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[rRuD'HouwE] LA BAIE D'HUDSON 143
céder son fort à l'Angleterre, a quelque chose de & peu de Ja conduite indigne de Radisson.
Le 23 octobre 1684,R Groseilliers fut engagé pour 4 ans,
aisissant et console un
Médard Chouart Des Groseilliers refusa en 1684 de suivre son beaufrère en Angleterre. Vu son âge avancé et les fatigues qu’il avait endurées dans les Voyages précédents, il ne retourna plus à la Baie d'Hudson. Il alla se fixer avec sa famille, près de Sorel, où il mourut avant 169$.
sser à la compagnie 20,000 peaux de re Sainte-Thérèse de 1685 à 1686 et quand le fort de ce nom fut pris par le chevalier de Troyes, il est pro-
bable qu'il devint srisonnier de guerre. La compagnie de ln Baie d'Hudson lui accorda une pension viagère. Il mourut en Angleterre vers 1710. Tour à tour, découvreur, officier de marine, inspecteur et fondateur de la plus puissante compagnie de fourrures qui ait existé dans l'Amérique du Nord, la vie de Radisson présente un mélange étonnant des vicissitudes humaines. On le voit alternativement passer de la loge de Pauvres Sauvages au bureau de Colbert, haranguer les chefs de tribu et les pairds les plus illustres de la Grande-Bretagne. Son courage était de bonne trempe. Il vit plus de cent fois Là mort en face, sans s’emouvoir. Il brava les tortures et le bûcher chez les Iroquois, les complots perfides des Sauvages de l'ouest, les hivers rigoureux de la Baie d'Hudson et les chaleurs tropicales des Antilles,
Nature aventureuse, attiré comme irrésistiblement vers les régions
inconnues, poussé par la fièvre des Voyages, toujours prêt à s’élancer
dans des nouveaux dangers, Fenimore Cooper, aurait pu en faire l’un des
héros de ses romans les plus émouvants. Le tableau de sa vie offre cependant bien des ombres. On lui reproche d’avoir deux fois deserté le drapeau de la France, sa patrie, La première fois on sérait tenté d’être indulgent envers lui, car il fut l'objet de graves injustices de la part du gouverneur de la colonie. Toutefois les âmes vraiment élevées ne cherchent point dans la trahison la revendication de leurs droits méconnus.
Aucune excuse ne saurait justifier sa seconde trahison. Il n’en offre aucune, non plus. Il avoue bien ingénurient qu’il rechercha le service de l'Angleterre parce qu'il la nréférait à la France.
Le Père Albanel et Paul Denys de 1670-1671.
En 1670, le Père Albanel et Paul Denys «
le Saint-Simon, chargés Par ie roi de France d’une expédition à 1
a Baie d'Hudson, prirent de
nouveau possession des terres qui se trouvent au nord du St. Laurent, jusqu’à la baie James. Ils partirent le 6 août 1670 accompagnés d’un autre Français et de six Sauvages, et après avoir remonté le Saguenay, ils se rendirent à la rivière Némiskau, désignée alors sous le nom de rivière des Français. C'est là que les Sauvages s’assemblaient pour aller vendre leurs pelleteries. Le Père Albanel et le sieur de Saint-Simon y plantèrent une croix et y arborèrent les armes du roi de France, du consentement du chef Kiaskou. Ils se rendirent ensuite à la rivière Minskigwskat où ils firent la même chose, de l’assentiment du chef Sisibakourat. Ils rencontrèrent des voyageurs qui leur dirent être allés à la baie d'Hudson huit ans auparavant. Il est facile ici de conjecturer qu’il s’agit de quelques-uns des hommes de Guillaume Couture. Saint-Simon avait hiverné avec ses compagnons au lac St. Jean, en sorte qu’il n’arriva à la baie que durant l'été 1671. Le 9 juillet 1671 il se trouvait à l'embouchure de la rivière Rupert et enterra au pied d’un gros arbre une plaque de cuivre sur laquelle étaient gravées les armes du roi de France. Il aperçut à la baie les forts construits par des Groseilliers et Radisson qui tous deux étaient passés au service de l’Angleterre. Il rencontra dans cette région quelques familles huronnes que la peur de leurs implacables ennemis, les Iroquois, avaient fait fuir jusque-là.
Louis Jolliet et le P. Antoine Silvy, S.T., 1679—Zacharie Jolliet 1685, Rivière Nemiskau—Fort Némeckie.
La baie d'Hudson attira aussi l'attention de Frontenac. Il chargea Louis Jolliet, le célèbre découvreur du Mississipi, de se rendre à la baie, afin de le renseigner sur les établissements anglais et les moyens à prendre pour attirer les Sauvages aux postes français. Jolliet partit de Québec le 13 mai 1679 et remonta le Saguenay. Il entreprit ce voyage avec huit coureurs de bois. Il passa par le lac Kénogami et la Belle-Rivière, en suivant les traces des PP. de Quen, D’Ablon, Druillètes et Crépeuil. Il atteignit le lac Mistassins et la rivière Rupert et se rendit à la baie par cette dernière, après avoir parcourru 343 lieues et fait 122 portages. Il était accompagné du P. Antoine Silvy, S.J.
Jolliet fut très bien accueilli par le gouverneur de la baie. On l’entoura de toute espèce de prévenance au fort St. Charles où il aborda. Le gouverneur lui offrit dix milles livres comme présent et en sus une pension annuelle de mille livres, s’il voulait entrer au service de la compagnie de la Bais d'Hudson. Cet officier comprenait tout le parti qu’il pouvait tirer d’un homme aussi distingué et il se proposait, comme il s’en ouvrit à Jolliet, de l’envoyer fonder un établissement chez les Assiniboëls. Jolliet n’était pas de la race des transf uges, comme Radisson.
Il repoussa ces avances et se grandit davantage par sa fidélité à sa Patrie, dans l'estime du gouverneur.
Nous détachons de l'ouvrage si intéressant de M. E. Gagnon sur Jolliet les détails suivants sur les établissements anglais dans la Baie, à ce moment. “Les Anglais au nombre de 60 hommes y avaient trois forts assez /'ignés les uns des autres et se préparaient À en faire un quatrième au printemps prochain, en avançant de plus en plus à l’ouest vers les embouchures des rivières qui viennent du lac Supérieur et habitées par les nations accoutumées à commercer avec les Français. ‘In navire de 12 pièces de canon gardait les côtes: une barque de 40 ton-
“aux et une autre de 15 allaient à la traite, à toutes les rivières de la baie, où ils tiraient des Sauvages autant de castors qu'ils en voulaient, depuis un an surtout qu’ils avaient pénétré à l’ouest de la baie” (p.151).
Le 27 octobre 1679, il était de retour de son expédition, après sept mois d'absence. Dans son rapport à Frontenac, il déclare “que si on laisse faire les Anglais dans cette baie, ils se rendront maîtres de tout le commerce du Canada, devant six ans; quelques uns des Sauvages qui venaient à Montréal Y ont été cette année et doivent retourner ce printemps. Ce sont les Témékamings et la bande de Routin. Tout le monde sait que les Outaouas ne font point de castors, mais le vont quérir aux nations de la baie des Puans ou à celles de l’alentour du lac Supérieur, et par conséquent il est à croire que ces dernières se voyant tout proche des Anglais bien établis et fournis de marchandises, garderont leurs pelleteries, co.r1me plusieurs ont déjà commencé. ”
Jolliet exposait qu’il serait très facile d’empécher les Anglais de pénétrer dens l’intérieur et de restreindre la traite de la baie aux Sau- Vages vivant dans son voisinage immédiat. Il représentait que “les forts des Anglais n’étaient que de petits carrés de pieux renfermant leurs maisons, qu'ils les bâtissaient moins pour résister aux armes qu’au froid, ne se méfiant pas qu’on put les attaquer par terre. ”
Ce voyage eut comme résultat la formation d'une compagnie pour la traite de la baie. Jolliet a laissé une carte en date de 1688, dans laquelle il indique une rivière qui va du pays des Assiniboëls, à la baie d'Hudson. Ce doit être la rivière Nelson ou Hayes, dont il avait sans doute entendu parler durant son voyage. ;
Son frère Zacharie Jolliet qui fut associé à ses entreprises commerciales visita la rivière Rupert en 1685.
Il y construisit un petit fort d'occasion appelé Nemeckie. Il conserva à cette rivière (Rupert) le nom de Nemiskau, que lui donnaient les Sauvages. De fait, le Inc Nemiskau n’est qu’un élargissement de la rivière Rupert et autrefois le lac et la rivière portaient le nom de Nemiskau.
Sec. L, 1911. 10,
La Compagnie de la Baie d'Hudson—Discussion de titre entre elle et la Cie de la Nouvelle-France— Traités de Ryswick, 1696, et d'Utrecht, 1713. Droit International.
Les Anglais, comme je l’ai déjà constaté, ont dévancé les Français à la Baie d'Hudson. Les navires anglais ont visité ce pays avant ceux de la France, mais par contre, les Français ont été non seulement les premiers, mais les seuls à traverser l'immense solitude qui séparait les rives du Saint-Laurent de la mer du nord, et à pénétrer dans l’intérieur du pays, au sud de la baie James.
Les canotiers français n’ont jamais eu de rivaux. Le courage et la facilité des nôtres à s’accommoder à la vie rude, pénible et accidentée des voyages à longs cours ont fait l’admiration et l’étonnement même des Sauvages, pourtant coutumiers de cette existence.
La France basait ses droits à la baie d'Hudson sur la priorité de sa charte et sur une prise de possession non seulement de jure, mais aussi de facto, de cette contrée.
La charte octroyée par Louis XIII à la compagnie de la Nouvelle- France est en date du 29 avril 1627; celle de la compagnie de la Baie d'Hudson, accordée par Charles II porte la date du 2 mai 1670; c’est-àdire que cette dernière ne fut organisée que 43 ans après la première.
Il serait oiseux d'examiner la valeur légale de cette célèbre charte qui a donné lieu à tant de controverses. Nombre de jurisconsultes érudits en droit constitutionnel, prétendent que la couronne pouvait en 1670, octroyer une charte, mais que l'exercice de ses prérogatives royales ne lui permettait pas de déléguer à quelques-uns de ses sujets des privilèges exelusifs sans la sanction du parlement. Il n’y a aucun doute que le souverain exerçait en Angleterre, avant la révolution de 1689, une autorité et s’arrogeait des droits qu’il n’oserait plus réclamer aujourd’hui. Sans nous arrêter à ces grands problèmes, qu’il me suffise de dire que la compagnie comprit elle-même que ses titres étaient loin d’être à l'abri de toute discussion et qu’elle prit soin, en 1690, de s’adresser au parlement, pour les faire confirmer. Cette ratification toutefois ne fit accordée que pour sept ans.
En admettant que la charte de la Baie d'Hudson venait d’une source autorisée et était pleinement valide, il ne faut pas oublier qu’une des clauses exeluait de l'octroi toute contrée déjà cédée par aucun prince chrétien. Il s’en suivrait donc que la cie. de la Nouvelle-France avait des droits antérieurs à ceux de sa rivale et expressément réservés par cette dernière. En 1696, par le traité de Ryswick, la baie d'Hudson fut cédée à la France et aucune réserve ne fut stipulée, pour garantir les droits de la cie de la Baie d'Hudson. Est-ce que ce traité n’a pas eu
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l'effet d’abroger tous les tort ou à raison posséder ?
Il est vrai que par le traité d'Utrecht en 1713, la France céda à l'Angleterre les côtes de la Baie d'Hudson, mais une réserve fut insérée en faveur de la compagnie de ln Nouvelle-France, déjà mise en possession de ce pays en vertu de la charte de Louis XIII. En vertu de cette réserve, il lui était loisible de continuer à faire la traite dans la baie.
Depuis 1713 la compagnie de la Baie d'Hudson resta maîtresse du littoral de la baie, mais quels droits pouvait-elle prétendre à l’intérieur du pays? D'ailleurs le traité d'Utrecht pourvoyait à la nomination de commissaires chargés de fixer la frontière entre le Canada et les possessions anglaises de la Baie. Cette commission ne fut jamais nommée, A cette époque, l'Angleterre ne prétendait pas avoir droit au pays situé autour de la baie, à plus d’un degré ou deux au sud. De fait, jusqu’au traité de Paris en 1763, les Français demeurèrent en possession de la contrée qui se trouvait au nord et ils s'avançaient vers la baie même au delà de la hauteur des terres. D'où il suit que ce Pays appartenait
à la France, au double titre de possession et de priorité de charte et ne pouvait étre réclamé sérieusement par la compagnie de la Baie d'Hudson jusqu'en 1763. Cet argument nous semble péremptoire. à
Mais indpendamment de cette rais le débat, voudrait-on, par exemple, prétendre que la construction de quelques forts, sur le littoral de la mer, lui donnait droit de suzeraineté sur tout le territoire qui s’étendait à l'intérieur. Une prétention aussi extravagante serait er désaccord avec la loi des nations, telle qu’inter-
prétée à cette époque Far les peuples civilisés et notamment par l’Angleterre.
Dans les mérroires
privilèges que cette compagnie prétendait à
on, qui ce me semble tranche
échangés entre les Souvernements français et anglais, au sujet de leurs droits respectifs sur la baie d'Hudson, il est admis de part et d’autre, comme axiome indiscutable, qu’une simple formalité de prise de possession ne suffit pas Pour acquérir un domaine à la couronne. Il faut de plus que cette possession soit suivie d'actes d'occupation, pourqu’elle puisse être opposée à un possesseur subséquent qui s'établit dans le pays. Ce principe émis par l’Angleterre, accepté par la France, devint la loi des nations. Or, la compagnie ne fit ni découverte, ni aucun acte d'occupation dans l’intérieur. Elle demeura cantonnée sur les plages glacées de la mer jusqu’en 1774. Sur quoi done, pouvait-elle se baser pour réclamer les territoires au sud de la baie? Elle ne les connaissait que par le réçit des Sauvages qui venaient lui apporter leurs fourrures. Le pays était pour elle un livre fermé. Il est vrai que sa charte lui octroyait toute la contrée arrosée par les rivières qui se déversent dans la baie, mais encore fallait-il, pour lui
donner droit de suzeraineté sur ce pays « “elle le découvrit. Pour Sr
assurer ce premier titre, elle devait ensuite l'occuper. Elle ne fit ni l’un ni l’autre. A quelles conclusions absurdes ne serions-nous pas réduits, s'il fallait admettre qu'il suffit de jeter l'ancre devant l'embouchure d’une rivière, pour s'emparer de tout le territoire où coulent ses eaux, en remontant jusqu'à sa source, A ce compte, le célèbre navigateur qu’ ‘feouvrit l'embouchure du Mississipi, aurait pu réclamer pour son roi ju. au plateau du Missouri.
Dans tous les cas, pour faire ainsi toucher les deux bouts d’une rivière, il faut les tenir... .au moins sur la carte. La compagnie eut été bien en peine de dire où se cachait la tête des mille cours d'eau, qui en se déversant dans les rivières, venaient aboutir à ses postes.
Cette prise de possession, si tant est qu’on puisse s'exprimer ainsi, ne pouvait donc être basée que sur des hypothèses et se rapporter qu’à des pays imaginaires et inconnus. Il est inutile de pousser plus loin cet argument. C'est pourtant là le fond même de la question.
Occupation Antérieure des Français—La Cie de la Baie d'Hudson forcée de pénétrer dans le pays en 1774.
Le 20 mai 1685, le souverain de France accordait à une compagnie établie pour le commerce du nord, le monopole de la traite sur la rivière Bourbon pour 20 ans et il lui permettait d’établir un poste sur le lac Abittibi et un autre sur le lac Némiscau. Les Français, comme nous l'avons déjà vu, avaient déjà visité ces deux lacs avant cette date (1685) et l’intérieur du pays leur était connu, Les Sauvages venaient jusque des environs de la baie, apporter leurs fourrures à Québec. Quant au Nord-Ouest, Lavérendrye fut le premier à le visiter. D’autres voyageurs français, une fois la route ouverte, pénétrèrent également dans le Nord- Ouest. Pendant ce temps-là, la compagnie s'était contentée d'ouvrir des comptoirs sur les bords de la baie. Ses employés éprouvaient une terreur incroyable de l’intérieur. Dans leur imagination, ils le peuplaient de tribus cruelles et de dangers de toute sorte. Malgré les promesses les plus slléchantes de récompenses généreuses, la compagnie ne put décider aucun de ses serviteurs à se diriger vers le sud. La correspondance de la compagnie témoigne également de la crainte que lui inspiraient les traiteurs français. Ces derniers venaient jusqu’à quarante milles de ses postes lui faire concurrence. Ce ne fut qu’en 1774 qu’elle fit sa première apparition dans le pays. Elle fut obligée d’établir des postes sur la Saskatchewan afin de se protéger contre des traiteurs tels que Currie, Finlay et surtout Frobisher. Ce dernier intercepta la flotille des Sauvages et s'empara de toutes leurs fourrures, au détriment de la compagnie. Cette dernière n'avait plus d’autre alter-
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native que de s'en aller ou d'entrer dans le Pays. Elle prit ce dernier parti, bien entendu.
Le Traité de Paris s'applique à Manitoba et à tout le Nord-Ouest.
Ces renseignements historiques établissent done que les Français, avant le traité de Paris, possédaient tout le Nord-Ouest canadien et avaient le droit de le posséder, en vertu de la priorité de leur chartre et de leurs droits comme découvreurs et premiers ocev ants,
Origine de la Compagnie de la Baie d'H udson,
Cette compagnie doit son existence à deux transfuges français, des Groseilliers et Radisson. Ils furent les pères de cette organisation qui devait pendant deux siècles jouer un rôle prépondérant dans le Nord- Ouest. J'ai déjà indiqué le voyage de des Groseilliers et Radisson en 1668. 1+ profits immenses de cette expédition ouvrirent les yeux des capitalistes et des nobles anglais, qui décidèrent d'exploiter ce nouveau champ d'action.
Le 2 mai 1670, le souverain d'Angleterre accorda à son cousin le prince de Rupert et à ses associés une charte royale qui contenait les privilèges les plus étendus qu’il put concéder à des sujets. Voici les noMS contenus dans cette célèbre charte. Le prince de Rupert, Christopher, due d'Aumarle, Wi Craven, Henri, Lord Arling-
binson, Chevalier Sir Robert nnet, Sir Edward Hungerford, lier, Sir Jolin Griffet, Chevalier James Hayes, John Kirk, Francis
, John Fenn et John Portman.
8 IT s'intitule, roi d’Angleterre, d’Ecosse, Elle contient 22 clauses et commence par propose la compagnie est de chercher par des assage À la mer du sud, par le nord de l’Amémumerce des fourrures. Elle adopte pour sa
lle fut incorporée sous le ntrepreneurs d'Angleterre
1mé premier gouverneur et Sir Robert
ayes, Sir John Robinson, Sir Peter Culleton, John
Kirk, Francis Millington et John Portman désignés comme directeurs, D’après la charte, toutes les affaires de la compagnie sont administrées par le gouverneur et un comité de sept membres él tous les ans, à une
assemblée tenue au mois de novembre. C'est à cette assemblée que le bureau doit rendre compte de sa gestion aux actionnaires et lui soumettre un rapport détaillé de toutes les transactions de l’année.
La couronne accorde à la compagnie le monopole de la traite, de la pêche, de l'exploitation des mines, la propriété du sol en franc et commun soccage, d'après la coutume du manoir de Greenwick-Est, dans le comté de Kent, partout où elle s’établira.
Quant à la concession du sol, le souverain impose une condition. La compagnie devra lui donner comme tribut, deux orignaux et deux renards noirs, toutes les fois que Sa Majesté voudra bien condescendre à visiter ces parages. Il n’y avait pas de danger que cet impôt la ruinât. Elle est autorisée à adopter tels lois et règlements qu’elle jugera nécessaires, pourvu qu’ils ne soient pas incompatibles avec le droit commun anglais.
Il est expressément défendu à qui que ce soit de visiter les territoires possédés par la compagnie sans une autorisation spéciale du gouverneur sous peine de confiscation et d’encourrir l’indignation du roi. De plus, la charte accorde le droit d’administrer la justice en matière civile et criminelle et soumet à sa juridiction les employés de la compagnie et ceux qui vivent sous son égide. Tels sont en quelques mots les attributs de ce parchemin royal. Il n’est pas étonnant qu’une charte aussi prodigue et aussi généreuse n'eut jamais besoin d’être amendée.
Constitutionalité des privilèges — Ratification implicite Droits équitables — Opinions de Sir A. Pigott, Bethell et Keating.
La valeur de ces concessions, surtout en ce qui concerne les monopoles, fut souvent c ntestée. A toutes ces attaques la compagnie répondit que le parlement anglais avait ratifié implicitement ses titres par divers statuts, entr’autres par ceux passés en 1708, 1744, 1803 et 1813. Ces lois adoptées, pour règler le commerce en Amérique contiennent des proviso qui protègent les privilèges de la compagnie. Les vieux parchemins acquièrent d'ordinaire un caractère de respectabilité qui leur donne droit à la vénération et quand les parlements les ont laissé subsister comme une relique précieuse, il faut bien compter avec les droits acquis en vertu de cette reconnaissance tacite. Il y a là des droits équitables qu’on ne peut plus ignorer. Que signifient ces droits équitables; que comprennent-ils? Doivent-ils s'entendre de la propriété du territoire, du monopole de la traite et de l'administration de la justice? Les grands jurisconsultes d'Angleterre, consultés, répondirent qu’ils s’appliquaient aux terres mais non à la traite ni à l'administration de la justice, excepté
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lorsque les dr: îts à ces deux privilèges devenaient un corollaire du titre de propriéta D'après Sir Arthur Pigott, il faut distinguer, quant à l'étendue des prérogatives royales, entre les chartes accordées avant et après la revolution (1688). Les concessions faites avant furent presque toutes légalisées par des actes du parlement, à cause des doutes qu'on entretenait sur leur validité, La preuve que la compagnie comprenait elleétaient douteux, se trouve établie par les efforts constants qu'elle fit pour faire confirmer cette charte ou la protéger contre des concessions subséquentes, Quoiqu'il en soit de ces doutes, il y a certaines clauses qui sont évidemment illégales et qui furent de tout temps considérées comme telles. On peut ranger dans cette catégorie, les pouvoirs d'imposer des amendes et des pénalités, de saisir et confisquer les marchandises et bateaux, d'arrêter les étrangers et de les contraindre à donner caution. Bien plus, lors même que le privilège exclusif de la traite serait indiscutable, les officiers, agents et employés de la compagnie ne peuvent d'aucune façon justifier la saisie des effets et l’emprisonnement des sujets de Sa Majesté. En d’autres termes, aucun mode régulier et légal n'est indiqué dans la charte Pour empêcher la violation des droits de traite et autres. Le mode de procédure ordinaire est inapplicable et il est plus que douteux que les grands remèdes du droit anglais tel que l’injonction, soient admissibles.
Le autre opinion non moins respectable est celle de MM. Richard Bethell et Henry 8. Keating, officiers en loi du parlement impérial. Ce fut en 1857, qu’ils furent consultés. La validité de cette charte, et l'interprétation qu’on doit lui donner d’après eux ne peuvent pas être considérés isolément et comme question abstraite, La jouissance des privilèges que confère la charte pendant deux siècles et la référence droits de la compagnie faite dans plusieurs statuts, qualifiant le purement légal de quelques unes des clauses.
injuste et op]-386 À l'esprit des lois anglaises, de se prononcer sur le mérite d’une charte octroyée il y a 200 ans, avec la même rigidité et les notions de droit qui prévalent aujourd’hui devant nos cours de justice. Mais de même que Sir Arthur Pigott, ils considèrent que les privilèges de la compagnie ne s’appliquent Pas au monopole de la traite et à l’administration de la justice. Cependant le titre de propriétaire du pays, dont elle est en possession, lui donnait le droit d’exclure tout intrus qui viendrait traiter avec les Sauvages dans ses territoires. Tous les droits qui découlent de son titre de propriétaire peuvent être exercés par elle, tel que celui de faire des ordonnances se rapportant à l'administration des terres, à la traite de ses employés, ainsi qu’à l'exercice d’une juridiction dans toute matière civile au criminelle, pourvu qu'aucune de ces ardon-
même que ses titres
aux sens Il serait souverainement
nances ne soit opposée au droit commun. De plus, la couronne peut en tout temps établir des tribunaux et nommer des ju.es dans ces territoires, sans que la compagnie puisse lui opposer sa charte. Ce droit est de l'essence des prérogations royales, dont la couronne ne peut pas se départir.
De ce que certaines clauses de la charte sont clairement illégales et et de nul effet, il ne s’en suit pas que la charte soit nulle in toto. La seule conséquence est que si la compagnie faisait usages des privilèges que sa charte ne peut lui conférer, elle s’exposerait à des dommages considérables.
Telles furent les opinions les plus accréditées en Angleterre. Toutefois ces question: n’ont jamais été résolues par un tribunal et courent grande chance de ne l'être jamais. On ne saura donc jamais au juste les droits que la compagnie pouvait légalement réclamer. Quoiqu'il en soit, en 1869 pour la somme de $300,000 elle consentit à les abandonner, à la demande du Canada.
Les seules autorités sur lesquelles la compagnie pouvait se baser ne furent dans leur effet que de peu de durée. Par le statut Impérial 2 Wm & M. C. 25, la charte fut ratifiée mais pour sept ans seulement. Les privilèges de traite lui furent garantis en 1818 pour 21 ans. En 1838 cette faveur lui fut encore accordée pour une autre période de 21
ans, qui expira en 1859 et ne fut pas renouvelée par la suite.
Les premiers Gouverneurs de la Compagnie—Le prince de Rupert. Î 6
Le premier gouverneur fut le prince de Rupert, de Bavière. La vie de ce rejeton royal ne fut pas toujours édifiante. Mauvais officier sur terre et sur mer, forban à ses heures, il laissa une fille naturelle qui épousa le brigadier-général E. S. Howe. Il naquit à Prague le 18 décembre 1619 et était le 3e fils de Frédéric V, roi de Bavière. Sa mère Elizabeth Stuart, était la fille ainée de Jacques I et il se trouvait ainsi neveu de Charles ler. Il suivit la carrière des armes et arriva en Angleterre à l’âge de 20 ans. Lorsque la guerre civile éclata, il reçut le commandement d’un corps de cavalerie et se distingua par la fougue de son caractère et sa bravoure. Après ses exploits à Worcester et Edgebhill, son nom devint célèbre en Angleterre. Toutefois, il prouva bientôt qu’il ne suffit pas d’avoir du courage pour être bon général. Sa retraite de Marston Moor, sa conduite à Naseby et surtout à Bristol où il rendit ignominieusement les armes, le discréaitèrent entièrement. Charles ler lui enleva le commandement de ses troupes et lui ordonna de quitter le pays. Il se retira en France. Le roi d'Angleterre se réconcilia avec lui en 164$ et le mit à la tête de la flotte. Bloqué dans le port de Kinsale
il perdit presque tous ses vaisseaux et s'enfuit aux Indes Occidentales, où avec son frère Maurice il se fit pirate, pillant tout navire qui lui tombait sous la main, même ceux qui portaient le drapeau an lis. Pourchassé par Cromwell, il se sauva en France. Il retou-ua « Angletsrre après la restauration, devint membre du Conseil ‘’rvé, du » d'Amirauté, de la Société Royale de Londres, ete. D: rant les dernière; 10 années de sa vie, il s’occupa beaucoup de mécani me et de chimie, Il demeura gouverneur de la compagnie de la Baie d'Hudson jusqu’au 29 novembre 1682, date de sa mort. On peut dire que sous sa présidence la compagnie ne fut pas troublée dans la paisible possession de la baie. Elle en profita pour amasser d'énormes profits. En 1679 elle possédait trois forts dans la baie, gardés par 60 hommes. Un navire portant 12 canons, gardait la côte. Deux barques allaient faire la traite à la décharge des rivières et retiraient des Sauvages autant de castors qu’ils en voulaient. Le due d'York succéda au prince de Rupert en janvier 1683 et ne fut remplacé que lors de son avènement au trône sous le nom de Jacques IL (1685). Je crois que c’est le seul cat holique qui occupa la première charge de la compagnie.
Lord Churehill due de Marlborough devint le troisième gouverneur, le 2 avril 1685. En mai 1692, il fut jeté en prison, dans la tour de Londres, sous accusation de trahison portée par Guillaume d'Orange. Pour cette raison, il ne fut pas réélu au mois de novembre 1692; on lui substitua Sir Stephens Evance. Ces noms indiquent de quel crédit jouissait la compagnie en Angleterre et quels puissants protecteurs elle comptait auprès de la cour.
Officiers en charge dans la Baie—Commencements des rivalités avec la France.
Le premier officier qui fut envoyé dans la baie pour établir des postes et diriger la traite fut Charles Bailey. Il fonda sur une rivière qu’il nomma Rupert, en l'honneur de son président, un établissement qu'il appela “Fort St. Charles” du nom du souverain alors règnant en Angleterre.
En 1685 la compagnie possédait les forts suivants: Albany, Moose, Rupert, Nelson, Severn et St. Charles.
Les Français n'étaient pas restés oisifs pendant ce temps-là. Ils avaient érigé un poste, sur la riviére Orignal, à une distance d'environ huit jours de marche de celui des Anglais, disons 160 à 180 milles. Ils x faisaient une concurrence ruineuse à la compagnie auprès des Sauvages de cette région, qui préféraient traiter avec les Français.
Le 3 avril 1673 le gouverneur Charles Bailey tint conseil pour rémédier à ec, état de chose. Des Groseilliers, alors au service de cette com-
pagnie assistait au conseil et proposa de remonter la rivière Orignal, pour empêcher les Français d’intercepter le commerce de la baie. Son opinion prévalut et Bailey l'envoya avec le capitaine Cole et un nommé Gorst, dans cette direction. Ils en rapportèrent 250 peaux de castor et firent alliance avec le chef de la tribu des Abbitibbis.
La France voyait avec peine sa puissante rivale s'implanter dans la baie. Elle fit plusieurs tentatives pour lui enlever ce coin de terre. Des combats sanglants s’engagèrent entre ces deux grandes nations, avec des alternations de succès et de revers pour se terminer par le triomphe final du drapeau anglais. Cette page de notre histoire mérite de former le sujet d’une étude séparée.
Ce sera peut-être pour l’an prochain, si j'en ai les loisirs.
Les Missionnaires à la Baie d'Hudson.
Le zèle pour les âmes, l'espoir de convertir les Sauvages de cette contrée et le désir de la part des chefs d’expédition d’avoirun prêtre pour leur procureur, ainsi qu’à leurs compagnons, les consolations de la religion, au milieu des dangers qu'ils allaient braver, entrainèrent plusieurs dévoués missionnaires à la baie.
Le P. Albanel ne fit qu’y passer, mais les PP. Silvy, Dalmas et Marest y séjournèrent, exerçant leur ministère au milieu des garnisons françaises et des indigènes qui venaient traiter aux forts de la baie.
Il fallait un courage plus qu’ordinaire pour accepter les misères et les privations de cette region glaciale et y passer des années, sans autre consolation que celle d'étendre le règne de Dieu. Le nom et les gestes de ces héros de la foi, exilés volontaires à la mer polaire, méritent d’être connus pour notre propre édification. Ces illustres apôtres ont droit à notre admiration et à voir leurs noms figurer avec honneur dans les pages de notre histoire.
Je vais donc donner quelques notes sur ces quatre missionnaires, d’après l'ordre chronologique. Disons de suite que le P. Silvy demeura dans la baie 12 ans, comme suit: de 1679 à 1684 et de 1686 à 1693; le P. Dalmas 2 ans, du printemps 1691 au printemps 1693 et enfin le P. Marest 2 ans, de septembre 1694 à septembre 1696. La plupart des renseignements que je donne sur ces religieux sont empruntés à l'étude du P. de Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France, vol. 3, p. 270- 273, 274, 277,279, 530 et 628. Vol. 2 p. 373.
Le P. Charles Albanel, SJ.
Ce père naquit en Auvergne en 1616, entra au noviciat des Jésuites le 16 septembre 1633. Il enseigna la grammaire, les humanités et la
rhétorique à Cahors, Carcassonne, Mauriac et Aurillac. Il fit sa théologie à Tournon. Le 23 août 1649 il arrivait au Canada. Il fut envoyé à Tadoussac où il eut occasion de connaître les Kilistinons. Il sut bientôt comment manie: leur naturel défiant, et parla la langue crise avec facilité.
Le 22 août 1670 il s’embarqua sur le Saguenay avec M. de Saint- Simon et 7 compagnons. Ils furent obligés d’hiverner au Inc St. Jean. Ils repartirent de cet endroit au mois de juin 1671, traversèrent le lac Mistassin, descendirent la rivière Némiseau et arrivèrent le 1er juillet à la baie James, au village de Miscoutenagechit. Les Sauvages de la baie d'Hudson avaient envoyé dès 1661 une députation à Québec pour obtenir des missionnaires, Aussi grande fut leur joie en voyant arriver le P. Albanel. En présence des chefs de 10 au 12 tribus, il planta une croix et avec Saint-Simon il prit possession de la baie pour le roi de France. Un acte de cet événement fut rédigé et signé par les chefs. I] repartit pour Québec dans les premiers jours de juillet et arriva un mois après, après avoir fait 200 portages et traversé 400 rapides, “Jusque, ici, dit le P. Albanel on avait estimé ce voyage impossible aux Français, qui après l'avoir entrepris dejà par trois foiset n’en ayant pu vaincre les obstacles, s'étaient vus obliger de l’abandonner dans le désespoir du succès.” L'année suivante une nouvelle députation des Sauvages de la baie vinrent demander un missionnaire, Le P. Albanel répondit de nouveau avec joie à cet appel et partit de nouveau pour la baie durant l'été 1672. Il dût hiverner en chemin. Le long du voyage il subit une chute qui le cloua au sol. Les Français ses compagnons l’abandonnèrent pour retourner à Québec. Les Sauvages ne tardèrent pasà suivre ce mauvais exemple. Il apprit de plus que les Anglais menaçaient de le tuer s’il se rendait à la baie. Cependant rien ne pouvait ébranler son courage. Il continua sa route en dépit de tout et le 30 août 1673 il arrivait au fort Orignal. Le gouverneur Baily commandait alors dans la baie. Il lui remit une lettre de la part du gouverneur de Québec en date du 8 octobre 1671 par laquelle il lui demandait de traiter ce missionnaire avec tous les égards voulus. Le P. Albanel remit aussi à Médard Chouart & : Groseilliers une lettre qui lui venait de son gendre. Il était parti de Québec avec le gendre de des Groseilliers et trois autres Français. Les difficultés du voyage et la crainte des tribus sauvages, avaient fini par décourager ses Compagnons. Baily crut que le P. Albanel n’était pas étranger au mécontentement qui régnait parmi les Sauvages à l’endroit des Anglais et qu’il voulait détacher des Groseilliers du service de la compagnie de la Baie d'Hudson, Jlle retint dans le fort et l’amena avec lui en Angleterre. Il ne fut rendu à la liberté qu’en 1676. Le P. Albanel ne retourna plus à la baie d'Hudson. Au cours de son premier voyage, il avait baptisé 200 sauvages et gagné la con-
fiance des principaux chefs de la baie. Il avait pu constater que les deux grands obstacles à la conversion des Sauvages, la superstition et l’immoralité, n’offraient pas chez les tribus du nord une résistance sérieuse aux triomphes de l’évangile.
Le P. Antoine Siluy, SJ.
Ce missionnaire naquit à Aix, en Provence, le 16 octobre 1638. Il entra dans la compagnie de Jésus le 7 avril 1658. On l’employa d’abord dans l’enseignement à Grenoble Embrun et Bourg en Bresse. Il fit 3 ans de philosophie et 4 années de théologie. Après être demeuré à Vienne et à Dôle, il fit sa troisième année de probation à Lyon (1671- 1672). Ses supérieurs l’envoyèrent ensuite au Canada en 1673 et l’année suivante, nous le trouvons aux missions outaouaises auxquelles il se consacra pendant 5 ans. En 1678, il quitta la mission de Saint- Ignace, à Michillimakinae, pour se rendre à Tadoussac. Le P. de Crépieul avait la direction de cette maison et désirait depuis longtemps, trouver les moyens d'aller convertir les Sauvages de la baie. En 1661, il avait tenté de s’y rendre avec l'expédition de La Vallière, sans pouvoir atteindre le but. Dès qu'il se vit avec un compagnon, il voulut tenter encore un effort. En 1679 il chargea done le P. Silvy, d’aller fonder une mission sauvage sur les bords de la Baie d'Hudson. Le P. Silvy partit, comme nous l’avons déjà dit, le 13 mai 1679 et se rendit à la baie, en passant par le Saguenay, le lac Kénogami, la Belle-Rivière, le lac Mistassins, et la rivière Rupert.
Le P. de Rochemonteix prétend que le P. Silvy demeura à la baie jusqu’en 1684, évangélisant les Sauvages. Ce qu’il fallut d'esprit de sacrifice et de constance à ce vaillant athlète de la foi, pour vivre misérablement, dans un climat si inhospitalier, loin de tout confrère, entouré de peuplades sauvages, est vraiment inconcevable. Ce missionnaire d’un mérile consommé, selon l'expressicn de l'historien La Potherie, retourna en Canada, après la reddition du fort Ste.-Thérèse. Lorsqu'on organisa en Canada l'expédition du chevalier de Troyes, avec d’Iberville, Sainte-Hélène et Maricourt, le P. Silvy se trouva d'avance désigné tout naturellement pour accompagner cette troupe à travers les terres. Il partit donc avec ce corps expéditionnaire, le 20 mars 1686. Ils remontèrent l’Ottawa, traversèrent les lacs Témiscamingue et Abbitibbi et le 20 juin ils arrivèrent au fort Orignal, après trois mois de marche forcée. Cette bandes de braves s'empara successivement des forts Orignal, Sainte-Charles et Albany. Cette brillante conquête s’accomplit en deux mois,
La Potherie dit que les bons conseils du P. Silvy, au chevalier de Troyes lui servirent beaucoup pendant le séjour qaw’il fit dance ces parages.
[PruD'HouME] LA BAIE D'HUDSON 157
Il ne pouvait en être autrement, car ayant demeuré plusieurs années dans la baie, il était en état de lui fournir une foule de renseignements précieux sur le pays, son climat, ses habitants et ses ressources, Après ce beau fait d’armes, les Canadiens retournèrent à Québec, moins toutefois un corps de garde, laissé au fort Sainte-Anne avec M. de Maricourt,. Le P. Silvy resta avec ces derniers, afin de pourvoir à leurs besoins. spirituels et continuer en même temps ses missions chez les Sauvages, qu’il avait déjà évangélisés pendant cinq ans. Ce religieux a donné dans une lettre adressée à Mgr. St. Vallier en date du 30 juillet 1686, un résumé succinct de cette glorieuse expédition. On y trouve des détails intéressants, qu’on ne rencontre nulle part ailleurs. La voic “Ce n'a pas été sans bien des risques et des faii qu'avec l’aide de Dieu nous sommes venus à bout de nos desseins, La route depuis Mataouan, est extrêmement difficile, ce ne sont que rapides très violents et très périlleux à monter et à descendre; je fus plusieurs fois en danger de me perdre avec tous ceux qui m'accompagnaient. Le charpentier Noël le Blanc, un de nos meilleurs hommes et dont nous avions le plus de besoin, fut englouti tout d’un COUP Sans reparaitre sur l’eau. M, d’Iberville qui le menait avec lui ne se sauva que par son adresse et par sa présence d'esprit qu’il conserva toujours toute entière. D’autres s'étant sauvés a la nage, en furent quittes pour la perte de leur canot, de leur bagage et de leurs vivres. Ces désastres néanmoins n’étonnèrent pas notre petite flotte, qui arriva enfin auprès des Hollandais, sans qu'ils eussent le moindre vent de notre marche. Ces messieurs ne se défiant de rien, dans leur fort de Monsousipion, y furent surpris pendant leur sommeil. Ils ne purent ni tirer un coup, ni même se mettre en défense, Le bruit du bélier dont on enfonçait une grosse porte bien ferrée et les mousquetades de nos gens, qui perçaient sans cesse leurs chambres d’outre en outre, les éveillèrent en sursaut. En moins d’un quart d’heure on fut maître de leur fort et de leur maison où ils eurent à peine le loisir de demander quartier, tant on allait vite en besogne. C'ependant le fort avait quatre bastions, munis de bons canons qui ne servirent de rien et la platte-forme de la maison avait aussi les siens qui demeurèrent inutiles. Un des assiégés plus fier que les autres v ayant voulu monter pour en braquer un contre nous, fut tué sur le champ et paya lui seul pour tous les autres. Les quinze qui restaient eurent la vie, et on s’assura de leurs personnes. Nous en eussions pris quinze autres dans une barque, que nos découvreurs avaient aperçue la veille, si elle ne fut partie le même jour pour Némiseau où le petit Brigueur nommé pour commander l’année suivante, au fond de la baie, allait porter des ordres et faire faire des travaux. Nous fûmes bien facnés de l'avoir manquée e comme elle nous était nécessaire pour porter du canon au fort de Kitchitchouan, on prit la résolution de la suivre et l'aller
attaquer Némiscau gardé par quinze autres Hollandais, espèrant enlever l’un et l’autre en même temps pour y pouvoir ensuite aller prendre Kitehitchouan, poste principal où était le gouverneur avec trente hommes de la même nation. Monsieur d'Iberville avec douze maîtres fut en canot affronter la barque durant la nuit et il la prit pendant que M. de Troyes suivi de son monde prenait le fort, avec la même facilité, sans nulle perte de notre part. Les ennemis n’y perdirent de leur côté que deux hommes et il y en eut deux autres avec une femme qui furent blessés. Aussitôt, on mit sur la barque tous les canons du premier fort et nous étant rendus en diligence devant le 3e (où on ne nous attendait pas) il se rendit par composition, après a‘oir été criblé par six vingts coups de canon en moins d’une heure. On y entra tambour battant et enseigne déployée, le propre jour de Sainte-Anne, c’est-à-dire de la sainte qu’on avait prise pour patronne du voyage et de l’entreprise. Voilà, monseigneur. les coups d'essai de nos Canadiens sous la sage condvite du brave M. de Troyes et de Messieurs de Sainte-Hélène et d’Iberville, ses lieutenants. Ces deux généreux frères se sont merveilleusement signalés; et les sauvages qui ont vu ce qu’on a fait en si peu de temps et avec si peu de carnage, en sont si frappés d’étonnement, qu’ils ne cesseront jamais d'en parler, partout où ils se trouveront. Je n’en ai vu qu’un très petit nombre de diverses nations, dont les uns m’entendaïent et les autres ne m’entenc'aient pas. Comme on ne leur parle qu’en passant, parcequ’ils courent toujours, il n’y a guère d’apparence qu’on puisse de sitôt les faire chrétiens. 11 faut espérer néanmoins que Dieu, par sa bonté toute puissante, leur donnera les moyens de se convertir, s’ils veulent concourir avec nous à cet important ouvrage. ”
Dans cette lettre, le P. Silvy confond évidemment les Anglais avec les Hollandais. Il n’y avait pas de Hollandais dans la baie à cette époque. Le fort Monsoupion désigne le fort Orignal. 11 donne le nom de Némiseau au fort Rupert parce que le lac Némiscau est relié à la baie par la rivière Rupert. Kitchitchouan signifie le fort Albany. Quant au petit “ Brigucur,” je crois qu’il veut faire allusion par là à John Bridgar, gouverneur au fort Nelson, qui avait charge de tous les postes de la baie.
Le P. Silvy resta à la baie depuis 1686 jusqu’en 1693. Jusqu’en 1691 il demeura seul missionnaire dans cette vaste région. Il réussit à instruire un grand nombre de Sauvages. En 1691, on lui envoya pour l’aider le P. Antoine Dalmas au fort Sainte-Anne. Au commencement de l’année 1693, il revint à Québec. Les privations et les pénibles voyages de cette mission désolée lui avaient fait contracter de cruelles infirmités. Il ne put jamais, par la suite, se rétablir complètement. A peine était-il de retour à Québec, qu’il apprit par un courrier qui arriva à Montréal au mois de juillet, la mort du P. Dalmas, son compagnon,
{PRUD'HoMME] LA BAIE D'HUDSON 159
qu'il avait quitté le printemps précédent. Cette nouvelle fut portée, par deux soldats du fort Sainte-Anne, qui après s'être enfuis pendant la nuit, sans être aperçus des Anglais, parvinrent en canot à se rendre à Montréal, par la même voie qu'avait suivie le chevalier de Troyes. N'écoutant que son zèle et ne voulant pas laisser sans missionnaire ses chers Cris et Assiniboëls, le P. Silvy, se mit aussitôt en route pour aller le remplacer. Il constata bientôt qu’il avait plus de‘courage que de force. Dès son arrivée à la baie, il tomba malade et fut obligé les larmes aux veux d'abandonner le théâtre de ses longs travaux apostoliques. C'est l’âme navrée de douleur qu’il dit adieu pour toujours, à ses chers Sauvages, dont il avait été le père et le consolateur pendant environ douze ans.
A son retour, à Québec, il fut employé au collège comme professeur de mathématiques et exerça ensuite les fonctions de ministre pendant dix ans. Il mourut au collège de Québec le 12 octobre 1711. Ila laissé un journal de son Voyage par mer, depuis le détroit de Belle-Ile jusqu’au fort Nelson. Ce journal fort détaillé, comprend trente pages. On y trouve des notes fort curieuses sur la Baie d'Hudson etles Sauvages qui la fréquentaient. Ce religieux était au Canada le prêtre qui connuissaît peut-être le mieux le caractère des Canadiens, auxquels il était profondément attaché. Son séjour prolongé entre les grands lacs et le
Mississipi, ainsi qu’à Tadoussac, ses courses par terre et par mer, à la baie d'Hudson, lui avaient fourni l’occasion de s’instruire sur les mœurs, et les coutumes des tribus sauvages et d'en parler pertinemment. Il parlait fort bien le Cri, et l’Assiniboine et quelque peu l’Esquimau. Il fut non seulement le premier missionnaire résident dans la baie d'Hudson, mais aussi celui qui y demeura le plus longtemps, au moins jusqu’au 19% siècle,
Le P. Antoine Dalmas, SJ.
Ce missionnaire fut le deuxième prêtre qui résida dans la baie. Il naquit à Tours le 4 août 1636 et entra au noviciat de Paris le 8 octobre 1652,
IL fit sa philosophie à la Flèche et se livra à l'enseignement, à Tours, la Flèche, Hesdin et Blois. Il fit sa théologie à Bourges et sa troisième année de probation à Paris. Il arriva À Québec en 1671 et se livra pendant un an à l’étude des langues sauvages. Il fut ensuite envoyé comme iissionnaire à la Prairie de la Madeleine de 1672 à 1675, puis à Sillery de 1675 à 1681 et à Tadoussac de 1681 à 1691. Tadoussac devint pour lui comme pour le P. Silvy un apprentissage pour les lointaines missions de la mer polaire, d'où il ne devait jamais revenir,
En 1691 on le désigna pour aller porter secours au P. Silvy, qui depuis 5 ans travaillait seul à ln conversion des Sauvages de la baie. Grande fut la joie de ce dernier, en voyant ce nouvel ouvrier de la vigne du Seigneur, un frère en religion, venir partager ses travaux et ses souffrances et le soutenir au milieu des dures épreuves de son ministère, Au printemps 1693, le P. Silvy fut rappelé à Québec par maladie et laissa à son compagnon le soin de continuer son œuvre. Ils ne devaient plus se revoir qu’au ciel. Le 4 mai 1693 le P. Dalmas fut assassiné au fort Sainte-Anne. La garnison de ce poste se composait alors du commandant, de ce religieux, du chirurgien, de l’armurier et de quatre soldats, huit en tout. Cette poignée d'hommes perdue sur cette plage, était bien dejà assez faible sans qu'un double meurtre vint encore éclaircir ses rangs. J'emprunte aux notes du P. Marest, les détails de ce double assassinat.
“L'armurier du fort avait tué d’un coup de fusil, dit-il, le chirurgien de l'établissement avec lequel il était mal depuis longtemps. Les hommes de la garnison, cinq en tout, étaient en ce moment à la chasse, Après cette assassinat, il trouva le Père dans la chapelle, qui se pré it à dire la messe. Ce malheureux demanda à lui parler; mais le Père le remit après la messe qu’il lui servit à son ordinaire, La messe étant dite, il lui découvrit tout ce qui était arrivé, lui témoignant le désespoir où il était et la crainte qu’il avait que les autres étant de retour ne le
missent à mort. Ce n’est Pas ce que vous avez le plus à craindre lui répondit le Père. Nous sommes un trop petit nombre et on a trop besoin de vos services pour qu'on veuille vous perdre. Si on voulait le faire, je vous promets de m'y opposer autant que je pourrai, mais je vous exhorte À reconnaître devant Dieu l’énormité de votre crime, à lui demander pardon et à en faire pénitence. Ayez soin d’apaiser la colère de Dieu; pour moi j'aurai soin d’apaiser celle des hommes. Le Père,
ajouta que s’il le souhaitait, il irait au-devant de ceux qui avaient 6 chasser, qu’il tâcherait de les adoucir Mais à peine était-il sorti du fort que le taillandier se mit en tête que le missionnaire le trompait. Il prit sa hache et son fusil pour courir après lui. Sitôt qu’il l'eut atteint, il lui reprocha qu'il était un traitre et qu’il le trompait et en même temps il lui donna un coup de son fusil qui le blessa. Pour <e soustraire à la fureur de ce misérable, le Père se jeta sur une grande glace, qui flottait sur l’eau. Le taillandier Y sauta après lui, l’assomma de deux coups de hache qu’il lui déchargea sur la tête et il jeta son corps sous la glace même, sur laquelle le Père s'était réfugié. ”
L’historien Ferland prétend que c’est le cuisinier qui tua le chirurgien dans un accès de folie, mais l'intendant de Champigny, dans sa lettre au ministre M. de Pont-Chartrain parle de l’armurier Guillory. Il pourrait se faire que Guillory combinait les fonctions d’armurier et de
[PruD'Homus:] LA BAIE D'HUDSON 16:
cuisinier. Le P, Dalm dans l’intérieur d
rière. Dieu sans doute, content des nobles désirs de son serviteur et des sacrifices qu’il s'était déjà imposés pour faire connaf e son saint nom, voulut lui épargner de nouvelles souffrances et l'appeler à recevoir de suite la couronne immortelle,
Le P. Pierre Gab-iel Marest, SJ.
Avec le P. Marest se ferme la liste des apôtes de Ia foi, qui sous la domination française exercèrent leur zèle dans la baie d'Hudson. Il naquit à Laval le 14 octobre 1662 et entra au noviciat des Jésuites à Paris le ler octobre 1681, après deux années de philosophie, Il enseigna ensuite au collège de Vannes. On le retrouve plus tard à ln Flèche, Bourges, Louis-le-Grand à Paris et à Rouen. Il se rendit en Canada en 1694 et Y prononça ses quatre voeux. A peine était-il arrivé à Québec qu’il fut envoyé à la buie d'Hudson, “ Le Père Supérieur jeta les yeux sur moi, écrit-il, apparemment Parcequ'étant nouvellement arrivé et ne sachant encore aucune langue sauvage, j'étais le moins nécessaire au Canada. ” D’Iberville qui com
mandait cette expédition s'était adressé au supérieur des Jésuites le P. Bruyas, pour lui demander un aumônier. Le P. Marest 6
tait alors dans la pleine vigueur de l’âge, rempli d’ardeur et de zèle. Il partit de Québec le 10 août 1694, à bord du Poli que commandait Personnellement d’Iberville. Le 15 août une partie de l'équipage fit ses dévotions. Le 24 septembre les deux navires entraient dans la rivière Bourbon. C'était un vendredi; tous abord entonnèrent l’hymme Verilla Regis et O Crux Ave. On était fier d’être catholique à cette époque héroïque de notre histoire et on le pouvait par des actes aussi on remportait des victoires éclatantes, dans lés situations les plus désespérées. Ces actions d'éclat accomplies par ces preux chevaliers du nord, méritraient d'être chantées par nos bardes, dans un poème épique. Maintenant je laisse la parole au P. Marest. “Pendant un mois, les vaisseaux ne purent s'approcher du fort Un jour, un gros vent du nord-ouest jeta la Salamandre sur un t sable et de roche, où elle échoua à marée haute et les glaces emportées par les courants et poussées par les vents, commencèrent à donner contre ses flancs. Elles les heurtaient si rudement qu’elles percèrent le bois en plusieurs endroits, Le Poli ne fut pas en moindre danger que la Salamandre. Les vents, les glaces, les battures, tout jui était contraire. Rien cependant n’abattit le Courage du capitaine d’Iberville. Pré- Voyant que le moindre signe d'inquiétude qui paraitrait sur son visage jetterait tout le monde dans la <onsternation, il se soutint toujours avec
Sec. I., 1911. 11.
Nelson.
>anc de
une fermeté merveilleuse, mettant tout le monde en action, agissant luimême et dunnant ses ordres avec autant de présence d'esprit que jamais. Il parvint enfin à se dégager et à débarquer ses Canadiens, qui investirent aussitôt le fort Nelson. Sommé de se rendre, le gruverneur anglais, capitula aux conditions suivantes: ‘“ les officiers anglais remettront leurs armes et conserveront leurs papiers. Quand la naviga on sera libre, on les transportera en France, d'où il leur sera permis de passer en Angleterre.” Leur ministre avait écrit la capitulation en latin. Le P. Marest servit d’interprête aux Français. Le 14 octobre d'Iberville prit possession de la place à laquelle il donna Je nom de fort Bourbon.
Louis Lemoyne, sieur de Châteauguay, frère du commandant d’Iberville, était enseigne à bord du Poli. Il fut blessé le 13 octobre et mourut le lendemain, après s'être confessé au P. Marest. M. d’Iberville fut extraordinairement touché de la mort de ce frère qu’il avait toujours aimé tendrement. Le P. Marest hiverna donc au fort Nelson avec la garnison. L'année suivante, d’Iberville quitta la baie au commencement de septembre avec ses deux vaisseaux laissant le fort sous le commandement du sieur de la Forest et du lieutenant de Martigny qui avaient avec eux 74 Canadiens et 6 Iroquois du saut Saint-Louis. Plusieur auteurs donnent la date du départ d'Iberville co11me étant le 20 juillet. Le P. Marest ne le suivit pas. “Comme 11 y avait de l'apparence qu'ils iraient droit en France,” dit ce Père, “ j'aimai mieux rester dans le fort avec les 80 hommes qu’on y laissait en garnison, qui d’ailleurs n'avaient point d’aumônier. J'étais persuadé qu'ayant plus de loisir, après le départ des vaisseaux, je pourrais apprendre tout à fait la langue des sauvages et me mettre en état d’y commencer une mission. ”
Le P. Marest en effet, réussit bientôt à parler le cri et l’assiniboine et se mit à prêcher aux Sauvages qui visitaient le fort. Il traduisit en cri, le Pater, l'Ave, le Credo et les commandements de Dieu. Il commença même à préparer un dictionnaire. Il était très attaché à cette mission et il est probable qu’il aurait continué pendant plusieurs années à consacrer son zèle et ses beaux talents à la conversion de ces indigènes, s’il n'eut été forcément enlevé au théâtre de ses travaux apostoliques. Au mois de septembre 1696, quatre navires de guerre anglais vinrent assiéger le fort. La garnison manquant de vivres, dût se rendre et fut faite prisonnière. Le P. Marest fut envoyé à Plymouth, en Angleterre, où il fut gardé pendant quatre mois. Sorti des prisons de Plymouth, il revint en Canada en 1697. Ce religieux était destiné à de lointaines missions.
En 1698 on le trouve dans les Illinois, au fort Saint-Louis (Starved Rock) avec le P. Gravier et le P. Binneteau. Ce dernier écrivait à son sujet: ‘Le P. Gabriel Marest fait ici des prodiges. Il a les plus beaux
(PRuD'houME] LA BAIE D'HUDSON 163
talents du monde pour ces missions, Ila appris la langue en quatre ou cinq mois, jusqu i i nt des leçons à ceux qui sont ici depuis longtemps. Il est d’une résistance à la fatigue incroyable et son zèle lui fait regarder comme rien tout ce qu’il y a de plus difficile, Il ne vit que d’un peu de blé cuit où il mêle quelquefois un peu de petites fèves et il mange un melon d’eau qui lui sert de boisson. ”
Il alla, en 1700, se fixer au village des Peorias sur la rivière des Illinois, Il suivit ensuite les Kaskaskias et s'établit au village de l’Immaculée Conception, à la jonction de la rivière Kaskaskins et du fleuve Mississipi, à environ 60 milles au sud-est de la ville actuelle de Saint-Louis, En 1711, il s
Ville, afin d’aller voir et consulter son frère le P. Joseph Jacques Marest, alors supérieur des Missions de l'ouest. Le chef-lieu de ces missions était à Michillimakinac. C'était là d'ordinaire où demeurait le supérieur. Le P. (iabriel Marest partit donc pour Michillimakinac. Il eut la joie de rencontrer son frère en chemin. I] Y avait quinze ans qu'ils ne s'étaient pas vus. La religion n’étoufe pas les affections légitimes du cœur et ne réprime pas non plus les élans de l’âme vers ceux qui nous sont liés par le san sentiments,
et l'éloignement £
aires doivent sou
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ternel ces deux Pères se
imakinac, où le P. Gabriel demeura deux
Il était le retour à Kaskaskias le 10 septembre 1711. Cet en-
droit fut le théâtre des travaux apostoliques de ses dernières années. C’est là qu’il mourut le 15 février 1714.
Le P. Joseph Jacques Marest, dout il vient d’être question, était arrivé au Canada en 1688 et l'année suivante il se rendait à Michillimakinac. Vers 1700, il accompagna le célèbre Nicolas Perrot et s’élança avec lui vers les tribus les plus cruelles de l’ouest, les Nadouesioux. Il se rendit jusque dans le haut du Missouri. Il mourut à Montréal au mois d'octobre 1725.
Marest.
Il a Ce rapport est Gonsalés. La traduction de ce docu- 3 appendice à mes notes sur le P.