UNE CHASSE AUX PECCARIS
Le peccari est à peine haut de dix-huit pouces, et long de deux pieds à deux pieds et demi ; mais, malgré la petitesse de sa taille, ce n’en est pas moins un des animaux les plus redoutables du nouveau monde. Il marche ordinairement en troupeau dont la force varie de dix à cinquante individus. Ses mâchoires, comme celles du sanglier, sont armées de longues défenses, mais disposées autrement, et peut-être plus redoutables encore. Elles sortent à angle droit des mâchoires, au lieu d’être recourbées en avant; elles ont la forme et le tranchant d’un fer de lance. Ces animaux sont d’une agilité surprenante; leurs épaules, leur tête et leur cou sont doués d’une force relativement extraordinaire; aussi leur. faut-il peu de temps pour mettre en pièces, lacérer et déchiqueter tout ce qui tombe sous leurs dents cruelles.
Ils attaquent tout sans avoir été provoqués, et cela avec tant de fureur, que la fuite est, même pour l’homme, le seul moyen d’échapper à leurs coups. Ils attaquent en troupe et se battent jusqu'au dernier vivant, de telle sorte que quand ia
uces, nais, t pas *s du t en lante sans disables )ires, nt la anileurs l’une
leur.
s, laleurs
8, et 1ême leurs t jusnd ia
LA BAIE D'HUDSON. 913 enr
bande est nombreuse, il n’y a point de salut # espérer, les morts qu’on abat ne faisant que redoubler le courage des survivants et les exciter à la vengeance.
Il n’y a pas d'animal assez courageux pour oser leur tenir tête, et leur présence suflit ordinairement pour glacer de terreur les chiens, les chevaux, et même les chasseurs, pour lesquels ils sont un véritable fléau.
Ces singuliers animaux semblent être le chaïtnon intermédiaire entre la famille des hérissons et celle des sangliers ou cochons ordinaires. Læ forme générale de leur corps, la tête exceptée, présente la plus grande analogie avec le corps du hérisson. Leur poil, dont la longueur égale celle. du cochon ordinaire, est implanté dans une peau dure qui en fait de véritables pachydermes. Ces poils sont rudes et piquants presque à l’égal de ceux du hérisson, surtout quand ils se dressent, ce qui arrive toujours lorsque l'animal est en colère. Ge ‘poil est mi-parti jaune et brun, ce qui donne à l’animal une robe bigarée. Les peccaris sont dépourvus de queue, appendice qui est remplacé chez eux par une petite protubérance; ils sont munis en outre de cette glande singulière que les chasseurs appellent vulgairement nom: bril du dos. Cette glande, qui n’est point un nombril, mais qui en a assez l’apparence, est placée au-dessus des reins, et sécrète une espèce de muse que l'animal répand lorsqu'il est en colère, et qui donne sous ce rapport quelque analogie avec la civette d'Orient. La partie antérieure de son corps, c’est-à-dire les épaules, le cou et ia
tem Es
PR
tête, ressemble entièrement aux parties correspondantes chez le sanglier. Ses formes sont cependant moins grossières, son museau est plus allongé; ses jambes et ses pieds ressemblent aussi à ceux du sanglier. Sa nourriture tient à la fois de celle de ce dernier animal et de celle du hé-. risson. Il mange indifféremment des glands, des fruits sauvages, des graines, des herbes, des racines, des insectes et des reptiles.
Ce qu'il y a de plus singulier dans les habitudes de ces animaux nous reste cependant à dire ; c'est surtout par leur manière de dormir que les pec-
caris sont remarquables. Leurs troupeaux fréquentent habituellement les. champs de cannes, semés çà et là de grands arbres séculaires qui, par leur position isolée, sont fort exposés aux efforts de la tempête, et plus susceptibles par conséquent d’être abattus dans les jours d'orage ; aussi ces champs sont-ils généralement couverts des débris de ces géants renversés par la foudre, et c’est au milieu de leurs branches et de leurs racines que les peccaris aiment à placer leur habitation. A la nuit tombante, ils pénètrent dans <es champs de cannes à la suite les uns des autres, et s’y installent de manière que l’un d'eux reste toujours couché sur le lisière, l’œil et l'oreille au guet. Les planteurs, qui les craignent et les haïssent, tant à cause du dégât qu'ils occasionnent dans leurs plantations que pour le massacre que ces animaux féroces font le plus souvent des chiens qu’on met à leur poursuite, ont imaginé toute espèce de moyens de les détruire.
+ À À A Les 2 0 À M led (9 À bed lPe 45 mm eh bb 4 ©
rrest ceplus aussi | fois 1 hé-.
des S ra-
udes c'est pec- frénes, qui, aux , par ‘age ; verts udre, leurs r hadans itres, reste le au haïsnnent sacre
sousuite, es dé-
Voici un des modes de chasse le plus usité :
Lorsqu'un planteur a remarqué quelques troncs d'arbres qui portent des marques encore fraîches de la présence des peccaris, il guette avec impatience l’arrivée du premier jour de pluie. Plus Ia pluie et le brouillard sont épais, plus il y a chance de rencontrer le troupeau au gîte, car il est rare que pendant ces jours nébuleux il sorte de sa retraite.
Quelques temps avant le point du jour, le chasseur se mit dans une position d'où il peut voir sans être vu l’ouverture par laquelle les peccaris sortent de l'enceinte, et il attend sans faire de bruit que le jour commence à paraître. Aussitôt que lorient s’éclaire, il aperçoit le groin de la sentinelle qui veille, les yeux tout grands ouverts, sur la sécurité de ses compagnons en-
dormis derrière lui; c’est le moment. Le chasseur
ajuste la sentinelleet tire; si l'animal a été frappé par une main habile, il rugit, fait quelques pas, puis s’élance en avant, et tombe bientôt dans les convulsions de l’agonie. Le bruit du coup de feu a donné l’alarme au troupeau et presque au
* même instant le chasseur voit apparaître le groin
et les yeux d’une nouvelle sentinelle qui vient occuper la place de la première. Le chasseur doit alors recharger son urme avec précaution et sans que le plus léger froissement des feuilles ou des branches puisse trahir sa présence, et un second coup de fusil doit frapper le second peccari sans que rien ait pu lui donner l'éveil sur la nature du danger qui le menace. Cette seconde sentinelle hivrte à son poste, une troisième vient se pré-
senter aussitôt, puis une quatrième, puis une cinquième, et ainsi de suite jusqu'à l’extermination totale du troupeau. Les choses se passeraient tout autrement si quelque bruit intempestif venait dénoncer aux peccaris l’asile où se cache leur ennemi invisible. Le chasseur aurait bien vite tout le troupeau à ses trousses; il lui faudrait jouer des jambes, et bénir son étoile s’il en était quitte pour la peur.
Si l'une des sentinelles était tuée sur le coup, et qu’elle n’eût pas le temps de débarrasser la place où elle faisait la garde, celle qui vient à la suite ne manquerait pas de déranger le cadavre pour occuper la même place. Ces animaux, incapables de comprendre d’où sort le danger mystérieux, viennent tous mourir au même lieu, et jamais on ne les a vus quitter ce poste d'honneur et chercher à reconnaître l'ennemi avant qu’un mouvement imprudent ou un bruit inaccoutumé leur ait indiqué la direction dans la laquelle ils devaient se porter.
Cette particularité du caractère des peccaris est si connue dans tout le Texas, pays principalement infecté par ces animaux, que les planteurs ont renoncé aux trappes et aux autres moyens de destruction pour employer le moyen de chasse que je viens de vous décrire.