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terminée par quelque motif puissant. Lucien regarda, et bientôt la cause de ce changement d'allure apparut à ses yeux sous la forme d’un animal cinq fois gros comme le renard, mais lui ressemblant pourtant sous beaucoup de rapports. Ce nouveau venu était blanc comme l'autre, avait le poil long, la queue touffue et les oreilles courtes et droites. C'était, Lucien le reconnu au premier abord, un grand loup blanc.
Le renard, préoccupé de la présence de Lucien, n'avait point vu l’ennemi qui le guettait au milieu des rochers, et avait donné en plein dans la gueule du loup. C'était à peine s’il avait eu le temps de se retourner et de fuir. Le loup se mit à sa poursuite. La direction qu’ils suivaient devait les faire passer tout près de Lucien, de la présence duquel ils ne paraissaient s’iiquiéter nullement.
Le loup gagnait tellement sur le renard, que Lucien conjectura de suite qu’il ne tarderait pas à l’atteindre. il pensa que la lutte le forcerait à s'arrêter, et qu’il y aurait peut-être alors moyen de le tuer facilement. Ce fut dans cet espoir qu’il le suivit. Mais il avait affaire à l’animal le plus rusé de la création. Le loup avait très-bien remarqué qu'on le suivait; et quand il eut atteint le renard, au lieu de s’arrêter pour le tuer, il lui saisit le cou, le serra dans ses puissantes màchoires, enleva l'animal de terre, et continua sa course sans que ce fardeau parût en diminuer la rapidité.
Lucien vit qu'il était inutile de le suivre, et ie laissa tranquillement s'éloigner avec sa proie. Il
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Ce fait si étrange qu’il pût être, ne demeura pas longtemps un mystère pour Lucien. Une colonne de fumée bleuûtre qui s'élevait dans le ciel et une détonation d’arme à feu qui parvint en même temps à ses oreilles lui expliquérent tout. Presque au même instant un bonnet de peau de racoon apparut au-dessus de la neige, et Lucien reconnaissant son frère Basile, courut au devant de lui.
Lucien s’aperçut avec plaisir que le loup n'’était pas le seul gibier tué par son frère Basile, et que celui-ci avait dû au contraire décharger son fusil plus d’une fois avant de frapper cet animal vorace, car de sa gibecière on voyait sortir les serres recourbées et les ailes d’un grand oiseau. Il tenait aussi à la main un lièvre blanc, pius petit que je lièvre polaire tué précédemment et appartenant à une espèce différente. Le chas-
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seur avait encore sur ses épaules le corps d'un quadrupède à l'air farouche, que Lucien reconnut aussitôt pour le grand chat sauvage ou lynx d'Amérique. L'oiseau que Basile avait dans son sac était un aigle doré, l’un des rares oiseaux qui bravent la rigueur des climats septentrionaux, et qui n’émigrent pas Comme leurs congénères, l’aigle à tête bianche et l’orfraie, vers des régions plus chaudes.
Norman revint quelques instants après, portant un daim entier sur ses épaules.
Pendant qu’on était à examiner cette précieuse capture, un hourra prolongé annonça l'arrivée de François, qu'on vit bientôt paraître, chargé comme un baudet d’une quantité de gros oiseaux blancs comme la neige.
Le camp présenta alors l'aspect le plus attrayant Jamais cuisine de palais n'avait été mieux fournie. Il y avait sur le sol toute une ménagerie frappée de mort, une douzaine de piéces au moins.
La soupe au lièvre était prête, elle fut servie par Lucien et lui valut de justes éloges. Le jeune maître-queux avait eu soin aussi de préparer de nouvelles feuilles de thé,et après le diner la coupe courut à la ronde. Pendant ce temps, les jeunes gens, assis autour de leur feu, se reposaient de leurs fatigues tout en se racontant mutuellement les évènements de la journée.
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