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Secriox I., 1911. [119] Méuornes S,R.C

La Baïe d'Hudson—Notes Préliminaires.

Par L'Honorable Juge L. A. PruD'HoMME,

(Lu le 16 mai 1911.)

J'ai déja eu occasion, dans une étude sur La Vérendrye et ses suc= cesseurs, de retracer un tableau succint des principaux événements qui U ont marqué la découverte et la prise de possession du N ord-Ouest, alors que ces vastes domaines appartenaient à la couronne de France,

La conquête et les luttes sanglantes qui la précédèrent, produisirent un moment d'arrêt dans les co"vrses vers ces contrées nouvelles et pendant environ dix ans; les solitudes de nos prairies ne furent plus troublées par les chants joyeux des voyageurs et des Coureurs de Bois. Cette | partie de l’histoire du Nord-Ouest, sous la domination française, serait ] toutefois incomplète, si j'omettais de retracer les faits saillants qui se QE sont passés à la Baie d'Hudson et dans les vastes solitudes qui l'entourent. mn D'ailleurs les luttes entre la France et l'Angleterre, pour l'empire de »4 cette région désolée et inhospitalière, offrent un intérêt particulier et | saisissant et méritent assurément une ét: de attentive. |

On ne saurait trouver peut-être nulie part ailleurs, un endroit qui AE ait été le théâtre de tant de courage perséverant, de fougue impétueuse He et de coups d’audace mettant en pleine lumière la forte trempe de caractère de ces deux grandes nations, comme ce coin de notre continent perdu en milieu de montagnes de glace, sur la route du pôle nord.

Les efforts tentés par des marins hardis et distingués pour découvrir un passage d’un océan à l’autre, en côtoyant les rives nord du continent, è eurent un grand retentissement en Amérique et amenèrent des résultats IF qui influèrent sur les destinées du Nord-Ouest. En effet, la poursuite de ce projet chimérique fut le motif déterm'nant de la création de la célèbre compagnie de la Baie d'Hudson. :

Il est vrai que l’histoire vécue de cette compagnie indique que le | { mobile de ses actions était plutôt la recherche des fourrures précieuses de la baie, que la découverte d’une voie maritime, conduisant de l’Atlantique au Pacifique; mais il n’en est Pas moins vrai également, que la traite, d’après les termes même de sa chartre, ne devait être qu’un moyen, un pied à terre, pour parvenir au but principal. Pendant plus d’un siècle, cette compagnie demeura comme une étrangère, sur le littoral de la mer, cantonnée dans ses forts, d’où ses employés osaient à 1} peine s'éloigner à quelques milles, Tous les ans, une flotille de canots d’écorce, montés par des Sauvages de diverses tribus, venait

de l'intérieur, donner un peu de vie à ses postes et y apporter les richesses du Nord. Les Français toutefois, leur faisaient une concurrence désastreuse, Ils venaient jusqu'aux portes de ses comptoirs lui enlever les pelleteries les plus soyeuses,

Les gouverneurs de la Compagnie vivaient dans une crainte constante le ces terribles canotiers et gardaient à leur solde des patrouilles indiennes, chargées d’allr s'assurer, tous les jours, s’il ne se trouvait pas des aventuriers de ce genre, dans un rayon de plusieurs milles autour du fort. La compagnie comprit de bonne heure la faiblesse de ses forts contre un coup de main tenté de l'intérieur et les pertes immenses que lui faisaient subir les Français, en interceptant les fourrures destinées à ses postes. Aussi fit-elle des efforts sérieux et constants pour pénétrer dans l'intérieur, Ce ne fut ni par goût ni par intérêt qu’elle demeura plus de cent ans isolée sur les bords de la mer polaire, presque toujours enveloppée d’un manteau de glace. L'intérieur l’attirait, mais elle ne put trouver de chefs assez entreprenants et aguerris pour mettre ses desseins à exécution,

La concurrence des traiteurs français et le défaut d'expérience de ses employés, furent la pierre d’achoppement contre laquelle vinrent se briser les ordonnances des directeurs et les exhortations les plus pressantes des gouverneurs. Voilà en quelques mots l'explication de ce fait si extraordinaire, Elle s'impose nécessairement à tout homme consciencieux qui se donne la peine de lire les décisions de la cour de Londres, consignées dans le rapport du comité Impérial de 1749. A tous les ans, la Compagnie insistait auprès de ses officiers, sur la nécessité d'établir des postes dans le Pays et offrait des récompenses à ceux de ses employés qui tenteraient l’entreprise; mais ses efforts demeurèrent vains et elle se résigna, malgré elle, dans son immobilité.

A Dieu ne plaise que je veuille en aucune façon, mettre en doute le courage admirable et la vaillance parfois héroïque des fils d’Albion. Je suis trop fier de vivre à l’ombre du drapeau britannique pour n'être pas heureux de reconnaître la valeur et la bonne trempe des Anglo-Saxons qui savent si bien, sur toutes les plages de la terre, faire respecter leurs institutions et leurs droits. Je trouve seulement que les employés de la compagnie de la Baie d'Hudson, qui n’avaient pas la prétention d’être formés au métier des armes, étaient en général d’une nature peu avantureuse et montrèrent longtemps peu de penchant pour les expéditions lointaines dans l'intérieur du pays. Voilà tout.

Sur ces rivages couverts de banquises de glace, pendant la plus grande partie de l’année, et que bordent des rochers dénudés; au milieu de ces déserts où souvent le thermomètre descend à 75° de froid, deux peuples fiers et vaillants se livrèrent des combats homériques. Il

(PrRuD'nouur] LA BAIE D'HUDSON 121

semt ‘rait qu'on mit d'autant plus d’acharmement à se disputer cette stérile région, qu'elle offrait moins d’attrait et de charme Au cœur humain. Dans cette baie, le voyageur peut cheminer des jor-—- ntiers, sans rencontrer un être vivant. Dispersés au milieu de cette 1: re de désolation, À peine trouve-t-on quelques Esquimaux abrités ovus des huttes de glace, gardiens peu enviés de cette côte aride, Jamais une fleur ne vient réjouir les regards de ces tristes habitants ou les énivrer de ses parfums. Le mugissement des vagues courroucées qui viennent se briser avec fracas sur les falaises du rivage, ou le formidable choc des montagnes de glace qui se heurtent au milieu des tempêtes de vent et de neige, sont les seuls sons harmonieux qui frappent leurs orcilles. Ces pauvres Esquimaux durent vraiment être étonnés d’entendre parfois les salves « 'artillerie se mêler au lugubre grondement des orages et de voir le sang couler à flot, pour ln conquête d’un pays plus sauvage encore que ses habitants.

L'amour de la gloire et l'importance de cette baie comme point d'appui pour la traite de l'intérieur, furent la cause des combats qui se livrèrent dans cette contrée. La compagnie ‘+ la Baie d !Iudson failli: en être ruinée. Lorsqu'elle commença à relever de ses pertes et que le drapeau de la France eut cessé | flotter dans la baie, une nouvelle rivale se présenta Pour engager avec elle une lutte à mort. Elle apprit un jour, qu’un blanc (Frobisher) s'était avancé jusque sur les bords de la rivière Churchill et lui avait coupé les vivres, Les Sauvages agréablement surpris de trouver à des centaines de milles plus près d'eux, un traiteur qui leur offrait les mêmes avantages que la compagnie, n’allèrent pas plus loin, et lui livrèrent toutes leurs fourrures. C’eut été l’arrêt de mort de la compagnie si elle eut continué à demeurer prisonnièrc sur les rivages de la baie. Il ne lui restait plus d’autre alternative que de fermer ses portes ou s’élancer dans l'intérieur, à la peursuite des fourrures qui 1e venaient plusèelle. Elle choisit ce dernier parti.

Les traiteurs, isolés d’abord, s’unirent ensuite, pour résister avec plus de succès contre leur puissante rivale, C'est ainsi que se fonda en 1784 la compagnie du Nord-Ouest. Les rivalités de e deux com- Pagnies durèrent 37 ans et se terminèrent par leur union en 1821. Pai cette union la compagnie de la Baie d'Hudson absorba sa rivale et demeura maîtresse de tout le Nord-Ouest canadien jusqu'en 1870.

Les Premiers Navigateurs au Nord de L'Amérique.

Les illustres marins qui furent les premiers à longer les côtes de l'Amérique s’imaginèrent tout d’abord que ces terres nouvelles touchaient par quelqu’endroit à la Chine ou aux Indes Orientales. De fait,

les plus anciennes cartes d'Amérique, tracées nar ces hardis navigateurs, indiquent notre continent comme un prok ment d'Asie, avec lnquelle il ne devait former qu'un tout, A mesure que ces illusions se dissipèrent, les découvreurs cherchèrent un passage À travers le Nouveau- Monde, qui put permettre à leur navire de faire voile vers le but tant désiré. Vespuce, Ojeda, Grijalva et bien d’autres capitaines de cette époque, partirent à la suite de Colomb et explorèrent en vain le voisinage du golfe du Mexique, espérant trouver dans ces Parages une issue qui leur permettrait d'atteindre l'Océan Pacifique. Plus tard, d’autres tentèrent sans plus de succès, de contourner les côtes nord du continent.

La poursuites de ces desseins chimériques ne servit qu'à illustrer le nom des courageux marins qui les tentèrent.

Jean Scalve 1197.

Selon certains écrivains, cités par Charlevoix, la Pologne aurait eu l'honneur d’avoir été la première à visiter la Baie d'Hudson, dans ln personne d’un de ses enfants nommé Jean Scalve. Ils prétendent que dès 1497, ce voyageur aurait découvert le Pays, auquel d'anciens géographes ont donné le nom de “East Main, ” ou “Terre ferme de l'Est ” Par opposition à celle qui est située de l’autre côté de la Baie.

Jean et Sébastien Cabot 1497-1498,

La même année (1497) Jean Cabot découvrit l'ile de Terreneuve. Son fils Sébastien fut chargé, l’année suivante, par Henri VIL, roi d'Angleterre, d'entreprendre une expédition en Amérique, pour y découvrir des terres nouvelles. I] fit voile vers le nord et atieignit le 56° de latitude. Ilne pousssa pas plus loin, son voyage.

Cortéreal 1500-150:.

Le Portugais Cortéreal, en 1500, reconnut les côtes de l'ile de Terre-Neuve et quelques-unes des fles voisines et suivit le rivage du Labrador jusqu’à un point où il se courbre vers l’ouest pour former les contours méridionaux du détroit, par où l’on pénètre dans la baie d'Hudson. Il crut avoir touvé cette fois le passage tant désiré et se hâta de retourner en Portugal annoncer cette bonne nouvelle. En 1501, il se dirigea de nouveau vers le nord, résolu cette fois à pénétrer dans le détroit dont il n'avait aperçu que l'entrée. Assailli par des banquises de glace, il périt avec tout son équipage. Quelques années plus tard, son frère n’entendant plus parler de lui, décida d’aller à sn

lrnup'osmr] LA BAIE D'HUDSON 123

recherche, espéra:t le retrouver sur quelqu'ile déserte du nord. Le même malheur l’attendait et tous deux subirent le même sort, Verazzano 1524, En 1524, un Florentin du nom de Vérazzano, au service de François

ler roi de France, visita les côtes d'Amérique jusqu'au Cup Breton, mais il s'aventura moins loin que ses dévanciers vers le nord.

Martin Frobisher 1576-1578.

Pendant 15 ans, le capitaine Sir Martin Frobisher sollicita inutilement l'assistance de ses amis, afin de se procurer les ressources nécessaires Pour tenter une expédition au nord de l'Amérique. De guerre lasse, il s’adressa à la cour d'Angleterre, où il rencontra le comte de Warwick, qui consentit à lui faire des avances, En peu de temps, il équippa trois navires et partit pour son premier voyage, le 8 juin 1576. Il aborda sur une Île près des terres de Baffin et fit quelques échanges avec les naturels. Un jour, il dépêcha 5 matelots vers des Sauvages qui venaient de se montrer sur le sommet d’un rocher, Ils furent faits prisonniers et amenés dans l’intérieur de l'ile. Frobisher eut beau tirer du canon, sonner du clairon, en s’approchant du rivage, les Sauvages nereparurent pas avec leurs captifs dont le sort est demeuré une énigme, D'après les renseignements obtenus par Frobisher, dans ses voyages subséquents, il est assez probable que ces cinq matelots ne furent molestés en aucune façon et qu’ils furent retenus comme otages de la part des naturels, qui voyaient avec méfiance l’arrivée de ces nouveaux venus dans leur triste patrie. Ils furent sans doute adoptés par eux et après le départ des vaisseaux anglais, ces exilés désespérant de jamais revoir leur pays, s’unirent probablement aux femmes de rette tribu pour y fonder des familles. Ces Sauvages, d’après la description que nous en donne Frobisher, n'étaient autres que des Esquimaux.

Frobisher de son côté usa de représailles. Il attira un Esquimau près de son navire, sous le fallacieux prétexte de lui offrir une cloche en présent. A peine eut-il mis le pied sur le pont que les Anglais s'emparèrent de lui. Quand il vit le sort qui l’attendait, il s > coupa la langue avec ses dents et faillit en mourir. Il fut amené en Angleterre, où il ne tarda pas À succomber, peu de temps après, à une attaque de pulmonie.

Un des matelots de Frobisher ayant un jour trouvé une pierre très brillante qui contenait un filon jaunâtre, eut l’idée de l'emporter comme souvenir de son voyage. On l’examina en Angleterre et des spécialistes en conclurent que cette île renfermait des mines d’or d’une

grande richesse. L’appât de ces prétendus trésors enflamma les convoitises de plusieurs marchands, qui offrirent à Frobisher d’armer plusieurs vaisseaux pour lui. Il partit de nouveau d'Angleterre le 25 mai 1577 et visita la baie, dans cette partie orientale des terres de Baffin qui depuis porte le nom de Frobisher. Il crut avoir découvert le fameux passage et que l'Asie se trouvait d’un côté de la baie et l’Amérique de l’autre. Il éleva une colonne sur le rivage, en souvenir de cet événement, qui ne devait servir qu'à commémorer son erreur. Il chercha de nouveau à s'emparer de quelques Esquimaux et de fait entraîna de force deux d’entr’eux, sur lesquels il avait mis la main. Ils réussirent toutefois à s'échapper, et irrités de cette perfidie, ils l’attaquèrent et le contraignirent à regagner son navire en toute hâte, emportant à sa jambe une flèche brisée, Un matelot plus heureux que son capitaine, s’empara d’un pauvre Sauvage et l’amena prisonnier,

Dans une autre circonstance, les Anglais entourèrent un parti de 16 à 18 Esquimaux, qui se défendirent avec un courage héroïque. Ils préférèrent tous mourir les armes à la main que de se rendre. Les Anglais ne réussirent à s'emparer que de deux femmes et un enfant. Frobisher après ces exploits peu glorieux, retourna à l'endroit où l’année précédente il avait perdu ses 5 matelots. Les Sauvages promirent de les lui amener au bout de trois jours. Au temps convenu, ils arrivèrent bien armés et en grand nombre. Les Anglais n’osèrent pas s’avancer près d’eux, voyant leurs dispositions peu rassurantes. L’entrevue se termina par quelques coups de canon, auxquels les Esquimaux répondirent en décochant leurs flèches. Frobisher retourna ensuite en Angleterre, n’ayant rien accompli de ce qu’il se proposait.

En Angleterre, on crut sérieusement qu’il avait touché aux côtes d’Asie et que des mines précieuses abondaient dans ces parages. Une troisième expédition fut organisée en 1578. On équippa 15 navires, dont 12 devaient servir à ramener un chargement du métal tant recherché. Ces navires étaient montés par 40 marins, 30 mineurs et 30 soldats. On mit à bord la charpente toute préparée d’un fort, dans lequel ils devaient hiverner. La reine d'Angleterre aida de ses propres deniers à défrayer les dépenses de cette expédition et fit don à Frobisher d’une chaîne d’or. Ce voyage fut encore plus malheureux que les précédents. A peine était-il arrivé à la baie qu’un de ses navires qui portait une partie de la charpente de ce speudo-fort, vint se briser contre un glacier et sombra. Des tempêtes continuelles assaillirent la flotte et menacèrent de la détruire, Le capitaine Best, l’un des ses officiers, découvrit une certaine quantité d’or, sur un cap qui semble garder l'entrée de la baie Frobisher et qui porte aujourd’hui le nom de Cap Best. Découragé de son peu de succès, Frobisher retourna en Angleterre, Ce fut son dernier voyage dans cette région.

{PRUD'HoMur] LA BAIE D'HUDSON 125 John Davis, 1585-1587.

John Davis comme son prédécesseur Frobisher fit trois voyages dans la mer polaire. Sa première expédition fut organisée par William Sanderson, riche marchand de Londres. Elle se composait de deux navires nommés Le Rayon de Soleil et Le Clair de Lune; aucune de ces deux planètes cependant n'avait de grande dimension. Le premier portait 23 hommes et le second 19, Davis partit de Dartmouth le 7 juin 1585 et ce rendit sur les côtes du Groënland, qu’il longea. Frappé de la tristesse et du dénüment du pays qu’il avait en vue, il donna à un endroit le nom de Cap de la Désolation. Il s’avança au nord jusqu’au 64° degré, dans le détroit qui devait plus tard porter son nom. A plusieurs endroits, il descendit sur la côte et réussit À gagner la confiance des Esquimaux par ses bons procédés,

Dans ses trois voyages, d’ailleurs, il traita les naturels avec justice et douceur et préféra souvent se laisser dépouiller par eux de divers objets, plutôt que de recourir à la violence. Quittant les rivages du Groënland, il traversa le détroit et toucha aux terres de Baffin. Il reconnut la baie Exeter, le cap La Miséricorde de Dieu et la baie Cumberland. Dans une de ses incursions à l’intérieur des terres de Baffin,

il faillit être dévoré par un ours blanc. Un autre jour, il fut poursuivi par une bande de chiens sauvages plus féroces que les loups et ne réussit à échapper à leur morsure qu'après en avoir tué un bon nombre, Davis chercha en vain le passage du Nord-Ouest et voyant la saison trop avancée, il retourna en Angleterre. Le rapport qu'il fit de ce voyage encouragea ses armateurs. L'année suivante, on lui donna, en outre des deux navires déja nommés, un troisième plus petit, appelé La Sirène. Il fit voile vers le détroit de Davis et reconnut avec plus de soin cette région désolée, Il s’avança plus à l’est cette fois et parait avoir visité quelques îles qui gardent l'entrée du Détroit d'Hudson, sans toutefois pénétrer plus loin que les approches du Détroit. De là, il fit voile vers le Labrador. Cinq de ses matelots qu’il fit descendre sur le rivage, furent attaqués par les Esquimaux au moment où ils mettaient pied à terre. Deux d’entre’eux tombèrent percés de flèches et les trois autres blessés se hâtèrent de retourner àleurnavire. Après ce pénible accident, il repassa en Angleterre. Malgré l'insuecès de ces deux expéditions, Sanderson n’abandonna pas son protégé. L'année suivante, grâce aux avances de son bienfaiteur, Davis put reprendre la mer et tenter encore

une fois de se frayer une route jusqu'aux Indes. Le 14 juin 1587, il

saluait de nouveau les rochers et les glaces du Groënland et gagnait le

nord, bien décidé de Poursuivre sa route aussi loin qu’il lui serait possible. Il atteignit le 72° de latitude, Aucun navigateur avant lui ne s'était aventuré dans une latitude aussi élevée. Les glaces lui bar-

rèrent le chemin et le forcèrent à retourner sur ses pas. Il passa en face du détroit de Frobisher et de l'entrée du détroit d'Hudson, mais sans s'arrêter À aucun de ces endroits. A son retour en Angleterre, il fit préparer à grands frais une carte indiquant les découvertes qu’il avait faites. Cette carte précieuse est conservée avec soin dans la Tour de Londres.

Laurent Ferrer M aldonado, 1589-1590.

Maldonado était un officier espagnol de grande distinction, remarquable surtout par ses connaissances maritimes, la haute culture de son esprit et la fermeté de son caractère. Toutes ces qualités n’ont pu le soustraire à l'accusation d’imposture et de faux. Quelques historiens modernes n’ont pas hésité À traiter le rapport qu’il fit de son voyage au nord de l’Amérique, de pure création de son imagination. Ces récriminations posthumes ne me paraissent pas appuyées sur des raisons bien concluantes.

Je crois qu’il convient de distinguer ici entre les faits rapportés et les inférences que Maldonado en tire. Il n’y a aucun doute qu’il se trompe sérieusement quand il affirme être parvenu jusqu'aux côtes d’Asie, mais cette erreur qui lui fut commune avec tant d’autres voyageurs ne saurait incriminer tout ce qu’il dit de son voyage. Il me semble facile de faire dans ce récit le partage entre les faits réels et les hypothèses qu'il appuie sur ces faits. D’après son rapport, il se serait avancé dans le détroit de Davis jusqu’au nord de la baie de Baffin et aurait atteint le 75° de latitude. Retournant sur ses pas, il aurait fait voile vers le sud-ouest, serait parvenu au 60° et aurait découvert un détroit dans lequel il aurait dirigé son navire. Le détroit d'Hudson se trouve en effet au 60° degré. Il appelle ce détroit Aniau. Poussant toujours vers l’ouest, il aurait atteint la baie d'Hudson qu’il nomma Mer du Sud. Il visita le littoral est et ouest de la baie et s’imagina avoir trouvé les côtes d’Asie sur la rive ouest de la baie. 11 aurait pénétré dans la baie, jusqu’au 55° degré, c'est-à-dire qu'il aurait visité cette mer intérieure jusqu'aux confins de la baie James, Frobisher lorsqu'il découvrit la baie qui porte son nom et qui ne saurait être comparée en largeur avec celle de la baie d Hudson, tomba dans la même illusion que Maldonado et pourtant le réçit de Frobisher n’est pas traité comme celui d’un visionnaire. Il me semble qu’il convient, jusqu’à preuve plus satisfaisante, d'accorder à cet illustre navigateur le rang qui lui appartient parmi les marins distingués qui ont visité le nord de l'Amérique. Ils’en suivrait de là, que suivant toute probabilité, Maldonado aurait été le premier à reconnaître la baie d'Hudson, en admettant que les prétentions de Jean Scalve : e reposent pas sur des

données assez sérieuses pour être acceptées, Le voyage de Maldonado eut lieu en 1589 ou 1390.

George Weymouth—(Entre 1590 et 1600).

À la fin du 15e siècle, le capitaine George Weymouth se rendit dans le détroit de Davis où il rencontra des glaces qui cffrayèrent tellement ses matelots qu’ils se mutinèrent et le forcèrent à revenir sur les côtes du Labrador. A l'automne, il retourna en Angleterre, n'ayant rien accompli,

John Knight—1605.

En 1605, John Knight partit de Gravensend Pour tenter une nouvelle expédition. A peine avait-il dépassé les côtes sud du Groënland, que son navire fut emporté par les glaces et se mit à faire eau. Il équippa une chaloupe et se diriga avec quelques uns de ses hommes vers une île, en quête d’une rade pour y mouiller et réparer son navire. Il descendit dans cette île avec trois matelots et laissa le reste de son parti dans la chaloupe. Ils ne re

voie d’eau et à atteindre l'île de expédition,

Henri Hudson—1610-1611.

Cet intrépide marin était d’une audace peu commune. S'il n’a pas été le premier à visiter la baie d'Hudson, sa mort tragique lui a bien mérité l'honneur de lui donner son nom ainsi qu’au détroit qui y conduit.

Il fit trois voyages avant de se rendre à la baie. Dans le premier, il ne se proposait rien moins que d’atteindre le pôle nord et de parvenir ensuite aux Indes. Il longea le Spitzberg et s’avançÇa jusqu’au dela du 80° degré de latitude. Dans le second voyage, il se rendit à la Nouvelle Zemble. Il passa ensuite au service de la Hollande, qui l’envoya sur les côtes de New-York, où il découvrit la rivière Hudson. Enfin le quatrième voyage, qui devait être son dernier, fut consacré à la découverte d'un passage au nord du continent Américain. Il partit d'Angleterre en 1610, à bord d’un petit navire de 55 tonneaux appelé La Découverte. Il se rendit tout d’abord, comme ses prédécesseurs, sur les côtes du

Groënland. Arrivé au Cap Désolation il se tourna vers l’ouest et au mois de juillet il aperçut terre, mais la perdit presqu’aussitôt de vue. Il se trouvait alors près de l’entrée du détroit d'Hudson, du côté nord. Il traversa sur la rive opposée et reconnut l'entrée sud du détroit, vers le 59e degré. Il entra alors dans le détroit et prit une direction ouest. En passant, il donna aux endroits marquants qu’il aperçut les noms de Ile de Dieu, Ile Miséricorde, La Grande-Bretagne, Le Cap du roi Jacques, etc,

Les glaces le surprirent avant d’avoir atteint la baie. Il s’efforça en vain, pendant plusieurs jours, de se frayer un chemin à travers les banquises qui menaçaient À chaque instant de briser son frêle navire. Dans cette pénible extrémité, craignant pour le salut de son équipage, il commit la faute d'appeler dans son conseil les membres de son expédition, au lieu de prendre lui-même sur l'heure une décision énergique. Cette abdication d'autorité devait lui être funeste, L’6 quipage diseuta vivement la situation et les avis furent partagés. On se rangea en deux camps, les uns opinant pour retourner en Angleterre et les autres insistant pour aller de l'avant. Ils décidèrent enfin de continuer l'expédition pendant quelque temps, si la chose devenait encore possible, Bientôt en effet un vent favorable dispersa les glaces et le navire put vaguer en toute liberté. Parvenu à l'entrée de la baie d'Hudson, le chef de l'expédition donna les noms de Digges et de Worsenholme à deux caps, en l'honneur des deux principaux actionnaires de la compagnie qui avait préparé ce voyage. Hudson entra dans la baie et releva les rives est et ouest, qu’il visita minutieusement. Le ler novembre 1610, il découvrit une rade suffisamment protégée pour y mettre son navire à l'abri. Elle se trouvait à l'entrée de la rivière Albany. Le 10 novembre, les rivages étaient couverts de glace et Hudson prit ses quartiers d’hivernement. Le seul témoignage que nous avons sur ce qui se passa ensuite est celui de Pricket, qui doit être reçu avec beaucoup de ‘serve, Il paraitrait qu’un jeune homme du nom de Henri Green avait été confié par £a mère à Hudson, avant son départ d’Angleterre. Ce jeune Green était doué de grands talents, mais avait un caractère peu enviable, comme on va le voir. Il sut capter la confiance d'Hudson, pour mieux le trahir ensuite. Un jour, Green se prit de querelle avec Ivet le contremaître. . A tort ou à raison, Hudson destitua celui-ci et le remplaça par Robert Billet.

Cet acte de fermeté tardive lui suscita des ennemis. Un esprit de révolte se répandit parmi l'équipage. Ajoutons à cela qu'Hudson, avait, dit-on, des manières rudes et était sujet à des accès de violences et on comprendra qu'il n’en fallait pas davantage pour semer la division dans les rangs. La granue anxiété qui asssäiit les hivernants fut le moyen de se procurer des provisions. Hudson n’était pas préparé à un

si long voyage et on se demandait avec inquiétude s’il serait possible d’économiser les vivres qu’on avait jusqu’à l'heure du retour. Pendant trois mois, les matelots se nourrirent de poisson et de gibier, Ils tuèrent cent douzaines de perdrix blanches. Au printemps, ces ressources commencèrent à manquer. Hudson décida de faire une distribution de pain à tous les huit jours. Mal lui en prit, car quelques uns de ses hommes dévoraient le tout dans deux jours et murmuraient pendant le reste de la semaine contre le régime qu’on leur faisait subir. Les privations qu’ils durent endurer continuèrent à aigrir les esprits et à fermenter les germes de division déjà semés. Pour comble d’infortune, Green le favori d'Hudson, se ait à la tête des révoltés, Pricket raconte que Green voulant un jour acheter un paletot gris d’un matelot, demanda à Hudson de lui prêter l'argent nécessaire. Hudson le repoussa et ac- Compagna son refus de paroles injurieures, Unde irae. Le 21 juin 1611, Green, pour se venger sans doute, s’empara d'Hudson dans sa cabine et lui fit lier les mains derrière le dos. Pricket dit qu’il supplia les insurgés de ne pas mettre leur dessein à exécution, mais ne put rien obtenir. John King, le charpentier du navire, refusa d'abandonner son maître, On fit descendre dans une chaloupe du navire, Hudso.., son fils encore en bas âge, Knight et les malades, formant en tout neuf personnes et on leur donna un fusil, quelques sabres et des provisions pour un jour. Le navire était alors à la veille de faire voile, la mer étant libre de glace.

On brisa les amarres de la chaloupe et Hudson avec ses 8 compagnons furent abandonnés à leur triste sort. Gree prit le commandement du navire et se hâta de s'éloigner de la chaloupe. 11 dirigea le navire vers le cap Worsenholme où ils trouvèrent une quantité prodigieuse d'oies sauvages, qui faisaient leur ponte à cet endroit. Ils entrèrent en pourparler avec les Esquimaux et se dispersèrent sur le rivage, en quête de gibier. Les Sauvages qw' les épiaient fondirent sur eux, au moment où ils étaient trop éloignes les uns des autres pour se porter secours. Green fut tué avec trois autres compagnons de sa révolte. Les autres réussirent À prendre 300 oies, qu’ils salèrent pour le voyage. Chaque matelot reçut la itié d’un oie par jour, pour toute nourriture. À défaut de graisse, le cuisinier faisait cuir ce gibier dans le suif de chandelle. Ivet incapable de supporter ce régime, mourut peu de temps après. Avec lui expirait le dernier des révoltés. Le châtiment ne s'était pas fait longtemps attendre, comme on le voit. Les survivants arrivèrent enfin sur les côtes d’Irlande, au mois de septembre suivant, au moment où ils se mourraient de faim et désespéraient de revoir leur patrie. Telle fut la triste fin de cette remarquable expédition. Hudson en léguant son nom à la baie, qui devait jouer un si grand rôle dans l’histoire, lui donna également sa vie. Le chemin de la gloire est souvent aussi celui de la mort.

. Sec. I., 1911, 9.

Le Chevalier Sir Thomas Button — La rivière Nelson —1612.

Les découvertes importantes faites par Hudson et l'espoir qu'on entretenait encore qu'il avait pu survivre au lâche abandon de son équipage, déterminèrent une nouvelle expédition qui fut confiée au capitaine Thomas Button. Ïl partit en mai 1612, accompagné de Bylot et Pricket qui s'étaient rendus à la baie, deux ans auparavant. On espérait qu’ils pourraient diriger plus facilement Button au lieu où Hudson avait été précédemment abandonné. Grâce à leurs renseignements, Button atteignit la baie et retrouva la rade où Hudson et son équipage avaient hiverné. Cette rade est à l'entrée de la rivière Albany. Il paraitrait que dans une île, en face de cette rade, il aperçut les tristes restes d'Hudson et de ses compagnons gisant sur le sol et qu’il leur donna une sépulture convenable. Puis, il se dirigea vess le nord, jusqu’au 65° degré de latitude. Il fit plusieurs descentes sur l'ile Southampton et passa l'hiver dans la baie, Il tint son équipage occupé tout l'hiver À faire la chasse. Ses hommes tuèrent plus de 21,000 oies sauvages, en sorte qu'ils ne manquèrent pas de provisions,

Button hiverna sur la rivière Nelson, I1lanom 1 ainsi parce que son pilote, qui portait ce nom, y mourut et y fut enterre. Lorsque Button atteignit la baie d'Hudson, la saison était déjà avancée et les Sauvages s'étaient retirés à l’intérieur du Pays. Au printemps suivant, avant de retourner en Angleterre, il voulut laisser aux aborigènes des signes de ses excellentes intentions envers eux.

Il érigea d’abord une croix et ensuite il planta en terre un long : poteau, au haut duquel il arbora les armes d'Angleterre, comme preuve de la prise de possession du Pays au nom de son souverain. Il suspendit également à ce poteau un grand carton, sur lequel il représenta un navire. Enfin il attacha aux branches d’un arbi - une grande chaudière remplie de diverses marchandises destinées aux Sauvages qui descendraient la rivière Nelson au printemps suivant. Il espérait de cette façon les attirer à venir faire la traite à cet endroit, Button toutefois ne devait jamais retourner à la baie d'Hudson.

Gibbons—1613.

Gibbons, parent de Button, et qui l'avait suivi dans ce voyage, tenta une expédition en 1613. Ilse proposait de visiter la baie d'Hudson. D'énormes banquises de glace le forcèrent à relâcher sur les côte ; du Labrador et l’Y retinrèrent prisonnier pendant toute la belle saison. Cet endroit pe 1e aujourd’hui le nom de Nain. Il repassa en Angleterre au printemps suivant, couvert de ridicule.

[PruD'HoMME] LA BAIE D'HUDSON LE

Robert Bylot—1615. William Bafin—1616.

Ces deux navigateurs dirigèrent deux expéditions dans la mer polaire. Bylot était le capitaine commandant, mais il avait la bonne fortune d’avoir pour pilote un officier d’une grande distinction dans la personne de William Baffin. La réputation de ce dernier devait même éclipser plus tard cell: du chef de l'expédition. Dans un premier voyage en 1615, ils firent des :econnaissances dans le détroit d'Hudson et se donnèrent beaucoup de mal pour chercher une voie qui put les conduire au continent Asiatique. Ils ne paraissent pas avoir dépassé l'entrée de la baie d'Hudson. Le rapport qu'ils firent en Angleterre ouvrit enfin les yeux des armateurs et les détermina pour le moment à chercher cette voie si désirée ailleurs que par la baie d'Hudson. Ils s’imaginèrent que la grande mer reconnue sous le nom de détroit de Davis offrirait plus de chance de succès. Bylot et Baffin reçurent instruction de se rendre jusqu’au 80° degré de latitude sur cette route et ensuite de se diriger vers l’ouest, jusqu’à ce qu'ils eussent atteint quelque port du Japon. Ils partirent de Gravesend le 26 mars 1616. Baffin nous à laissé une narration de ce voyage. Ils se rendirent jusqu’au delà du 78° degré de latitude, préludant ainsi aux grandes expéditions polaires.

Bylot légua son nom à une fle et Baffin au fond de cette baie ainsi qu’à une partie des terres occidentales qui longent la baie. Baffin à son retour écrivit qu’il était inutile de faire de nouveaux efforts pour chercher l'Asie par cette mer; qu’il serait beaucoup plus profitable de

noliser des navires pour faire la pêche à la baleine qui abondait dans ectte région.

Luc Fox—1631. Thomas James—1631-1632.

Il y avait 19 ans qu'aucun navire n'avait pénétré dans l’intérieur de la baie d'Hudson, lorsque Fox s’yrendit en 1631. Au commencement d'août, il se trouvait sur les côtes est de la baie, Il visita la rivière Nelson et de là tourna vers le nord, jusqu’à ce qu’il eut atteint cette mer, qui porte depuis son nom.

La même année, Thomas James partait également d'Angleterre pour la mer du nord. Ses armateurs étaient des optimistes qui ne doutaient de rien, car ils se croyaient si assurés que leur homme arriverait sans encombre jusqu'aux rivages du Japon qu’à cette fin ils s'étaient procurés pour James une lettre d'introduction de la part du roi d’Angleterre à l’empereur du Japon. James était un mathématicien distingué mais sans aucune connaissance pratique de la marine. Iln’avait jamais #uparavant entrepris aucun voyage au long cours. Fox et James se

rencontrèrent dans cette région. Fox demanda à James où il allait. Ce dernier lui répondit crânement qu’il allait porter une lettre à l’empereur du Japon. Fox ne peut s'empêcher d’éclater de rire et lui souhaita bonne chance.

De peine et de misère et plutôt par bonne fortune que par l’habileté du chef de l'expédition, James parvint à la partie sud de la baie d’Hudson, à laquelle depuis on a donné son nom. L’équipage hiverna sur l'île Charleson. Ils passèrent un bien triste hiver et échappèrent à grande peine à la mort.

Le er juïilet, James remettait à la voile et arrivait à Bristol le 23 octobre 1632.

Les Danois à la Baie d'Hudson—1634.

Des histériens prétendent que vers 1634, un navire danois visita la baie d'Hudson et pénétra dans une rivière appelée par les indigènes Manotewsipi (rivière des Etrangers). Cette rivière se trouve à environ 60 lieues au nord de la rivière Nelson et fut nommée par ces explorateurs rivière Danoise. Les Danois hivernèrent dans ces parages. Le scorbut les décima. Le capitaine et deux matelots furent les seuls qui échappèrent aux atteintes de cette maladie, Au printemps suivant, ils retournèrent dans leurs patrie, à bord d’une chaloupe de mer, après avoir échappé à bien des dangers. Leur navire abandonné à l'embouchure de la rivière Danoise, fut emporté par les glaces et jeté sur une batture où il fut détruit. Lorsque d’autres voyageurs visitèrent ce lieu désolé, ils n’y trouvèrent qu’un vieux canon en fonte, qui était encore là en 1715. Les Danois avaient hiverné dans une niaison de bois, qu'ils avaient construit pour l’occasion. (C’est dans ce triste abri que les cadavres des hommes de l’équippage morts du scorbut furent laiscés sans sépulture, par les trois survivants. Durant l'été, quelques Sauvages abordèrent à cet endroit et furent très surpris d'y trouver une habitation. En entrant dans cette chambre mortuaire, ils furent saisis de frayeur et soupçonnant que quelque piège leur était tendu, ils s’enfuirent à toute jambe. Peu à peu, ils revinrent de leur premier effroi et après s’être assurés qu’ils n’avaient rien à appréhender de la part de ces cadavres qui tombaient :n putréfaction, ils se mirent en frais de faire main basse sur tous les objets que les Danois avaient abandonnés. Parmi ces articles, ils rencontrèrent un sac de poudre que ces pauvres malheureux avaient apporté de leur navire, dans le but de faire la chasse. La mort les avait surpris avant qu'ils n’eussent occasion de la dépenser. CesSauvage ignoraient absolument l'usage de la poudre et ils ne crurent rien mieux faire que d'y mettre le feu. Tous ceux qui se trouvaient à l'intérieur du logis sautèrent avec l'édifice. Il n’y eut que les Sau-

a Poe ee

{PruD'noumE] LA BAIE D'HUDSON 133

Vages qui étaient au dehors, à ce moment, qui échappèrent à la mort. Les survivants ne comprirent rien à ce phénomène, Dans leurs idées superstitieuses, ils crurent que les Manitous des morts les avaient ainsi chatiés, parcequ'ils étaient venus troubler leur repos et enlever les objets qui leur appartenaient, Ils racontèrent plus tard cet événement à d’autres voyageurs de la baie et voyant l'usage que les blancs faisaient

de la poudre, ils comprirent enfin la cause de cette explosion et de la mort de leurs compagnons.

Jean Bourdon—1657.

Après la triste aventure des Danois il s’écoula environ 26 ans sans que la baie d'Hudson fut visitée Par aucun Européen, Ce fut un Français de grande distinction qui le premier renoua l'an rompu des expéditions vers le nord. Jean Bourdon, sie ;r de Saint- François, naquit à Rouen et arriva à Québec le 4 août 1634.

quelques terres près de Trois-Rivières dressa un plan du bas du St. Laurent et une carte de

, Peintre, canonnier, procureur général et ingénieur en chef de la Nouvelle-France, Ce qui nous intéresse surtout en ce moment est son voyage au nord.

Les Esquimaux lement un Français de trois coups de flèche et d’un coup de couteau. Bourdon ne visita done que les côtes du Labrador. Il était accompagné dans ce voyage du Révérend Jean LeSueur, sieur de Saint-Sauveur. Le 11 août 1657, il était de retour à Québec où il mourut en 1688.

les massacrèrent et blessèrent égal

Rivière Bourbon—Ste.-Thérèse, aux Brochets et Hayes.

Afin d'éviter de la confusion dans ce récit et pe ‘mettre au lecteur de se fixer sur les endroits indiqués, je crois utile de donner de suite une note explicative sur les noms qu'ont portés successivement certaines rivières —comme nous l'avons déjà vu Button en 1612 donna à la rivière

où il hivrrna le nom de Nelson, qu'elle porte encore aujourd’hui. Lorsque les l'rançais visitèrent plus tard cette rivière, ils lui substituèrent celui de Bourbon. Les employés de la compagnie du Nord-Ouest la baptisèrent à leur tour du nom de Rivière aux Brochets, mais c’est le premier nom qui a survécu. La branche Est de cette rivière fut connue par les Français sous le nom de rivière Sainte-Thérèse, tandis que les Anglais la désignaient sous celui de Hayes, Ce nom de Sainte-Thérèse lui f:: donné parce que les Français s’emparèrent du fort Bourbon le jour de la fête de cette sainte le 15 octobre 1694. Le nom de Hayes a prévalu.

Voyages à travers le continent jusqu'à la Baie d'Hudson—Courage et endurance des traiteurs français.

Jusqu'ici les voyageurs qui ont visité la Baie d'Hudson n'ont point songé à suivre d'autre voie que celle de la mer. Les marins anglais surtout, s'étaient distingués dans ces expéditions difficiles et périlleuses. D'un autre côté, les Français furent les seuls à se frayer un chemin par terre jusqu’à ces régions lointaines. L'entreprise avait de quoi effrayer les courages les mieux trempés et on demeure vriiment étonné de In hardiesse de ces incomparables canotiers français qui franchissaient des déserts immenses au milieu de rivières impétueuses, parsemées de chutes et de rapides terrifiants, côtoyaient de grands lacs sur de fréles canots d’écorce que la moindre brise pouvait broyer contre les rochers ou engloutir sous les vagues écumantes, traversaient des savanes couvertes de mousses tremblantes qui menaçaient à chaque instant de s’enfoncer sous leurs pieds, vivaient des hasards de la chasse et de la pêche, et plantaient leur tente à côté des loges des aborigènes tout surpris de voir ces étrangers parcourir leur sauvage contrée.

Alertes, prêts à parer à tout événement fâcheux, supportant avec patience et gaieté les mille avanies de ces lointaines expéditions, infatigables rameurs, s’accommodant à toutes les choses imprévues, se moquant pour ainsi dire des souffrances qu’apportent la faim, la chaleur, le froid et les piqûres de milliers d'insectes qui les harcelaient sans cesse, tel était le caractère de ces hommes extraordinaires qui dirigèrent leurs pas, à travers le continent, jusqu’au rivage de la baie d'Hudson.

Tentative infructueuse de LaVallière—1661.

En 1661, des Sauvages de la Baie d'Hudson se rendirent À Québec, pour demander aux Français de venir faire la traite chez eux, désirant vivre sous la domination française. Ils sollicitaient également l’eoi

d’un missionnaire pour les instruire. Pour se conformer à leur désir.

[PnuD'nomur] LA BAIE D'HUDSON 135

une expédition fut confiée à Michel Leneuf de la Vallière. Il était aecompagné des PP, Dablon et Druillètes, de Quen et Crépieul et de Denis Guyon, Desprès, Couture et François Pelletier, Ils prirent la route du Saguenay, pour atteindre la baie par terre. Les Iroquois les forcèrent de rebrousser chemin.

Médard Chouart Des Groseilliers, Pierre-Esprit de Radisson 1661-1664, La carte de Guillaume Deliste.

Des Groselliers et Radisson ouvrent la liste de ces illustres voyageurs qui partirent des rives du Saint-Laurent pour atteindre par terre la mer du Nord. Dans un voyage précédent, ils avaient parcouru le Wisconsin et le Minnesota et avaient recueilli des renseignements précieux sur la région qui s’étendait au nord. Ils partirent au mois d'août 1661, malgré la défense du gouverneur de Québec et après avoir côtoyé la rive sud du la Supérieur, ils s’enfoncèrent de nouveau dans le Minnesota ct hivernèrent au pays des Sioux.

Durant l'été 1662 ils s’arrétèrent à l'embouchure de la rivière Pigeon à laquelle ils donnèrent le nom Des Groseilliers, Jusqu'alors les Sauvages l'avaient appelé Nantuouagan.

On a prétendu et la chose est bien possible, qu’ils atteignirent le lac Népigon et que de là par la rivière Albany ils Parvinrent à la Baie James. Ce point historique n’est point encore résolu d’une manière satisfaisante et ne le sera peut-être jamais. On est Inissé à de simples conjectures plus ou moins probables à cet endroit. Néanmoins, il paraitrait que, d’après la tradition des Sauvages, ils auraient remonté la rivière Pigeon.

Il est difficile de refaire leur voyage jusqu’à la baie d Hudson — jusqu’à la rivière La Seine ou Manitou. De là, ils se seraient dirigés vers le nord, qui était le but de leur voyage, en faisant des portages, jusqu’au lac Seul et Saint-Joseph. Il est permis de croire qu’ils hivernèrent à ce dernier lac. Cetie hypothèse est basée sur la tradition. Les traiteurs de la compagnie du Nord-Ouest en 1796 trouvèrent à ce lac les restes d’un fort que les Sauvages leur dirent avoir été construit plus d’un siècle auparavant par des Français. Au printemps 1663 Des Groseilliers et Radisson, avant que la rivière mirent en route et atteignirent la !

mencement de juin.

erses Îles et à Durant l'hiver ils retournèrent au lac

Supérieur pur une voie différente. Il n’y a aucun doute que ces deux découvreurs ne se rer dirc:t pas jusqu'au luc des Bois. On prétend que le lac La Pluie auquei + Sauvages donnaient le nom de Tékémamiouen fut baptisé du nom qu’il porte aujourd’hui, par ces deux voyageurs, La chose est bien possible, mais de !à à faire voyager ces deux traiteurs sur le lac Winnipeg et la rivière Nelson, il y a un abtme, Semblable prétention ne repose sur aucun fondement sérieux. Il e.. assez probabie qu’ils entendirent parler du lac Winnipeg car Radisson écrit qu'il avait appris des Sauvages qu'il existait au nord du lac Supérieur, un lac plus grand que les autres, mais ils avouent eux-mêmes qu’ils ne l'ont jamais visité,

Par contre, ils eurent l'honneur d’être les premiers blanes à se rendre par terre à la baie James. Guillaume Couture qui les suivit de près, ne reçut la permission de partir pour la baie que le 10 mai 1663. Il lui était done absolument impossible de les devancer. Nos deux découvreurs retournèrent à Montréal durant l'été 1664. Une carte de Guillaume Delisle (1700-1710) indique un poste qui répond à Port Arthur. Il porte le nom de Trois-Rivières, Un peu plus au sud se trouve une rivière appel‘e Rivière des Assiniboines qui doit être la rivière Kaministiqua. 11 est probable que durant ce voyag: Des Groseilliers et Radisson donnèrent ce nom de Trois-Rivières en souvenir du lieu de leur résidence et que les Aisiniboines ayant l'habitude de se rendre jusqu’au lac Supérieur par la rivière Kaministiquia, ces deux voyageurs la baptisèrent, pour cette raison, de ce nom. Un peu plus au sud-ouest, on lit sur cette carte le nom de Des Groseilliers donné à une rivière qui est évidemment la rivière Pigeon. D'après cette même carte le lac Assénipoël communique par lu rivière Bourbon avec la baie d'Hudson, mais il n’y aucun chemin d’indiqué entre le poste des Trois-Rivières et le lac Assénipoëls. En effet en 1710 cette route était encore inconnue. Elle fait toutefois mention d’un bout de rivitre avec cette note “le commencement et la fin ne dont pas connues.” Ces deux voyageurs avaient entendu parler de cette rivière par les Sauvages. On a eru reconnaître sous cette vague description la Rivière Rouge. Ouvrons ici vne parenthèse au sujet de Guillaume Delisle. Pierre-le-Grand, empereur de Russie, se trouvant à Paris au mois d'avril 1717, eut occasion de rencontrer ce célèbre géographe. Ce dernier, avait deux mois auparavant, présenté un mémoire, au régent de France, sur la mer de l'ouest. L'empereur prit note des renseignements que lui fournit Delisle et à son retour en Russie, il ordonna de faire reconnaître, par l’est de l’Asie, les terres qui avoisinent les côtes d'Amérique. Il n’eut pas le temps de mettre ce projet à exécution, mais dans son célèbre testament, il demanda qu’on ne perdit pss de vue, ce projet. Ses successeurs fidèles à ses instructions, envoyèrent Titus Behring, qui en 1728 découvrit le

lrnup'nouwe] LA BAIË D'HUDSON 137

détroit qui porte son nom et résolut le problème si controversé de l'union des deux continents.

Guillaume Couture—1663.

Cet homme distingué naquit À St, Godard de Rouen, Il vint en Canada vers 1641, 11 agit comme interprête, au service des missionnaires. Capturé par les Iroquois avec P, Jogues en 1642, il fut horrible. ment torturé. Il retourna parmi les Iroquois en 1644 et 1645 et réussit À lier quelques rapports entre ces tribus et les Français. Il devint Capitaine de milice et juge de seigneurie, En 1688, il fut chargé par le &ouvernement d’une mission dans la Nouvelle-Angleterre. Le 10 mai 1663, le gouverneur d’Avaugour lui donna ln permission d'accompagner un partie de Sauvages à la baie d'Hudson,

Il partit avec sieur Jacques de La Chenaye, Denis Duquet et trois autres compagnons, Ils ne parvinrent à la baie que quelques mois après Des Groseilliers et Radisson. Couture prit possession du pays au nom du roi de Fre:.ce et Pour attester cet événement, il déposa en terre, au pied d’un gros arbre, près du rivage de la mer, les armes de son souverain, gravées sur une plaque de cuivre enveloppée entre deux morçeaux de plomb. Il couvrit le tout d’écorces d'arbre et planta une grande croix dans le voisinage immédiat de cet arbre. La foi de nos pères, comme on le voit, était égale à leur patriotisme, On élévait la croix sur toutes les plages Canadiennes, où venaient se retremper leur courage et leur amour de la patrie,

Notes sur Des Groseilliers et Radisson.

Pour ne pas revenir sur ces deux iilustres Voyageurs, je vais être forcé d'interrompre ici l’ordre chronologique et de donner tout d’une venue la suite de leurs expéditions à la baie d'Hudson. Je ferai précéder le tout parune courte notire biographique de ces deux hommes vraiment remarquables,

Médard Chouart des Groseilliers naquit en 1625 à St.-Cyr en Brie. Il épousa en premiere noce en 1647, Hélène Martin fille d'Abraham Martin qui donna son nom aux célèbres plaines d'Abraham.

Après le décès de sa première épouse, il se maria le 24 août 1653 à Marguerite Hayet dit St. Malo, sœur de mère de Pierre-Esprit Radisson. Il servit à Tours dans la famille Savonnière de la Troche, dont une fille, (Sœur St. Bernard) passa en Canada, avec la mère de l’Incarnation en 1639. On le trouve à Québec en 1641. La mère de l’Incarnation dit qu’il était homme d’esprit et sachant + : faire valoir. Nicolas Jérémie dit LaMontagne, qui l'avait bien connu, Je représente comme une per-

sonne haute et entreprenante, De fait, il joua un rôle considérable dans la colonie et malgré ses défections, on ne peut lui refuser un juste tcibut d’admiration pour ses grandes découvertes et son merveilleux courage au milieu des situations périlleuses où il fut placé. En 1645, il entra au service des PP. Jésuites et se rendit avec eux, au lac Huron. Au printemps 1646, il retourna à Québec. Dans l’automne 1646 il visita de nouveau le lac Huron pour revenir à Québec en 1647. II est probable qu’il suivit également les missionnai-es l’année suivante. Il passa en France en 1649. Son fils Médard naquit à Québec en 1651. Au mois de février 1654, il était sergent-major de la garrison de Trois-Rivières. Jusqu’alors des Groseilliers n'avait voyagé que comme assistant catéchiste des PP. Jésuites. Ces excursions lui avaient donné le goût des découvertes et l’.vaient préparé aux lointaines expéditions qu'il allait maintenant entreprendre, avec son beau-frère Radisson.

Ce dernier naquit à Paris vers 1636. Sa mère Madeleine Hénault épousa en secondes noces Sébastien Hayet dit St. Malo.

Avant de se rendre en Canada, il visita l’Italie et la Turquie et écrivit un mémoire sur ses voyages. A printemps de 1651, il se trouvait à Trois-Rivières. Etant parti un jour pour chasser à quelques milles de ce poste, il fut surpris par les Iroquois, qui l’amenènent captif dans leur pays. Adopté par une vieille Iroquoise comme son fils, sous le nom d’Orimha il réuissit à s'échapper pour être repris quelques jours après. On lui fit souffrir de cruelles tortures et on se preparait à le faire brûler surun bûcher lorsque sa mère adoptive réussit, après de vives instances, à obtenir qu’il lui fut rendu. Les membres de sa famille iroquoise, étant partis avecune bande demaraudeurs, Orimha dût les accompagner. Il raconta lui-même les actes de rapine auxquels ces pillards se livraient à tous les jours. Toujours aux aguets, sur la lisière de quelque bois, épiant le moment favorable pour faire le coup de main, ces guerriers revenaient à leur village, d'ordinaire chargés de butin.

Attristé de se voir réduit à prendre part à de telles actions il réussit une seconde fois à s'enfuir. Il fut assez heureux pour atteindre le fort Orange (Albany) au mois d'août 1653. De là, il se rendit à La Rochelle. Le 17 mai 1654, il était de retour à Trois-Rivières.

Cette même année Radisson partit au mois d’août avec une bande de 250 Outaouas qui étaient venus à Québec demander aux Français de venir traiter chez eux. Il est probable que Des Groseilliers accompagnait Radisson dans ce voyage. Ils se rendirent au lac Michigan et baptisèrent, pendant leur séjour dans cette région, environ 300 enfants sauvages. Ils y firent une traite auondante et au mois d'août 1656, ils étaient de retour à Québec, après une absence de deux ans.

L'année suivante Radisson se rendit au fort Onondagué avec les PP. Ragueneau et Duperon. Dans leur voyage au Michigan Des Gro-

[PRUD’HoOMMF] LA BAIE D'HUDSON 139

seilliers et Radisson avaient entendu parler ‘de contrées riches en fourrure à l’ouest de ce lac et brûlaient du désir le visiter ces pays inconnus. Dans ce dessein ils partirent ensemble vers ie milieu de juin 1658 et se rendirent dans le Wisconsin et le Minresota. Ils y rencontrèrent un certain nombre de Christineaux qui arrivaient de ln baie d'Hudson et insistaient pour les conduire dans cette direction-là. Ils promirent de se rendre à leur demande, dans un prochain voyage qu'ils projetaient. Ils se mirent en route de bonne heure au printemps 1660, pour retourner à Montréal. Ils étaient suivis de 500 Sauvages, Les Iroquois les attaignirent à plusieurs reprises et ils durent mettre pied à terre et se retrancher derrière des abattis d'arbres pour se défendre. Ils subirent un véritable siège et ne purent continuer leur chemin qu'après avoir tué bon nombre d’Iroquois. Ils arrivèrent au Long-Saut, 8 jours (29 mai) après l’héroïque fait d'armes de Dollard et de ses 17 compagnons, Leur arrivée à Québec au mois de juin 1660 fut saluée comme un événement remarquable, Le gouverneur en voyant un si grand nombre de Sauvages venus de si loin et surtout chargés de si riches pelleteries, fit tonner la batterie de la citadelle en leur honneur.

C’est ici que se place l'expédition à la baie James de 1661 à 1664 que j'ai déjà racontée.

Expéditions maritimes de Des Groseilliers et Radisson —1664-1668— 140 service de la cie de la Baïe d'H udson—1670-1674.

Dans l’automne 1664, ces deux voyageurs se rendirent par mer, à la baie d'Hudson, mais ils ne Pénétrèrent que jusqu’au 61° degré et n’y firent qu’un court séjour à cause des glaces. Voyant le peu d’encouragement qu’ils recevaicnt de la France dans leurs efforts pour se rendre à la baie, ils s’adressèrent à des armateurs de Boston, pour obtenir un navire. Ils y firent connaissance du colonel Cartwright, qui leur proposa de s'adresser au gouvernement anglais. Ce ne fut qu’au bout de quatre ans d’attente et de sollicitation, que grâce à l'intervention de l'ambassadeur anglais à Paris, ils purent réussir dans leur projet.

Ils partirent tous deux de Gravesend, le 3 juin 1668. Radisson montait L’Aïgle et Des Groseilliers L’Incomparable. L’Aigle désemparé par une tempête, retourna en sans pouvoir pénétrer dans la baie, teignit la baie et Des

Ils y firent une traite merveilleuse. Les profits que les armateurs anglais en retirèrent furent tels qu'ils déterminèrent la formation de la célèbre compagnie de la Baie d'Hudson. Des Grosillierset Radisson peuvent donc réclamer en toute justice qu’ils cnt été les mstigateurs

de cette compagnie. Ils furent les promoteurs de l'ex, qui amena l'octroi de la fameuse cl

Les difficultés du Pagnons de ce religieux, qui avait Il n’en fallut pas d promettre Des Groseilliers, C’ épousa Lady Kertk, fille de Si beau-père de Radisson qui était compagnie, les deux véritables négligés et abandonnés.

Humiliés et déçus dans leurs espérance, ils abandonnèrent ces ingrats qui s’enrichissaient de leurs travaux. C’est là d’ailleurs l’histoire de ceux qui désertent le drapeau de leur patrie. On les cajole et les caresse, tant qu’on a besoin d’eux, pour les rejeter ensuite avec mépris, comme des instruments inutiles ou suspects.

Le seul renseignement que nous ayions sur le Père Jésuite dont je viens de parler, c’est qu’il était né de Parents anglais. Baily crut qu’il n’était pas étranger au mécontentement qui règnait parmi les Sauvages, à l'endroit des Anglais. Ille retint dans son fort et l’amena avec lui en Angleterre.

[rRUD'HOMME] LA BAIE D'HUDSON

Des Groseilliers et Radisson au service de la France—1674-1682, Versatilité de Radisson— Remarques sur Des Groseilliers.

Au mois d’octobre 1674, Des Groseilliers en France. Colbert leur fit un accuei

Il exil'établissement de sa femme au pays. On comprend que son alliance avec les Kertk, qui en de rassurant sur son 1 retournait en Angleien de plus pressé que de solliciter de l'emploi auprès de la compagnie de la Baie d'Hudson. Il ne se tourna vers la France que lorsqu'il vit qu’il n'avait plus rien à espérer de la part de l’Angleterre.

Des Groseilliers au contraire, paraît l'avoir fait à regret, comme po par les injustices qu’on lui faisait.

cendant de Radisson qui en épousant épousé l'Angleterre! D'ailleurs il y a cette différence entre les deux, c’est que Radisson passa deux fois du drapeau de la France à celui de l'Angleterre (1668 et 1684). Des Groseilliers refusa de suivre Radisson

compte, de grands profits de la traite. La soi léblouir, au point de ne pas lui laisser voir t, sérieuses qui pouvaient résulter de son entreprise. De retour à Trois- Rivières, Des Groseilliers obtint du roi le privilège de faire la traite des marsouins et des loups-marin.

faire des établissem

Expédition de Des Groseilliers et Radisson —16; 22-1683. Æadisson dans la baie en 1685-1686.

L'un des principaux marchands de la Nouvelle-France était alors M. de la Chesnaie Il avait entendu parler des richesses que rapportait la traite dans la baie d'Hudson. Le grand Colbert qui avait les yeux ouverts sur tout ce qui pouvait augmenter la puissance de son pays, lui avait recommandé de tenter quelque chose, dans cette direction-là, au moyen de Des Grosseilliers et de Radisson. A cette fin, il organisa avec des marchands de Québec la “Compagnie du Nord, ” qui reçut sa chartre d’incorporation, le 20 mai 1682. M. de la Chesnaie agissant pour le compte de cette compagnie, équippa deux navires, le Saint-Pierre et la Charente et confia l'expédition à ces deux voyageurs. J.-Bte. Des Groseilliers fils de Médard Chouart les accompagnait. Ils partirent le 11 juillet 1682. Ils hivernèrent sur la rivière Hayes et s'emparèrent du fort des Anglais sur la rivière Nelson. Au printemps 1683, après avoir brulé les établissements anglais, ils laissèrent J.-Bte. Des Groseilliers, au poste de la rivière Hayes, avec 7 hommes et retournèrent à Québec, amenant ave: eux, un navire anglais et des fourrures pour un montant fabuleux, A la demande du ministre de la marine, ils se rendirent en France, en décembre 1683, pour faire un rapport de leur voyage. Ils furent très loués pour le succès qu'ils avaient remporté et le ministre, après leur avoir fait remise des droits de douane, qui s’élevait à un quart des peaux de castor, leur ordonna de se Préparer pour un second voyage.

Radisson rencontra, en France, lord Preston, ambasssadeur anglais à Paris, et par son entremiise, il chercha à entrer dans les bonnes grâces de la compagnie de la Baie d'Hudson. Le rôle odieux qu’il joua, en cette circonstance, mérite une note infamante. Le jour de son départ pour la baie, pour le compte de la France, avait été fixé au 24 avril 1684. Or, pendant qu’en apparence, il se préparait à servir son pays natal, il négociait les termes de son engagement avec la compagnie de la Baie d'Hudson, Le 17 mai 1684, il partait, au service de cette dernière et se rendait dans la baie où il livra les établissements français à l'Angleterre. J.-Bte. Des Groseilliers, qui était un homme d’honneur, refusa de souscri à une telle trahison, Radisson fut obligé de lui rappeler qu’il n'était pas en état de lui résister, pour le contraindre à se rendre. Il remit alors le commandement à son indigne oncle. Il ne demanda rien pour lui-même, mais insista pour que la compagnie lui accordât une pension suffisante, pour faire vivre sa mère. La noblesse de caractère de ce jeune homme, qui plutôt que de trahir sa patrie, malgré les sollicitations de son oncle, cherche à combattre avec ses sept compagnons, contre des forces trente fois supérieures et qui voyant l’inutilité de ses efforts, résigne son commandement, afin de n'avoir pas la douleur de

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