Plus que personne il admirait Bossan et il nous avait exprimé l'intention de nous aider activement dans notre œuvre, Il avait même commencé la copie à la plume de l'un des plus importants projets du maitre. La mort est venue surprendre cet homme de bien qui laisse dans la ville de Saint-Etienne un souvenir ineffaçable,

sont d’autant plus saillants que les nefs latérales ont des voûtes d’arêtes, soit sur ces deux systèmes de supports à la fois, comme à Oullins où les contreforts isolent d'une façon très heureuse les peintures les unes des autres. A la Mulatière, les arcs latéraux reposent sur des colonnes montant du sol et très rapprochées du mur.

À Fourvière, les travées principales voûtées en coupoles alternent avec des travées plus courtes recouvertes d’un berceau ogival.

Ce sont des colonnes ou des piliers octogonaux, généralement monolithes, qui séparent les nefs: leurs socles sont bas, comme à Marseille, à Régny, ou atteignent la proportion de hauts piédestaux, comme à l'Immaculée-Conception, à Neulise et à Fourvière. Les chapiteaux sont tantôt très sobres, comme à la Trappe des Dombes où leurs faces sont ornées de simples gravures, tantôt très riches, comme à Fourvière. L'intervalle entre le chapiteau et la naissance des arcs est le plus souvent rempli par des pilastres ou des consoles ; à Fourvière, ce sont des anges debout ; dans la chapelle des dames Trinitaires, de Valence, ce sont des anges à genoux. Les arcs et les nervures sont ornés de rinceaux et de feuilles juxtaposées, dont la richesse varie avec celle de l’ensemble.

La composition est toujours simple, quel que soit le développement donné à l’ornementation. Les façades sont bien en lumière; parfois une simple rosace, un petit pignon, une fenêtre à meneaux suffisent à les meubler. L'architecture de Bossan est jeune et vivante ; il la rêve enveloppée de tous les objets de la création. Les motifs extérieurs de l'édifice sont fortement accentués. D'ordinaire, des frises ornées les soulignent; Bossan y déploie une fécondité et un charme exquis : ce sont des gravures ou des ornements en relief; des tracés géométriques ou des formes empruntées à la nature ; des enroulements de fleurons ; des feuilles très simples, mais d'un beau dessin et d’un caractère très pur. Des figures d'animaux se combinent avec les rinceaux : aux Dominicains de Marseille, des têtes de chien; ailleurs, des têtes de lion ou de loup. A Fourvière, des oiseaux voyageurs se posent sur les chapiteaux, symbolisant les pélerins. Des chérubins aux ailes repliées sont aussi un des motifs préférés par le maître.

Et dans tout cela, rien de brutal; les arêtes vives sont souvent abattues, les corniches se profilent en lignes enveloppantes, les arcs épais se dissimulent sous l’ornementation, les colonnes les plus trapues sont encore élégantes, et les masses solides des édifices s’allègent à l'extérieur par les fleurons qui les couronnent. À la Louvesc, des rompes d'un aspect étrange surplombent les larges pans coupés des clochers ; ailleurs, ces pans coupés aboutissent à de fines colonnettes. La basilique de Fourvière, enfin, peut être considérée comme résumant les tendances de Bossan au point de

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