‹ L'Œuvre Médicale Française au MarocChapitre 34 sur 63 · RES · texte numérisé non relu

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L'enfant est particulièrement sensible à l'atteinte du paludisme et c’est, à côté de beaucoup d’autres, une des causes principales de la mortalité infantile au Maroc.

Aussi, la lutte antipaludique a-t-elle été, dès le début de l’arrivée des médecins français dans le pays, une de leurs principales préoccupations.

L'organisation de la lutte antipaludique comprend deux échelons :

-- Un échelon central rattaché à l’Institut d'Hygiène, où il possède un laboratoire :

a) Centralisation des données relatives aux fluctuations

du paludisme ;

b) Direction de l’action prophylactique;

c) Etude et expérimentation, au laboratoire et sur Île terrain, des méthodes nouvelles de prophylaxie ou de traitement;

d) Instruction technique du personnel.

— Un échelon régional : les Services Régionaux d’'Hygiène et de Médecine Préventive, au nombre de sept, comprenant, selon l’importance du paludisme dans leur zone, une à cinq stations antipaludiques. Ils sont chargés de surveiller l’évolution locale du paludisme, d’assurer l’application des normes antipaludiques.

Dès 1912, la Direction Générale du Service de la Santé commence la lutte rationnelle, basée sur l’étude épidémiologique de la maladie. En 1916, on créa un service spécial antipaludique.

Après une épidémie très sévère, en 1928, la Direction de la Santé et de l’Hygiène Publiques, qui vient alors d’avoir son autonomie sous la direction du Docteur CoLom- BANI, Organise une section spéciale technique dans le cadre de l’Institut d'Hygiène, qui va se consacrer uniquement à l'étude, à la prophylaxie, au traitement du paludisme. Confié d’abord au Docteur SICAULT, puis aux Docteurs J. Gaun et MESSERLIN, ce service accomplira une œuvre scientifique et une œuvre sociale considérables.

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Les travaux qui en résultèrent ne peuvent être malheureusement que résumés. On en trouvera la liste dans de nombreuses publications (voir bibliographie).

Le problème de la lutte antipaludique apparaissait dès le début comme très complexe et sous de nombreux aspects :

-—— Aspect géographique,

— Aspect démographique et social,

— Aspect financier.

Le sous-sol du Maroc est en général imperméable. Dans les années à pluviométrie élevée, il se forme des marécages appelés « daïas » où l’eau stagne pendant plusieurs mois, dans toutes les dépressions du sol. Elles se couvrent d’herbes diverses et deviennent éminemment favorables à la pullulation des anophèles.

Dans certaines régions, comme le Gharb, régions plates avec vallonnements, bordées de dunes, situées entre les vallonnements et la mer, l’eau ne peut s’écouler. Les grands -oueds, gonflés pendant la saison des pluies et au moment de la fonte des neiges, en montagne, débordent dans la plaine, y forment des plans d’eau de plusieurs centaines de kilomètres carrés, qui ne s’assèchent sous l’action du soleil que très lentement; c’est ce qu’on appelle des « merdjas ». Les petits oueds ont un débit très irrégulier. Véritables torrents à la saison des pluies, ils sont presque asséchés en été, réduits à quelques filets d’eau et à des flaques d’eau croupissante. Les bords sont envahis d’herbes, d’arbustes, en particulier de lauriers-roses, où les anophèles trouvent des gîtes favorables.

En dehors de ces eaux stagnantes, il faut encore considérer lirrigation qu’il est difficile de supprimer, puisque, lorsqu'elle est possible, elle constitue une source de richesse considérable pour l’agriculture. L’irrigation se fait par des canaux peu profonds, appelés « seyas», où l’eau coule lentement. Or, ces « seyas » sont généralement tortueuses, mal entretenues, envahies d’herbes, particulièrement de chiendent, et là encore on trouve de nombreux gîtes d’anophèles,

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Le problème de la lutte antipaludique est lié au problème de Peau. Les Marocains trouvant aux bords des daïas, des merdjas, des oueds, l’eau nécessaire à leur ravitaillement et à celui de leurs animaux, et l’herbe pour nourrir leurs bestiaux, viennent y planter leurs tentes.

Ignorants et insouciants du danger que constitue l’habitation dans les environs des marécages, ils payaient un lourd tribut à la malaria. Les accès pernicieux n’étaient pas rares, entraînant un nombre de décès considérable.

Michel BONJEAN cite dans sa thèse (Lyon, 1947), 19 décès en huit jours dans un douar de 214 personnes, à Petit- Jean, en 1941; 80 décès en quinze jours, sur 2.500 personnes, à Taguelf (Atlas central). Ceux qui en réchappaient étaient anémiés, incapables de travailler, et cela dans une saison où la main-d'œuvre est particulièrement nécessaire, au temps des moissons et au temps des labours et semaïlles.

D’autre part, une grande partie des Marocains ruraux sont de nomades. Ils se déplacent selon les besoins de leurs troupeaux, cherchant les endroits où ils trouveront de l'herbe, c’est-à-dire ceux où il y a de Peau.

Souvent aussi, certains d’entre eux quittent leurs douars pour aller travailler aux labours et aux moissons, ou encore dans les villes. Ces travailleurs, souvent impaludés, sont des réservoirs de virus qu’ils transportent dans des endroits à peu près sains. Il y a là un brassage de population qui favorise considérablement la dissémination du paludisme, et complique singulièrement le problème de la lutte contre la maladie.

Enfin, l'assainissement des régions de merdjas et de daïas, par drainage, par conduction des eaux vers les grands oueds ou vers la mer, par canaux, exigeait des travaux considérables et des frais énormes.

Cette énumération montre l’étendue et les difficultés du problème.

Jusqu’à la création du Service Antipaludique, on s'était contenté de distribuer de la quinine : gratuitement dans les

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