‹ La baie d'Hudson [microforme] (volume 2)Chapitre 44 sur 44 · ARRIVÉE AU FORT · texte numérisé non relu

ARRIVÉE AU FORT

Nos voyageurs demeurèrent plusieurs jours à leur campement pour préparer une nouvelle pro-

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vision de pemmican. Les peaux de caribou furent tannées et servirent à renouveler les chaussures et les vêtements usés. Enfin, bien délassés de leurs fatigues précédentes et bien munis de provisions, ils reprirent le cours de leur voyage.

Pendant deux jours ils traversèrent une contrée rocheuse et montagneuse où ils ne trouvérent pas un seul brin de bois pour cuire leur viande, et où ils furent exposés à un froid plus intense que celui qu’ils avaient éprouvé jusqu'alors. François et Lucien eurent le nez gelé, mais cet accident n’eut aucune suite, grâce aux précautions prises par Norman, qui ne leur permit de s’approcher du feu qu'après les avoir frictionnés avec de la neige et avoir rendu au sang sa circulation habituelle.

Les rochers parmi lesquels ils cheminaient étaient la plupart couverts de tripe de roche (gyrophora) de différentes espèces, mais nos voyageurs étaient trop bien approvisionnés de pemmican pour avoir besoin de cette nourriture végétaie.

Dans la partie la plus aride de la montagne ils découvrirent un troupeau de bœufs musqués ; ils tuèrent un de ces singuliers animaux, mais sa chair avait un goût si prononcé de rance et de musc, qu’ils abandonnèrent le corps tout entier aux loups, aux renards et aux autres bêtes de proie.

Trois jours après leur départ du camp sur le lac, leurs yeux furent réjouis par un spectacle dont ils étaient depuis longtemps privés, ils vevenaient de déboucher dans la vallée de Mac-

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kensie par son extrémité occidentale. Cette contrée leur parut un paradis, tant elle était couverte de pins, de peupliers et de toutes sortes d’autres grands arbres. (te paysage avait pourtant son vêtement d'hiver, le fleuve était couvert de glace, les arbres blancs de neige et de grésil,; mais après les scènes de désolation qu’ils venaient de traverser, ces frimas leur paraissaient chauds comme l'été.

Ils n’étaient plus inquiets ni de leur nourriture ni de leur chauffage, car les pays boisés sont toujours suffisamment approvisionnés de gibier; l'aussi ce fut avec un véritable sentiment de joie qu’ils plantèrent leur tente sur les bords glacés de la grande rivière du Nord.

Il leur restait encore cependant plusieurs centaines de milles à faire avant d'arriver au terme de leur voyage; aussi résolurent-ils de continuer leur voyage sans aucun délai et de prendre pour guide le cours du fleuve. Ils ne voulaient plus entendre parler d'abréger leur route, car ils savaient parexpérience que les chemins de traverse sont les plus longs. La leçon leur avait profité, et leur avait appris à apprécier cette règle de

conduite que je vous recommande aussi, mes

jeunes amis.

Dès le lendemain nos voyageurs se mirent en route en suivant le cours du fleuve. Tantôt ils marchaient sur les rocs, tantôt pour changer ils voyageaient sur Îles eaux glacées de la rivière. Cette route était sans danger, car la glace avait un pied d’épaisseur et aurait supporté sans se briser le passage d’une armée avec armes et bagages.

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Ils s’approchaient à chaque pas du cercle polaire, et les jours diminuaient à mesure qu'ils avançaient vers le nord. Cette circonstance n’arrêétait point leur marche. Les longues nuits des. régions polaires ne ressemblent point à celles des. latitudes méridionales. Elles sont souvent si claires qu’on peut lire l’écriture la plus fine ; cette: clarté extraordinaire est due aux aurores boréales. et à l’éclat des constellations septentrionales, qui donnent d’autant plus de lumière qu’elles. brillent dans un ciel sans nuages où l’air est raréfié par le froid.

Au surplus, je ne ferai pas à mes jeunes lecteurs l’insulte d’insister sur ce sujet. Je suis sûr qu'ils ont trop étudié pour qu'il soit besoin de leur dire que la longueur des jours et des nuits polaires dépend de deux causes principales : la latitude et la saison; et s’il vous arrive jamais de vivre pendant une année au pôle, ce que je suis loin de vous souhaiter, vous n’y passerez après tout pourtant qu’un-jour et une nuit, mais ce jour et cette nuit auront chacun six mois de durée.

Laissons donc de côté ces détails, que vous connaissez tout aussi bien que moi, et revenons à nos voyageurs. Vous êtes impatients sans doute de connaître l'issue de leur voyage; alors écoutezmoi, je n’en ai plus pour bien longtemps.

Un peu au-dessous du point où ils avaient rencontré le Mackensie, nos quatre aventuriers trouvèrent un campement d’Indiens qui entretenaient avec le fort des relations d'échange. Norman n’était point un étranger pour eux, ils le reçurent à. merveille ainsi que ses trois cousins.

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Ces pauvres gens leur donnèrent tout ce dont ils pouvaient disposer; mais le cadeau le plus appréciable consista sans contredit en traîneaux et en chiens de trait qui leur furent fournis par de chef, sous la condition expresse qu'il en recevrait le payement lors-de sa première visite au fort.

Quoique les Esquimaux n’a .oint encore

eu l’idée d’atteler les rennes, ils y suppléent en employant le chien comme bête de trait. Deux chiens attelés à un traîneau suffisent au transport d’un homme. C’est un moyen de locomotion dont la vapeur seul surpasse la vitesse.

: Nos voyageurs se débarrassérent de leurs souliers à neige, s enveloppérent de leurs manteaux de fourrure, et s’assirent dans leurs traineaux à chiens, grâce auxquels les cinq cents milles qui leur restaient à faire devinrent une simple bagatelle. Quelques jours après, par une après-midi, on aperçut du fort quatre traîneaux qui arrivaient au galop portant chacun un jeune voyageur. Au moment où ceux-ci mettaient pied à terre, ils se virent entourés par une troupe de trappeurs, de marchands, de voyageurs, de coureurs des bois et autres employés de la compagnie. Ce fut une fête générale, une heure de joie et de bonheur.

Pour moi, jeunes lecteurs, l'heure présente n’est pas aussi douce, elle est au contraire pleine de regrets; puissiez-vous partager mes sentiments, æt ne pas vous séparer sans peine de nos jeunes voyageurs et de l'auteur votre ami.

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