‹ L'œuvre de Voltaire 1923Chapitre 35 sur 57 · SOIRÉE VII · texte numérisé non relu

SOIRÉE VII

Après avoir parlé du baiser, parlons des testicules, ensuite nous parlerons de la barbe, et puis après du cul, et puis après d'autre chose.

Ce mot testicule est à la fois scientifique et obscène, il signifie petit témoin.

Voyez dans le grand dictionnaire encyclopédique les conditions d’un bon testicule.

Sixte-Quint, cordelier, devenu pape, déclara en 1587, par sa lettre du 25 juin à son nonce en Espagne, qu'il fallait démarier tous ceux qui n’avaient point de testicules.

I1 semble par cet ordre, lequel fut exécuté par Philippe II, qu’il y avait en Espagne plusieurs maris privés de ces deux organes.

Mais comment un homme qui avait été cordelier pou- Vait-il ignorer que souvent des hommes ont leurs testicules cachés dans le scrotum, et n’en sont que plus propres à l’action conjugale ?

On a vu en France trois frères de la plus grande nais

EEE.

LES SOIRÉES PHILOSOPHIQUES 143 mm ram

sance, dont l’un en possédait trois, l’autre n’en avait

qu’un seul, et le troisième n’en avait point d’apparents ;

ce dernier était le plus vigoureux des frères.

Le docteur Angelique (IV, dist. 34. Quest.), qui n’était que Jacobin, décide que deux testicules sont des essentia matrimonii, de l’essence de mariage; en quoi il est suivi par Richardus, Scotus, Durandus et Sylvius.

Si vous ne pouvez parvenir à voir le plaidoyer de l’avocat Sébastien Rouillard, en 1600, pour les testicules de sa partie enfoncés dans son épigastre, consultez du moins le dictionnaire de Bayle à l’article Quellenec.

Vous y verrez que la méchante femme du client de Sébaslien Rouillard voulait faire déclarer son mariage nul,

“sur ce que la partie ne montrait point de testicules.

La partie disait avoir fait parfaitement son devoir. Il articulait intromission et éjaculation ; il offrait de recommencer en présence des chambres assemblées.

La coquine répondait que cette épreuve alarmait trop sa fierté pudique; que cette tentative était superflue, puisque les testicules manquaient évidemment à l'intimé, et que messieurs savaient très bien que les testicules sont nécessaires pour éjaculer.

J'ignore quel fut l'événement du procès; j oserais soupçonner que le mari fut débouté de sa requête et qu’il perdit sa cause, quoique avec de très bonnes pièces, pour n’avoir pu les montrer toutes.

Ce qui me fait pencher à le croire, c’est que le même Parlement de Paris, le 8 janvier 1665, rendit arrêt sur la nécessité des deux testicules apparents, et déclara que sans eux on ne pouvait contracter mariage.

Cela fait voir qu’alors il n’y avait aucun membre de ce Corps qui eût ses deux fémoins dans le ventre, ou qui fût réduit à un témoin; il aurait montré à la compagnie qu'elle jugeait sans connaissance de cause.

Vous pourrez consulter Pontas sur les testicules comme sur bien d’autres objets; c'était un sous-pénitencier qui décidait de tous les cas : il approche quelquefois de Sanchez.

“Il s’est glissé depuis longtemps un préjugé dans l’église latine, qu'il n’est pas permis de dire la Messe sans testicules, et qu’il faut au moins les avoir dans sa poche.

Cette ancienne idée était fondée sur le Concile de Nicée (Canon IV), qui défend qu’on ordonne ceux qui se sont fait mutiler eux-mêmes.

L'exemple d’Origène et de quelques autres. enthousiastes attira cette défense. Elle fut confirmée au second concile d'Arles.

L'église grecque n’exclut jamais de l’autel ceux à qui on avait fait l’opération d’Origène sans leur consentement.

Les patriarches de Constantinople, N icelaus,". Ignace, Photius, Methodius étaient eunuques.

Aujourd'hui, ce point de discipline a semblé demeurer : indécis dans l’église latine. Cependant, l'opinion la plus commune est que, si un eunuque reconnu se présentait pour être ordonné prêtre, il aurait besoin d’une dispense.

Le bannissement des eunuques du service des autels paraît contraire à l'esprit même de pureté et de chasteté que ce service exige.

Il semble surtout que des eunuques qui confesseraient de beaux garçons et de belles filles, seraient moins exposés aux tentations ; mais d’autres raisons de convenance et de bienséance ont déterminé ceux qui ont fait les lois.

Dans le Lévitique, on exclut de l’autel tous les défauts corporels, les aveugles, les borgnes, les bossus, les manchots, les boîteux, les galeux, les pouilleux, les teigneux, les nez trop longs, les nez camus, etc., etc., etc.

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