‹ La baie d'Hudson [microforme] (volume 2)Chapitre 30 sur 44 · SE · texte numérisé non relu

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en toute hâte vers le lac, avec l'intention d’éprouver le nouvel engin.

Nos trois méridionaux n'avaient jamais vu placer un filet sous la glace, car dans le pays qu'ils avai: :* habité jusque-là la glace est chose fort rare, « nd elle se montre pur hasard sur les rivières, e n’est jamais qu’une couche légère incapable de supporter le poids d’un homme.

Une curiosité bien naturelle ajoutait donc encore pour eux à l’atirait de cette pêche. Ils ne comprenaient pas comment on pouvait placer le filet sous la glace de manière à prendre le poisson, et ne perdaient de vue aucun des mouvements de Norman, qui seul connaissait la manière de procéder en pareille circonstance.

Quant an jeune marchand de fourrures, il avait vu plus d’une fois les Indiens procéder de la sorte, et connaissait parfaitement la manière dont il fallait s’y prendre. Il commença par s’avarcer sur la glace jusqu’à la distance de trente ou quarante pas de la rive, opération qui nécessitait les plus grandes précautions, car la glace craquait. sous ses pas. Arrivé à la place où il avait l'intention de tendre son filet, il se mit à genoux et creusa dans la glace plusieurs trous, tous sur une même ligne et à environ six pieds les uns des autres.

Le pêcheur avait eu soin de se pourvoir d'un morceau de branche d’environ six pieds de long, à l’une des extrémités de laquelle il avait attaché une corde : cette corde se rattachait elle-même au filet. Ii iniroduisit cette branche dans ie premier trou, et la fit filer sous la glace jusqu'à ce

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qu’elle arrivât au second trou; de là il la fit glisser jusqu’au troisième trou, et ainsi de suite jusqu’au dernier. Par ce moyen bien simple, le filet était entré par le premier trou, et se trouvait étendu dans l’eau tout le long de la ligne de trous, car il avait suivi dans sa marche toutes les évolutions du bâton auquel il était attaché par la corde dont nous avons parlé.

Grâce au poids dont il avait été chargé, le filet s’enfonça dans l’eau et demeura dans une position verticale, tandis que ses extrémités étaient retenues à la surface de la glace à l’aide de bâtons placés en travers sur les trous. Le filet était placé ; iln’y avait plus qu’à attendre que le poisson vint s’y prendre, auquel cas on devait employer pour le retirer les mêmes procédés qui avaient déjà servi à le faire pénétrer sous la glace.

Cette opération terminée, nos voyageurs revinrent à leur bivouac et s’assirent au tour du feu les regards fixés sur la rivière avec une expression famélique. Ils pensaient avec anxiété que si le filet ne réussissaient pas, il ne leur restait plus d’autre ressource que de remonter dans leur canot, et de chercher à gagner la rive en se frayant un chemin à travers la glace. Dans l’état d’excitation où ils se trouvaient, il leur fallut commander à leur impatience bien naturelle pour demeurer deux heures entières sans approcher du filet. Au bout de ce temps, Basile et Norman se levèrent, gagnèrent le lac, et s’aventurèrent sur la glace pour s'assurer du sort que la fortune leur avait réservé. Ce ne fut pas sans de violents

battements de cœur qu'ils approchèrent de la

place où se trouvait le filet. Ils mirent sur la corde une inain tremblante d'émotion et tirérent à eux.

— Ah! dit Basile, ce filet paraît bien lourd. Eh! vraiment, continua-t-il, il y a là quelque chose f

Et en même temps le jeune homme amenait sur la glace le filet dans lequel se trouvait un magnifique poisson.

A cette vue un crie de joie sortit de sa poitrine; Lucien et François lui répondirent de la rive, car ces deux derniers étaient restés à terre, dans la crainte que la glace ne fut pas assez forte pour les porter tous quatre.

Cependant les pêcheurs continuaient à retirer le filet, dont une partie se trouvait encore sous la glace. De nouveaux cris de joie ne tardèrent pas encore à se faire entendre ; ils étaient causés par la capture d’un second poisson encore plus gros que le premier.

Après s’être bien assurés qu'il n’y avait plus rien dans le filet, Basile et Norman le replacèrent avec soin dans l’eau et revinrent à terre avec le poisson qu’ils avaient si heureusement pris.Nor-

.man fut accueilli par une salve d’applaudissements. Les deux poissons paraissaient appartenir à l’espèce des truites, et l’on se convainquit bientôt, en les mangeant, qu’on ne s'était pas trompé dans cette appréciation. Le plus gros ne

pesait pas moins de cinq livres ; chacun fit, en.

les dévorant, l'éloge des morceaux, et déclara que de sa vie il n'avait rien mangé de plus délicieux. Peut être exagéraient-ils un peu, et je ne serais pas étonné que leur appétit excité outre

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mesure n’eût influé sur leur jugement ; car s’il est vrai que l'appétit soit le meilleur assaisonnement des mets, on peut dire que jamais poissons ne furent mieux assaisonnés que les deux dont ilest ici question ; nos voyageurs avaient en effet une faim de loup.

Leur faim était apaisée ; c'était beaucoup, sans doute, mais ce n’était pas assez, et l'avenir les inquiétait toujours.S’ils ne prenaient pas d’autres poissons, et rien ne leur garantissait le succès, ils allaient bientôt se trouver aussi embarrassés que par le passé; heureusement que ces craintes ne furent pas de longue durée. La seconde levée du filet se trouva être bien plus fructueuse que la première : cinq poissons s'étaient laissé prendre, et ces cinq poissons réunis ne pesaient pas moins de vingt livres. Cette ressource eût pu leur suffire pendant plusieurs jours, mais ils n’étaient pas destinés à demeurer plus longtemps sur l’île, La nuit suivante fut signalée par un de ces froids rigoureux que l’on ne trouve que sous ces hautes latitudes, et ils trouvèrent le lendemain matin que la glace de la rivière avait acquis un pied d'épaisseur. Il n’y avait plus à craindre qu’elle se rompit sous leur poids, aussi, sans plus tarder, ils chargèrent sur leurs épaules leur canot et tout leur bagage, et se mirent en route.

Quelques heures leur suffirent pour atteindre la pointe de l’Esclave. Ils prirent terre sur ce promontoire, y choisirent une place convenable, et y établirent leur camp.

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