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Marest. Ces notes ont été empruntées pour la plupart aux archives du collège Ste Marie, Montréal.
Lettre du P. P, G, Mareat,
“Nous fimes voile de Québec avec deux bateaux montés par trois cents hommes, tant matelots que soldats, L'expédition avait pour but de prendre un fort oceupé par les Anglais dans la baie d'Hudson. Nous partimes le 10 noût 1694 et nous arrivâmes à cet endroit le 24 septembre. Nous avions un voeu à accomplir, car vers la fin du voyage les vents tournèrent contre nous; l’hiver rigoureux s'approchait et nous manquions d’eau. Nous nous adressâmes à Dieu par l'intercession de suinte Anne, envers laquelle les Canadiens ont une très grande dévotion, et ayan fait un vœu, nous abordâmes en trois jours. Pendant toute la durée de cette navigation, mes occupations furent de dire la messe, quand le temps le permettait, de faire publiquement les prières du matin et du soir, de faire quelques instructions et d'entendre les confessions d'un bon nombre de personnes,
Deux fleuves se déchargent dans la baie d'Hudson à peu de distance l'un de l’autre; le Bourbon et le Ste. Thérèse. Le fort des Anglai: est situé sur ce dernier. Le plus petit de nos bateaux aborda dans celui-ici: et le plus grand dans le Bourbon qui est plus profond. Les Anglais se voyant alors assiégés, se rendent aussitôt à des conditions honteuses. Nous rendîmes aussitôt à Dieu de solennelles actions de gâce. Une croix très haute fut érigée et dans ce pays barbare on adora enfin l’auguste étendard du Christ. Depuis mon arrivée trois choses m'ont tenu occupé sans relâche; l’indulgence du jubilé accordée par le Souverain Pontife, les fêtes de Pâques et enfin la contagion qui se déclara. Je dus alors, afin d’exciter la piété des uns, de soutenir celle des autres et de secourir les malades, courir tantôt au grand navire, tantôt au petit, tantôt au fort, et cela au milieu des plus grandes fatigues, par un froid qui dépasse toute conception, à travers les broussailles et les neiges, sur un sol marécageux couvert de glace peu solide, où l’on enfonçait souvent, en se blessant les pieds et les jambes. Je dus coucher à la belle étoile. Enfin, je fus attaqué de la fièvre et du mal commun, auquel je n’ai pas cru devoir céder, pour ne pas abandonner les malades. 11 y eut un grand nombre de malades, dont 24 moururent. Tous ceux-ci à l’exception d’une couple, reçurent de ma main les sacrements de l'Eglise, Au nombre de ceux-ci, quatre firent d’abord leur abjuration à l’hérésie de Calvin. Assez au sujet des Français; parlons maintenant de la nature du lieu et des Sauvages. Le fort est situé au 57° degré de latitude. L'hiver y est presque continuel. Il dure du mois de septembre jusqu’au mois de juin. Pendant ce temps, personne ne sort impunément, car parmi nos gens, les uns se geleront les oreilles, d’autres le nez et j'ai
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failli moi-même me geler une jambe, Le sol eat murécageux, Il n'ya presque pas d'arbres. On ne voit que quelques arbustes, des buissons et des saules, Chose étonnunte, les perdrix y foisonnent ainsi que les oies, mais surtout les cariboux y sont très nombreux. Le caribou ressemble tout à fait au daim à part ses cornes, Les barbares indigènes ne récoltent pas de grain. Ils ne font que chasser et trouvent ainsi leur subsistance, Ils n’ont Pas de villages. Ils sont nomades et vont là où ils trouvent de la chasse, L'été, ils s'approchent de la mer; au retour de l'hiver ils se retirent dans l’intérieur des terres. Ils sont Paresseux, timides, peu intelligents et adonnés au vice. Leur religion est proportionnée à l'intelligence des Sauvages du Canada. En allant vers le lac Supérieur, on rencontre sept à huit nations, dont les plus remarquables par le courage, le nombre et l'intelligence sont les Assiniboëls et les Cris. Ceux-ci vivent en bourgades pendant trois ou quatre mois de suite. Pendant ce teinps, on peut leur enseigner la religion chrétienne. Je crois qu’il serait temps de commencer À leur annoncer la divine parole. Or, jusqu'à présent, je n'ai guère eu le loisir de me livrer à l'étude de la langue sauvage, vu que jai été forcé de donner tous mes soins aux Français. Cependant j'ai pris en note beaucoup de mots, J'ai traduit dans leur langue du mieux que j'ai pu la confession de la Très Sainte Trinité, l’oraison dominicale, la salutation Angélique, le symbole des apôtres et les commandements de Dieu. Je n'ai pas manqué de leur balbutier quelques mots du bonheur éternel quand l'occasion s'en est présentée. J'ai baptisé Parmi eux deux vieillards, qui expirèrent aussitôt après et trois enfants dont deux sont morts peu après. J'avais demandé au père de l’un d’eux son corps pour l’inhumer d'après notre coutume. Il me l’accorda et voulut assister aux cérémonies avec Plusieurs de sa nation. Ces Sauvages furent vivement impressionnés et frappés d’admiration Pour nos rites. Ainsi ils furent attirés à la religion chrétienne qu'ils apprirent à aimer et me prièrent avec beaucoup d'instance d’aller chezeux. Voilà ce que j'ai à vous dire, À compter du 10 août 1694 jusqu’au 24 août 1695. ”
Cette lettre parle de tout : des mœurs des Sauvages, de la flore, dela faune du pays, ete. On Y remarquera surtout l'esprit de foi de nos ancêtres et leur piété envers la bonne sainte Anne. Dès 1694, cette dévotion était déjà aneiïenne au Canada; c’est assez dire qu’elle remonte au berceau même de la colonie,
Auteurs cités, 1. Murray’s North America.