‹ La baie d'Hudson [microforme]Chapitre 11 sur 53 · WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

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l'arbre et y donnait des coups de corne furieux comme s'il eût voulu le percer ou l’abattre.

Le fait est que l'arbre était de petite dimension, et que je commençai à trembler qu'il ne cédât aux efforts du terrible animal. Cette circonstance me détermina à me hâter davantage encore, et à préparer au plus vite ma carahine pour faire cesser ces dangereuses attaques.

La balle fut bientôt dans le #anon, et je me disposais à poser la capsule sur la cheminée quand je vins à me rappeler que la boîte à capsules était iemeurée sur le gazon, à la nlace même où je l'avais laissée tomber ; l'attaque imprévue du taureau m'avait empêché de la ramasser. Cette boîte contenait toutes mes capsules, et, à mon grai.d désappointement, je reconnus que ma carabine ne m'était pas plus utile dans ce moment qu’un bâton ou une baguette de fer. Aller chercher mes capsules, c’eût été folie ; il n’y avait pas à songer à mettre pied à terre, car l'animal, de plus en plus exalté, courait comme un fou autour de l'arbre, le frappant avec ses cornes, et fixait sur moi, de temps à autre, des yeux enflammés de coïère.

Ma position n’était pas des plus rassurantes, et je commençais à craindre s'rieusement de ne pouvoir m'échapper de ce mauvais pas. Le taureau semblait être d’un caractère aussi rancunier que violent, il persistait à se venger, et continuait à demeurer si près de la branche où j'étais perché, que si j'eusse eu seulement une capsule, j'aurais pu le tirer à mon aise en choisissant la place de ma balle, car l’aniraal n'était pas à plus de trois pieds de la gueule de ma carabine. Je pensai d’abord à allumer un morceau de papier et à m'en servir comme d’une mèche pour faire partir ma carabine ; mais j’abandonnai bientôt ce projet pour un autre que la circonstance me suggéra et qui me parut de beaucoup préférable.

Pendant que je fouillais dans ma poche pour y prendre mon fusil et ma pierre à feu, ma main rencontra le lasso que j'avais roulé autour de mes épaules. Ce fui cette circonstance qui me suggéra mon nouveau plan, lequel consistait tout simplement à prendre le bison au lasso et à l'amarrer au pied de l'arbre.

Aussitôt, et sans perdre de temps, je mis la chose à exécution. Je déroulai ma longue courroie, dont j'attachai solidement une des extrémités au tronc de l'arbre, puis à l’autre extrémité, et

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avec i'aide de l'anneau de fer dont je vous ai parlé, je pratiquai un bon nœud coulant.

Ces préparatifs terminés, je pris men lasso de la main droite et j'attendis l’occasion favorable. Elle ne tarda pas à s’offrir : le taureau continuait ses évolutions et tournait toujours autour de l'arbre. Vous savez que je ne suis pas novi.c dans l’art de lancer le lasso, et j’eus bientôt lo satisfaction de voir mon nœud coulant solidement enroulé autour du cou de l’animal. Alors je raccourcis le lasso et donnai une forte secousse.

Le coup fut rude, je vous l’assure, car j'y avais mis toutes mes forces.

Le taureau, sentant l'étrange cravate qui lui serraït la gorge, fit bonds sur bonds, et tenta de s'échapper, mais inutilement, le lasso le reten‘it. 11 se mit alors à tourner avec rapidité autour de l'arbre ; mais cet exercice ne dura pas longtemps, car il fut bientôt au bout de son rouleau, et se trouva pressé si vivement contre l'arbre par suite de ses propres efforts, qu'il tomba par terre à moitié étranglé.

Il l'eùût été sans doute entièrement sans son épaisse crinière qui le protégea, et amortit si bien l’action du ‘'icou, qu'il trouva encore la force de se débattre à l'extrémité de la corde. Ses efforts convulsifs étaient si puissants, que l'arbre en était agité comme un roseau battu par le vent, et que je craignis d’être jeté par terre. Pour éviter cette chute, je pris le parti de descendre.

Sitôt que je touchai le sol, je courus ramasser mes capsules, et j'en mis une e toute hâte sur la cheminée de ma carabine. Alors je m'approchai doucement du bison, et lui envoyai à bout portant une balle dans les reins.

Ce coup de feu suffit pour mettre fin à ses eforts et à son existence.

Tout cela m'avait pris fort longtemps, et la nuit tombait au moment où j'achevais mon second bisou. Je n'avais le temps ni de les écorcher ni de les préparer; je savais que vous m'attendiez, et que vous deviez être très inquiets de mon absence ; aussi je me contentai de prendre les langues pour les joindre aux faisans que j'avais tués précédemment.

Je n'ai pas quitté les bisons morts sans mettre dessus de quoi épouvanter les loups, et j'espère que, grâce à cette précaution, nous retrouverons demein notre gibier en bon état.

76 LA BAIE D'IIUDSON.

Basile avait fini de raconter ses aventures de la journée. On ramassa quelques brassées de bois qu’on jeta sur le feu, de manière qu’il durât jusqu’au lendemain matin. Cette précaution était d'autant plus nécessaire, que l'on se rappelle que les couvertures et ies manteaux étaient restés dans la rivière ; Basile et Norman n'avaient plus que leur chemise sur le dos, et dans cette circonstance il fallait un bon feu pour entretenir la chaleur de leur corps et leur permettre de dormir. Grâce à ces précautions, ils y parvinrent cependant, et bientôt chacun d’eux fut en train de demander au sommeil l'oubli et la réparation de ses fatigues passées.

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