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LUTTE CONTRE LA TUBERCULOSE

La tuberculose existait au Maroc avant l’arrivée des Français, mais ceux qui en étaient atteints n’avaient guère le temps de contaminer leur entourage. Laissés sans soins, parfois exclus du cercle familial, souvent anémiés par le manque d’une nourriture substantielle, par le paludisme ou par la syphilis, ils ne tardaient guère à succomber.

Il est impossible de se rendre compte par des chiffres de ce que pouvait être la mortalité par la tuberculose, l’étatcivil n’existant pas ou n'étant pas obligatoire chez les Marocains, mais on peut se rendre compte que la morbidité et la mortalité par tuberculose sont en progression.

En ce qui concerne la morbidité, il faut tenir compte de ce fait que les consultants dans les dispensaires sont de plus en plus nombreux du fait que le nombre de ces dispensaires a augmenté, que la’ population a doublé depuis quarante ans, et que le Marocain vient de plus en plus volontiers consulter et se faire soigner.

Enfin, le dépistage systématiquement pratiqué dans les administrations, dans les écoles, dans les usines, dans les tournées à travers le bled de Groupes Sanitaires Mobiles, et dans toutes les infirmeries, dotés d'appareils de radioscopie démontables et marchant à l’aide de groupes électrogènes, a permis de se faire une idée plus exacte de la progression de la tuberculose pulmonaire au Maroc,

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Les causes de cette sensible progression sont multiples.

Dans le passé, l’habitant du bled, malgré l’inconfort du logement et la nourriture souvent restreinte, vivait au grand air, travaillait peu, résistait assez bien et n’avait que peu de chances de contaminer son entourage. L’attrait des salaires élevés, la curiosité vis-à-vis d’une autre existence que celle du fellah ont poussé les Marocains du bled à émigrer vers les villes. L’industrialisation progressive du pays, qui demande une main-d'œuvre nombreuse et bien payée (relativement, vu l’augmentation du prix de la vie), a poussé les gens du bled à déserter les campagnes et à venir dans les villes chercher du travail.

Le campagnard qui vient en ville trouve difficilement à se loger et le prix des loyers, malgré tout ce qu’on a pu faire jusqu'ici, est excessif. Aussi, les nouveaux venus s’entassent-ils dans des habitats généralement malsains. Leur instinct grégaire les pousse à vivre en commun, entre gens originaires d’une même région, d’où le surpeuplement favorable à la contamination.

Certaines grandes sociétés industrielles, certains industriels compréhensifs (Office chérifien des Phosphates, Société Sucrière, Etablissement Dolbeau à Casablanca), comprenant l'intérêt de la conservation de la santé de leur main-d'œuvre, ont fait construire des cités ouvrières pour leurs employés marocains. Ces cités sont propres, confortables, visitées régulièrement par les médecins et les assistantes sociales attachées à ces établissements, et la morbidité tuberculeuse et épidémique y est rare. Mais les ouvriers de petites industries où de petits patrons s’entassent au bord des villes, dans de véritables cités de taudis, où ils louent à prix fort — à leurs coreligionnaires presque toujours — et construisent là des baraques en terre, en vieux bidons, en tôle ondulée. C’est ce qu’on appelle des. « bidonvilles ». Ces bidonvilles abritent parfois plusieurs milliers d'habitants.

D'autre part, un grand nombre de ces émigrés, venus

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particulièrement du Sud du Maroc, sont encore anergiques à leur arrivée. Ils se contaminent facilement et font leur primo-infection dans des conditions déplorables, aussi ontils tôt fait de présenter des lésions ouvertes et disséminentils autour d’eux leurs nombreux bacilles de Koch.

Beaucoup de Marocains sont allés, entre les deux guerres mondiales, travailler en France, dans des usines où ils touchaïent de hauts salaires, mais, la plupart du temps, ils envoyaient leur argent aux parents restés dans le pays, pour acheter de la terre, une maison, créer un magasin d'épicerie (c’est presque une spécialité au Maroc, pour les originaires du Sud, les seuls vraiment travailleurs). Hs vivaient en France dans de mauvaises conditions pour économiser davantage ou, pour certains autres, hélas, s'adonner à l'alcoolisme. Aussi, à leur retour, un grand nombre sont des tuberculeux avancés.

Enfin, beaucoup d’anciens soldats des deux guerres ont contracté en Europe une tuberculose qui a été soignée, certes, mais pas toujours suffisamment, surtout chez les anciens prisonniers. Leur état a souvent nécessité une réforme avec une pension qui suffirait peut-être à l’individu, mais ne suffit pas à le nourrir avec sa famille.

On comprend quelle peut être l’acuité du problème dans un pays neuf, où la construction a été retardée pendant les deux guerres, qui ne produit pas encore suffisamment pour faire face à tous ses besoins, et où il faut tenir compte d’habitudes, de traditions familiales et sociales très ancrées dans l'esprit des gens, et auxquelles on ne peut pas, on ne doit pas toucher.

Cependant, le problème, si ardu soit-il, a été attaqué avec vigueur, et on y a dépensé des sommes considérables.

Dès 1921, sous l'égide de M LyauTEy, un dispensaire anti-tuberculeux fut créé par la Croix-Rouge, à Fez, et un autre à Casablanca (U.F.F.). Ces dispensaires, d’abord destinés aux anciens soldats, puis à tous les Marocains, recurent bientôt les Marocains, les Israélites et les Euro-

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péens (hommes, femmes et enfants). En 1927, un autre dispensaire anti-tuberculeux était créé à Marrakech; en 1929, un autre à Meknès; en 1938, un autre à Mogador; en 1939, un à Oujda.

Ces dispensaires étaient installés souvent dans des conditions assez précaires. Ils ne possédaient, à leur début, ni ‘adio, ni laboratoire, étaient situés dans des endroits souvent difficiles d’accès.

En outre, il faut se rappeler qu’à cette époque les armes thérapeutiques contre la tuberculose étaient bien minimes. Néanmoins, il serait injuste de minimiser leur importance. (C’était un premier pas, encore bien chancelant sans doute, dans la lutte anti-tuberculeuse. Ils ont eu le mérite de faire la prospection des malades, grâce à ceux qui venaient consulter au dispensaire et permettaient ainsi des enquêtes

dans les différents quartiers des villes. D’autre part, et ce.

n’est pas moins négligeable, ils avaient appris aux Marocains le danger de la maladie, sa contagiosité, la nécessité de prendre des précautions d'hygiène. Si la. thérapeutique était primitive et peu efficace dans bien des cas, elle préparait l’avenir. On avait créé quelques pneumothorax, mais les malades étaient trop irréguliers, généralement, si bien que l’on se contentait d’injecter des sels d’or, en vogue à ce moment-là, des compositions à base de choline, du cacodylate, des extraits de foie, Cela paraît maintenant, à ceux même qui l'ont pratiqué jadis, bien peu de chose à côté des réalisations actuelles, des résultats obtenus par la streptomycine, le rimifon, le P.A.S. les interventions de collapsothérapie. Disons cependant que lactivité des dispensaires anti-tuberculeux n’était pas médiocre (voir tableau, pp. 76 et 77).

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Les dispensaires anti-tuberculeux furent donc, au début, à la fois des organes de dépistage et des organes de traitement. Mais il était presque impossible de soigner chez eux, d’une façon efficace, des malades tuberculeux dans les conditions de vie où ils se trouvaient, On ne pouvait les hospitaliser, et le Maroc ne possédait alors aucun sanatorium. Cette situation paradoxale n’était pas sans retenir l'attention du Service de la Santé, mais il était impossible, matériellement et financièrement, de créer à la fois des hôpitaux spécialisés et des sanatoria en nombre suffisant. On commença donc par utiliser et aménager ce qu’on avait :

En 1940, un service de 8 lits fut aménagé à l’hôpital marocain Cocard, à Fez, A Casablanca, on installa un service de 120 lits à l’annexe Jules-Mauran (hôpital d'El Hank). À Marrakech, à l'hôpital de l’Amerchich, 120 lits furent réservés aux tuberculeux marocains.

En attendant que les projets à l’étude fussent réalisés, les tuberculeux Européens étaient soignés dans des salles réservées des hôpitaux civils.

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