‹ L'œuvre de Voltaire 1923Chapitre 18 sur 57 · NER CF AU T · texte numérisé non relu

NER CF AU T

LE CADENAS

De vos appas ; et, trompant nos désirs,

Il tient la clef du séjour des plaisirs.

Pour éclaircir ce douloureux mystère, D'un peu plus haut reprenons cette affaire.

Vous connaissez la déesse Cérès :

Or en son temps Cérès eut une fille Semblable à vous, à vos scrupules près, Brune piquante, honneur de sa famille, Tendre surtout, et menant à sa cour L’aveugle enfant que l’on appelle Amour.

Un autre aveugle, hélas ! bien moins aimable, Le triste Hymen, la traita comme vous.

Le vieux Pluton, riche autant qu'haïssable, Dans les enfers fut son indigne époux.

Il était dieu, mais avare et jaloux :

Il fut cocu, car c'était là justice.

Où tous les soirs nymphes jeunes et blanches,

Les Courcillons, Polignacs, Villefranches,

Près du bassin, devant plus d’un Pâris,

De la beauté vont disputer le prix.

Plus ne venez au palais des Francines,

Dans ce pays où tout est fiction,

Où l'Amour seul fait mouvoir cent machines,

Plaindre Thésée et siffler Arion.

Trop bien, hélas ! à votre époux soumise,

On ne vous voit tout au plus qu’à l’église ;

Le scélérat a de plus attenté

Par cas nouveau sur votre liberté.

Pour éclaicir pleinement ce mystère,

D'un peu plus loin reprenons cette affaire. Vous connaissez la déesse Cérès ;

Or en son temps Cérès eut une fille

Semblable à vous, à vos scrupules près,

Belle, sensible, honneur de sa famille,

Brune surtout, partant pleine d’attraits.

Ainsi que vous par le dieu d’hyménée

La pauvre enfant fut assez malmenée.

Le dieu des morts fut son barbare époux :

Il était louche, avare, hargneux, jaloux ;

Il fut cocu : c’était bien la justice.

Pirithoüs, etc.

Pirithoüs, son fortuné rival,

Beau, jeune, adroït, complaisant, libéral,

Au dieu Pluton donna le bénéfice

De cocuage. Or ne demandez pas

Comment un homme, avant sa dernière heure, Put pénétrer dans la sombre demeure :

Cet homme aimait ; l'Amour guida ses pas.

Mais aux enfers, comme aux lieux où vous êtes, Voyez qu’il est peu d'intrigues secrètes !

De sa chaudière un traître d’espion

Vit le grand cas, et dit tout à Pluton.

Il ajoutatque, même à la sourdine,

Plus d’un damné festoyait Proserpine.

Le dieu cornu dans son noir tribunal

Fit convoquer le sénat infernal.

Il assembla les détestables âmes

De tous ces saints dévolus aux enfers,

Qui, dès longtemps en cocuage experts, Pendant leur vie ont tourmenté leurs femmes.

Un Florentin lui dit : « Frère et seigneur, Pour détourner la maligne influence

Dont Votre Altesse a fait l'expérience,

Tuer sa dame est toujours le meilleur :

Mais, las ! seigneur, la vôtre est immortelle. Je voudrais donc, pour votre sûreté, Qu'un cadenas, de structure nouvelle,

Fût le garant de sa fidélité.

À la vertu par la force asservie,

Lors vos plaisirs borneront son envie ; :

Plus ne sera d’amant favorisé.

Et plût aux dieux que, quand j'étais en vie, D'un tel secret je me fusse avisé ! »

A ce discours les damnés applaudirent,

Et sur l’airain les Parques l’écrivirent.

En un moment, fers, enclumes, fourneaux, Sont préparés aux gouffres infernaux ; Tisiphoné, de ces lieux serrurière,

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