CE OUI PLAIT AUX FEMMES
Elle voulut, quand le souper finit, Que son époux vînt avec elle au lit. Le désespoir, la fureur le possède ; A cette crise, il souhaite la mort :
Mais il se couche, il se fait cet effort ; Il l'a promis, le mal est sans remède.
Ce n'était point deux sales demi-draps Percés de trous et rongés par les rats. Mal étendus sur de vieilles javelles, Mal recousus encor par des ficelles.
Qui révoltaient le guerrier malheureux ; Du saint hymen les devoirs rigoureux S'offraient à lui sous un aspect horrible : Le ciel, dit-il, voudrait-il l'impossible ? A Rome on dit que la grâce d'en haut Donne à la fois le vouloir et le faire ; La grâce et moi nous sommes en défaut : Par son esprit ma femme a de quoi plaire ; Son cœur est bon ; mais dans le grand conflit Peut-on jouir du cœur ou de l'esprit ? Ainsi parlant le bon Robert se jette, Froid comme glace, au bord de sa couchette Et, pour cacher son cruel déplaisir, Il feint qu'il dort, mais il ne peut dormir.
La vieille alors lui dit d'une voix tendre En le pinçant : Ah ! Robert, dormez-vous ? Charmant ingrat, cher et cruel époux.
Je suis rendue, hâtez-vous de vous rendre. De ma pudeur les timides accents Sont subjugués par la voix de mes sens ; Régnez sur eux ainsi que sur mon âme : Je meurs, je meurs ! Ciel ! à quoi réduis-tu Mon naturel qui combat ma vertu ?
Je me dissous, je brûle, je me pâme ! Ah ! le plaisir m'enivre malgré moi ; Je n'en puis plus, faut-il mourir sans toi ! Va, je le mets dessus ta conscience
kjO l'œuvre de voltaire
Robert avait un fonds de complaisance, Et de candeur, et de religion ; De son épouse il eut compassion : — Hélas I dit-il, j'aurais voulu, Madame, Par mon ardeur égaler votre flamme ; ]\Iais que pourrai-je ? — Allez, vous pourrez tout, Reprit la vieille ; il n'est rien à votre âge Dont un grand cœur enfin ne vienne à bout Avec des soins, de l'art et du courage : Songez combien les dames de la cour Célébreront ce prodige d'amour.
Je vous parais peut-être dégoûtante.
Un peu ridée, et même un peu puante : Cela n'est rien pour des héros bien nés ; Fermez les yeux et bouchez-vous le nez.
Le chevalier, amoureux de la gloire, Voulut enfin tenter cette victoire :
N'écoutant plus que sa rare valeur.
Il obéit, et se piquant d'honneur, Aidé du ciel, trouvant dans sa jeunesse Ce qui tient lieu de beauté, de tendresse, Fermant les yeux, se mit à son devoir.
— C'en est assez, lui dit sa tendre épouse, J'ai vu de vous ce que j'ai voulu voir : Sur votre cœur j'ai connu mon pouvoir.
De ce pouvoir ma gloire était jalouse : J'avais raison ; convenez-en, mon fils, Femme toujours est maîtresse au logis.
Ce qu'à jamais, Robert, je vous demande. C'est qu'à mes soins vous vous laissiez guider : Obéissez ; mon amour vous commande D'ouvrir les yeux et de me regarder.
Robert regarde ; il voit à la lumière De cent flambeaux, sur vingt lustres placés. Dans un palais, qui fut cette chaumière, Sous des rideaux de perles rehaussés, Une beauté, dont le pinceau d'Apclle