‹ L'Œuvre Romaneque de Thomas-Simon GueulletteChapitre 69 sur 78 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Après l'analyse de l’œuvre romanesque de Thomas- Simon Gueullette, nous pouvons nous demander quelle en est la valeur littéraire. |

Si nous examinons chez Gueullette d’abord ses quadités d'écrivain, nous apercevons tout de suite une grande fécondité d'invention ; c’est son imagination qui donne de la vie et du relief à des contes aussi nombreux et aussi variés. Nous retrouvons cette qualité jusque dans des préfaces, telles que celles des Soirées Bretonnes, des Sultanes de Guzarate, où Gueullette nous donne une origine purement imaginaire des contes dont il s’agit. Dans les contes eux-mêmes, il invente aventures sur aventures, naufrages, enlevements, combats avec des animaux féroces, avec des corsaires, avec des génies ou des géants, destructions de royaumes ; bref, tous ces nombreux contes, criblés d'aventures multiples et intéressantes, indiquent suffisamment, chez Gueullette, une riche fécondité d’inventions.

A cette première qualité se joint celle d’une curiosité très large, Rappelons-nous, en <ffet, l’intérêt qu’il

portait au théâtre italien, le soin qu'il mit aux diverses rééditions de livres anciens, ses recherches de magistrat que nous retrouvons consignées dans le manuscrit des < Arrêts >, son goût et sa curiosité pour l'Histoire en général, que ce Soit l'histoire de F rance, celle de l'Eglise ou celle de la Science Héraldique ses remarques sur la géographie et les mœurs de l'Orient : Ibref, Gueullette, qui était en même temps un grand travailleur, avait également pour alimenter son activité une curiosité très large.

Gueuillette avait aussi le goût des nouveautés et du piquant : cette qualité nous est révélée dès son premier ouvrage, Les Nuits Parisiennes, qui sont un mélange littéraire, de divertissement spirituel, de bons -mots, de proverbes, de points d'Histoire et de faits curieux.

Dans la préface des Sultanes de Guzarate, Gueullette écrit

« Je lui avouerai cependant que je n'ai pas été peu embarrassé à imaginer une première histoire pour donner un tour nouveau à raconter les autres et que cela m'a coûté plus que tout ie reste. »

N'est-ce point là une preuve évidente de son goût des nouveautés ? D'ailleurs, cette qualité est un facteur qui n’est pas à négliger, dans l’évolution du conte de Gueullette.

Avec une curiosité très large, Gueullette possédait également le souci (de l'actualité. Dans la dédicace même de sa première brochure, les Nuits Parisiennes, il avoue son désir de suivre Iles tendances de son siècle, lorsqu'il nous dit

.€..Je travaille sans aucun intérêt mais seulement pour voir si je puis attraper le goût du public. »

Et cet acharnement à vouloir «-attraper le goût du public », il nous le montre à travers tous ses contes. Des Soirées Bretonnes, contes purement féeriques, l'auteur, nous l'avons vu, passe aux contes orientaux puis termine son œuvre romanesque avec un roman de mœurs, Mémoires de Mlle de Bontemps : pourquoi cette évolution, sinon parce que Gueullette suivait de très près, au point même de s’en rendre esclave, le goût du public ? Pourquoi a-t-il introduit dans ses

contes la peinture des mœurs, la galanterie, la satire

sociale, sinon parce qu'il était très au courant des idées de son époque et qu’il avait un grand souci de

l'actualité. jo R ae

Si l'œuvre de Gueullette a des qualités littéraires, elle men possède pas moins certains défauts aussi évidents que ses qualités. C’est d’abord lla complication dans des contes. Les Soirées Bretonnes qui sont, il est vrai, le premier recueil de contes de Gueullette, avec leurs noms allégoriques insérés dans des récits à tiroirs et à épisodes sont plus que compliquées ; elles donnent même l’impression d’une confusion très grande. Ajoutons, cependant, que ce défaut dispanaît peu à peu des contes suivants ; il est à peine sensibile dans Les Sultanes de Guzarate et n'existe pour ainsi dire plus, dans des Mémoires de Mlle de Bontemps. |

Un autre défaut plus sérieux plus persistant de l’œuvre de Gueullette est celui d’un style rapide et banal. L'auteur raconte, en effet, sans développer ses idées ; ilne donne qu’un compte rendu des incidents ; il est très rare de trouver une description d’un pays ou d’un voyage ; Gueullette ne s'arrête pas au détail, il fournit seulement de cadre et laisse au flecteur le soin d’ajouter les couleurs nécessaires. Quant au

style lui-même, c’est celui d’un journaliste qui raconte les événements arrivés pendant la journée.

Il est difficile de trouver des jugements sur Gueullette. Nous avons cependant relevé dans les Trois Siècles Liltéraires, de Sabatier de Castres, la critique suivante

« Les contes mogols, les Mille et un quart d'heures, sont de fruit de la plume facile de Gueullette plus attentive à consulter le goût des personnes frivoles et oisives que d'utilité du lecteur éclairé et judicieux. On doit être peu surpris que ces rêveries aient été bien reçues dès qu’elles furent mises au jour. Il est une certaine classe d’esprits et c’est le plus grand nombre, incapables de s'attacher à des lectures solides ; ils font Ides livres qui demandent ni application ni étude et le talent de les amuser n’a pas le droit de prétendre aux honneurs des talents réels et honorables. » (1)

Îl est vrai que Gueullette a voulu plaire au pubile en consultant ses goûts, ceci est incontestable : mais n'est-ce point là le but que se proposait tout auteur de contes ? Puis il fallait commencer par ménager

Le lécteur, par d'attirer grâce à la facilité des sujets, à leur frivolité même, avant de se permettre d’introduire peu à peu dans des contes de la critique sociale, de la morale et une certaine philosophie. Et c’est précisémgnt ce qu'a fait Gueullette. Inutile de revenir

sur l’évolution si évidente de ses contes. Donc, cette

critique de Sabatier de Castres, si juste «en ce qui concerne les lectures de lépoque, ne l’est pas autant, il s’en faut de beaucoup, en ce qui concerne Gueulllette lui-même, Un auteur ne peut, à lui seul, changer le

(1) Les trois siècles liltéraires, Sabatier de Castres, 1781, Tome II, p. 124. £

nains

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