C. — CENTRES RURAUX DE PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE
Ces Centres ruraux sont en voie d'installation là où une assistante de Protection maternelle et infantile a pu être placée près du médecin.
La clientèle est encore moins évoluée que dans les villes; les femmes du bled vivent sous la tente, ne connaissent rien, ou presque, de la civilisation européenne. Cependant, on arrive à les attirer par le don de layettes, de farines du premier âge que l’assistante leur donne en leur montrant comment on fait une bouillie. Peu à peu, la confiance vient, chaque mère en amène une autre, et bientôt on pourra créer dans les villages ruraux des Centres d'école des mères.
D. — Equipes MOBILES DE PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE
Une équipe de jeunes femmes, comprenant une assistante sociale, une monitrice de puériculture, une sagefemme, se rend à jours fixes sur les souks, monte une tente et, là, donne des consultations de nourrissons, des conseils aux mères, effectue des pesées, distribue des layettes, des médicaments si cela est nécessaire, indique aux femmes où elles doivent aller accoucher si elles constatent une mauvaise présentation, etc.
Bien entendu, il ne faut pas croire que tout cela est facile, que les femmes marocaines suivent à la lettre tous les conseils, deviennent des mères de famille intelligentes et expertes à la première consultation; mais cependant, certaines d’entre elles émergent au-dessus des autres, et celles-Ià deviennent des agents de propagande.
Elles sont d’ailleurs envoyées aux consultations par les femmes de colons français. C’est à elles qu’on vient s'adresser d’abord pour un bobo, un enfant malade. Chaque Française vivant dans le bled doit avoir des notions d'hygiène et de puériculture; certaines d’entre elles sont infirmières, ont suivi des cours de Croix-Rouge. Vivant près des musulmanes, parlant leur langue, elles ont une influence considérable et peuvent être de précieuses auxiliaires bénévoles des formations sanitaires officielles, parce qu’elles ont su capter la confiance, et souvent elles amènent aux consultations les femmes de leurs employés, dirigent les soins prescrits ou les donnent elles-mêmes. Et c’est là une belle réponse à ceux qui prétendent que les Français exploitent les Marocains.
Les efforts d'éducation et de civilisation ne se sont pas bornés là.
Nous avons dit qu’en milieu musulman, les accouchements étaient pratiqués par des matrones appelées « qablas », sans aucune instruction obstétricale.
Dans les villes, on s’est préoccupé de les instruire; les jeunes, celles qui paraissent intelligentes, sont attirées dans les hôpitaux où on leur enseigne l'hygiène et la propreté. On leur apprend à reconnaître une dystocie. Elles font des stages et on leur donne un certificat qui rehausse leur influence et leur autorité.
On a aussi créé un corps de sages-femmes indigènes : ce sont les <Muwalidat». Elles sont recrutées parmi les anciennes élèves des écoles musulmanes. Elles doivent être âgées d’au moins dix-huit ans et posséder une bonne instruction primaire,
Chaque Centre de formation (Rabat, Casablanca, Fez et Marrakech) en admet chaque année une dizaine, après Æ<oncours. Pendant deux ans, elles suivent des cours théoriques et pratiques, assistent aux accouchements normaux et dystociques. Pendant la seconde année, elles pratiquent elles-mêmes des accouchements, sous la surveillance d’une sage-femme française diplômée et, à la fin des études, après examen, elles reçoivent un diplôme qui leur permet d’exercer la profession de sage-femme dans les milieux indigènes.
Ces Muwalidat ont un grand succès parmi les Marocains. Elles ont une très grande pratique obstétricale et une influence très grande. Il serait à souhaiter que ces sagesfemmes indigènes se répandent dans le bled, où seuls les cas dystociques sont envoyés dans les formations sanitaires, à la dernière extrémité, parce que les mœurs musulmanes répugnent à faire accoucher les femmes par un médecin homme.
C’est peu à peu, à mesure que la femme musulmane ser: dégagée des préjugés, des pratiques de sorcellerie qui sont si répandus et si profondément ancrés dans les esprits, que de grands progrès pourront être enregistrés au sujet de l'accouchement dans les campagnes.
Les Muwalidat pourront être des instruments de ce progrès.