EXTRACTION DE L'HUILE
Les fours et les appareils à distiller (d'origine chinoise) quoique très primitifs, témoignent, dans leur ensemble et dans le détail, d'une grande sagacité, chez les indigènes. Les figures 5 et 6 représentent lappareil à extraire Thuile, d'une part monté sur le four et d'autre part en coupe longitudinale ; on se rendra compte aisément d'après celte coupe (fig. 6), de son maniement et du fonctionnement de l'appareil :
A la base, un four F, dans lequel on entretient un feu de bois, auquel on ajoute souvent les téguments des fruits distillés l'année précédente et qui restent là, en tas de deux ou trois mètres d'épaisseur.
Habituellement l'association de quatre fours forme un seul ensemble appartenant au village qui le loue aux différents propriétaires; il existe aussi, mais plus spécialement chez les Chinois, des fours isolés, installés, non plus en plein air, mais dans l'intérieur des maisons.
Sur le sommet du four repose une marmite M en terre, ayant la forme de deux troncs de cône juxtaposés par leur grande base ; la partie supérieure dépasse seule la masse du four dans l'association de plusieurs appareils.
On place dans le fond de la marmite une quantité d'eau égale environ au tiers de son volume total et l'on y ajoute les fruits à distiller. La contenance de la marmite est en général de trois piculs.
La marmite est à son tour surmontée par un récipient R, en terre cuite vernissée, ayant la forme d'un tronc de cône renversé dont la petite base, reposant exactement sur le sommet de la marmite sous-jacente, forme avec un vase C, en fonte, la partie supé-
rieure de l'appareil. Autrefois, le récipient R était, non pas en terre vernissée, mais en cuivre, venant directement de Long Tchéou : à Fheure actuelle^ les droits énormes frappés à la frontière sur ces objets, ont fait abandonner leur usage.
Fig. 5. — Appareil à distiller les fruits, monté sur le four.
La partie inférieure du récipient est intérieurement convexe, de façon à former une rigole circulaire interne /*, autour de sa convexité* Dans la partie supérieure de cette dernière, s'ouvrent trois orifices o; ils sont flanqués de palettes correspondant à la partie enlevée et
PH. EBEUHAKDT
ayant pour but d'empêcher le produit de la condensation de retomber directement dans la marmite M. Dans cette même rigole s'ouvre un orifice r qui, par le tube rf, permet aux produits de condensation de s'écouler dans un vase V (on a soin dans le montage de
Fig. 6. — Coupe de l'appareil indigène destiné à l'extraction de l'huile de Badiane.
l'appareil, et pour permettre Técoulement par le tube rf, d'incliner légèrement le récipient R) généralement en fer blanc et muni d'un couvercle 2, par lequel on peut surveiller la hauteur du niveau des liquides qu'il contient. Ce vase est lui-même en communication avec la marmite M par un tube c, sur l'utilité duquel nous reviendrons plus loin
Enfin la partie supérieure du récipient R a sa surface recouverte par un plat creux C, en fonte, dont le fond joue le rôle de condensateur. C'est dans ce plat, en effet, qu'un courant d'eau est amené en a par un bambou fendu longitudinalement, le trop plein s'en va se déverser dans un autre bambou a' placé à Tautre extrémité, par le tube t.
Avant la mise en marche de Tappareil, on lute soigneusement avec de la boue argileuse les points de contact de M et R et de R et C, de façon à supprimer les fuites, mais celles-ci existent toujours en dépit des précautions prises : la boue se sèche en effet rapidement sous Faction de la chaleur, elle se fend alors et Ton a beau boucher les interstices à mesure qu ils se produisent, il y a toujours perte d'une certaine quantité du produit.
L'appareil est alors prêt à fonctionner, le feu est mis au combustible et Ton met en marche le courant d'eau aa' qu'alimente le plus souvent le ruisseau le plus proche.
La masse contenue en M entre bientôt en ébuUition, les vapeurs passent de M en R par les trois ouvertures et viennent se condenser sur la surface inférieure du vase G ; les gouttes, mélange d'eau et d'huile essentielle viennent se réunir dans la rigole /*, d'où par le tube rf, elles se déversent dans le vase V. Là, la différence de densité des liquides les dispose dans un ordre prévu : Thuilç monte à la surface, tandis que Teau reste à la partie inférieure, d'où, par le tube c, et en vertu du principe des vases communicants, elle passe dans la marmite M. Comme cette eau entraîne toujours avec elle une certaine quantité d'huile, la perte en est, de ce fait, évitée.
On a soin de renouveler l'eau dans M, environ toutes les quinze heures.
Comme on le voit, cet appareil est très ingénieusement disposé, on aurait néanmoins tout avantage, dans une exploitation méthodique, à employer notre appareil à distiller.
Commerce, Exportation. — L'huile, une fois recueillie, est alors vendue par les Annamites environ 8 à 10 piastres le kilo à des commerçants qui la livrent à l'exportation.
On la réunit dans de grands récepteurs en métal, munis de deux robinets, celui du bas n'a d'autre but que de déceler la fraude.
PH. EBERHARDT
Si r Annamite en effet a, comme cela lui arrive parfois, laissé intentionnellement de Teau dans son huile, après quelques heures de repos, le robinet inférieur ouvert le montrera immédiatement en la laissant échapper.
La bonne huile commerciale marque environ 16^; il y en a même qui atteint 18® comme point de congélation. Ce dernier est obtenu facilement avec un mélange réfrigérant et un thermomètre.
L'huile, une fois sa valeur vérifiée, est mise dans des bidons, d'une contenance de 7 k. 500 ; ils sont ensuite expédiés par petites caisses de quatre bidons, ce qui fait un total de 30 kilos.
C'est un beau produit jaune clair, qui trouve acheteur à rheure actuelle sur les marchés d'Europe à raison de 14 et 1S francs le kilo et se. livre sur les marchés indigènes à 250 piastres le picul c'est-à-dire 600 francs soit environ 10 francs le kilo.