‹ L'Œuvre Médicale Française au MarocChapitre 13 sur 63 · LE PATES · texte numérisé non relu

LE PATES

des villes, Paffluence des malades dans les dispensaires et les formations sanitaires, la multiplicité des obligations médicales, le nombre très restreint de médecins civils libres, ne permettaient plus aux seuls médecins militaires et aux quelques médecins de la Mission des Affaires étrangères qui, tous, jusque-là, avaient assuré l’Assistance médicale indigène avec un admirable et inlassable dévouement, de faire face à toutes les obligations et à toutes les besognes nouvelles que créait l’évolution du pays;

3° D'’établir un statut spécial pour les infirmiers européens et les infirmiers indigènes;

4 De préciser, outre lAssistance médicale aux indigènes, les obligations des médecins : inspection médicale des écoles, expertises médico-légales, visites des filles publiques, soins aux fonctionnaires, hygiène des villes, service des prisons, des lazarets, service sanitaire maritime, etc.;

5° De régler la vie administrative et technique des Formations Sanitaires Fixes et des Groupes Sanitaires Mobiles;

6° D’arrêter un programme de constructions dont les disponibilités de lemprunt allaient faciliter la réalisation.

LYAUTEY avait voulu cette centralisation en une seule Direction (celle du Service de Santé Militaire et celle du Service de Santé Civil), parce qu’elle permettait d'employer à la fois, avec les mêmes directives, les médecins militaires et les médecins civils alors peu nombreux. Elle était économique, les médecins militaires ne recevant pour les services civils qu’une faible indemnité de fonction et, d'autre part, elle permettait d’approvisionner en médicaments et matériel, par l'intermédiaire de l'Armée, les diverses formations sanitaires. à

« I n’y a pas, au Maroc, une médecine militaire et une médecine civile; il y a simplement des médecins que la besogne médicale seule distingue, et non une « étiquette ».

«Un médecin militaire, en colonne aujourd’hui, peut devenir le lendemain un pacifique Directeur d’infirmerie

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indigène ou un Chef de Groupe Sanitaire Mobile; un médecin civil peut, du jour au lendemain, joindre à ses attributions civiles celles d’un médecin militaire de garnison, ou diriger un hôpital mixte comportant des salles militaires. » (Conférence COLOMBANI, p. 7.)

Le 2 août 1914, la guerre était déclarée. LYAUTEY reçut l’ordre d’évacuer l’intérieur du Maroc et de se maintenir seulement dans les villes de la côte. C’était perdre le bénéfice des sacrifices d'hommes et d’argent que la pacification d'une partie du pays avait coûté. C'était perdre aussi le prestige que la France et les Français avaient acquis durement. LYAUTEY refusa d’obéir. Il renvoya au front de France les troupes de Pactive, qui furent remplacées par des territoriaux, mais il garda les médecins. L’effort continuait: la seule modification est que les médecins civils d'alors furent mobilisés et habillés en militaires, mais ils continuèrent leur mission.

Le programme tracé quelques mois auparavant fut à peine ralenti, malgré les difficultés nouvelles qui surgissaient du fait de la guerre. Les constructions prévues furent exécutées. Pour donner une idée de leffort accompli, rappelons que, de 1913 à 1920, il a été fait pour 15 millions de francs-or de constructions et d'aménagements : hôpitaux régionaux, infirmeries, dispensaires spécialisés, gouttes de lait, maternités, lazarets. Malgré cet effort financier énorme (qui représente plus de 3 milliards de francs d’aujourd'hui), les soins demeuraient absolument gratuits pour les Marocains, quelle que fut leur situation sociale. Malgré la guerre, lœuvre humanitaire envers les populations du Maroc poursuivait son chemin sans ralentissement, et les Marocains l’ont compris.

En 1920, l’organisation médicale du pays est au point; l'assistance médicale, l’organisation prophylactique fonctionnent avec une admirable régularité.

Le pays pacifié est divisé en régions sanitaires, dirigées chacune par un médecin-chef, civil ou militaire, respon-

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sable devant la Direction Générale du Service de Santé.

Chaque région possède un hôpital régional marocain, organisé et aménagé comme les hôpitaux d'Europe, des dispensaires spécialisés (médecine générale, ophtalmologie, oto-rhino-laryngologie, syphilis, dermatologie) bien outillés.

Les Groupes Sanitaires Mobiles continuent à parcourir le bled. Ils possèdent maintenant un matériel moderne de désinfection et de désinsectisation. Dès qu’une épidémie est signalée, le Groupe Sanitaire Mobile part avec son personnel et son matériel, va se rendre compte du foyer épidémique, de son origine, de son développement, établit un eordon sanitaire, vaccine, désinfecte, douche, soigne les’ malades et reste dans la région jusqu’à extinction de l’épidémie. C’est ainsi qu’on arrive à juguler les épidémies de peste, de typhus, de variole et les empêche de s'étendre. En outre, il fait la prospection du paludisme, note les indices spléniques des habitants, et envoie ses observations au médecin-chef de région qui trace la carte du paludisme de la région.

Dans tous les postes, dans tous les centres importants : une infirmerie indigène. Le médecin donne chaque jour ses consultations, où tous les malades sont inscrits avec leur domicile, le, diagnostic de la maladie, le nom du caïd ou cheik, afin que dans ses tournées le médecin qui rayonne autour de son poste puisse retrouver et surveiller le moindre cas suspect.

La foule des malades est telle et tous sont si pressés d'arriver auprès du «toubib» qu'il lui faut presque toujours installer un « service d’ordre ». Il n’est pas rare qu’un médecin examine 50, 60 malades et plus, chaque matin. Il déjeune quand il peut, et part ensuite à cheval, car il n’y a pas encore de routes dans le bled, sillonner son domaine sanitaire. Ses distractions sont la chasse, ouverte en tous temps sans permis (les anciens vous disent : « C'était le bon temps »), la lecture, car tous lisent beaucoup les journaux médicaux « pour se tenir au courant »,

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ce dont ils sentent d'autant plus le besoin qu’ils sont isolés et ne peuvent compter que sur eux-mêmes en face de cas souvent embarrassants; et puis, il faut tout savoir, pour tout faire correctement. Chaque médecin ne représentet-il pas une antenne de la France, de la science médicale française ? Chacun d’eux en a le sentiment, la fierté, mais il sait aussi ce que cela représente de responsabilité morale, de responsabilité humaine vis-à-vis des primitifs qu’on leur a confiés. La vie est loin d’être monotone, car elle est bien remplie.

En 1926, le Service de la Santé et de l'Hygiène publique devient autonome, avec un Directeur civil indépendant du Directeur du Service de Santé Militaire, et représenté dans les sept chefs-lieux des régions du Maroc : Oujda, Fez, Meknès, Rabat, Casablanca, Marrakech et Agadir, par un sous-Directeur.

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