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que tous les voyageurs, un exemple particulier pour une coutume du pays.
Sans aller chercher des exemples si loin, en voici un dans la patrie des anciens Gaulois, aujourd’hui Français, attesté par leur vainqueur et leur maître, Jules César (Bell. Gall., Liv. vu).
Il assiégeait Alexis, dans l’Auxoïs. Les assiégés, résolus de se défendre jusqu’à la dernière extrémité, et manquant de vivres, assemblèrent un grand conseil, où l’un des chefs, nommé Crilognat, proposa de manger tous les enfants, l’un après l’autre, pour soutenir les forces des combattants.
Son avis passa à la pluralité des voix. Ce n’est pas tout. Critognat, dans sa harangue, dit que leurs ancêtres avaient déjà eu recours à une telle nourriture dans la guerre contre les Teutons et les Cimbres.
Finissons par le témoignage de Montaigne. Il parle de ce que lui ont dit les compagnons de Villegagnon, qui revenaient du Brésil, et de ce qu’il a vu en France.
Il certifie que les Brésiliens mangeaïent leurs ennemis
tués à la guerre ; maislisez ce qu’il ajoute (Liv. I, ch. xxx).
Où est plus de barbarie à manger un homme mort qu'à le faire rôtir par le menu, et le faire meurtrir aux chiens et aux pourceaux, comme nous avons vu de fraîche mémoire, non entre ennemis anciens, mais entre voisins el concitoyens, et qui pis est, sous prétexte de piété et de religion.
Quelles cérémonies pour un philosophe tel que Montaignel Si Anacréon, Horace et Tibulle étaient nés Iroquois, ils auraient donc mangé des hommes ?.. Hélas!
Je venais de finir ce dernier article, lorsque je suis tombé sur un passage des voyages du célèbre Cook dans lequel il est dit que deux Anglais, qui ont fait le tour du monde avec cet intrépide et infortuné navigateur, ont découvert que la Nouvelle-Zélande est une île plus grande que l'Europe et que les hommes s'y mangent encore les uns les autres.
D'où provient cette race ? Supposé qu’elle existe. Des-
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LES SOIRÉES PHILOSOPHIQUES 219 Ne,
cend-elle des anciens Égyptiens, des anciens peuples de l'Éthiopie, des Africains, des Indiens, ou des vautours ou des loups ? Quelle distance des Marc-Aurèle, des Épictètes aux anthropophages de la Nouvelle-Zélande! Cependant ce sont les mêmes organes, les mêmes hommes ! Nous parlerons plus tard.de cette propriété de la race humaine ; en attendant, il est bon d’en dire un mot en passant.
Voici les propres paroles de saint Jérôme dans une de ses lettres :
Quid loquar de cœteris nationibus, cum ipse adolescentulus, in Galliä viderim Scotos, gentem Briütannicam, humanis vesci carnibus, et cum per sylvas porcorum greges pecudumque reperiant, tamen pastorum mates, et fœæminarum papillas solere abscindere, et has solas ciborum delicias arbitrarti.
Voici la traduction de ces mots remarquables :
« Que vous dirai-je des autres nations ? puisque moimême, étant encore jeune, j'ai vu des Écossais, dans les Gaules, qui pouvant se nourrir de porcs et d’autres animaux dans les forêts, aimaient mieux couper les fesses des jeunes garçons et les tétons des jeunes filles. C’étaient pour eux les mets les plus friands. »
Peloutier, qui a recherché tout ce qui pouvait faire le plus d'honneur aux Celtes, n’a pas manqué de contredire saint Jérôme, et de lui soutenir qu'on s'était moqué de lui. Mais Jérôme parle très sérieusement, il dit qu'il a vu.
On peut disputer avec respect contre un père de l’Église sur Ce qu'il a entendu dire, mais sur ce qu'il a vu de ses
yeux, cela est bien fort. Quoi qu'il en soit, le plus sûr est de se défier de tout, et même de ce qu’on a vu soi-même.