‹ La Baie d'Hudson [microforme] (volume 2)Chapitre 5 sur 5 · NADA · texte numérisé non relu

NADA

Joseph La France, naquit en 1707 à Michillimakinac. Son père était Français et sa mère de la tribu des Sauteux du Sault Ste.-Marie, Son père se maria dans des circonstances assez extraordinaires, Il traitait sur le lac Huron et avait réussi à se faire une certaine fortune lorsqu'un jour en 1705 remontant les chutes du Sault Ste.-Marie ses Cannots se brisèrent. Dans les efforts qu’il fit pour sauver ses marchandises du naufrage il faillit périr lui-même. Découragé et manquant de tout, il tomba malade et ne dut son rétablissement qu'aux soins assidus d’une jeune Sauteuse, fille d'un chef qui l'avait reçu dans sa loge. Touché du dévouement de cette femme, il l'épousa dans un voyage subséquent et l’amena avec lui à Michillimakinac. C’est à ce dernier endroit que naquit celui dont j'esquisse en ce moment la vie.

I fut baptisé à St.-Ignace de Michillimakinae, dans la chapelle où le Père Claude D'Ablon et le Père Marquette baptisèrent plusieurs centaines de sauvages. Sa mère mourut en 1712. L'année suivante, il descendit à Québec avec son père. Il y passa six mois à apprendre le français, Il suivit ensuite son père dans ses excursions jusqu’à la mort de ce dernier, en 1721. Deux ans après, il se rendit à Montréal pour y vendre les fourrures provenant de l'héritage paternel. Jusqu'à l’âge de 27 ans, il continua Ja carrière de son père, chassant et traitant avec les tribus avoisinant Michillimakinac, En 1734, il visita le Mississipi et l'ouest de cette rivière. Son voyage dura un an et fut très fructueux. Il n’y avait, cette année là, dit-il, que deux soldats qui gardaient le fort

Michillimakinae, 15 à St.-Joseph et une garnison de 30 hommes à Niagara. 5

Il mentionne, en Passant, un fort bâti par les Français au fond du lae Michigan. Si la carte qu'il a préparée est exacte, il se trouvait sinon à l'endroit même ou s'élève aujourd’hui la ville de Chicago, au moins dans le voisinage immédiat, Il Parcourut, en 1735, le Wisconsin et le Missouri. LaFrance était un de ces traiteurs qui n'avaient pas de permis et qui étaient considérés comme des contrebandiers, Au retour de son voyage dans le Wisconsin, il descendit avec huit Iroquois et deux canots chargés de fourrures, les lacs Huron et Erié, et passa pendant la nuit, en face du fort St. Joseph, afin d'éviter la confiscation de ses effets. Il donna, pour faire le portage de la chute Niagara, cent peaux de castor et arriva à Oswégo, à la fin de l'été. C'était à cette époque un poste de traite considérable. Craignant là, comme ailleurs, la main-mise sur ses fourrures, il laissa à ses Iroquois le soin de les vendre pour lui et évita ainsi tout soupçon,

D’après les renseignements qu’il donne, les postes français étaient gardés par de faibles garnisons. En cas de danger, les traiteurs du voisinage volaient à leur secours. Ces traiteurs étaient des sentinelles vigi lantes qui donnaient l'alarme dès que les tribus tramaient

quelque

lPruD'noMME] LA BAIE D'HUDS( IN 31 complot, En 1734, LaFrance désirant régulariser sa Position et las de se voir constamment exposé à être molesté dans son commerce, se rendit à Montréal avec deux sauvages et une cargaison de fourrure. verneur se trouvait en ce moment À cet endroit, sent de mille couronnes et de plusieurs c

Le gou- La France lui fit préentaines de peaux de castor, afin d'obtenir un permis de faire la traite Pendant un an. Le printemps suivant, le Rouverneur ayant été informé qu’il avait vendu de l'eau-devie aux sauvages, le lui refusa, I] Jui défendit même de Partir pour Voyage et confisqua l'argent qu'il lui avait donné, LaFrance, déçu dans ses desseins, résolut de s'enfuir avec ses sauvages, De retour à Michillimakinne, il se livra de nouveau à la traite—Le e

ommerce des Pays d'en haut avait beaucoup perdu de son importance

à cette époque.

Les Anglais avaient établi des postes dans le voisinage du lac Erié et Par conséquent la navigation était dever 1e moins longue pour les sauvages de l'Ouest, De plus le prix des Marchandises avait baissé par suite de la compétition. En 1740, il n’y eut guère plus que douze canots qui se rendirent à Montréal, d'après le témoignage de LaFrance. Le commerce était presqu’exelusivement entre les mains d’offic traite, à qui le Souverneur avait accordé des licences ou “congés de traite” pour les récompenser de leurs services et leur permettre d'élever convenablement leurs familles, Au Printemps de 1738, malgré l'accueil peu encourageant qu'il avait reçu du Bouverneur, LaFrance décida de tenter un second effort Pour l’apaiser et se le concilier, Il suivit la route du nord et Passa par le lac Nipissing. Avant d'atteindre la rivière Ottawa, il recontra le beau-frère du Bouverneur qui sc dirigeait vers l'Ouest suivi de neuf canots montés par 30 voyageurs. LaFrance fut arrêté avec ses Compagnons et sa cargaison fut saisie, Durant la nuit, trompant la vigilance de ses gardes, il se sauva à travers la forêt, n’em- Portant pour toute ressource que son fusil et cinq livres de poudre et de plomb. I] n’était pas homme à se livrer au découragement. Pendant six semaines, il suivit la rive nord du lac Huron, à travers les Marais, les forêts et les montagnes qui longent ce lac. Il vécut surtout de castors qui abondaient dans ces parages. Il arriva enfin au Sault Ste. Marie, Presque mourant de faim et épuisé de fatigue.

iers en re-

Après avoir tout perdu, voyant que le gouverneur était implacable et que la traite ne lui était plus possible, il prit le parti d'abandonner le Canada et de se rendre aux établi ments anglais de la baie d'Hudson. Cette entreprise aurait eu de quoi effrayer une nature moins hardie que a sienne, I] partit au commencement de l'hiver 1739 et suivit le Jae Supérieur, vivant avec les Sauteux, auxquels il était allié par sa mère. Il visita ensuite Ja nation des Epinettes et passa une partie de l'hiver à la rivière Michipicoton. A trois cents milles plus à l’ouest, se trouve, dit-il, une rivière appelée du “Pie” et qui tombe dans le lac

Supérieur.

Ce nom lui fut donné à cause d’un rocher (pic de montagne) qui la borde à trois lieues de son embouchure. Il atteignit cette rivière au mois de mars 1740, Le 18 avril il se trouvait À la rivière du Pie, Il passa deux jours au milieu des Monsonis qui avaient deux villages de chaque côté de la chute de la rivière La Pluie (Fort Francis). Au mois de mai il se rendit au lnc des Bois et fit alliance avec les Kristineaux qui habitaient la rive nord de la rivière Winnipeg. Le 15 septembre, après avoir descendu cette rivière, il voguait sur les eaux du lac Winnipeg. Il se livra tout l'automne à la chasse au castor, LaFrance dit qu'à l’ouest du lac Winnipeg habitaient les Assiniboëls des prairies, tandis qu’au nord se trouvaient les Assiniboëls des bois et au sud les Beaux- Hommes et les Sioux.

Tous ces sauvages se tatounient la peau et se bigarraient la face de peintures représentant des têtes d'animaux ou des desseins de monstre. Leurs membres et leur Corps étaient oints d'huile d'ours et de castor afin de les protéger contre les piqûres des maringouins et autres insectes qui les torturaient tout l'été, Les Beaux-Hommes excellaient surtout dans l’art de se tatouer la peau; c’est de là, prétend LaFrance, que provient le nom donné à cette tribu.

Au printemps suivant, il se rendit en canot, au lac “ Du Sien,” traversa le lac “Caribou ” et arriva au lac Pachegoïa en mars 1742, 11 visita la tribu des “Vieux-Hommes ” ainsi appelés à cause du grand nombre de vieillards que la nation s’honorait de posséder. On a accusé souvent les sauvages dese débarrasserdes plus âgés de leurs tribuscomme des êtres nuisibles et fatigents qui étaient un fardeau pour le camp—Il faut bien avouer que cette accusation n’est pas sans fondement. Les barbares et les païens ne connaissaient pas le devoir filial ou l'amour fraternel de son prochain. Ils étaient sans pitié ni entrailles pour les faibles, les indigents et les abandonnés. Il ne faut pas trop généraliser toutefois cette affirmation. La loi naturelle avait encore ses prises chez quelques tribus sauvages de l'Ouest où la coutume cruelle d'abandonner les personnes âgées n’a jamais existé.

Sur les bords du lac Pachegoïa, poussait une grande quantité de folle-avoine. Les sauvages en emportaient constamment avec eux et en Mmangeaient à chaque instant. (C’est sur les bords de ce lac que se réunissaient les sauvages pour couper l'écorce de bouleau et confectionner leurs légers canots. C'était aussi le point de ralliement et de départ, tous les printemps, pour les postes de la Baie d'Hudson.

Sans vouloir préciser avec une rigueur mathématique le tracé du voyage de LaFrance, il est facile de le suivre jusqu’au lac du Pie, qui, d’après la carte qu’il nous a laissée, correspond au lac Nipigon. Cette carte toutefois n’est pas un guide sûr et on voit qu’il n à point une idée exacte des distances relatives entre les divers lacs ou rivières qu’il visite.

(enun'nomur] LA BAIE D'HUDSON 33

Si ce n’était point faire une trop grande violence À cette carte, on pourrait croire que la rivière du Pie indique l'entrée de la rivière Pigeon, qui fut connue autrefois sous le nom de “Le Pie.” Il faut bien admettre cependant que cet écart de ln carte de LaFrance est trop considérable Pour soutenir cette hypothèse. Le lac du Pie désigne donc le lac Nipigon. De là, il se rendit à la rivière Pigeon qu'il remonta juqu'au lac La Pluie et suivit ensuite 1n route par où sont passés tous ‘ + canotiers de l’ouest, savoir: ln rivière La Pluie, le lac des Bois, la rix ‘re et le lne Winnipeg et enfin ln rivière Hayes. Il est assez probable que le Inc “ Du Sien ” désigne le lae “ Du Pin,” le lac Caribou indique le lac Oxford, et enfin le grand Jne Pachegoïa, le lac de Dieu.

Le 4 avril, tous les canots étaient prêts et l'approvisionnement pour

le voyage complété. I] fut choisi comme guide et partit aveccent canots, Le voyage se fit lentement, chaque canot portait en moyenne deux personnes et 100 peaux de castor. Ils descendirent la rivière Epinette, ne faisant que deux à trois lieues par jour. C’est surtout au cours de ces Voyages que se dessine bien le caractère indolent du sauvage, Si la chaleur l'incommode un peu, il s'arrête pour sommeiller. Il n'est jamais pressé de partir le matin. Il aime à flâner. Après tout qu'a-t-il à gagner à se hâter”? Il s'arrête souvent près des eaux rapides des rivières pendant de longues heures, et regarde fixement, immobile, drapé dans sa couverte, avec la dignité d'un sénateur romain, revêtu de sa toge. On dirait en le contemplant, qu'inquiété par le bruissement de la feuillée, la chute d’un arbre, le murmure des eaux ou le gazouillement des oiseaux, il en cherche la cause dans tout ce qui l'entoure. Qui sait ce qui se Passe dans le cerveau de cet enfant de la nature, durant ces heures de recueillement et de rêverie? Le 29 juin, la flotte arrivait au fort York. Comme les canots ne Pouvaient contenir qu'un certain nombre de peaux, les sauvages ne transportaient que les fourrures qui leur étaient absolument nécessairés pour obtenir de la poudre, du plomb, du thé et du tabac. La longueur de ce voyage, les nombreux rapides à franchir sur la rivière Hayes, les naufrages souvent accompagnés de perte de vie, durant ces courses lointaines, inspiraient peu d’attrait aux sauvages (le l’intérieur pour les forts de la Baie. Ils ne s’y rendaient que par nécessité et comme pis aller.

LaFrance nous donne sur les castors des renseignements assez curieux. Un chasseur, dit-il, peut d'ordinaire tuer 600 castors par saison, au lac Pachégor: et n’en amène à la baie que cent dans son canot.

Les cinq cents autres peaux lui servent de lit, de couverture et d'ornement. D’autres les pendent aux branches des arbres, près des restes de leurs enfants décédés, comme une offrande à leurs mânes. Il en était ainsi, un Peu partout dans le Nord-Ouest canadien avant l’arrivée de La\'érendrye. Quelquefois aussi, ils font griller l'animal avec sa Sec. L, 1910. 3.

fourrure comme nous faisons d’une laie, Le Castor ainsi apprèté, est servi 14 les grandes circonstances, 1] Y a trois espèces de castor: le roux. ioncé, le noir et le blanc. Le premier est le moins recherché. La compagnie de ln Baie d'Hudson préfère le second et le blanc est celui qui se vend le plus cher en Canada, Les #uvages regardent comme un mets exquis la langue et la queue du castor. Ils en font une grande consommation en hiver, Pendant l'été, les castors sont d'une maigreur extrême, À cause des travaux fatigants auxquess ils se livrent. Ils sont constamment à l'œuvre, travaillant avec la plus grande activité à couper des branches et abattre des arbres, Ils amassent du tremble pour se nourrir pendant l'hiver, réparent leurs chaussées et emmagasinent des provisions. En étudiant les mœurs intelligentes et les habitudes de travail de cet animal, on comprend que le Canadien-Français ne pouvait placer sur son drapeau, un emblème plus significatif des qualités excellentes que possède notre race,

LaFrance rapporte que chez quelques-unes des tribus qu’il visita les mères avaient l'habitude de faire avaler de la graisse et de l'huile À leur enfant, lorsqu'il venait au monde et avant qu’il ne prit aucune autre nourriture, Cette pratique avait pour effet, d’après eux, de l'endurcir contre le ‘roid et ies privations et d’assouplir sc, corps. Les Cimbres avaient une habitude À peu près analogue, qui consistait À exposer leurs nouveaux nés dans la neige, pendant quelques instants. Une autre coutume curieuse que raconte LaFrance, c'est qu'après la mort du chef de famille, lorsqu'un enfant portait son nom, on le remplaçait par un autre, afin d'éviter la tristesse que le souvenir du défunt pouvait faire naître, en rappelant son nom. On pourrait faire ici, un rapprochement. On dit qu’Alexandre le Grand, ne voulait Pas que personne portât son nom, et Pline dit qu’un jour, un soldat appelé Alexandre, ayant été accusé devant lui de mener une vie débauchée, il lui commanda de changer de vie ou de nom.

Les sauvages dans le voisinage de la Baie d'Hudson, en outre du castor, chassaient aussi l'ours, l’orignal et le caribou. Ils laissaient aux femmes le soin de prendre aux pièges, le menu gibier, tel que la martre, le vison et le chat Sauvage. Ils confectionnaient une espèce de sucre noir avec l’écorce de bouleau bouillie et s’en servaient comme de remède, dans le cas de bronchite et de pulmonie. Ils témoignaient une horreur invincible pour le fromage, parce qu’ils s’imaginaient follement que cet aliment était fabriqué avec de la graisse de mort, Les objets nou veaux et rares excitaient toujours leur convoitise et étaient estimés À un grand prix. Au lac Pachégoïa, LaFrance obtint trois peaux de martre pour une petite clochette. Ils donnaient ces objets à leurs femmes comine Un ornement destiné à les embellir: Preuve que la vanité féminine ne fait point sentir son doux empire seulement chez les nations les plus policées,

lenvo'nouwr) LA BAIE D'HUDSON 1

et qui se trouvent au contact des raffinements de molle de la civilisation moderne,

À l'ouest de la rivière Ouinipigouchich (Winnipegosis) LaFrance vit Un sauvage qui l'assura à Plusieurs reprises avoir rencontré des hommes portant une Moustache, vivant dans des maisons en pierre et dans des forts, au sud de ce lac. Ces hommes qui ne pouvaient être autres, d'a. près cette description, que des blancs, possédaient des ustensiles de cui. sine en ferblanc, 1] dit avoir vu une coupe de ce métal entre lex mains de ce sauvage, qui prétendait l'avoir reçue d’un blanc, Ceci se passait au printemps de 1742, pendant qu'il se dirigeait vers la Baie d'Hudson, I n'y a aucun doute que ce Sauvage avait du visiter le fort La Reine où se trouvait LaVérendrye et que c'est du découvreur de l'6 uest ou de quelques-uns de ses serviteurs qu’il avait reçu cet objet, En 1742, la nation des Beaux-Hommes fit une excursion à l’ouest du lac Pachégoïa, Les guerriers furent trois mois absents et fumèrent le calumet de paix avec une tribu vivant dans les Montagnes Rocheuses, À l’ouest de ces Montagnes habitait une tribu qui ne connaissait pas l'u «ge des armes à feu. Cette infériorité contribua à son asser visse ment et les sauvages qui la composnient furent tous Vaineus, faits prisonniers et vendus comme c:claves, En signe de servitude, les veindueurs leur coupèrent la jointure du petit doigt, Quelques-uns furent amenés au petit lac des Esclaves, qui fut ainsi nommé À cause de leur Présence. Pendant son séjour au fort York, La France rencontra un vieux chef, qui vivait à quelque distance à l’ouest de la rivièrn Nolse a, Ce vieillard faisait partie d’une bande de trente guerriers, qui en 1727 Poursuivirent les Attimospiquois ou Têtes-Plates, jusque sur les côtes du Pacifique. 11 fut le seul à revenir vivant de cette Campagne militaire et demeura l’unique témoin de cette course lointaine, Pour annoncer À sa nation le sort de ses frères d'armes, morts de faim, de fatigue ou sous les coups des ennemis,

Le récit de ce vieillard rappelle les Campagnes des Parthes ou des Seythes. Voici un court abrégé de cette fameuse expédition. Résolus ue se venger des cruautés commises par les féroces Aitimospiquois, ou de périr à la tâche, trente guerriers, après avoir dit adieu à leurs parents, partirent avec leur femme et leurs enfants, Ils Voyagèrent pendant deux hivers et un été, et au mois d'avril 1727, ils atteignirent les rives de l'Océan Pacifique. Ils se construisirent alors des embarcations et laissèrent leurs familles dans une île qui n’était séparée de la terre ferme qu’à la marée haute. Leurs familles devaient attendre leur retour à cet endroit, Les guerriers ainsi allégis, se mirent à la recherche des Té

Ils finirent enfin par apercevoir les vestiges d’un camp et un peu plus loin des feux à demi-éteints. Ils quittèrent à l'instant leurs canots pour suivre ces traces. Quelques heures après, ils trouvèrent enfin leurs ennemis campés sur les bords d’une petite rivière inconscients du danger qui les nienaÇait. Ils fondirent sur eux en poussant leur cri de guerre. Les Têtes-Plates surpris et effrayés s’enfuirent à toute jambe, laissant beaucoup de morts. Ces fayards, cependant, ayant constaté le petit nombre de leurs assaillants reprirent courage et les attaquèrent à leur tour. Les agresseurs accablés sous le nombre furent obligés de regagner leurs canots, après avoir perdu quinze des leurs. Tous périrent de misère, à l’exception de trois qui purent retourner à l’île où devaient se trouver leurs femmes et leurs enfants. A leur grande douleur, ces trois su. vivants ne rencontrèrent que deux femmes expirantes, qui leur racontèrent qu’une bande de Têtes-Plates les avaient attaquées pendant la nuit, qu’ils avaient enlevé ou tué toutes les femmes et les enfants et qu’elles-mêmes n'avaient été abandonnées que parce qu’ils les croyaient mortes. Ils passèrent trois joursdansl’île et au moment du départlesdeux femmes et l’un des trois survivants avaient expiré. Un mois plus tard, le dernier compagnon de voyage de ce vieillard ayant succombé, il partit seul, voyagea pendant un an, et traversa de nouveau les Montagnes Rocheuses, parcourant maintes régions inconnues. Lorsqu'il arriva au milieu des siens, il se mourait de faim. Ilavait perdu son fusil, sa hache, et même son couteau et n'avait pour soutenir sa chétive existence que la mousse des bois, des rochers et les racines des prairies.

LaFrance apprit de ce vieillard qu’il avait visité un endroit dans les Montagnes Rocheuses où le feu sortait de terre et où des pierres enflammées étaient lancées du pied des montagnes à de longues distances. Si ce rapport n’est pas le fait de l'imagination ardente de ce sauvage et peut être considéré comme véridique, il indiquerait la présence de volcans qui autrefois étaient en activité et se sont éteints depuis. En traversant les Montagnes Rocheuses, ce vieillard dit qu’il rencontra peu de sauvages. Ils vivaient par groupe de dix à douze familles, sur les bords des rivières où ils s'étaient construits des maisons en bois très spacieuses. Ils se nourrissaient surtout de poissons qu’ils apprêtaient avec des fruits dont les vallées étaient couvertes. La dernière partie de ce récit porte l'empreinte de la vérité, car Sir Alexandre Mackenzie, dans son voyage, aux côtes du Pacifique en 1793, confirme ces renseignements. Il parle même de villages bien bâtis, au milieu desquels étaient érigés des temples païens avant cinq! «nte pieds carrés. De chaque côté de ces temples,

étaient sculptées des figures grossières, représentant deux êtres humains, les mains appuyées sur les genoux et supportant sur leur dos le poids de toute la construction. De l’autre côté du temple étaient des figures

hyéroglyphiques repré

‘sentant des têtes d'ours et de castor. Quant aux

[PRuD'HoMME] LA BAIE D'HUDSON 37 Proues des pirogues que le capitaine Cook dit être ornées de dents humaines, il Paraîtrait, d’après ce vieillard que c'était les dents d’un certain poisson, fort semblables surtout à distance, à celles d’un homme. Les sauvages des côtes du Pacifique vivaient à cette époque dans des villages construits avec soin, et étaient soumis À un chef qui exerçait une autorité souveraine, Ils étaient dans l'abondance et avaient la tête ornée de plumes d’aigle très communs dans ces Parages. Ils avaient l’ha-

bitude de brûler leurs morts et d'entretenir des fleurs à lendroit où leurs cendres avaient été déposées,

Ils prenaient le Saumon à l’aide d’un appareil de forme conique ayant 15 pieds de longueur et quatre pieds et demi de diamètre. Le poisson pénétrait dans ce réservoir Par une ouverture de sept pouces de diamètre. Une fois entré dans l'appareil, il n'en pouvait sortir.

Encore ici ces données sont corroborées par Mackenzie.

On sait peu de choses des dernières années de LaF qu’après un court séjour au fort York, il passa en Angleterre où il se lia d'amitié avec un armateur anglais du nom d'Arthur Dobbs qui écrivit sa vie, Il mourut au service de la compagnie de la Baie d'Hudson en 1763. LaFrance, de même que les anciens Voyageurs, n'avaient ni compas, ni boussole Pour se diriger. Il jugeait des distances parcourues par le nombre de jours de marche, La plus grande erreur de sa carte est d’avoir placé le Nord-Ouest canadien à au ms trois degrés trop au nord. Il indique aussi Souvent le cours d’une rivière dans une direction qu’elle n’a Pas. Ilest à présumer qu’il ne visita ces riv leur embouchure, dans les lacs où elles venaient se décharg rapporta quant à leur cours, dans l'intérieur, aux renseigneme Ou erronés des sauvages. Quoiqu'il en soit de € journal et la carte de LaFrance jettent plus d’un jo et les mœurs des aborigènes du Nord-( Juest blancs au milieu d’eux.

rance, si ce n’est.

ières qu’à er et s’en nts vagues "es inexactitudes, le ur curieux sur la vie à l’arrivée des premiers

Nicolas Jérémie.

Cet officier distingué naquit et fut baptisé à Sillery, le 16 février 1669. Son père se nommait Noël et sa mère Jeanne Pelletier. tomne 1693 il épousa une Montagnaise. Le Conseil Supérieur à Ja demande de son père annula ce mariage, vu que les ordonnances au sujet des unions entre blanes et Sauvages n'avaient pas été observées et que Nicolas n’avait Pas 25 ans, âge requis alors Pour se marier sans le consentement paternel. Il demeura au fort Bourbon de 1695 à 1708, sauf une absence de quelques mois, en Angleterre, comme prisonnier de guerre. 11 devint ensuite &ouverneur du fort Bourbon qu’il ne quitta qu’en 1714, à l'exception d’un voyage qu'il fit en 1707 à Québec pour se marier, Il avait le grade de lieutenant dans les troupes du Canada et lai

A l’au-

Sa un

travail fort intéressant sur la Baie d'Hudson. Ce livre est extrêmement rare et il est presqu’impossible de se le Procurer, Quelque société historique devrait se charger d’en faire publier une nouvelle édition. J’imagine que celui qui ferait une telle entreprise, serait assuré de rentrer dans ses déboursés et de faire quelques profits. On pourra se faire une idée de l’histoire de Jérémie par le résumé de quelques Pages que je vais donner. À quinze lieues de la rivière Churchill, dit-il, se trouve la rivière du Loup-Marin. Entre ces deux rivières, les chasseurs poursuivent de nombreux troupeaux de bœufs musqués. L'odeur prononcé de musc qui s’exhale de la chair de ces animaux, à certaines époques de l’année, la rend détestable. Leur poil est très long, traînant à terre et bien fourni. Leurs cornes retournées pèsent jusqu’à 60 livres. {es “Plas-Côtés-de- Chien ” qui visitent cette rivière sont une nation douce. Ils portent à leur cou des morceaux de cuivre qu'ils trouvent sur les bords de la rivière de ce nom et qu’ils façonnent en les frappant avec des cailloux. Les cariboux durant l'été souffrent beaucoup des maringouins et autres insectes qui les tourmentent sans cesse. Afin d'échapper à leurs piqûres, ils quittent les bois et se dirigent vers la rivière Bourbon par troupeaux de huit à dix milles. Les sauvages n’ont qu’à les attendre au passage, à l’époque de cette migration, pour se procurer sans effort toute la nourriture dont ils ont besoin. Jérémie dit qu’on pourra peutêtre l’accuser d’exagérer ridiculement ce qu’il a vu, mais qu’il est dans les limites de la vérité quand il affirme que les oies et les canards sont en tel nombre, sur les bords de cette rivière, que lorsqu'ils se lèvent, effrayés par la décharge d’une arme à feu, ils obseurcissent le ciel et que le bruit produit par le battement de leurs ailes, empêche les chasseurs de s'entendre. Les loups et les veaux marins étaient aussi en très grande quantité. Jérémie estime que dans une rivière qu’il appelle “Gargousse ” et sur une autre nommée “ Egarée, ” il eut été facile, dans une seule saison de recueillir 600 tonneaux d'huile. Dans le cours d’une année, les 80 hommes qui gardaient le fort Bourbon tuèrent 90,000 perdrix et 25,000 lièvres. Au mois d'avril, les cariboux et les orignaux se dirigent vers le nord, pour retourner au sud à l'automne. Les naturels les attendent en canot, près des rivières que le troupeau doit traverser et les tuent à coups de flèche, ou bien encore ils leur tendent des pièges avec des branches enlacées et de cette manière en prennent beaucoup vivants. Jérémie dit qu’il se consolait dans cet exil en dégustant des vins mousseux de Paris. Dansle jardin du fort, il récoltait des salades et autres légumes, avec lesquels il apprêtait la venaison.

Bacqueville de la Potherie.

LaPotherie arriva en Canada en 1700. Il est l’auteur d’une histoire de l'Amérique Septentrionale, D’après cet écrivain, à l'époque

ferRuD'ouwe] LA BAIE D'HUDSON

où les Francais faisaient la traite à la baie d'Hudson, les sauvages s’y rendaient en grand nombre et le commerce était plus actif qu’au temps de Joseph LaFrance (1742). Ils se réunissaient, dit-il, douze à quinze mille ensemble, se choisissaient des chefs et partaient de l’intérieur du Pays, jusque du lac des Bois, pour faire des échanges au fort Bourbon. LaPotherie dit avoir vu jusqu’à mille canots auprès du fort Bourbon. On peut se faire une idée des profits énormes que faisaient les Français, auxquels les sauvages venaient apporter leurs plus riches fourrures dans un rayon de quinze cents à dx mille milles tout autour du fort Bourbon. On pourra en juger par ce simple fait: les peaux de renards argentés ‘ ijent communes, Presque chaque canot en ap-

portait une ou deux; or les Français ne la Payaient que 81.50 la peau. Ab uno disce omnes.

Témoignage de Frost— Derniers combats des coureurs

de bois auprès de Pontiac.

Frost se trouvait au fort Orignal en 1730. Il

demeura aussi quelque temps au fort Churchill. Il rapporte qu’à en

viron cent milles du

prix beaucoup plus élevés Pour les fourru la baie d'Hudson. Pourtant les commerc:

dans des conditions désavantageuses puisqu'ils é

a baie, tous les ans. En 1742, les sauvages apportèrent 20,000 peaux de

Frost estime qu’à cette date, environ cent Sauvages de l’intérieur

visitaient ce fort et deux cents venaient de la région située au nord de Churchill.

se présentait sur les grands lacs de l’est, ‘ La Nouvelle-Angleterre fut obligée d’y maintenir des garnisons nombreuses à grands frais, Les dépenses pour transport, salaire des guides et canotiers, absorbaient une partie notable de la traite. C’est Pour cette raison que les marchands de New-York qui trouvaien dispendieux à entretenir, se pl leur enlevaient leurs meilleurs acheteurs.

face de ces faits, si les postes français de l’ou tance si opiniâtre et ne cédèrent qu’après que Lévis eut levé le siège de Québec. C’est alors qu’on vit Pontiac, cet ami si touchant et si fidèle de la France, dans ses jours de malheur, ruiner et détruire plusieurs forts anglais et assiéger Détroit, après le traité de Paris. C'était vraiment un beau spectacle que celui de cet illustre guerrior sauvage,

alliant une dernière fois autour de lui les tribus demeurées attachées à la France, ainsi que quelques coureurs de bois qui avaient fait aimer le nom Français dans tout l'intérieur, renversant tout ce qui se présentait devant sa bande meurtrière, pour tenter dans un suprême effort de sauver la colonie. Combien d’oret de sang l’Angleterre a du répandre pour se rendre maîtresse du commerce de l’ouest et soumettre ces braves dont l'audace et le dévouement à leur ancienne mère-patrie avaient de quoi émouvoir jusqu'aux larmes. Ce dernier reflet de gloire des armes françaises rappelle les plus belles épopées des temps anciens.

Dernier exploit de l'amiral LaPérouse.

Je touche à la fin des luttes de la France pour la suprématie de la baie d'Hudson. Voici le dernier acte de ce drame sanglant. Au mois d'août 1782, LaFrance, qui se rappelait des brillantes victoires du célèbre D’Iberville, envoya l'amiral LaPérouse faire une expédition dans la baie. Il se présenta devant le fort Prince de Galles qui était en état de soutenir un long siège. Sa flotte se composait du Sceptre qui portait 74 canons, de l’Astarte et de l’Engageante, qui avaient chacun 36 canons. Dès la première sommation, le gouverneur Samuel Hearne se rendit sans coup férir. Umfreville qui se trouvait dans ce fort critique sévèrement la conduite de son chef dans cette circonstance. I] dit que les Français, après un long voyage, étaient épuisés de fatigue, mal vêtus, que la moitié d’entr'eux n’avaient pas de chaussure et qu’il eut été par conséquent facile de leur résister, Le 21 août suivant, le fort York se rendait également à LaPérouse. Ces victoires qui avaient peu coûté, n’eurent aucun résultat, La compagnie subit des pertes considérables, mais ces postes lui furent bientôt rendus.

Après cet exploit, le drapeau français quitta les rivages de la baie d'Hudson pour n’y plus reparaître. La France absorbée par ses guerres continentales, ne s’occupa plus de ses anciennes possessions d'Amérique.

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