INTRODUCTION
Depuis longtemps, et tout récemment encore, le Maroc a pris dans le Monde une importance de premier plan, mais c’est là affaires de diplomates, de stratèges et de politiciens, dont le Maroc lui-même, au point de vue social, économique et moral, vraisemblablement, ne tirera guère profit.
Il faudrait être d’une insigne mauvaise foi pour contester à la France l’œuvre grandiose réalisée au Maroc au cours de ces quarante années. Peu de peuples, dans le Monde, peuvent se vanter d’un travail aussi considérable et magnifique en matière de colonisation.
D'un pays livré à l’anarchie et à la rivalité entre tribus ne reconnaissant nullement l’autorité du Sultan, pays sans routes, sans chemins de fer, sans ports, pays ravagé par la famine, la guerre, les endémies et les épidémies aussi meurtrières que la famine et la guerre dont elles étaient souvent la conséquence, la France a fait un pays moderne qui force l’admiration de tous ceux, Français de la Métropole et étrangers, qui le visitent nombreux, attirés par son climat, par ses sites variés, pays dont la France a su mettre au jour la richesse de ses mines, la fécondité de son sol, et donner à ses habitants un niveau de vie matérielle inconnu jusque-là.
Mais ce qu’on ignore encore trop, c’est l’effort du médecin, son rôle dans le développement général du pays, dans
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la pénétration pacifique, dans la compréhension des rapports entre Français et Marocains. Pourtant, c’est l’action du médecin qui a permis souvent d'occuper pacifiquement dés régions insoumises, où lui seul pouvait pénétrer, du fait de sa profession, montrant, tout en donnant ses soins, l’esprit pacifique et profondément humain de la France. C’est lui qui a permis les grandes entreprises en veillant sur les travailleurs, en garantissant leur santé et leur vie contre les endémies et les épidémies, en protégeant par une action incessante le « capital humain ». C’est lui encore qui a permis le développement démographique de ce pays, en luttant contre la syphilis, la tuberculose, la mortalité infantile, jadis abandonnées à l’action empirique et combien vaine des guérisseurs, sorciers et matrones.
Né au Maroc, où mon père exerce la médecine depuis 1913, y ayant passé toute mon enfance et toute mon adolescence, ayant assisté au développement de ce pays, toujours en mal de croissance, ayant entendu raconter les anecdotes du « Vieux Maroc», ayant connu beaucoup de médecins qui en furent les acteurs, j’ai pensé qu’une étude sur cette œuvre de la médecine française au Maroc pouvait être le sujet de ma thèse inaugurale.
De plus, en choisissant ce sujet, je crois remplir un devoir de reconnaissance vis-à-vis de la Faculté de Bordeaux à laquelle je dois ma formation médicale. Le Maroc fait partie de sa circonscription universitaire; nos Maîtres y sont un peu chez eux. La Faculté de Médecine a formé un grand nombre — et non des moindres — de médecins du Maroc. Nos Maîtres y sont parfaitement honorés quand ils s’y rendent, et les conférences qu’ils veulent bien y donner obtiennent le plus vif succès.
I'm’a paru.utile, qu’à tant de titres divers, il y eût dans cette Faculté, plus que dans aucune autre, un document sur Œuvre médicale française au Maroc, œuvre à laquelle tant de ses fils spirituels ont contribué.
Je tiens à manifester ma reconnaissance à M. le Profes-
seur PIÉCHAUD qui à bien voulu me faire l'honneur de présider ma thèse et m’encourager dans ce modeste travail. Qu'il soit ici profondément et sincèrement remercié.
Un tel travail demande des recherches dans les archives. Celles du Service de Santé et de la Famille au Maroc m'ont été largement ouvertes par M. le Docteur Sicauzr, Directeur de ce service (et ancien élève de la Faculté de Bordeaux) et par son adjoint, M. le Docteur SANGUY, qui m'ont donné toutes facilités pour mes recherches statistiques. Qu'ils me permettent de leur adresser mes vifs remerciements.
J’ai été guidé également dans mon travail par mon père, heureux de me voir choisir la carrière médicale, continuant ainsi une tradition familiale (mon grand-père maternel était médecin). Il a connu presque tous les précurseurs de Œuvre médicale française au Maroc. Parti terminer son service militaire au Maroc, en 1915, il y fut retenu jusqu’à fin 1917 et y connut la vie passionnante de médecin du bled. Après un séjour au front français, comme médecin de bataillon, il est retourné s'installer à Casablanca, où il a.continué la vieille et saine tradition de charité et d’honneur des médecins français.
J'ai pu puiser largement dans ses notes et dans ses souvenirs; C’est pour moi une grande Joie de lui témoigner ici ma reconnaissance.