CHÈVRES ABUSÉES
Voilà donc nos YOYageurs échappés au danger.
Ils sont en sûreté sur la rive; mais si nous nous donnons la peine de réfléchir aux circonstances dans lesquelles ils se trouvent, nous conviendrons facilement que leur position n’est pas des plus gaies. En effet, ils sont au milieu d’un désert, et n’ont à leur disposition pour en sortir ni
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Sitôt que nos héros se virent sur la rive, leur première pensée fut de se procurer quelque chose à manger. Ils n’avaient rien pris depuis longtemps, et commençaient à se sentir très-affamés. Par un mouvement unanime que leur dictait sans doute leur estomac à jeun, ils levèrent les yeux vers les arbres et se mirent à inspecter les branches, dans l’espoir d'y découvrir quelque animal bon à manger, quadrupède ou oiseau, peu leur importait, pourvu que le gibier fût assez gros pour leur fournir à déjeuner Les bois sem- Llaient d’un aspect giboyeux; mais les apparences sont souvent trompeuses, et nos quatre affamés ne découvrirent absolument rien.
Ils ne se découragèrent pas cependant, et persuadés par l’aspect des lieux qu’il ne pouvait manquer de se trouver du gibier dans de voisinage, ils prirent leurs dispositions en conséquence. Lucien et Francois demeurèrent chargés de faire du feu, tandis que Basile et Normand
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Connaissance, l'antilop tilope furcifer » Ainsi nommée de 1 cornes, qui se terminent par che.
Norman appelait cet animal une chèvre, assulant que c’était le nom SOUS lequel le désignaient habituellement les marchands de fourrures È tandis que les VOYageurs du Canada le distin- £uent ‘au contraire par la dénomination de cabri, Lucien ne s’y laissa PaS tromper, car il con- Naissait cet animal depuis longtemps et savait très-bien qu'il n’appartenait point chèvres, mais bien c'était le seul animal de cette es Vât dans l’Amérique du Nord.
Ce Juadrupède est originaire de la On ne Je trouve pas delà des limites de ces prairies,
Il nese rencontre pas non Plus très-avant dans le Nord, car c’est un animal incapable de sup- Porter un grand froid. Autrefois, il Y à deux cents ans, il] fréquentait les côtes de l'océan Atlantique, à en croire du moins le père Hennepin, qui, dans ses relations de Voyage parle de chèvres tuées dans le Voisinage du Niagara, et fait de ces Prétendues chasses une description qui ne peut s'appliquer qu'aux antilopes à cornes fourchues.
C’est à tort, je le répète, qu'on s’obstine à ran-
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ger ces animaux dans la classe des chèvres. Les véritables chèvres sauvages d'Amérique sont des. animaux d’un genre tout différent, et que l’on rencontre seulement dans les montagnes Rocheuses.
C'était donc réellement une antilope que Norman avait tuée. Ces animaux sont appelés cabris par les voyageurs et chèvres par les marchands de fourrures, tant à cause de leur couleur, qui ressemble beaucoup à celle de la chèvre commune, que parce qu'ils portent sur la partie supérieure du cou une petite crinière qui a beaucoup de rapports avec celle de la chèvre d’Europe. Les antilopes mâles ont encore un autre point de ressemblance avec nos boucs domestiques, c’est leur odeur désagréable, odeur qui provient de deux glandes qui se trouvent aux angles des mâchoires, et offrent l’aspect de pelites boules noirâtres.
Pendant qu'on préparait l’antilope pour le déjeuner, Norman raconta à ses compagnons la manière dont il l'avait tuée,
— Je suis parvenu, leur dit-il, à l’aide d’un Stratagème, à la tirer à bonne portée, et voici comment :
Aprés avoir fait environ un demi-mille à travers bois, j’arrivai dans un endroit découvert où s’étendait une immense prairie, et je pus me: convaincre que les bois n’avaient pas plus d’un mille de profondeur. Ce pays se compose, autant que je puis le conjecturer, d’une lisière boisée le: long de la rivière, et d'immenses plaines dépourvues d'arbres, à l'exception de quelques flots semés çà et là dans la prairie.