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dut Rue.
des terres au sud. 11 n’ÿ a aucun doute qu’il voyagea au nord de la rivière Churchill. Il n’eut pu manquer de mentionner ce grand fleuve s’il l’eût traversé. D'ailleurs, au sud de ce fleuve, il aurait rencontré un réseau de rivières et de lacs considérables, qui l’auraient forcé à se servir de canots la plupart du temps. Or la plus grande partie de son expédition se fit à pied. Quant à la présence des bisons au nord de la rivière Churchill, ce fait n'a rien d’étonnant. Les anciens voyageurs de la compagnie du Nord-Ouest se rappelaient en avoir tués jusque sur les rives du lac Athabasca.
Les Aseinæ Poets, ainsi que les Stone, ne sont autres que des tribus d’Assiniboines. L’étymologie du mot Assiniboine l'indique suffisamment (Assine— Pierre, Boine—sauvage). On dit que le nom de Stone leur fut donné parcequ'ils faisaient usage de pierre rougie au feu pour la cuisson de leurs aliments.
Les sauvages tinrent parole, et en 1692 Kelsey amena avec lui à la baie un nombre considérable d’Assiniboines. Cette expédition ne fut pas suivie de grands résultats. Le commerce avec l’intérieur se ralentit bientôt et les sauvages cessèrent de se rendre à la baie, car en 1707 et 1711 le comité écrivait au capitaine Fullertine d’envoyer des messagers aux sauvages pour les inviter à fréquenter les forts de la compagnie. Henry Kelsey était arrivé d’Angleterre au fort Nelson alors qu'il n’était encore qu’un enfant. Il s'était habitué de bonne heure à la vie rude qu’on menait dans ces pays. Il apprit à parler plusieurs idiomes sauvages et suivit parfois les naturels à la chasse dans le voisinage du fort. Il fut récompensé de ses découvertes et devint gouverneur du fort York, où il avait longtemps servi. Les prétentions tardives de certains historiens que Kelsey visita les rives de la Saskatchewan n’ont aucun fondement et sont démenties par le récit même de Kelsey.
La traite au nord de la baie James—Dépenses pour équiper des navires. —Kelsey et Napier.
La compagnie, en attendant qu’elle put pénétrer dans le pays,.tourna ses regards vers la rive nord-ouest de la baie. Au mois de juin 1720, le gouverneur de la compagnie à Londres, écrivait au capitaine Kelsey à York: “ Nous vous ordonnons de nous envoyer copie des journaux et registres que vous avez tenus pendant votre voyage, ainsi qu’un rapport des découvertes que vous avez pu faire, des mœurs et coutumes des nations que vous avez rencontrées et de la quantité de baleines et de poissons qui sy trouvent.”
Le capitaine Kelsey était considéré comme un voyageur hardi et même imprudent. Il voulait pénétrer aussi loin que possible dans le nord. La cour générale lui écrivit à ce sujet, le 26 mai 1721: “ Vous
[PRuD'HoMuE) LA BAIE D'HUDSON 27
Pour vous et ceux qui vous ac-
able expédition. De plus vous devrez revenir
à la fin d'août, Nous YOUs envoyons aussi un bateau dont l'équipage a
instruction de faire une course au nord, de reconnaître les côtes et de
retourner vers le 15 août.” En parcourant cette correspondance, on
constate trois choses. Le peu d’expérience des serviteurs de la compa-
gnie qu’elle ne veut pas laisser hiverner en dehors de ses forts, de
crainte qu’ils ne perdent la vie; leur peu d’endurance dans les voyages
à longs cours et le soin qu’elle portait à ses serviteurs, Les traiteurs français, par contre, se faisaient un jeu de coucher,
partit “Sir Thomas
r qu’un bateau viendrait tous les Ceite expédition eût un plein su furent établis a
guère d’attrait à es employés.
sérieux et s'était imposée des rieur et s'y établir. ent gna de 1720 à 1774 à sarannéees, les dépenses énorteaux et les courses vers le
Guerre entre les tribus—Diminution de la traite—Le gouverneur R. Norton rétablit la paix en 1719— Augmentation de la traite après 1719.
Les guerræ continuelles que se faisaient les nations, contribuèrent à la diminution de la traite; aussi, en 1693, le comité crut devoir prendre la chose en cunsidératio
tellement que les animaux sauvages finiront par détruire ceux qui survivront aux traits de leurs ennemis.” Il est à présumer, d’après ce qui précède, que ces guerres étaient très meurtrières, ou que la compagnie en oxagérait les conséquences dans l’intérét de son commerce. En 1719 la paix fut enfin rétablie, grâce aux bons conseils et aux présents de R. Norton, à qui la compagnie donna comme récompense la somme de quinze louis. A compter de cette époque (1719) la compagnie paraît avoir abandonné toute idée de fonder des éiablissements dans l'intérieur. Les tribus sauvages, ayant enterré la hache de guerre, venaient en plus grand nombre à ses postes, Une lettre de Norton, adressée quelques années après au bureau des directeurs à Londres, nous fait voir que la situation s'était améliorée.
“Fort Prince de Galles, 1er août 1724.
“ Les sauvages du nord visitent nos forts. J'ai fait avec eux une meilleure traite que les années précédentes. Ils m’ont tous promis de revenir en plus grand nombre et avec une plus grande quantité de fourrures. J'espère que le commerce de Churchill va s’accroître. L'automne dernier, j'ai vu au fort Prince de Galles, un chef qui amenait avec lui un sauvage qui n’avait jamais vu de blanc avant ce jour. J’ai donné des marchandises à ce sauvage pour en emporter dans sa tribu et l'inviter à venir traiter. Le printemps dernier j’ai revu le même chef, qui m’a informé qu'il n'avait pas revu ce sauvage et qu’il croyait bien qu’il avait été tué par des ennemis.
En 1%33 Norton nous informe que la traite avec les sauvages du nord avait plus que doublé, qu'il dirigeait tous ses efforts dans cette direction et qu’il y avait d'ordinaire, pendant le temps de la traite, une cinquantaine de loges autour du fort. Norton était métis, et fut gouverneur du fort Prince de Galles jusqu’en 1740. Dans une seule ar. 16e il traita pour 225 couvertes de laine et autant de chapeaux portant un écusson en cuivre, fort prisé des sauvages. Pendant ce temps-là, les bateaux qui hivernaient à Churchill continuaient à courir la côte nordouest de la baie à la recherche des fourrures et d’huile de baleine ou de phoque.
Rapports avec les sauvages—Punitions—Défiance—Joseph Robson.
En 1733 la compagnie comptait 36 hommes au fort York et 44 à Churchill. Joseph Robson rapporte qu’à cette époque les sauvages approvisionnaient les forts du produit de leur chasse, mais que telle était la prudence soupçonneuse du gouverneur à York, qu’il ne permettait pas à plus de deux ou trois sauvages de pénétrer à la fois dans le fort. La Vérendrye, dans ses mémoires, confirme ce fait. Les sauvages lui
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disaient :
d'Hudson
Le gouverneur
rarement à laisser des chefs passer la nuit dans l'enceinte du fort. Ce fort pourtant était protégé par 19 canons. Ces Précautions inutiles n'étaient pas de nature à &agner la confiance des sauvages. Ajoutons que les employés de la Compagnie n'avaient que peu de rapports avec eux. On punissait sévèrement quiconque pénétrait sans nécessité, dans la loge d’un sauvage, ou traitait avec lui en dehors du fort. Joseph Robson, qui nous rapporte ces faits, était arpenteur. 11 fut envoyé dans la baie Pour préparer des cartes, relever les rivières et faire des plans de fortification. De 1733 à 1736 on le trouve au fort Prince de Galles, et de 1745 à 1748 au fort York. Cette politique d'isolement fit considérer les employés de la compagnie comme des étrangers qui ne cherchaient qu’à réaliser des gros profits pour leurs maîtres sans se soucier du sort des sauvages.
Les trappeurs français—Contraste avec les employés de la compagnie.
Les trappeurs français procédèrent d’une manière bien différente. Lis apprirent la langue des diverses tribus, vécurent dans leur camp, sous la sauvegarde de l’amitié et de l'hospitalité des sauvages. Ils adoptèrent leurs usages et finirent par être regardés comme des frères. Ils suivaient les sauvages dans leur chasse, tandis que la compagnie les attendait à ses forts. Ils ne comptaient que sur eux-mêmes, et payaient de leur personne, La compagnie avait à son service un nombreux personnel de serviteurs qui, tout en s’acquittant de leurs devoirs, ne pouvaient apporter le même zèle et le même dévouement que si la traite eut été faite à leur propre bénéfice.
Invitation des naturels de se rendre sur leur terriloire—Rebuts des pelleteries—La compagnie étrangère au S.-0. de la baie—Témoignage de Robson.
En consultant le rapport du comité nommé en 1749 par le parlement impérial pour s’enquérir de la condition et du commerce du pays avoisinant la baie d'Hudson, on constate que les sauvages étaient obligés de naviguer pendant deux mois Pour transporter leurs fourrures au fort York. Les sauvages demandaient souvent aux gouverneurs pourquoi ils ne venaient pas, comme les Français, faire la traite chez eux. Ils leur représentaient que ces derniers ne pouvaient acheter toutes leurs pelleteries et qu'il y aurait un commerce considérable à faire en fré-
quentant leur territoire de chasse. La compagnie ne se rendit pas à ces sollicitations. Il est constant, néanmoins, qu’elle y aurait trouvé un vaste champ à exploiter. Il est prouvé de plus, au-delà de tout doute, que les fourrures les plus précieuses étaient accaparées par les trappeurs français et que les sauvages n’apportaient à la baie que celles qui étaient inférieures ou trop pesantes pour que les Français en chargent leurs canots. Ce n’était donc que les rebuts que la compagnie pouvait obtenir. Joseph Robson rapporte que pendant qu’il se trouvait au fort York, il fit une expédition sur la rivière Nelson jusqu’à quarante milles du fort, “Je vis, dit-il des sauvages qui apportaient dans leurs canots des marchandises qu’ils venaient d’acheter des Français.” Ces derniers venaient donc jusqu’à 40 milles du fort, faire concurrence à la compagnie. Il ajoute que plusieurs sauvagæ l’informèrent qu’ils vendaient quelquefois aux traiteurs français les marchandises qu’ils recevaient de la compagnie. Il est probable que la cour générale.de Londres s'était imaginée que les longues distances à parcourir et les tribus toujours remuantes ou en guerre obligeraient ses employés à voyager en grand nombre ou escortés d’hommes armés. Dans de semblables circonstances les frais auraient absorbé les profits. Quoiqu’il en soit, la compagnie demeura presqu’étrangère à ce qui se passait au st ot à l’ouest de la baie. Sentinelle avancée du nord, elle attendit que les essaims de sauvages qui se rendaient autrefois à ses postes, l’eussent abandonnée pour franchir le mur de Chine derrière lequel elle s’était cantonnée. Ce ne fut que lorsqu'elle se trouva au contact des sauvages et qu’elle eut fondé des établissements durables dans l’intérieur, qu’elle comprit le rôle qu’elle pouvait jouer et l’avenir que lui réservait sa fameuse charte.
Employés fouettés—Rigidité de ses règlements—Priz des fourrures— Témoignage de Richard White.
La défense formelle de traiter en dehors des forts donna lieu à de tristes conséquences. On rapporte que plusieurs employés souffrirent de la faim, tandis qu'à côté les sauvages vivaient dans l’abondance. On poussa l’exécution de ce règlement avec une telle sévérité, que des serviteurs de la compagnie cubirent la peine du fouet pour l'avoir enfreint. Il est juste de dire que les cas de semblable punition furent très rares.
Richard White raconte qu’en 1727 il vit bon nombre de sauvages vêtus d’étoffes, françaises et portant des fusils de manufacture française. Les trappeurs interceptaient tellement le commerce de la baie, que c’était chose rare de pouvoir acheter à la baie, des peaux de martre, vison, chat sauvage ou loutre. Des sauvages informèrent White qu’ils
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préféraient jeter les peaux de castor ou en couvrir leur loge que d’entreprendre le voyage de la baie,
Les Français furent les premiers à élever le prix des fourrures et à diminuer celui de leurs marchandises. La compagnie ne se décida qu’avec répugnance et après bien des hési ses échanges. Po:
différences de p vrai de dire que
ourrures françaises, c’est que ces dernières étaient de qualité supérieure, ayant été choisies par les trappeurs, dans les territoires de chasse, tandis que la compagnie était obligée de prendre ce que les sauvages lui apportaient.
Sphère d'influence des trappeurs et de la compagnie—Sauvages à la solde de la compagnie.
Pour compléter les renseignements déjà donnés, j'ajouterai que les bandes qui erraient à l’est et au sud du lac Winnipeg n'entretenaient pas de rapports réguliers avec la Compagnie, Ce n’est qu’incidemment qu’on signale quelques canots venus de cette région. Cette partie du Pays était au pouvoir des traiteurs français. Ils avaient conclu des traités avec les Sauvages, s’engageant à les pourvoir de fusils, poudre, tabac, et ces derniers en retour devaient leur réserver leurs fourrures. La compagnie, Par entre, avait des relations plus frequentes avec les tribus à l’ouest et au nord de ses forts. Ils paraîtrait cepndant, qu'en 1745 les sauvages avaient ralenti leur zèle vis-à-vis la compagnie, car Robson affirme qu’au fort Prince de Galles, le plus important de ses postes, on ne voyait guère plus de trente sauvages à la fois pendant le temps de la traite, et souvent le fort était presque désert. La compagnie se trouva si isolée qu’elle enrôla à son service des sauvages chargés de faire la chasse et d’approvis'onner ses forts. Elle leur donnait comme salaire une chopine de farine d’avoine par jour. Elle fit des efforts constants pour ouvrir des comptoirs jusqu’à l'extrémité nord de la baie d'Hudson. En 1745 il lui arriva du nord une bande composée de 30 à 35 sauvages qui emportaient avec eux de riches fourrures. Ils furent
D on STE
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accueillis avec la plus grande amitié et traités généreusement, ce qui contrastait étrangement avec l'indifférence dont elle faisait preuve envers ceux de l’intérieur, On voit ici clairement une politique bien déterminée de rechercher l'alliance des naturels du nord, avec lesquels les Fran- Sais n’avaient aucun rapport et de négliger ceux du sud, qui échappaient à son influence. La compagnie ne se souciait nullement de s'exposer à des conflits avec les trappeurs.
Une fois qu'on à saisi le mot de l'énigme, on s'explique facilement Pourquoi ses employés répétaient souvent: “La compagnie a des raisons secrètes pour ne point nous permettre de visiter l’intérieur.”
Détails sur la traite aux forts de la com pagnie—Crédits—Ralions— Réserves—Surplus de commerce.
J'ai déjà dit un mot de la discipline rigoureuse établie dans les forts. J'ajouterai quelques détails sur ce sujet. La traite se faisait d'ordinaire au hangar de la compagnie, Les sauvages venaient, un on deux à la fois, près de la fenêtre de ce hangar, et c’est là que les transactions se complétaient. Il n’était permis qu’à deux ou trois commis d’engager conversation avec les sauvages. Le gouverneur, après avoir compté, pesé et examiné les fourrures, leur livrait les marchandises qu’il jugeuit à propos. Se moniraient-ils mécontents et se fâchaient-ils, le gouverneur leur faisait remeitre leurs fourrures et les renvoyait. D’ordinaire les chefs recevaient un présent. Il était expressément défendu de laisser aucun sauvage coucher dans l’intérieur du fort. La compagnie faisait rarement crédit aux sauvages, tandis que les trappeurs leur avançaient souvent les choses dont ils avaient besoin jusqu’à la traite suivante, La compagnie rudoyait les sauvages pour des raisons futiles, au lieu d’être indulgente envers ces natures grossières. On cite un cas où les employés battirent des sauvages pour avoir volé une hache. Un nommé Farquar, surpris à causer dans une loge, fut mis aux fers et fouetté; un autre subit la même peine pour avoir allumé sa pipe dans une tente. Les règlements étaient affichés dans les forts, afin que personne ne put prétexter ignorance. Hayter, qui demeura six ans sur la rivière Caribou, se plaint amèrement de la qualité et de l'insuffisance des rations. Chacun recevait 6 lbs de farine par semaine, 2? à 3 lbs d’oie sauvage et une chopine de pois, en sus de la bière. 11 mentionne aussi du fromage, du beurre et des perdrix qui leur étaient servis de temps à autre. Il paraît évident que ces gens n'étaient pas habitués aux privations et à la vie frugale des coureurs de bois. De telles provisions eussent été considérées par ces derniers comme un luxe raffiné, eux qui ne vivaient que du produit de k chasse ou de la pêche et qui jeûnaient forcément lorsqu'elle leur faisait défaut. La compagnie, toujours pré-
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voyante et soucieuse de la santé de ses serviteurs, conservait dans ses forte des vivres pour deux ans, pour prévenir tout accident au cas où ses navires ne parviendraient pas à leur destination. 11 n’est que juste de dire que les récriminations quant aux rations servies aux employés, sauf quelques rares exceptions, ne sont point fondés. Naturellement ces hommes ne devaient pas s'attendre à tout le comfort de la vie dans l'exil volontaire qu’ils avaient accepté. Il était impossible de prévoir toutes les circonstane.; de cette vie, et il s’en est présenté qui ont imposé des privations aux gouverneurs comme à leurs serviteurs. D’ordipaire, dans semblable occurrence, les plus exigeants sont ceux qui, nés de parents pauvres et habitués à la misère, veulent prendre leur revanche à l'avenir. Quant aux punitions corporelles, sans vouloir pallier ce qu’il y a d’excessif dans ces traitements passés de mode, il faut remarquer qu’il n’y a que quelques gouverneurs qui se soient payés cette dure fantaisie, Il faut bien admettre également, que les gouverneurs étaient obligés, pour s’assurer le respect et lohéissance de leurs subordonnés, de faire acte d’autorité et de donner des exemples. C’était le moyen de prévenir des mutineriés. Le plus grand nombre d’entreux se montrèrent humains et firent fléchir ce que les règlements présentaient de trop sévère. White cite une pratique en vogue qu’on ne saurait trop blâmer. Elle consistait à ne pas donner le poids dans les échanges avec les sauvages. Ainsi, par exemple, on ne donnait guère plus qu'une demie mesure de poudre au lieu d’une mesure complète. Dans les livres de la compagnie, dit White, on faisait une entrée spéciale pour les prnfits réalisés par ce moyen, sous le titre de “ Surplus du commerce” Ce surplus désignait tout simplement les fourrures gagnées en donnant moins que la mesure étalon. Pour tout dire sur ce point, les sauvages après s’être plaint quelquefois, finirent Par accepter tacitement cette réduction dans les poids et mesures.
Refus d'instruire et de baptiser un jeune sauvage—Les trappeurs français enseignaïent aux sauvages à prier—Bonne note à là compagnie.
La seule préoccupation de la compagnie éteit de faire de gros profits. Il ne paraît pas qu’elle ge soit jamais souciée, du moins à cette époque, d’instruire ou de moraliser les sauvages. White nous rapporte un trait curieux à ce sujet, Le gouverneur Myatt, qui mourut en 1729, avait recueilli un jeune sauvage et l'avait fait instruire dans son fort. L'enfant écrivit à la compagnie, probablement à la suggestion du gouverneur, demandant à être transporté en Angleterre pour y être baptisé. Sur ces en:refaites Myatt fut remplacé par Stanton, auquel la compagnie donna instruc:.n d'enlever les livres à cet enfant et de ne plus le
Sec. I., 1906. 3.
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laisser lire. Si l’on peut ajouter foi au témoignage de White, qui d’ailleurs n’est pas contredit, la conduite de la compagnis en cette circonstance lui fait peu honneur. Il est probable qu'elle craignait que ce sauvage se servit plus tard de son éducation pour encourager le commerce avec les Français, les amis naturels de sa tribu, et qu’il fit profiter les trappeurs de l’ascendant que lui procurait sa supériorité intellectuelle,
Les trappeurs français, sans être des modèles de vertu, ensei:nèrent souvent aux sauvages à prier et à adorer leur Créateur et leur donnèrent des notions rudimentaires sur le christianisme, témoin ce que nous dit Matthew Sargeant. Il rapporte avoir entendu les sauvages prier en français. D’autres employés de la compagnie disent les avoir vus se mettre à genoux et lever leurs yeux au ciel. Questionnés sur les motifs pour lesquels ils agissaient ainsi, ils répondaient: “ Des traiteurs fran- Gais nous ont dit de faire cela afin d'obtenir du Grand Esprit un voyage sans accident et une bonne chasse” C’est ainsi que ces traiteurs préparaient le cœur et l’esprit des sauvages, par leur exemple et leur enseignement à recevoir des lèvres des missionnaires la semence de la foi. Il me fait plaisir de constater qu’à l'ordinaire à cette époque la compagnie donnait peu de boisson aux sauvages. Si ea conduite sous ce rapport ne fut pas irréprochable, d’un autre côté elle fit des efforts sérieux pour réprimer les abus. Elle ne se laissa pas entraîner Guns 4. désordres sérieux et ei déplorables qui signalèrent plus tard ses luttes avec la compagnie du Nord-Ouest.
Caractère des sauvages—Leur susceptibilité Guerres entre les sauvages du Nord et du Sud—Sauvages Français—Origine des Métis.
Le sauvage, on le sait, n’est pas fait pour les contraintes légales de notre état social et la vie sédentaire. Au dése : sous la loge, il a sa beauté et sa grandeur propre; il suit sa voie et forme harmonie avec le reste de l'humanité. Ailleurs, il est comme déplacé, et ses plus belles qualités natives disparaissent. Toutefois son intelligence et son cœur ne sont point fermés à tout développement intellectuel et à la culture des vertus morales. Son imagination impressionable le rend sensible à la moindre injure et reconnaissant pour le plus petit bienfait, Rien de plus facile que de le satisfaire et de gagner son amitié. Un morceau de tabac, un peu de thé, un hochet quelconque sont autant de dons généreux qu’il apprécie avec des signes extérieurs de joie. Mais, par contre, il ressent vivement l’insulte ou le tort qu’on lui fait. C’est pour n'avoir pas su comprendre le caractère des naturels que la compagnie demeura longtemps peu simpathique aux diverses tribus.
Les chroniques du dix-huitième siècle parlent souvent d’inimitiés entre les nations du suû et celles du nord. Elles citent des guerres qui
(Pauv'nouus) LA BAIE L' HUDSON 86
tournèrent continuellement à l'avantage des guerriers du sud. On 8erait tenté de soupçonner à première vue que les rivalités commerciales entre les Français et les Anglais n'étaient pas étrangères à ces levées de boucliers. 11 n’en est rien toutefois, Les Peaux-Rouges, dans cette partie du pays au moins, ne furent Pas entraînés à ces luttes sanglantes par leurs frères les blancs, qui ne cessèrent au contraire de leur précher la paix. Le Dr Browne qui passe six ans au service de la com- Pagnie, nous informe que les sauvages français invitèrent souvent les géemaeurs à construire des huttes dans le pays et à acheter les poaux de castor que négligeaient les trappeurs. Le docteur se trouvait dans la baie en 1739 ot il est le premier à parler de “ Sauvages Français.” Ces mots, tel qu’il l'entend, désignent les sauvages qui traitaient habituellement avec les Français ou parmi lesquais les trappeurs hivernaient. 11 n’est fait mention nulle part à cette époque, de “Sauvages Anglais” ; ce qui laisserait à entendre qu’ils n’avaient pas encore fait de traité avec eux et ne les visitaient pas, Quelques auteurs mal renseignés ont cru reconnaître dans cette expression “ French Indians ” la Présence de métis français. Remarquons de suite que pour être exacte, l’expression aurait du être “French Half Lreeds”. Mais passons outre, car il faut bien admettre que des écrivains se servent parfois des mots “French Tndians ” en parlant des “ Bois Brulés.” Ce qu'il y a de certain c’est qu'avant La Vérendrye, aucun traiteur ne se xa dans le nord-ouest canadien. Il est vrai que le P. Petitot mentionne quelques coureurs des bois qui se sont enfoncés dans l'extrême nord et qui, épris d’amour pour la vie sauvage, y on! donné toute leur existence et ont fait souche de nombreux descendants. La tradition, conservée avec soin dans le Pays, donne comme premier ancêtre et doyen des métis, François Beaulieu. Le berceau des métis français ne remonte pas au delà de 1775. 11 n’y avait pas dix familles métisses dans tout le nord-ouest en 1785. Ce que rapporte le P. Petitot doit s’entendre de ces quelques familles de sang mêlé qui ont fait souche entre 1775 et 1785. Les découvreurs français n’ont fait pour ainsi dire que passer dans nos prairies. Qu’il Y ait eu des unions fugitives entre les canotiers français et les femmes du pays, la chose n’est pas impossible, quoique la tradition n’en fasse aucune mention. Ces désordres ont du être rares, car les chefs de ces ex-
i t des hommes honorables, accompagnés de saints missionnaires dont la présence servait à maintenir la discipline et la morale pendant ces lointains Voyages. Dans ces cas, les Pauvres enfants issus de ces rencontres fortuites ont suivi leurs mères sous la loge et sont restés sauvages. Ils n’ont point fait souche à part. Mais lorsque la compagnie du Nord-Ouest eut été organisée, en 1784, ce fut bien différent. Leurs serviteurs, engagés pour trois ans tout d’abord, finirent
du moins un certain nombre, par se fixer pour toujours au nord-ouest. Ts épousèrent des femmes indigènes, et ce fut l’origine de nos métis.
Il me reste encore quelques notes à ajouter à ce qui précède pour tenir la promesse faite dans ma préface et poursuivre cette étude jusqu’à l’époque où la France abandonna pour toujours les plages de la baie d'Hudson. Ce sera le sujet d’un autre travail que j'espère pouvoir présenter l’an prochain.