‹ L'Œuvre Romaneque de Thomas-Simon GueulletteChapitre 70 sur 78 · RAT · texte numérisé non relu

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goût des lecteurs : celui-ci ne peut s'améliorer que peu-à peu par une évolution très lente de son genre littéraire préféré. C’est ce qui arriva au dix-huitième siècle, grâce aux étapes successives que parcourut Le « Conte ».

Dans le Cabinet des fées, nous avons trouvé également le jugement suivant :

« Beaucoup d'imagination et de fécondité assurèrent à M. Gueullette une réputation parmi les amateurs du genre oriental. Il a traduit avec exactitude et avec goût ; il a imité avec une vérité étonnante de ton, les fables, les allégories des Orientaux. Il a prodigué les images, des tableaux nouveaux succèdent sans interruption à ceux qu’on a déjà lus. On est transporté sur le lieu ‘de la scène ; qu'on relise les -Sultanes de Guzarate, les Aventures merveilleuses du mandarin Fum-Hoam, les Mille et un quart d'heures et on sera convaincu de da justesse de nos observations. Ïl n’a pas un merveilleux aussi brillant que le Comte d’'Hamilton qu’il a voulu imiter ; mais placé à un ton plus bas, réduit à ce mode qu’il s'était fait luimême, il va de pair avec Hamilton. Il parait sortir du domaine de l'imagination et poser sur des bases connues, tandis qu'Hamilton tient toujours une marche factice et entasse bizarreries sur prodiges. M. Gueullette est plus près de nous, plus près des mœurs et d’un peuple qu’il semble peindre ; il dit ce que nous sommes tentés de croire ; il ajoute des grâces à un : genre estimé et ne cherche point, comme Hamilton, à en créer un qui ressemble à rien. » (2)

Autant le jugement de Sabatier de Castres est dur ‘et injuste, autant celui-ci est indulgent et exagéré.

(2) Cabinet des fées, 1786, T*37;p. 110.

.Nous ne contestons pas l’imagination et la fécondité de Gueullette, nousiles avons même affinmés dans les pages précédentes ; mais que Gueullette montre une -« vérité étonnante » dans l'emploi de la couleur orientale, cela, non, nous ne pouvons pas le soutenir : et nous lavons prouvé dans Ile chapitre quatre. Nous admettrons volontiers que Gueullette « est plus près ‘de nous », mais non « plus près ide nous et d’un peuple qu’il semble peindre. 5 Et lorsque l’auteur de ce jugement ajoute que Gueullette « dit ce que nous sommes tentés de croire », il avoue par là son ignorance des choses de l'Orient, il né pouvait donc pas être un juge compétent en cette matière.

A ia fin du dix-septième siècle, les contes de Perrault et de Mme d’Alnoy n'étaient que de simples divertissements. Mais ce genre de contes ne tarde pas à subir un certain changement : de nouveaux éléments s'y introduisent peu à peu. C'est alors que Gueullette joue un rôle important dans le développement du conte et dans son évolution : d’exotisme, la peinture des mœurs, la critique sociale, le libertinage qu'il mit dans ses contes, aidèrent à la transformation du genre qui passa du conte féerique au conte oriental, puis au conte galant pour arriver, enfin, avec Voltaire, au conte philosophique.

Gueullette, toujours soucieux « d'attraper le goût du public », passa, lui aussi, par ces différents stades : au début féerique, avec les Soirées Bretonnes, .Son Conte devint bientôt oriental, exotique, avec Les Mille et un quart d'heures où tes aventures merveilleuses du mandarin Enm-Hoam et finit par être même un véritabile roman de mœurs, avec les Mémoires de Mlle de Bontemps. oi 3

L'œuvre romanesque de Gueullette fut donc un

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