‹ La Baie d'Hudson [microforme] (volume 3)Chapitre 2 sur 3 · La Baie d'H udson · texte numérisé non relu

La Baie d'H udson

Par le juge L.-A. PRUD'HOMME.

(Lu le 26 mai 1908.)

Notes préliminaircs,

mpressement vers ces contrées glaciales, était l'espérance de ceindre leur front de 1

On tâchait eimpl:

cédentes pour évi

spirituels dont elles t aux pauvres aborigènes les lumières et les consolations de la fi.

L’Angleterre et la France, à cette époque, étaient Presque toujours en guerre, On ne i qu’elles fissent bon mé- Ë livrer de rudes combats

pour la conqu

flères nations pose de poursuivre la suite des événements et de retracer faits et gestes des uns et des autres jusqu’au jour où le drapeau français abandonna la baie d'Hudson Pour toujours, avec Le

Pérouse, le dernier marin français qui s’illustra sur cette plage. Les brillantes victoires du chevalier de Troyes et du célèbre d’Iberville forment à ellen seules une des pages les plus belles et les plus émouvantes de notre histoire. Elles mériteraient d’être chantées par un poète épique. Puis à côté de ces exploits, nous verrons les efforts tentés par la France pour attirer la traite à ses postes du lac Népigon et de la rivièra Abbittibi, et la concurrence ruineuse qu’elle fit à la compagnie de ’a baie d'Hudson. Ce champ d’étude mérite d’être exploité, car il est relativement peu connu. Je lui ai donn une attention spéciale, parceque, de plus, il met bien en relief le caractère des trappeurs français et leur étonnante adaptabilité à la vie aventureuse au sein des déserts et des forêts et qu’il fait admirer davantage les ressources inépuiscbles de ces hardis voyageurs au milieu des dangers et des privations de leurs courses lointaines. J’ai tâché de donner également dans cette étude, des renseignements et des détails intimes sur l’organisation, les règlements et l’action de la compagnie de la baie d'Hudson, sur ses gouverneurs et ses employés, les efforts tentés pour pénétrer dans l’intérieur du pays, et ses rapports avec les sauvages,

Forts Camamistigoyan, La Tourette et des Français.

Expéditions au Nord du lac Supérieur — Les Greysolon — Jean Péré, 1678-1686

Les Greysolon étaient des hommes à l’âme énergique et au caractère fortement trempé. D’une nature débordante, aucune entreprise si difficile qu’elle fut, ne semblait au dessus de leur force. Ils possédaient non serlement l’ardeur dévorante et l’emportement fébrile du premier élan, mais cette qualité encore plus précieuse, parce qu’elle est plus rare, de la continuité et de la persévérance dans l'effort. Les sauvages accouraient à eux et subissaient avec joie l’ascendant de ces hardis explorateurs. Par leur esprit de justice et de générosité ils captèrent la confiance de toutes les tribus qu’ils visitèrent, jusqu’aux cruels et si peu simpathiques Sioux. Ils se partagèrent la plage occidentale du lac Supérieur. Daniel Greysolon, sieur du Lhut, prit le sud et devint le grand manitou des Outaouais et des Sioux, qu’il tenait sous sa main. Son frère, Charles Greysolon, sieur de la Tourette, s’empara du nord. Du Lhut déclare que si son frère avec quelques Français ne s’étaient rendus au lac Népigon, tous les sauvages qui visitaient le fond du lac auraient fini par transporter leurs fourrures à la baie d'Hudson, comme l’avaient fait déjà les Kristineaux et les Monsonis en 1677, au nombre de 120 canots. La raison en était bien simple: les Outaouais habitaient l’extrémité sud-sud-est du lac Supérieur. Les Kristineaux du lac Népigon

[PnuD'rouus] LA BAIE D'HUDSON e

Les Outaouais les acmais bientôt la supériorité leur cupidité, Ils leur suscitèrent toutes les piller ouvertement comme s’ils étaient ragés par ces mauvais traitements, averdraient plus à son poste et qu’ils se ren- Anglais s’il n’envoyait des traiteurs français au lac La Tourette se rendit donc chez eux, suivant la promesse luth à ces sauvages. Les Kristineaux ] le grand chef blanc et l’aimaient corum établir à l'entrée du Ja Camamistigoyan.

ur la rivière Kamiaistiquia ier poste établi sur les bords

lettre du baron de La Hi dit que le fort La Touret, Népigon, que le fort “Camami

Le but que se proposait La Tourette en se sendant au lac Népigon, était d’attirer les Christineaux à cet endroit et de les empêcher de prendre le chemin de la baie. Comme point stratégique, on ne pouvait mieux choisir. Evidemment, La Tourette avait du ccup. d’œil, et cette déviantion instinctive que possèdent certaines intelligences supérieures, le ser. vit bien dans cette circonstance. Le lac N! épigon était situé pour servir de point d’appui aux Français et leur permettre de faire des étapes vers le nord.

A cette époque, ce moyen d’ ment la traite des Français.

subit une baisse considérable iaient ..s

‘étaient pas encore préts à fonder

jusqu’aux avant-p d'Hudson et réduisit son Commerce à un rayon relativement peu étendu autour de la baie James.

Le fort Camamistigoyan était entouré de pieux debout, La traite

y devint si importante, qu’on fut obligé d'élever plusieurs magasins Pour y recevoir les marchandises et les fourrures. Voyant les développements que prenait la traite, il résolut de construire un second fort afin de se rapprocher davantage des sauvages du nord. Il bâtit en effet ce fort en 1684 et lui donna son nom “La Tourette”. Il avait alors pour lieutenant M. Boisguillot et était aidé dans ces travaux par plusieurs Canadiens. Après la construction du fort La Tourette le premier poste perdit beaucoup de son importance, tandis que le second devint l’emporium de cette région. Sa réputation se répandit jusqu’à la baie et les sauvages y aflluèrent. Le 10 septembre 1684, La Tourette avait si bien réussi dans sa mission qu’il écrivait au gouverneur LaBarre: “Tous les sauvages du nord ont beaucoup confiance en moi et c’est ce qui me fait vous promettre qu'avant deux ans il ne descendra pas un sauvage chez les Anglais de la baie d'Hudson. Ils me l’ont tous promis. Les Kilistinos, les Assipouals, les Gens de la Sapinière, les Outonloubys, et les Tabitibis qni composent toutes les nations qui sont à l’ouest de la mer du nord m’ont promis d'être le printemps prochain au fort que j’ai fait faire à la rivière à la Manne, dans le fond du lac Alemipigon, et l'été prochain j'en ferai un dans le Pays des Kilistinos, qui les barrera entièrement. Enfin, Monsieur, je veux perdre la vie si je n’empêche absolument les sauvages de descendre chez les Anglais.”

La Tourette n’était pas homme à se vanter, ni à faire naître ches le gouverneur de vaines espérances. Il mit à exécution ce qu’il avait promis. En effet, en 1685, il construisit un troisième fort au nord de celui de “La Tourette”, afin de pouvoir mieux atteindre les Cris de l’intérieur. Une carte de Franquelin de 1688, indique le fort “La Tourette” au nord du lac Népigon, à l'entrée d’une rivière qui va tomber dans le lac Christineau, De ce lac, Franquelin trace le commencement de la rivière Bourbon. On voit de suite que cette carte est préparée d’après des renseignements erronés. 11 y a loin du lac Népigon au lac Christineau (Des Bois) et il n’y a pas de rivière qui communique d’un lac à l'autre. Du côté est du :.- Népigon et au nord du fort “La Tourette” se trouve un bout de rivière appelé “Péré”, Bien loin, au nord du fort “La Tourette,” on voit un petit lac qui se jette dans la rivière Bourbon, et sur les rives de ce petit lac se trouve cette indication “ Fort des Français”. Cette partie du pays était mieux connue des Français et les renseignements donnés sont à peu près exacts,

Le fort La Tourette fut érigé à l’embouchure de la rivière Ombabiha. Le Fort des Français fut construit, paraîtrait-il, près des fourches de la rivière Kenogami et Albany, à environ 60 milles au sud de l'endroit où les Anglais firent plus tard un petit établissement pour arrêter le progrès des Français. Cet établissement des Anglais, qui

[raup'nowuz) LA BAIE D'HUDSON 7

n'eut jamais aucune importance et fut Presqu'aussitôt abandonné, portait le nom de Henley House, C'est un fait digne de remarque

d’Utrecht, quoiqu dans le territoire cédé à ] ristineaux mentionné par Franquelin n’est autre que le lac St-Joseph et que ce qu’il croyait être la rivière Bourbon n’était autre que la rivière Albany. En admettant ces corrections, qui semblent évidentes, il s’en suit que ce troisième fort se trouvait à la jonction des rivières Albary et Kenogemi. La rivière Péré fut ainsi appelée du nom d’un voyageur distingué qui en 1684 se rendit à la baie d'Hudson par le lac Népigon. Le gouverneur LaBarre, informé de la trahison de Radisson, dépécha le sieur de la Croix avec deux compagnons, au lac Népigon, avec instruction de dire à La Tourette ; faire transmettre certaines lettres qu’il lui envoyait, à Jean-Bapt des Groseilliers, fils de Médard Chouart des Groseilliers. Par ces lettres je ge. verneur le pressait de ren abandonner le serv... des Anglais. ’était que sur les menac +.

de son oncle R Jeune homme avait consenti, avec une sups de 1684, à livrer les

La Croix arrivèrent au lac Népi dans les terres. Ja Tourette, s’adressa à Péré qui se chargea J.-Bte des Groseilliers. Péré, rivière qui depuis a porté son nom.

ins d'efforts pour les retenir

au lac Népigon. Mais quand la baie passa de nouveau sous le drapeau anglais, les sauvages, habitués à visiter cette plage, continuèrent à sy rendre. Il fallut que les Français s’appliquent avec une nouvelle ardeur à reconquérir au lac Népigon leur ancien ascendant sur les Cris, pour les dissuader d’aller porter leurs fourrures aux Anglais. La Tourette tenta de se frayer un chemin du lac Népigoa jusqu’à la rivière Bourbon (Nelson) qu’il croyait tout d’abord beaucoup plus rapprochée qu'elle n’est de fait. Il compris bientôt que cette route était quasi-impossible et se tourna ensuite vers le nord, par la rivière Kénogami. “ Le chemin, avoue-t-il, pour se rendre chez les peuples qui ont coutume de visiter le port Nelson et la rivière Bourbon est effroyable par sa longueur et les difficultés des vivres” Il avait raison. Les employés de la compagnie du Nord-Ouest feront des efforts en 1785, c’est-à-dire un siècle plus tard, pour pénétrer äans l’ouest en prenant le lac Népigon comme point de départ, Edouard Umfreville, assisté de son contremaître Saint-Germain, entreprendra une expédition qui viendra aboutir à la rivière Winnipeg, pour constater ce que La Tourette annonçait déjà en 1686. Cette route était impraticable.

Disons un mot maintenant de Péré dont il vient d’être question. Jean Péré ou Péray selon d’autres, arriva au Canada en 1660 et commença par se livrer au commerce. En 1669, il fit un voyage avec Louis Jolliet, à la demande de l'intendant Talon, pour s’assurer si les échantillons de cuivre que le P. Allouez venait d'apporter du lac Supérieur provenaient bien de mines de ce métal. Il ge trouvait à Michillimakinac lorsqu'il partit avec La Croix pour aller porter à La Tourette les dépêches du gouverneur. A Michillimakinac il servait sous les ordres du sieur du Lhut, Il fit un coup de maître à ce poste qui lui gagna le respect des sauvages. Deux Français avaient été tués par une bande d’indigènes; Péré se mit à la poursuite des meurtriers et les fit prisonniers. Ils furent ensuite mis à mort. Dès lors Péré fut considéré comme un brave, Il arriva au lac N épigon au mois de juin 1684, et là devait dans sa pensée se terminer sa mission, lorsque La Tourette le chargea de continuer jusqu’à la baie, Il partit sur le champ, accompagné de deux Français. Il se dirigea vers le nord par la rivière Eturgeon, qui, de ce jour fut appelée Péré, atteignit la rivière Kénogami qu’il descendit jusqu’au coude qu’elle forme en gagnant à l’est et de là prit la direction de la rivière Missinabi, pour tomber ensuite sur la rivière Orignal, qu’il suivit jusqu’à la baie. C’est là, au fort Orignal, qu’il rencontra le jeune des Groseilliers. On donna également par la suite le nom de Péré à la rivière Orignal, nom qu’elle porta pendant quelque temps, parcequ’il avait été le premier blanc à la descendre jusqu’à la mer.

Le gouverneur l’accueillit avec une grande courtoisie. Ses devoirs

[Pru»'xouuS) LA BAIE D'HUDSON 9

lobligèrent de prendre congé de Péré pendant quelque temps et ce dernier, avec ses deux Compagnons, se retira le long de la mer. Le troisième jour, comme ils se reposaient, ayant laissé leur canot échoué, ne ge

tant pas de la marée, leur canot fut en flotte et un petit vent de

comme prisonnier au fort, Mmpagnons dans l'île Charleson à 30 milles a Les deux détenus s’échappèrent sur un canot d’écorce avaient fabriqué et retournèrent à Michillimakinac. Péré fut envoyé ei

1687. Durant l'hiver de cette année-là

contre les Iroquois au nord du lac Ontari

et 62 femmes et enfants.

d'en haut.

M. Margry, dans les mémoires qu’il a publiés, prétend que le fort “La Tourette ” se trouvait sur la rivière Péré. D’après la carte que j'ai mentionnée et les lettres de La Tourette, je crois que c’est une erreur. 11 se trouvait un peu plus au nord, en &agnant le fond du lac Népigon.

Expédition du chevalier Pierre de Troyes en 1686. — Prise des forts Monsonis, Saint-Charles et Aïbany.

Par la trahison de d'Hudson s

que d’Iberville,

Robutel de la Noue Pagnait comme missionnaire. Cette bande partit de Montréal le 20 mars 1686, remonta l’Ottawa jusqu’au lac Témiscamingue, d’où elle gagna le lac Abbittibi et s’élança ensuite à travers les terres, remontant les rivières, franchissant des marécages et des

montagnes et parcourant des régions inconnues au milieu de mille dangers et de fatigues incroyables. “Il fallait être Canadien, dit Bacqueville de la Pothierie, pour supporter les incommodités d’une si longue traverse.” Ils atteignirent la baie le 20 juin au nombre de 32, au moment où les Anglais ne les attendaient pas. La compagnie possédait alors cinq forts, savoir: Monsonis ou Original, Saint-Charles ou Rupert, Albany, Nelson et Severn. Tous ces postes portaient le nom des rivières à l'embouchure desquelles ils avaient été construits. Les employés de la compagnie n’auraient jamais Pu soupçonner qu’à cette époque de l’année il eut été possible de faire une telle expédition.

La première attaque fut dirigée le 20 juin 1686 contre Monsonis. Ce fort très important était protégé par un mur flanqué de quatre bastions et défendu par quatorze canons. D’Iberville sauta le premier dans la place, le sabre au poing. Au moment où il venait d'y pénétrer, un Anglais qui se trouvait derrière la porte, la referma et notre héros dût soutenir une lutte corps à Corps avec les ennemis, jusqu’à ce que ses Compagnons vinrent à son secours. Sainte-Hélène escalada la palissade avec quelques soldats, surprit les Anglais et les fit prisonniers. Les Anglais ne purent résister à limpétuosité de la charge faite par cette poignée de preux chevaliers et se rendirent. Ils demandèrent quartier, sauf un canonnier qui se préparait à mettre le feu à sa pièce, lorsque Sainte-Hélène le tua d’un coup de fusil.

Après ce premier exploit, les Français se dirigèrent vers le fort Saint-Charles, appelé également Rupert. Ce fort était le premier qui eut été érigé par la compagnie et se trouvait à environ 120 milles du fort Orignal. Une chaloupe préparée pour la circonstance, longea la côte, transportant deux pièces de canon qu’on venait d’enlever aux Anglais, tandis que la troupe suivait par terre. Après cinq jours de marche on arriva de nuit, le ler juillet, devant le fort dont Saint-Hélène fit aussitôt la reconnaissance à travers lobscurité, La garnison dût bientôt se rendre comme le fort précédent et les Français rasèrent les fortifications. Pendant que le corps principal de cette troupe s’emparait du fort Saint-Charles, d’Iberville, aidé de son frère Maricourt et de sept Canadiens, monté sur un canot d’écorce, s’approchait sans bruit dun navire anglais mouillé dans le port, sous les murs de ce fort. L’équipage dormait paisiblement, inconscient du danger qui le menaçait. Ils trouvèrent la sentinelle enveloppée dans une couverture et lui passèrenx l'épée à travers le corps avant qu’elle put donner l'alarme. D’Iberville frappe lui-même du pied sur le pont, comme c’est Pusage pour réveiller ceux qui sont au dessous et leur donner l'alerte. On fend la tête d’un coup de sabre au premier qui se montre au dessus de l'échelle. Un autre à l'instant périt de même. Le héros canadien force

[PruD'HoMuE) LA BAIE D'HUDSON nl

la chambre à coups de hache, fait main basse partout et prend le navire d'assaut. Cet exploit prodigieux suffirait à immortaliser ces deux braves et leurs compagnons. Quelle audace il fallait, en effet, pour se lancer contre un navire de &uerre sur un simple canot d’écorce, et quelle prouesse incroyable que de le capturer avec des moyens si disproportionnés. Ce bâtiment fut envoyé ensuite au fort Orignal.

Restait encore le fort Principal de la Compagnie à l’entrée maré- Cageuse de la rivière Albany. 11 était défendu Par une muraille épaisse, et protégé par quatre bastion L

alysa complète-

Ce fut encore Saint-

D’Tberville qui, avec sa prise, sui-

monde à se retirer des glaces, mais

a rivière Albany, où il entra heundant la nuit.

au montant de 825,000.

Le chevalier de Troyes 6 août. D’Iberville de

Monsonis, à l'exception du Bouverneur Sargeant qui, avec ses suivants, demeura sur l’île Charleson. Il ne restait plus à l’Angleterre que le fort Nelson, à quelques milles seulement du fort Bourbon, et le petit poste de Severn. Ce hardi coup de guerre eut un grand retentissement

en Angleterre et jeta la consternation parmi les actionnaires de la compagnie.

Tci se place une de ces épisodes caractéristiques qui nus peignent sur le vif l'énergie des compagnons de d’Iberville. Avant de retourner à Montréal, ce dernier avait envoyé quatre hommes reconnaître un navire anglais pris par les glaces près de l’île Charleson. L'un d’eux tomba malade en chemin. Les trois autres furen’ surpris par les Anglais; l’un d’entr'eux toutefois réussit à s'échapper. Ses deux compagnons furent pris, liés, et mis à fond de cale où ils passèrent l’hiver. Au printemps, celui qui conduisait le navire, se noya. Le pilote et les six autres Anglais qui restaient, firent sortir le moins vigoureux des deux Canadiens pour les aider. Un jour que plusieurs des Anglais étaient en haut dans les manœuvres, le Canadien s’arme d'une hache, casse la tête à deux de ses ennemis qui se trouvaient sur le pont et court délivrer son camarade. Tous deux s’arment, se rendent maîtres du navire et lui fond prendre la route des postes français. Ils rencontrèrent en chemin d'Iberville qui avait équipé un bâtiment pour délivrer ses hommes. Le navire pris était chargé de vivres et de marchandises qui furent d’un grand secours aux forts.

D'Iberville à la Baie d'Hudson 1688—1689.

Prise de trois navires anglais — Juchereau de la Ferté s'empare du fort Severn

Pierre LeMoyne, sieur d’Iberville, naquit à Montréal le 20 juillet 1661 et était le troisième fils de Charles LeMoyne, sieur de Longueuil. 11 était le plus distingué d’une famille de héros. £on père, originaire de Normandie, arriva en Canada en 1641, Il apprit bientôt plusieurs langues sauvages et servit comme interprète. Il accompagne M. de Courcelles dans son expédition de 1666 contre les Iroquois. Il se distingua dans la guerre contre ces derniers et fut récompensé de ses services par l’octroi de lettres de noblesse en 1667 et la concession des seigneuries de Longueuil, Châteauguay et de l’île Sainte-Hélène. Il eut 8 enfants: LeMoyne d’Iberville, de Sainte-Hélène, de Maricourt, de Longueuil, de Sérigny, de Châteauguay et les deux de Bienville. Cinq d’entr'eux se battirent pour la France dans la baie d'Hudson; ce furent d’Iberville, de Sainte-Hélène, de Maricourt, de Sérigny et de Châteauguay. Louis LeMoyne de Châteauguay, né en 1676, mourut glorieusement au siège du fort Nelson en 1694.

D’Iberville était à peine de retour de la baie qu’il songeait déjà à y retourner, afin d’achever de s’en rendre maître. Il y retourna en effet en 1688, par la mer, avec son frère Maricourt. Il y trouva trois navires

[PRuD'nouur] LA BAIE D'HUDSON 18

anglais, qui se disposaient à s’emparer des postes français. Ils ne purent rien entreprendre pendant l’hiver. D’Iberville fit si bonne contenance qu’il en imposa aux ennemis. Au printemps 1689, Juchereau de la Ferté se rendit à la tête d’un Parti de Canadiens au fo

enleva d'assaut. D’Iberville de son côté se diri

rgés de mitraille pointés sur lendroit du rendez-vous. Ce guet-apens l’exaspéra. Il n’avait avec lui que quatorze hommes. Il n’hésita Pas néanmoins à attaquer l'ennemi. 11 leur fit une guerre d’embuscade dans laquelle il tua ou prit une partie de leur équipage, et finalement obligea les deux navires à amener leur Pavillon. Le troisième navire ne tarda pas également à se rendre. Il conduisit le plus gros, chargé de pelleterie, à Québec, après avoir remis Pautre à Maricourt, à qui il confia les postes au fond de la baie. Quant aux prisonniers, comme ils étaient nombreux, il leur remit l’autre navire qu’il leur avait pris, pour leur permettre de s’en retourner en Angleterre.

D'Iberville à la baie en 1690 avec Denis de Bonaventure—En 1693 les postes abandonnés timbent aux mains des Anglais.

Le 24 septembre 1690, d’Iberville se trouvait en face du fort de la rivière Sainte-Thérèse, à bord du Sainte-Anne qu’il commandait et des Armes de la compagnie, confié à Denis de Bonaventure. Il débarqua avec dix hommes pour tâcher de faire quelques prisonniers et de 8e renseigner, mais une sentinelle Vaperçut et donna Valarme, Un bâtiment ennemi de 36 canons, voulant lui couper la retraite, envoya deux chaloupes à sa poursuite, mais les Français s’étant rembarqués, arrivèrent heureusement à bord.. Le reflux ayant fait échouer le navire anglais, d’Iberville fit fausse route pour faire croire qu’il allait abandonner la baie, puis retuurna à la rivière des Saintes-Huiles, ainsi nommée parcequ’il s’en était perdue une boîte à cet endroit. Il y trouva le Saint-François que commandait son frère Maricourt. Ils partirent tous deux pour le fort Severn à 30 lieues de celui de Nelson, et réduisirent la garnison à brûler le fort et à se disperser. Ils y recueillirent une grande quantité de fourrures qu’ils transportèrent au fort Sainte-Anne, tandis que Maricourt se rendait au fort Rupert, après avoir secouru Monsonis.

Au mois d'octobre d'Iberville partit pour Québec avec sa cargaison de fourrures, mais, averti que la flotte de Phipps assiégeait cette ville, il prit la route de France. Les Français demeurèrent jusqu’en 1693 en possession de tout ce qu’ils avaient conquis. Pendant cette période ils traitèrent les postes de la baie comme la plupart de leurs colonies, c’est-

à-dire qu’ils les négligèrent et ne prirent aucun soin de les fortifier, Le compagnie du Nord, qui avait amassé des profits énormes au dépens de sa rivale, la ‘compagnie de la baie d'Hudson, se reposa sur ses lauriers, et ne se donna pas même la peine d'entretenir des garnisons suffisantes Pour mettre ses forts à l'abri d’un coup de main. Cette incurie incroyable devait lui ménager des surprises. Les Anglais, avec l’admirable tenacité qui les distingue au milieu de leurs plus grands revers de fortune, n’abandonnèrent pas la partie. La compagnie de la baie d’Hudson avait vu presque tous ses navires enlevés par les Français, ainsi que Je produit de sa traite annuelle. Ses comptoirs étaient presque tous ruinés ou tombés entre les mains des Français et les sauvages la traitaient avec mépris en voyant son impuissance, Les choses ne tardèrent pas à changer d’aspect. Les postes français étaient si peu défendus que l’ennemi n’avait plus, pour ainsi dire, qu’à se présenter pour qu’on lui ouvre les portes.

En 1693, trois navires anglais s'approchèrent du fort Sainte-Anne et débarquèrent 40 hommes pour s’en emparer, mais dans l'attaque qui suivit, deux des assaillants fure: : tués et les autres s’éloignèrent s’imaginant que la place était bien u‘‘endue, Des sauvages qu’ils rencontrèrent les ayant informés du véritable nombre des défenseurs ils revinrent à la charge au nombre de cent hommes. La garnison du fort Sainte-Anne, peu considérable d’ailleurs à l’origine, avait été décimée par la maladie. Le vaisseau qui devait, cette année là, la ravitailler, n’avait pu arriver jusqu’à eux à cause de la violence des vents. Sur les huit survivants, l’armurier Guillory assommse à coups de hache le P. Dalmas, laumônier du fort, ainsi que le chirurgien. On dut enchaîner ce criminel qui avait probablement perdu la raison. Il ne restait plus, pour repousser l’ennemi, que le comma-dant et quatre soldats. Voyant l’inutilité de toute résistance, ces citiq f'1ançais s’embarquèrent pendant la nuit dans un canot et se rendirent par l'intérieur jusqu’à Québec, où ils informèrent le gouverneur de ce qui venait de se passer. Les Anglais, le lendemain, ne trouvèrent le fort occupé que par le malheureux Guillory, qui n’était guère dangereux puisqu'il était enchaîné. Ils s’emparèrent également des forts Rupert et Monsonis qui n’étaient pas mieux gardés. En apprenant ces événements la compagnie du Nord eoïtit de sa torpeur et prit immédiatement des mesures pour réparer cet échec. Elle équipa deux navires de guerre qu’elle confia à d’Iberville.

D'Iberville capture le fort Nelson en 1694 —Mort du sieur de Châteauguay.

D’Tberville qui, par ses services signalés, avait mérité le grade de capitaine de frégate, reçut l’ordre du gouverneur Frontenac de s'em-

CPnuv'nouu] LA BAIE D'HUDSON 16

Parer du fort Nelson, le plus le 10 août avec deux vai

e M. d’Iberville.

11 fut blessé le 13 octobre

et mourut le lendemain, au P. Marest, l’aumônier de l'équipage.” 1] ne faut pas confondre ce vaillant officier avec Antoine LeMoyne, sieur de Châteauguay, le dernier des quatorze enfants de

Charles LeMoyne de Longueuil, qui, après avoir été successivement gou-

verneur à la Martinique, à Cayenne et à PIle Royale, mourut en France en 1747.

Le frère de sieur d’Ibervil Louis et

tant de guerre que de bouche. Les deux nau parceque la saison était trop avancée pour

perdit 20 hommes du scorbut. Le 20 a France, laissant le fort Nelson sous la M. de Martigny pour son lieutenant, M.

iens et six Iroquois du Sault Sainten possession de leur conquête, jus-

après les Anglais. 11 lui fut impossible de pénétrer dans la rade déjà occupée et de prêter secours aux assiégés. A son grand regret il dut retourner en France avant la clôture de la navigation pour n'être pas pris par les glaces, Les Anglais avaient un contingent de 400 hommes. La garnison se défendit vaillamment, Une Partie des assiégés, embusquée dans les buissons, harcelait l'ennemi et lPempêchait de s’approcher du fort. Après des prodiges de valeur, M. de Laforest, voyant que les vivres et les munitions allaient manquer et qu’ils n’avaient aucune espérance d’être secourus, songea à capituler. Les Anglais qui s’imaginaient par la défense qu’elle avait opposée, que la garnison était nombreuse et qui craignaient les effets désasireux d’un long siège, aux approches de lhiver, se montrèrent conciliants. Ils promirent aux Fran- Sais de les faire transporter dans leur patrie et de leur permettre d’emporter avec eux tous leurs effets, Lorsqu'ils constatèrent.le peu d’hommes qui les avaient tenus en échec ils refusèrent de s’en tenir aux termes de la capitulation. Ils furent main basse sur tout ce qu’ils possédaient et amenèrent la garnison comme prisonnière de guerre en Angleterre, où elle demeura sous garde pendant quatre mois.

Jérémie, qui se trouvait à ce fort lors de la capitulation, dit que tout ce qu’ils demandaient leur fut accordé, mais qu’on leur tint mal promesse et que leurs pelleteries, ainsi que toutes autres choses qu’ils pos-

sédaient leur furent enlevées. Le fort Nelson passa aux mains des Anglais au mois de septembre 1636,

Expédition du Sieur d'Iberville 1697—Brillante victoire—Le fort Nelson reconquis—Sérigny—De Martigny—Traités de Ryswick 169%et d'Utrecht 1713.

La France ne perdit pas de temps pour prendre sa revanche et réparer cet échec. On eut encore recours à d’Iberville, qui fut chargé de mettre toute la baie au pouvoir des Français. On lui confia une escadre de cinq navires: le Pélican qui portait 50 canons, le Palmier 40 canons, le Profond, la Violente et un brigantin. Son frère de Sérigny l’accompagnait. Il partit de Plaisance le 8 juillet 1697 et arriva da s la baie le 3 août. Ils la trouvèrent couverte de glace et, pour éviter tout accident, ils furent obligés de se séparer. Les glaces poussées par le courant, écrasèrent le brigantin qui fut perdu. L’équipage réussit à se sauver. M. Duguay, qui commandait le Profond emporté vers le nord par les courants, tomba sur trois vaisseaux anglais, le Hampshire, le Deering et le Hudson qui se rendaient au fort Nelson. 11 engagea le combat, mais bientôt d'énormes banquises de glace les séparèrent. Les Anglais, après lavoir canonné pendant dix heures, l’abandonnèrent le croyant près de sombrer et se dirigèrent vers le fort Nelson.

[PruD'nomur] LA BAIE D'HUDSON

Le Palmier Violente fut D’Iberville, Pendant près de quince jours il vue, et le 4 septembre il ar- 11 ne se doutait nullement de la prébaie. Le lendemain il ordonna à 24 te. Le 6 septembre, pendant que ses il aperçut trois voiles qui semblaient Il s'imagina tout d'abord que c'était 11 donna des signaux de reconnaissance, il comprit que c’était trois navires enentrée du port pour le tenir prisonnier, combattre ou de se rendre, Il n'hésita Le Hampshire mes, le Deering 36 et l'Hudson 32 ca-

ts du scorbut et que le détachement de n’avait pas eu le temps de rappeler, se A l'instant il leva l'ancre et s’avança au-devant des

Anglais. A 9.30 a.m. le combat s’engagea. Le Pélican voulut aborder ” tout de suite le Hampshire. M. de la Potherie, rable bataille, se tenait à la tête d’

à vergue. Les boulets et la can redouble son feu, pointe à propos, que son fier ennemi plus sa longueur de chemin et uipage ne fut sauvé. Aussitôt était au moment d'entrer dans la voyant sur le point d’être abordé wmena son papillon. Le Deering auquel il donna ensuite la chasse, réussit à se sauver.

Les Anglais étaient au nombre de cinq à six cents hommes à bord de ces trois navires.

Sec. I., 1908. 2.

D’Iberville répara immédiatement les avarics de l’Hudson et so remit en chasse, mais le Deering avait pris une avance de trois lieues et s’échappa à la faveur de la nuit. Voyant la mer grossir, d’Iberville eut soin d'aller mouiller au large, mais une tempête terrible éclata. Tous les câbles des navires cassèrent successivement, et malgré les plus habiles manœuvres, le Pélican fut jeté, vers minuit, sur la côte, à l’entrée de la rivière Sainte-Thérèse, avec ea prise et s’emplit d'eau. Le Pélican, pendant le combat, avait été percé de sept coups de canon. De plus, ses pompes étaient brisées et il ne pouvait épuiser l’eau qu’il faisait. Le lendemain (7 sept.) les malades et les Llessés furent transportés en canot et en radeau sur le rivage qui était à deux lieues. Une vingtaine de ces malheureux moururent de froid, pendant le trajet. L’équipage débarqua tout ce qui était nécessaire pour attaquer immédiatement le fort Nelson, car on était resté sans vivres après le naufrage et il y avait deux pieds de neige dans le bois. Sur ces entrefaites, trois autres navires français arrivèrent avec des vivres.

Le 10 septembre d'Iberville fit dresser des batteries, A peine eut-il commencé à canonner le fort, qu’il se rendit avec les honneurs de la guerre, à condition que la garnison serait transporiée en Angleterre. La capitulation fut signée par Henri Bailey, gouverneur du fort. Cette victoire complétait la conquête de la baie d'Hudson. La France demeurait maîtresse absolue de ce pays. Après avoir tout réglé, d’Iberville s’embarqua pour l’Europe le 24 septembre, à bord du Profond, laissant le commandement à son frère de Sérigny.

De Sérigny, à son tour, se décida à repasser en France et nomma pour le remplacer, son cousin-germain, M. de Martigny. Ce dernier avait pour lieutenant le sieur Dugué de Boisbriand, qui a laissé un nom célèbre dans l’histoire, Quand d’Iberville atteignit La Rochelle, le ? novembre 169%, il avait à son bord 234 malades qui se mouraient du scorbut; le lieutenant du Poli, neuf Canadiens et dix matelots succombèrent à cette maladie.

Après ce glorieux fait d'arme, d’Iberville ne reparut plus dans la baie. En 1698 il découvrit les bouches du Missisesipi et devint en 1700 gouverneur de la Louisiane. En 1706 il s’empara de trois navires anglais dans les Indes Occidentales et mourut le 9 juillet 1706, au moment où il se proposait d’aller surprendre et enlever la flotte anglaise de la Virginie. Cet homme est le plus illustre guerrier que le Canada ait produit.

L'année même que d’Iberville achevait de chasser les Anglais de la baie d'Hudson, fut signé le traité de Ryswick, : ui ne laissait à la compagnie de la baie d'Hudson que le fort Albany. Ta France demeura : en possession de cette contrée jusqu’au traité d'Utrecht en 17153, c'est-

(PauD'nouue) LA BAIE D'HUDSON 19

à-dire pendant 20 ans. Par ce dernier traité, elle perdit tout le fruit de ses conquêtes et livra la baie au pouvoir des Anglais, qui depuis cette date en sont demeurés les paisibles possesseurs, Cinquante ans après cæ traité la France devait abandonner Pour toujours À sa superbe rivale le reste de ses possessions en Amérique,

La compagnie de la Baie d'Hudson—Notes su; les employés.

L'étude des documents qui se rapportent à la traite, sur le littoral de la baie, met au jour une foule de renseignements fort curieux. Pour n’être pas trop fastidieux, je ne ferai que glaner les faits saillants et je laisserai de côté bien des détails qu auraient pourtant leur importance.

Ce qui frappe tout d'abord dans l’étude des archives de cette com- Pagnie et qui s'impose nécessairement comme conclusion, c’est le peu d'aptitude de ses serviteurs pour les courses dans l’intérieur du pays. Le constraste avec les traiteurs français est si frappant qu’il défie toute Comparaison. Ils ne furent toujours que de bien tristes voyageurs, incapables de s’accommoder à la vie au désert. Ils ne devinrent tout au plus que des canotiers passables. Leur maladresse comme chasseurs dépasse toute expression. Qu’on en juge plutôt par ce fait-ci. Les oies, pendant l'été, s’abattaient par bandes innombrables sur ces rivages in-

€ un peu de dextérité, les Français réussissaient parfois à en tuer à coups de bâton. Ils en faisaient des réserves pour tout l'hiver et les garnisons n’en manquaient presque jamais. viteurs de la compagnie étaient de gi mauvais tireurs qu’ils alimenter les forts durant la saison de la chasse, La cour générale de Londres fut obligée de donner, à maintes reprises, des instructions spéciales à ses officiers d’enseigner à quelques-uns d’entr'eux la manière de chasser les oies, afin de pouvoir faire quelques salaisons pour l’hiver. Voici ce qu'on lit à ce sujet dans une lettre du comité, adressée en 1748 au gouverneur Spencer, au fort Albany: “Il est regrettable que vous n’ayiez pas enseigné à vos serviteurs à chaseer les oies qui abondent dans le voisinage. Vous devriez les envoyer à la chasse avec les sauvages, afin qu'ils puissent savoir comment s’y prendre pour tuer des oies.” Pourtant, au témoignage de la Potherie, ces volatils étaient si nombreux, que pendant une partie de l’année les employés des postes français avaient pu se nourrir suffisamment avec les œufs seulement.

Raisons pour lesquelles la compagnie ne pénétra pas dans l'intérieur du pays—Inexpérience de ses serviteurs.

Il est un fait qui étonne ceux qui étudient l’histoire de la compagnie

de ia baie d'Hudson. On se demande Pourquoi pendant plus d’un siè-

RCE PRE DONS MER a NT En

ns

le se contenta de faire la traite sur le littoral de la mer et pourquoi elle hésita si longtemps à pénétrer dans l'intérieur du pays. Des écrivains ont prétendu qu’elle ne se souciait pas de fonder des postes dans le pays, pour trois motifs Principaux. 1e premier, parceque les sauvages apportaient à ses forts autant de fourrures qu’elle en désirait pour les besoins de son commerce ; le deuxième, à cause des dépenses considérables qu’auraient nécessitées des établissements ou des excursions dans l'intérieur, et enfin, une troisième raison serait que les fourrures de l'extrême nord étaient les plus riches et les plus recherchées, Cet argument paraît bien acceptable au premier abord, mais il ne saurait soutenir un examen sérieux, et, de plus, est contredit par la correspondance officielle et les registres de la compagnie,

Que les premiers établissements aient été fondés sur les rives de la baie, cela se conçoit et il serait même étrange qu’il en fut autrement. 11 fallait à la compagnie des comptoirs pour emmagasiner ses pelleteries et ses marchandises, pour conserver les provisions de bouche destinées à es employés, et des forts pour protéger le tout contre ses ennemis ou la ccnvoitise des sauvages ;: mais qu'elle se soit obstinée volontairement à rescreindre son champ d’action à cette région désolée pendant audelà de cent ens, c’est ce que les raisons qui viennent d’être énumérées ne sauraient expliquer d’une manière satisfaisante, Il faut chercher ailleurs le secret de ce mystère. Les véritables motifs étaient l’inexpérience de ses employés incapables d'entreprendre une expédition lointaine, et la crainte de tomber entre les mains des trappeurs français qui parcouraient l’ouest en tous sens. Ces derniers furent toujours son cauchemar, Le fait que la piapart des tribus sauvages étaient alliées aux Français n’était pas de nature non plus à les rassurer, Les employés s’imaginaient voir une bande de tra‘teurs et de sauvages embusquée derrière chaque lisière de bois ou à l'affût au détour de chaque cours d’eau.

Efforts pour pénétrer dans le Pays—Henry Kelsey—Fort Heniey.

La cour générale fit appel à mille ressources pour pousser ses serviteurs de l'avant: espoir de récompense, Fromesse de promotion et de mention honorable; rien n'y fit. Les Souverneurs des Civers postes essuyèrent constamment des refus qu’ils consignent avec regret dans leurs rapports à la cour pendant 50 ans, sans obtenir les résultats qu'elle désirait. Si l’on excepte l'expédition d'Henry Kelsey, qui n’aboutit à rien, et l'établissement temporaire du fort Henley, on peut dire que la compagnie demeura cantonnée dans cette région glaciale qui avoisine la baie, comme si un mur de Chine lui eut fermé l'entrée du pays. C2 ne fut pas par choix, goût ou intérêt qu’elle demeura ainsi prisonnière im-

Crnvo'nowux] LA BAIE D'HUDSON PI

mobile sur cette terre inhospitaliè-e. Toute sa Correepondance indique quel œil d'eavie elle jetait sur l'intérieur, mais ses serviteurs n'étaient Pas taillés pour une telle entreprise, Jls préféraient attendre stoïquement autour de leurs forts l’arrivée annuelle de la flottille sauvage, Ce ne fut qu'en 1774 que la Compagnie se montra dans l'intérieur, alors qu'elle érigea un fort au lac Cumberland, Une fois qu’elle eut brisé le cercle qui la retenait captive, elle déborda dans le pays de tous côtés à la fois. En 1:93 elle s'étit avancée jusqu’à la Rivière-Rouge, où elle ne tarda Pas à entrer en lutte avec sa Puissante rivale, la com- Pagnie du Nord-Ouest. Henry Kelsey ne fit qu'une promenade dans la région avoisinant la baie. Parti de Deering's Point dans l’été de 1691, il était de retour l'été suivante avec un bon nombre d’Assiniboines, L'expédition n'eut aucun résultat. Le journal de Kelsey montre qu'il n'atteignit pas la rivière Churchill ni Ja rivière Athabasca.

Quand au fort Henley, voici dans quellas conditions il fut construit. Quelques sauvages, mécontents des traitements qu’ils avaient reçus à la baie, invitèrent les traiteurs français à remonter la rivière Albany et à intercepter ainsi les fourrures qui se rendaient à la mer. Quelques Français, «a effet, séduits Par l'espoir d’une riche moisson, se rendirent jusqu’à environ cent milles du fort Albany. Ils passèrent l'été sous des tentes, et à l'automne, peu satisfaits du rendement, ils en retournèrent Pour ne plus revenir, La compagnie, craignant leu: ‘e= tour, fit élever, au printemps suivant, un fort à l’end--it méne où les Français avaient fait la traite. Ce fort était entouré d’une palissade très résistante. Bâti en 1738, il fut détruit par les sauvages l’année suivante, La Compagnie n’essaya pas de le relever Le Dr Thompson, qui se trouvait à cette époque à Albany, dit qu’il eut été inutile de le reconstruire, vu que les Français n’auraient Pas manqué de le détruire à la première occasion, De plus, les Sauvages étaient fort mal disposés vis-à-vis la Compagnie et ne désiraient rien moins que sa présence dans l'intérieur, Plus tard, toutefois, ja Compagnie éleva une maison au même endroit pour y faire la traite; car en 1771, elle y entretenait onze serviteurs, ayant un contrene fut construit probablement qu'après que les de visiter Vouest, vers 1755. D’après une traditi

Postes França : au nord de la rivière Aïlbany, 1715-1719—Sur la “1ère Seel, 1738—Les pius riches fourrures vont aux trappeurs fran ais.

Dans la correspondance officielle de ses officiers la compagnie se nt du tort que lui causait en 1719, la présence des Français auprès

de la baie. Les trappeurs français avaient déjà fondé un poste dans la partie nord de la rivière Albany entre les années 1715 et 1719. Ils avaient réussi à s’accaparer un grand nombre de fourrures que les sauvages naguère portaient au fort Albany.

Joseph La France rapporte qu’en 1731, dix canots montés par des traiteurs français visitèrent la rivière Albany et retournèrent à Québec chargés des fourrures les plus légères et les plus riches du nord. En 1738, les traiteurs français devenus plus nombreux, pressaient la compagnie autour de La baie James. Ils avaient construit un fort sur la rivière Seel, à 100 milles de Churchill, et y entretenaient une garnison de 60 hommes qui, tout en se livrant à la traite, se tenaient prêts à défendre ce poste si l’occasion s’en présentait. Ils faisaient une concurrence désastreuse à la compagnie. L’audace de ces hommes était incroyable. Ils allaient enlever des moutons jusqu’aux portes des postes anglais. La compagnie dut cesser de semer du maïs autour de ses postes, parceque les Français ou les sauvages alliés à eux, allaient parfois en faire la récolte.

Les sauvages vendaient à ces traiteurs leurs plus belles fourrures et n’apportaient à la baie que les rebuts et celles qui étaient trop pesantes pour être transportées à bord des frèles d’écorce des Français.

Joseph de Lustra, 1733-1748.

Il est souvent fait mention de ce traiteur dans les récits de cette époque. Les uns le représentent comme un coureur des bois intriguant et diplomate; d’autres en font un personnage légendaire et lui attribuent des choses merveilleuses. Ce qui paraît le plus clair de ces témoignages, c’est qu’il contribua puissamment à diminuer la traite de la baie et à l’attirer vers l'est. Il empêcha les sauvages à l’est du lac Winnipeg de se rendre à la mer et les attira au lac Abbittibi, où les Français avaient fondé un poste. De fait, cet homme extraordinaire exerçait une influence considérable sur lesprit des sauvages, qui le reconnaissaient comme un grand chef. Il commanda pendant quelques années, par le prestige et la confiance qu’il inspirait aux tribus, le commerce de presque tout le territoire compris aujourd’hui dans Keewatin. Il n’est pas facile de fixer exactement la date où cet aventurier parut dans cette régic. Richard White parle de lui à maints endroits dans sa correspondance. Il dit qu’il le rencontra un jour à soixante milles de Churchill. Or, White fut employé tout d’abord comme comm is au fort Albany, de 1726 à 1733, alors qu'il fut transféré à Churchill, où il demeura jusqu’en 1743. On doit donc placer les prouesses de ce hardi traiteur entre les années 1733 et 1743.

[PruD'nouur] LA BAIE D'HUDSON 28

L'intérieur du Pays—Efforts pour le Connaître et y ériger des élablissements—Bayley, Bridgar et Sargeant.

impor-

pper à J’ai affirmé que la

Compagnie désirait s'établir et ne put y parvenir. Il n’est que juste q appui de cette affirmation.

Dès 1676 vait instruction de ne rien

pédition qu’il entreprit sur le lit-

toral de la mer avec Thomas Moore et George Geyer, in-

dique qu’il Vain et pusilla-

ui, ne devrait se risquer. Le voyage sultat que la reconnaissance de la côte nordt des principales rivières qui se jettent dans compagnie décida de s’adresser à un autre

Passe de commentaires. o rivière Nelson et d’y ériger iné ir de point d’appui dans ses excursions à L'idée était excellente.

nord et envoyé leurs rapports à Londres.

avec connaissance de cause, l’intérieur au

dans le pays.

Le 27 avril 1783 Je comité de Londres, s'adressant à l’un de ses &ouverneurs, Henry Sargeant, s’exprime ainsi : “Nous vous donnons ins-

truction de choisir parmi nos serviteurs les plus robustes et les mieux versés dans les langues sauvages. Vous les ferez pénétrer dans l’intérieur des terres afin d’attirer les sauvages par de bons traitements eb des manières conciliantes et de les décider à commercer avec vous”. Quelle fut la réponse de Sargeant? Elle était peu encourageante. Il écrivit à Londres que les employés refusaient d’entreprendre une telle expédition à cause des dangers qu’elle présentait. Deux ans après cet ordre formel les choses n’avaient pas beaucoup avancé, car le comité lui écrivait de nouveau le 22 mai 1685: « Nous constatons que nos serviteurs refusent de pénétrer dans le Pays à cause des dangers qu’il offre et du Feu d’encouragement qui leur est donné. Le danger ne doit pas être plus grand qu’autrefois, et quant à l’encouragement, nous récompenserons généreusement tous ceux qui se montreront dignes de nos faveurs en amenant des sauvages à nos forts. Nous considérons que Robert Sanford, W. Arrington et John Vincent sont trois personnes propres à entreprendre ce voyage. De plus, nous portons leur salaire à trente louis.” L'espoir des récompenses va-t-il les enhardir et chasser de leur imagination les mille fantômes menaçants dont le cerveay effrayé de ces gens peuplait le pays? Point du tout. Le 24 août 1685, le gouverneur Sargeant répond: “Sanford n'accepte pas les offres qui lui sont faites mais préfère retourner en Angleterre. Ni lui, ni aucun autre serviteur n’a voulu consentir à faire partie d'un tel voyage, malgré votre pressant désir et en dépit de tous les moyens de persuasion que j'ai employés”. Enfin, après six ans d'attente, un homme tel que le désirait la compagnie se présenta dans la personne de Henry Kelsey.

Le voyage d'Henry Kelsey, 1690-1692—Résumé de son Journal—Route Parcourue.

Les instructions transmises au &ouverneur Geyer, alors commandant au fort Nelson, trahissent les vives appréhensions que la compagnie éprouvait sur les dangers qu’elle croyait entrevoir dans l'expédition de Kelsey. La terreur des naturels s’était communiquée des employés au comité siégeant à Londres. Qu'on en juge plutôt par ce document: “Au gouverneur Geyer et à son conseil, au fort Nelson, le 2 juin 1688: “Nous ordonnons que le jeune Henry Kelsey soit envoyé à la rivière Churchill avec Thomas Sauvage. Nous sommes informés que c’est un garçon très actif, qui se complait dans la compagnie des naturels et préfère voyager avec eux qu'avec les blancs. Néanmoins, nous voulons que vous ne le confiez pas trop à ces sauvages qui nous sont inconnus, sans avoir un otage comme garantie des bons traitements envers Kelsey. Vous avertirez bien nos employés qu’ils ne sauraient être trop sur leur garde lorsqu'ils iront traiter avec n'importe quelle tribu, car les

(PRüD'HOMME] LA BAIE D'HUDSON 28

Sauvages de ces pays ont la réputation d’être traîtres.” stils devaient être inutiles

té 1690, Kelsey voyage, nnée-là que Deering's Point. I] Partit de ce hef d’une tribu nommée Assinæ Poets, l’année suivante, Voici un résumé de $ : journal: Le 15 juillet 1691, il quittait Deeriig's Point à la recherche des sauvages connus sous le nom de Stone In. ins qui le précédaient de dix jours de marche. Cetie tribu se trouvait au sud d'une rivière peu profonde, ayant environ cent verges de largeur et appelée Washashwsebée. Les Stone étaient à cette époque CA -guerre avec la tribu voisine les N, aywatamee Pocts. Ces derniers üvaient tué trois femmes des Stone, Kelsey rapporte que la crémation était en usage chez eux et qu'ils n'enterraient que les os calcinés re- Cueillis parmi les cendres des défunts.

Le 19 août, aprè 5 milles par jour depuis son dé D’après ces calculs environ 450 milles depuis qu'il avait quitté le La direction qu’il suivit paraît être ouest.

e chasse des bison nombre. I] engagca Washba, le a guerre avec les nations voisines. Porter une pipe durant l'hiver, dire qu’il «

a compagnie. sur ses pas et hiverna à Deering’s Point (1691-1692). Au printemps suivant, après l’arrivée des sauvages, il se mit en marche et retourna au fort Nelson.

Deering's Point se trouvait au grand Jac (Big Lake). De cet endroit il se dirigea vers l'ouest et ne traversa qu’une rivière. Les seuls gibiers qu’il signale, sont les bœufs musqués, les bisons et les perdrix. écri comme étant désert, entrecoupé de marais

Pays était peu peuplé. est probable que Kelsey pousse son de la rivière

La nation des “ Poets ” il parle habitait Ja contrée entre le lac Athabasca au nord, la rivière du inême nom à louest, et la hauteur

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