NÉANT
Le tableau ci-dessus met sous les yeux les quantités exportées dans ces dernières années par la colonie.
Et d'après ce que j'ai vu, et les renseignements que j'ai pu recueillir, je crois que la production de 1905 dépassera de beaucoup celle de 1904.
L'examen de ces chiffres vient à l'appui de ce que je disais plus haut, et montre, qu'en général, on ne peut guère compter qu'une bonne année sur trois, mais nous prouve le très bon rapport que
pourrait, avec des soins, donner une plantation bien entretenue et et bien dirigée. Si Ton songe, en effet, qu'un arbre fournit en moyenne 45 kilos de fruits à partir de 20 ans, on voit, en se rapportant aux chiffres cités plus haut, ce que donnerait une plantation de 100.000 pieds : 450.000 kilos de fruits soit : 70.000 kilos d'huile. En supposant, et j'exagère à dessein, que tous frais d'exploitation et d'expédition montent à 2 francs par kilo d'huile, il resterait encore un bénéfice minimum de 3 francs net par kilo soit 200.000 francs. Ces mêmes chiffres nous montrent l'intérêt qu'il y a pour nous à développer cette culture et à la propager. Certes, c'est une entreprise de longue haleine, mais moins longue encore que la culture de l'Aréquier qui ne commence à rapporter qu'au bout de 12 ans, et par contre, si ce dernier peut fournir de bonnes récoltes pendant 40 ans au maximum, le Badianier peut en donner pendant toute la durée de son existence ; quant au rapport, il n^est pas à comparer. D'ailleurs, rien n'empêcherait le colon qui voudrait entreprendre, l'exploitation du Badianier de faire, en attendant la production de ses arbres, d'autres cultures telles que celles de l'Amorphophallus, pour n'en citer qu'une, plante fort intéressante au point de vue de la fécule qu'on peut tirer abondamment de son rhizome (10 à 15 %) et qui viendrait admirablement sur ces sous-sols argilo-schisteux réclamés par les badianiers; on l'y rencontre du reste à l'état spontané.
Usages. — L'huile de badiane a un usage très répandu.
En Europe, elle tient une grande place dans la fabrication des produits liquoreux ; c'est avec elle qu'on fait la liqueur dite « anisette » ; elle entre dans la composition d'un grand nombre d'absinthes; on l'emploie aussi dans la confiserie.
Ses propriétés stimulantes et stomachiques lui ont valu une certaine place dans la médecine européenne, mais ses usages médicaux sont surtout en honneur en Chine, où l'on considère que non seulement l'huile, mais plusieurs parties de la plante possèdent la propriété de combattre l'effet d'un grand nombre de poisons.
Les Chinois emploient l'huile pour falsifier certaines liqueurs d'origine occidentale et, dans les usages culinaires, pour parfumer un grand nombre de plats.
30 PH. EBERHARDT
Procédé nouveau d'extraction de Vhuile, — Avant de terminer cette étude, je veux encore indiquer un procédé noi}veau d'extraction de l'huile, qui pourrait donner d'excellents résultats.
L'étude anatomique de la feuille révèle la présence, à l'intérieur du mésophylle, d'une grande quantité d'éléments sécréteurs de l'essence ; il y en a presque autant que dans le péricarpe considéré jusqu'alors comme leur unique lieu d'élection.
Après cette constatation anatomique, j'ai voulu voir ce que Texpérience réaliserait; j'ai alors distillé des feuilles en petite quantité ne pouvant le faire encore en grand ; néanmoins, les expériences plusieurs fois répétées furent concluantes, et la valeur d'un kilo de feuilles m'a donné près de deux cents gouttelettes d'une huile essentielle très odorante et d'une belle couleur.
L'huile ainsi obtenue a un point de congélation moins élevé que l'huile des fruits, elle marque entre 13® et 14®, mais l'on voit le bénéfice que l'on peut retirer de ce procédé : Foit dans les années mauvaises, soit même quand on a obtenu l'huile marquant 17® ou 18° on peut faire des mélanges qui ramènent le tout à 16®, on y trouverait un grand profit commercial et l'on arriverait ainsi aisément à augmenter des 2/3 la production annuelle.
Ce procédé, d'ailleurs, employé concurremment avec l'autre, ne fatiguerait point le végétal, mais il n'en faut pas conclure qu'on pourrait faire la cueillette des feuilles à n'importe quel moment de l'année. Un seul moment est propice et d'assez courte durée, car il faut bien songer à ne nuire ni à l'évolution générale de l'arbre, ni à la floraison.
Je recommanderai donc de faire la cueillette une fois par an, vers le milieu de la saison sèche, c'est l'époque où les éléments essentiels sont à leur maximum de production, en même temps que la plus éloignée de la floraison c'est par conséquent le moment le moins préjudiciable à cette dernière.
Il faudra également faire la cueillette à la main et prendre certaines précautions pour ne pas blesser les bourgeons ; on a tout intérêt du reste à s'adresser toujours aux feuilles les plus âgées, celles de la base des branches, et à respecter celles de l'extrémité, d'une teneur moindre en essence.