‹ L'Œuvre Médicale Française au MarocChapitre 14 sur 63 · L'ÉQUIPEMENT SANITAIRE DU MAROC · texte numérisé non relu

L'ÉQUIPEMENT SANITAIRE DU MAROC

Ce qui caractérise l’œuvre de la médecine au Maroc, c’est sa continuité. Lorsque, en 1926, le Docteur CoLoMBANI, qui y a consacré vingt-cinq ans de son activité, prit la direction de Ia Santé et de l’Hygiène publique, les jalons étaient posés; on avait défriché et semé, mais il y avait beaucoup à faire. Des problèmes nouveaux se posaient sur plusieurs - plans. La médecine française avait si bien pénétré dans les mœurs des Marocains, qu’ils demandaient partout le secours de nos médecins, de nos formations sanitaires. D’autre part, le chiffre de la population avait considérablement augmenté, ce qui créait, au point de vue de l’hygiène, de la prophylaxie, des aspects nouveaux et de nouveaux besoins. Enfin, la science médicale était en constants progrès.

Or, au Maroc, on a toujours eu tendance à suivre le progrès dans toutes les branches, les Européens en tête et les Marocains suivant de près, et à le suivre avec enthousiasme. C’est là, sans doute, l’origine (ou la conséquence) du dynamisme qu’on y rencontre partout, dans toutes les activités.

Le nouveau Directeur de la Santé, disciple et ami personnel de LyauTEy, esprit très fin, lettré, d’un abord toujours aimable, se garda bien de changer tout ce qui

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avait été fait avant lui, comme cela se voit si souvent. La maison n’était pas terminée, elle demandait encore bien des perfectionnements pour être confortable, mais les fondations en étaient solides, la distribution en était commode: on améliora sans détruire et l’on continua de créer.

Créer, c’est là le mot qu’on entend si souvent au Maroc; faire ce qui n’est pas encore fait et dont on sent le besoin dès qu’on l’a conçu. C’est là le secret de ce développement si rapide de cet « Empire fortuné ». On a souvent reproché. aux gens du Maroc de voir toujours « grand », trop grand. En réalité, après l’exécution des projets, au bout de peu de temps, on s'aperçoit qu’on avait cependant vu encore trop petit. Aussi, fort de cette expérience, on pense toujours à l'avenir et l’on prévoit toujours des agrandissements.

Il en fut ainsi (et il en sera encore ainsi longtemps) dans le secteur médical comme dans les autres. Il n’en reste pas moins que le travail commencé par les médecins militaires, poursuivi sous la direction du Docteur CoLoMBANI, continué par ses successeurs, toujours dans le même esprit de perfectionnement, d’élargissement, dans le même esprit aussi de protection de Ia vie humaine, d’élévation du standing de vie de nos protégés, constitue une œuvre gigantesque.

La deuxième guerre mondiale avait arrêté ou tout au moins fortement ralenti l'équipement sanitaire du Maroc. La construction était presque totalement arrêtée; le fer et le ciment étaient devenus rares, la main-d'œuvre également. Cependant, les besoins, eux, ne s'étaient pas amoindris, car la population n’avait pas cessé de s’accroître. et les malades étaient chaque jour plus nombreux. La question primordiale était celle de lhospitalisation, le nombre de lits dont on disposait alors était manifestement insuffisant.

On ne pouvait hospitaliser dans les mêmes conditions et dans les mêmes salles, les Européens, les Marocains et les Juifs, à cause des mœurs différentes, de la différence de nourriture. Cependant, « il fallait que tous puissent, quelles

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