ÊTE-CHAUVE
eu avancée, S. La neige
ndonne les À
UX rivières
ceurs n’ont ,?
de la rame, marche du n'a pas de Paviron. Il ul coup de rection de n’ont pas et sur les ir une cer-
taine expérience du canotage. Leur navigation sur la rivière Saint-Pierre vient encore d’ajouter à leur science nautique, aussi manœuvrent-ils, avec une rare habileté leur léger canot d’écorce, et le dirigent-ils à l’aide de leurs rames comme un cheval bien dressé, qui obéit à la moindre pression de la main de celui qui le monte.
Norman, ainsi se nomme le cousin canadien, est assis à l’arrière et dirige la marche. C’est un poste d'honneur. Ce poste lui revient de droit, sar il possède comme batelier plus d’expérience ue les autres, et il y a déjà longtemps que dans
ses courses habituelles il occupe ce poste de con-
fiance.
Lucien, tranquillement assis à la poupe, tient dans ses mains un livre et un crayon, et s’occupe, pendant que le canot glisse à la surface de l’eau, à inscrire ses notes sur son mémorandum. Les arbres qui bordent la rive commencent à se courrir de feuilles, et comme le bateau glisse sous
la voûte formée par leurs branches touffues,
notre jeune naturaliste a toute facilité de remar-
Kuer et d'étudier en passant les espèces nouvelles
qu’il rencontre sur sa route.
La végétation des bords de la rivière Rouge st aussi riche que variée, mais la flore de ce pays ne ressemble guère à celle que Lucien a été
mn même d'étudier dans les terrains d’alluvion de
a Louisiane. Cette flore appartient évidemment aux régions septentrionales, mais n’est point
encore pourtant la flore des régions polaires. Le chêne, l’ormeau et le peuplier s’y rencontrent à
Se —
chaque pas, aussi bien que le bouleau, le saule
a éematiram et le tremble, Lucien a déjà été à même d’observer plusieurs arbres à fruits particuliers à ces contrées, entre autres le pommier sauvage, le framboisier , l’arbousier et le groseiller à grappes.
I y a aussi rencontré l'arbre que les voyageurs appellent le poire, et que les Anglais, dans leur phraséologie prétentieuse, appellent sorbier domestique famelanchier ovalis). Cet arbre pousse : en touffes ou buissons de six ou huit pieds de haut. Ses feuilles sont bipennées ; son fruit consiste en une baie rouge très-estimée des Indiens et des blancs, qui le conservent en le faisant sécher, et le font cuire de diverses manières.
L’attention de notre jeune botaniste avait encore été attirée sur d’autres arbustes en touffes dont les rives du fleuve étaient garnies, et qui lui paraissaient être un spécimen Caractéristique de la végétation de ces contrées. Ces arbustes poussent à une hauteur de huit pieds, mais étendent de tous côtés des branches remarquables par la couleur grisâtre de l'écorce. Les feuilles, larges de près de trois pouces sont lobées à peu près comme celles du chêne. La ‘ saison n’était point assez avancée pour qu’on trouvât sur ces arbustes le fruit qu’ils produisent; mais Lucien n’avait pas eu besoin de voir ce fruit, qu’il connaissait parfaitement. C’est une petite baie rouge qui reesemble à la cerise ou micux encore à la Canneberge, Du reste, il tient beaucoup de ces deux fruits tant par la forme que par le goût. On l’emploie souvent en guise de canneberge dans la Confection des gâteaux et
ES
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ême d’obserculiers à ces Sauvage, le
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uit pieds de n fruit condes Indiens an le faisant anières, niste avait 8 en touffes nies, et qui actéristique es arbustes ieds, mais 1es remarcorce. Les Juces sont chêne. La Jour ‘qu’on ils produi- 1 de voir ce C’est une cerise ou te, iltient la forme t en guise ràteaux et
des tartes. C’est à cause de cette similitude de: fruit que l'arbre qui le porte est désigné dans certains pays sous le nom de canneberge-buisson. Les Indiens de la riviére Rouge l’appellent anepeminan (baie d’été), de deux mots dont l’un nepen.. signifie été, et l’autre, minan, veut dire baie. Parcorruption, les voyageurs qui s’occupent du commerce des fourrures désignent ce fruit sous le. nom de pendina. e
C’est à l'abondance de ce fruit sur ses bords. qu'un des principaux affluents de la rivière. Rouge doit son nom de Pendina, dénomination qui sert aussi à désigner le célèbre établissement que lord Selkirk essaya, mais en vain, de fonder dans ces parages il y a quelques années. ne
Le nom scientifique de cet arbuste est difficile. à retenir ; il se nomme viburnum oxycoccos, bien qu'il existe une autre espèce de viburnum également désignée sous le nom d’oxycoccos ; la boule de neige commune, qui sert d'ornement à la plu-
| part de nos jardins, est une plante du même.
genre que la pendina, avec laquelle elle a beaucoup de ressemblance. Les feuilles et les fleurs
| de ces deux plantes sont absolument pareilles. E Dans l’état de nature, ce doit être une seule et. | même plante, mais la culture a développé dans.
la boule de neige la fleur au détriment du fruit,
het cette plante ne produit pas de baie rouge. comme la pendina.
Pendant que le canot filait tranquillement sur: Veau, Lucien fit à ses compagnons une petite H lecon de botanique. Norman écoute avec étonne.
k ment son savant Cousin, qui connaît mieux que:
LD
mt on lui-même les plantes et les arbres d’un pays qu’il n’a pourtant jamais visité jusque-là. Basile paraît aussi prendre un vif intérêt aux explications données par son frère.
Quant à François, la botanique et les études scientifiques l’intéressent assez peu, et il emploie son temps à toute autre chose qu’à écouter les dissertations de Lucien. Assis au centre du canot, son fusil à la main, il cherche l’occasion de tirer un coup de fusil. Cette occasion ne saurait se faire longtemps aitendre, car on est, comme nous l’avons dit, à l’époque du printemps ; les aies et les canards sauvages arrivent à chaque instant du sud, et séjournent quelque temps dans ces régions avant de reprendre leur migration annuelle vers le nord.
: François n’en est pas d’ailleurs à tirer son pre-
mier coup de fusil de la journée, car il a déjà tué depuis la matin trois oies Sauvages, chacune d'espèce différente, et abattu quelques canards, mais cela ne suffit pas à notre insatiable chasseur, qui vient d’apercevoir sur la rivière un oiseau dont jusqu'alors il n’a pu parvenir à s’approcher.
De quelque manière qu'on manœuvrât le canot, ce volatile, aussi prévoyant que léger, avait toujours eu soin d'éviter les voyageurs, et de se tenir hors de la portée de leurs fusils. Depuis longtemps François avait le désir-d’abattre un de ces oiseaux ; ce désir est encore plus fort en lui depuis qu’on navigue sur les eaux de la rivière Saint-Pierre, où il a eu occasion de rencontrer à plusieurs reprises quelques couples de ces oi.
n pays qu’il asile paraît xXplications
t les études t il emploie écouter les e du canot, of de tirer
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er son prer'il a déjà ; Chacune s Canards, able chasrivière un nir à s’ap-
vrät le cager, avait s, et de se puis longun de ces en lui dela rivière contrer à 6e ces oi.
LA BAIE D'HUDSON. 33 nn
seaux, mais malheureusement toujours hors de portée. La difficulté enflamme toujours le désir au lieu de l’éteindre, aussi ce désir contrarié estil passé chez François à l’état de passion; joignez à cela que le gibier convoité en vaut la peine, car ce n’est rien moins que le grand cygne
| sauvage, ce roi si majestueux des oiseaux aqua-
tiques.
— Frère, dit en s'adressant à Lucien, François, toujours sous le coup de sa préoccupation, laissons les viburnums et les oxicoccos et parlons, s’il te plait, des cygnes. Tiens, en voici justement un devant nous. Quel magnifique oiseau!
Je ne sais pas ce que je donnerais pour le voir
| au bout de mon fusil.
En parlant ainsi, François montrait du doigt le courant de la rivière où on voyait un grand oiseau blanc nager avec grâce en s’éloignant du rivage. C'était un cygne de la plus grande espèce,
} un cygne trompette (cycnus buccinator).
Il était occupé dans une rizière sur le bord du
É fleuve à chercher sa pâture, quand l’approche du:
canot et le bruit des rames lui avaient donné
[l'alarme Il avait aussitôt ouvert ses grandes
ailes au vent et s’était enlevé d’un vol rapide aux.
| Yeux des voyageurs, qui n’avaient pas tardé à le | voir s’abattre et se plonger dans l’eau du fleuve.
Quelques mouvements de ses pattes palmées
Suflirent pour le porter au milieu de l’eau, et là,
faisant un quart de conversion, il se dirigea en aval, et s’'abandonna tranquillement au cours de
l’eau.
Le point où s’opéra ce mouvement de conver-
sion ne se trouvait guère à plus de cent cinquante pas du canot. La quiétude apparente du cygne, qui permettait qu’on l’approchât de si près, fit espérer à François qu'il serait possible de s’avancer plus près encore; tout en recommandant à ses compagnons de faire force de rames, il prit son fusil et fut se porter à l'avant du canot. Basile partagea sans doute l'espérance de François, car on le vit au même instant prendre sa carabine et en examiner la capsule et le chien, Les autres voyageurs continuérent à demeurer sur leur banc de quart pour accélérer la' marche du bateau. Au bout dé quelques instants le canot filait avec la rapidité d’un cheval} au galop.
Le cygne, ainsi poursuivi à outrance, semblait n'avoir plus de ressource que dans ses ailes ; il ne s'en'servit. point, cependant, il connaissait pour cela trop bien son affaire et avait trop de confiance dans sa force et dans son habileté de nageur, Il regardait le vol comme une fatigue, et paraissait enchanté de n’avoir pas besoin de recourir à ce moyen. Il lui fallait, pour suivre le courant, déployer bien moins de force que pour planer dans l'air, et en oiseau bien avisé, il prévoyait que la rapidité du courant l'aurait bientôt mis hors de danger.
L'oiseau raisonnait à merveille, et nos voyageurs ne furent pas longtemps à s’en apercevoir, car, à leur grand chagrin, la distance qui les Séparait de lui, au lieu de diminuer, devenait au contraire plus considérable à chaque instant.
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L'oiseau avait un avantage sur ceux qui Jui
> cent cin- )parente du chât de si ait possible en recoMmre force de r à l’avant l'espérance me instant , Capsule et inuèrent à 1 accélérer elques insl'un cheva}
2e, semblait es ailes ; il connaissait ait trop de habileté de fatigue, et soin de rer suivre le > que pour isé, il préait bientôt
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donnaient la chasse, Trois forces le poussaient en avant, tandis que nos canotiers n’en avaient Lire deux à leur service,
Il avait pour lui le courant : nos chasseurs l'avaient comme lui. Il avait rames et gouvernail, ses pieds et sa queue, les chasseurs avaient encore ces mêmes avantages ; mais il avait la voile au vent, tandis que le canot n'avait pas dehors un seul morceau de toilé, Le vent soufflait dans Ia direction du courant, et les larges ailes de l'oiseau, écartées de son corps et à moitié déployées, formaient comme une double voile dans laquelle s’engouffrait le souffle de la brise qui poussait le vivant esquif avec la rapidité d’une flèche.
Le cygne connaissait sans doute tous ses avantages, car on le vit bientôt s'arrêter dans sa course, et ce ne fut qu’après avoir bien calculé a distance et comparé ses moyens à ceux de ses adversaires, qu’il résolut de les distancer sur l’eau sans charger inutilement ses ailes du soin de soutenir dans Pair un corps qui ne pesait pas moins de trente livres.
Comme je lai dit, l'événement lui donna raison, et la chasse était à peine commencée depuis dix minutes, que l'oiseau nageur avait allongé la distance de cent cinquante pas, et que ses avantages devenaient à chaque instant plus évidents. De temps à autre il s’arrétait, levait la tête, et poussait un cri retentissant comme le son du clairon. Ces accents frappaient les oreilles de nos voyageurs comme les éclats d’un rire moqueur adressé à leurs prétentions exagérées.
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LA BAIE D'HUDSON. | D nn a teen ea nee
Le dépit leur eût sans doute fait abandonner la poursuite, s’ils n'avaient su qu’à quelques centaines de pas plus loin larivière faisait un coude et tournait à droite. Arrivé à ce point, le cygne ne devait plus avoir le vent pour lui. Cette circonstance leur donna quelque espoir ; ils pensérent qu'après avoir tourné cet angle du fleuve, ils pourraient soit approcher le cygne assez près pour le tirer, soit au moins le forcer à prendre son vol. Il était probable que si le cygne se sentait trop vivement pressé, il se déterminerait à ce dernier parti ; et quoiqu'il ne dût pas résulter pour eux un grand avantage de le voir voler, ils étaient si excités par l’ardeur de la chasse, qu’ils voulaient à tout prix jouer pièce à l'oiseau qui croyait pouvoir impunément se moquer d’eux.
On rama done avec plus d'énergie que jamais, et la poursuite se continua avec une nouvelle ardeur. Le cygne, et le canot après lui, tournèrent l'angle du fleuve, et se trouvèreent l’un et l’autre lancés dans une nouvelle direction. Les chasseurs ne tardèrent pas à s’apercevoir que, comme ils l'avaient conjecturé, la fuite de l'oiseau se ralentissait considérablement. N’ayant plus le vent pour lui, il navait plus ses voiles dehors, ses ailes s'étaient rapprochées de son corps, et il n’avançait plus que par le mouvement de ses pattes et avec l’aide du courant, dont la force avait aussi diminué sensiblement ; car, à partir de l’angle en question, la rivière s’élargissait considérablement, et devenait par conséquent moins rapide. Les rôles étaient changés, c’étatt maintenant le canot qui gagnait sur l'oiseau, et chaque
bandonner elques cen- L un coude , le Cygne Cette cir- ; ils pendu fleuve, assez près à prendre ne se senninerait à as résulter r voler, ils sse, qu’ils iseau qui r d’eux.
1e jamais, | nouvelle ournèrent et l’autre chasseurs omme ils se ralen- S le vent hors, ses et il n’ases pattes rce avait partir de ait consint moins t naintet chaque
coup de rames diminuait la distance qui séparait, encore les chasseurs et le gibier. Après quelques. minutes passées de la sorte, le cygne avait tellement perdu de ses avantages, qu'il n’était plus qu'à deux cent cinquante pas en avant, et que cette distance continuait à se rapprocher encore.
Il était bien loin alors de déployer en nageant, la grâce qui l’avait fait admirer quelques instants. auparavant ; son cou n’était plus recourbé, son corps était à moitié soulevé sur l’eau : il était évident qu’il se préparait à prendre son vol. Basile et François, qui devinaient son intention, se tinrent l’arme en joue et tout prêts à faire feu.
Au même npgment on entendit au-dessus des eaux retentir un cri sauvage et strident, semblable au rire d’un maniaque.
De chaque côté du fleuve, la rive était couverte: d’un bois épais, composé principalement de:
grands cotonniers (populus uuguslifulia). C'était. du sein de cette forêt qu'était sorti ce cri sauvage : il partait de la rive droite.
Les échos avaient à peine fini de le répe *, qu'un uutre cri semblable répondit au premuer. Celui-ci partait du milieu des arbres qui gar-nissaient la rive gauche. Ces deux cris étaient si exactement pareils, qu'on les eût dits copiés l’un sur l’autre, et qu’on eût volontiers pensé que celui qui avait poussé le dernier avait voulu se moquer de l’autre. Ces cris avaient du reste une intonation étrange, capable d’effrayer des oreilles. peu habituées à ces notes aiguës; mais nos voyageurs n'étaient pas oens à s’énouvanter pour si peu. D'ailleurs, ce. cri leur était depuis
TN longtemps Connu, C'était la voix de l'aigle à téte blanche.
Le cygne trompette connaissait ce cri au moins “he aussi bien que nos Voyageurs. Cependant il parut . produire sur lui un effet tout différent ; une
frayeur subite se manifesta dans tous ses mouvements et lui fit modifier ses plans, car au lieu de s’élancer dans les airs comme il en avait annoncé l’intention, il plongea la tête la première, et disparut bientôt sous l'eau. -
Le cri SaUVage, ou plutôt le rire affreux, se fit
entendre de nouveau, et l’instant d’après on vit un aigle sortir du bois. Quelques coups de son aile puissante l’amenèrent au-desgs de la place où le cygne avait plongé. L'oiseau de proie se mit à y planer, tandis que Sa femelle, partie de l’autre rive, accomplissait à peu près la même manœuvre,
Le cygne se vit bientôt forcé de venir respirer
à la surface de l’eau, maïs à peine sa tête sortait du gouffre, que l'aigle se laissa tomber du haut des airs en poussant de nouveau sa note aiguë. Le cygne s’attendait sans doute à cette attaque, et avant que l’aigle eût pu arriver jusqu’à la surface de l’eau, il plongea et disparut de nouveau. Il était temps : l'aigle arrivait avec la rapidité de la foudre, mais trop tard Cependant, carses pieds effleurèrent l’eau sans atteindre la proie. L'oiseau, désappointé, poussa un cri de rage et remonta dans les plaines de l'air, où il se mit à voler en cercle. Sa femelle venait de le rejoindre, et tous deux tournaient en sens contraire, attendant avec avidité une nouvelle apparition de leur victime,
gle à téte
au moins til parut ent; une ses mour au lieu avait an- >remière,
iX, Se fit S on vit de son la place proie se artie de la même
respirer e sortait lu haut } aiguë.
attaque, , la surouveau.
idité de >s pieds oiseau, emonta oler en et tous nt avec ictime,
Le cygne revint bientôt à la surface, mais il était sur ses gardes, et avant que ses ennemis eussent pu l’atteindre, il avast une troisième fois disparu.
Le cygne est ordinairement un assez médiocre plongeur ; mais les circonstances étaient pressantes, et faute de mieux il usait de ce moyen. Ce stratagème ne devait pourtant pas le sauver. Bientôt la nécessité de respirer le ramena encore à la surface. Ses apparitions devenaient de plus en plus rapprochées ; le pauvre oiseau commençait à se fatiguer, et il était à craindre qu’il n’eût bientôt plus la force de plonger assez vite pour éviter les redoutables serres de ses ennemis. Tel est en effet le résultat ordinaire de ces sortes de luttes, à moins pourtant. que le cygne n’abandonne la plaine liquide pour les champs de l'air, ce qui lui arrive quelquefois.
Celui dont il est ici question n'avait pas mis son espoir dans ses ailes; il avait aperçu près de la rive une grande touffe de joncs (scirpus lacustris) et il croyait pouvoir s’y cacher, il dirigeait de ce côté sa fuite entre deux eaux. À chaque plongeon il se rapprochait davantage de ces jones, jusqu’à ce qu’enfin il reparut à quelques pieds de leurs tiges; puis il replongea une dernière fois et on ne le revit plus. Sans aucun doute il s’était allé cacher au milieu de ces plantes, le corps entièrement dans l’eau, et la tête seule au dehors. Les larges feuilles des nénuphars entremélées
aux joncs dérobaient son corps aux regards, et sa tête blanche se confondait avec des fleurs de même couleur qui couvraient les espaces vides de ce fourré aquatique. :
Les aigles qui avaient Suivi tous ses mouvements volaient maintenant jones, dont l'extrémité de 1 Sait de temps à autre les tig Ils poussaient de
S’était rappro-
par Sa présence
a vue des chas-
à la retraite, et leg olèrent en aval de la à nos amis un cri
nt encore que les
— Je crois que nous allons avoir un Cygne à notre souper, dit François en tenant son fusil
prêt à faire feu.
Le canot avait mis 1: Cap Sur les jones dans lesquels on avait VU disparaitre le Cygne. En quelques coups de rame On fut au milieu des plantes aquatiques, qui se Courbérent avec un léger frolement sous la pression du bateau, Mais ces jones étaient si épais et si l'approchés les uns des autres, que nos canotiers, à leur grand désappointement , réconnurent qu'il était impossible de rien voir au Milieu de ces herbes à une distance de plus de cinq à six pieds autour du canot. D’un autre Côté, il n’était PaS prudent de s’en- 8ager trop avant dans ce fouillis d'herbes avec Un canot d’écorce que le moindre obstacle con
—————— ee
es mouveà touffe de 'S ailes rat fleuries.
nent et de oute perà découble qu’ils ace, si le L rapproprésence les chase, et les val de la is un cri que les
cygne à on fusil
CS dans ne. En lieu des avec un u., Mais.
les uns | désap- 0Ssible ne dis- | canot.
e s’en- S avec le con-
traignait à donner de la bande, et auquel un rien pouvait faire perdre l'équilibre. D'ailleurs les. herbes aquatiques étaient si épaisses; qu’on ne pouvait ramer au milieu d’elles qu'avec une difficulté extrême; on demeurait même pendant quelques instants stationnaires et captifs au milieu des. grandsjones qui arrêtaient la marche de tous côtés.
Convaincus bientôt qu’il n’y avait pas moyen de poursuivre la chasse dans de pareilles conditions, nos jeunes gens résolurent de revenir en arrière et de reprendre la pleine eau.
Pendant ce temps, Marengo avait été envoyé dans les jones, et on le voyait nager de côté et d'autre et plonger de temps en temps. Marengo n’était pas naturellement un chien très propre à aller à l’eau; mais son éducation complète de chasseur avait comblé cette lacune, et l’habitude qu’on lui avait fait prendre de plonger dans les marais de la Louisiane l’avait depuis longtemps. familiarisé avec l’élément liquide; aussi ses maitres n’avaient-ils qu’une crainte, c’est qu’il ne fit. partir le cygne.
Ces craintes étaient fondées. Marengo avait été. envoyé à l’eau un peu trop tôt, car, avant que le canot fût débarrassé des jones qui entravaient. sa marche, on entendit le chien pousser quelques. aboiements, puis le bruit d’un plongeon, auquel succédèrent de violents battements d’ailes. C'était. le grand oiseau blanc qui s'élevait dans les airs.
Les chasseurs étaient pris à l’improviste, et. avant qu'aucun d’eux eût pu le mettre en joue, le cygne se trouvait hors de la portée de leurs armes. Basile et François jugèrent qu'il était inu-
mm
tile de perdre sur lui leur poudre et leur plomb, et durent se résigner, quoiqu’à regret, à réserver leur coup pour une meilleure occasion.
Après avoir quitté les jones, le cygne s’éleva perpendiculairement dans l'air. Les oiseaux de cette espèce ont d'habitude le vol très °° ct montent quelquefois jusqu’à perte de vue. &. ue les oies et les canards sauvages ils ne se posent Jamais par terre, et s’abattent toujours au contraire sur la surface de l’eau. Notre cygne trompette ne voulait pas déroger à ces habitudes, et Son intention était évidemment de s'éloigner de ces lieux dangereux pour gagner quelques eaux plus sûres, peut-être ce!les du grand lac Winnipeg.
Quand l'oiseau fut arrivé à une hauteur d’environ trois cents pieds, il prit la ligne horizontale t vola en suivant la direction du fleuve. Son vol était parfaitement régulier, et l’on entendait de temps en temps descendre des hauteurs de l’air da note aigue de sa trompette retentissante, L’oiseau semblait se livrer au bien-être qu’éprouve toute créature qui vient d'échapper à un grand danger; car, sans aucun doute, le pauvre animal se croyait dorénavant en sûreté. Mais combien son imagination le trompait !
Mieux eût valu pour lui s'élever à quelques téntaines de pieds plus haut ou pousser son cri de triomphe d’une voix un peu plus modeste, car Ce cri avait été entendu. Un autre cri lui répondit bientôt; c’était le rire Saccadé de l'aigle à tête blanche.
Au même instant on vit inonter en l'air deux
* plomb, réserver
Ss’éleva eaux de J,Y du À nt & . 16 > posent au con-
1e trom-.
udes, et gner de es eaux
cc Win-
1 d’enzontale son vol dait de de l’air e. L’oiprouve grand re ani- S com-
1elques son cri te, car répon- » à tête
deux
oiseaux de cette espèce, évidemment “eux qui avaient quelque temps auparavant donné la
chasse au pauvre cygne. Ils ne s’élevèrent point
verticalement comme avait fait l’oiseau aqua-
tique, mais décrivirent au contraire deux spirales
ascendantes, dont les anneaux s’entrecoupaient.
Ils se dirigèrent tous deux vers un point où ils
voulaient couper la ligne suivie par le cygne dans
son vol horizontal.
Les yeux du cygne n’avait pas tardé à découvrir les oiseaux de proie, et devinant leurs intentions, le fugitif avait abandonné la ligne horizontale pour reprendre la verticale ; le cou tendu et la tête allongée, il s’était remis à monter dans les cieux avec une rapidité effrayante. Mais quelque puissant que fût son vol, ses ailes avaient à supporter trente livres de chair et d'os, tandis que le: plus grand des deux oiseaux de proie, l'aigle femelle, avéc une envergure plus étendue que celle du cygne, ne pesait pas plus de sept ou huit livres. La conséquence de cette différence de poids ne tarda pas à se manifester, et le cygne avait à peine fait deux cents mètres dans la direction perpendiculuire, qu’on aperçut à la même hauteur l’aigle femelle qui commençait à décrire ses spirales autour de lui. Le cygne se replia alors sur lui-même, suivit une ligne descendante, puis tout d’un coup remonta de nouveau en faisant retentir les airs de notes plaintives, dont l’écho affaibli arrivait pourtant jusqu’à la terre.
Mais, hélas ! efforts superflus. Après une courte série de manœuvres et d’évolutions, l'aigle, qui se rapprochait toujours de sa victime, finit par
esse ete RE UT Te Le
Lu S’élancer sur elle au moment où elle descendait, et à planter dans une de ses ailes l'extrémité cro-
chue de ses oncles acérés. Le membre blessé
pendit bientôt inerte, et le Cygne incapable de Soutenir plus longtemps son vol commença à descendre en roulant sur lui-même, Mais la direction qu’il suivait dans sa chute ne devait pas l’amener sur la terre ; il paraissait au contraire devoir tomber au milieu de la rivière, Ce n'était pas là le compte des aigles, auxquels il en eüt coûté. beaucoup de peine et de travail pour amener le cadavre sur la rive. Aussi, dès que le mâle, qui Volait au dessous, vit que Sa compagne avait
‘atteint l'oiseau, il arrêta son vol asceBionnel, et,
déployant le Parachute de sa queue en éventail, demeura stationnaire et Comme assis sur l'air. Il n'eut pas longtemps à attendre, l’objet blanc Passa en tourbillonnant devant ses yeux, rapide Comme l'éclair, l'oiseau de proie s’élança sur lui, le saisit avec ses puissantes serres, et ne le lâcha qu'après lui avoir donné une direction qui léloignait de la rivière. Quelques instants après on entendit craquer les branches des arbres, puis un bruit sourd annonça la chute d'un Corps ; c'était le cygne qui venait de toucher la terre.
On vit encore les aigles quelques instants dans lair, ils se dirigeaient vers le point où leur vic-
. time était tombée, et bientôt on les vit dispa-
raître à leur tour entre les cimes des grands arbres.
Le canot fut bientôt amarré à la rive ; François. et Basile Sautérent sur le sol en Compagnie de Marengo, et Partirent à la recherche des oiseaux.
————— attente
scendai’, mité croe blessé able de ça à des-
lirection
’amener > devoir -
pas là
It coûté
iener le àle, qui e avait mel, et.
rentail, air. Il blanc rapide ur lui, > lâcha Péloirés on uis un c'était
s dans r vicdisparands.
nçois.
ie de Aux.
Ils ne tardérent pas à trouver le cygne ; le pauvre animal était entièrement mort et couché sur le | dos, dans la position où l’avaient placé ses meur- . triers. Une large et profonde blessure se voyait à sa poitrine, et le sang qui.en était sorti à flots avait souillé l’éclat de son plumage de neige. vil
Quant aux deux aigles, effrayés par la présence de Marengo, qui devançait ses maîtres, ils avaient pris la fuile, sans laisser à nos deux chasseurs le temps de les tirer.
Le soleil qui brillait au milieu de sa carrière annonçait à nos jeunes voyageurs qu'il était l'heure de la halte méridienne. Le cygne offrait à chacun l’effoir d’un repas succulent ; on alluma le feu et l’on ne négligea rien pour avoir un rôti digne de l’appétit de ceux qui devaient lui faire honneur.
Pendant ces préparatifs les frères et le cousin de Lucien lui demandèrent quelques renseignements sur les cygnes d’Amérique,