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Le sapin résineux (pinus rigila) est aussi au nombre des plus précieux de la famille. Get arbre, plus pe‘it que tous les précédents, est excellent pour le feu, et fournit au chauffage de la plus grande partie de l'Amérique. C’est de cet arbre qu'on tire les nœuds résineux, d'un usage si commode pour entretenir et surtout pour allumer le feu.
Nommons encore le pin blanc (pinus strobus), estimé à cause de son bois : c'est une des plus grandes variétés, elle est aujourd'hui très connue. Ce pin atteint ordinairement cent cinquante pieds de hauteur, Sa grosseur est en rapport avec son élévation. C'est le tronc de cet arbre qui fournit les planches de pin si communément employées par les charpeniiers. Dans le seul État de New-York la fabrication de ces planches produit sept cents millions de pieds carrés, ce qui suppose l'exploitation de soixante-dix mille ares de terrain. Si cette fabrication imprévoyante se continue dans les mêmes proportions, il est à craindre qu'avant qu'il soit longtemps, l'État do New-York ne soit entièrement dépeuplé de ces arbres utiles.
Il faut encore ranger dans cette famille le pin jaune, dont le bois est très recherché pour les travaux d'intérieur, et employé surtout pour la confection des parquets ; le charmant arbre connu sous le nom de sapin à brume, qui fait l’ornement des jardins tant en Europe qu’en Amérique; c’est de ce dernier arbre qu'on tire la préparation si connue en médecine sous le nom de baume du Canada. Dans des conditions favorables, le pin à baume atteint jusqu’à cinquante ou soixante pieds de hauteur, tandis que, sur le sommet des montagnes froides, il s'élève tout au plus à quelques pouces de la terre.
Nous n'en finirions pas si nous voulions compléter cette longue nomenclature, et force nous est d'omettre un grand nombre d’arbres.
Disons pourtant un mot du sapen ciquë (pinus canadensis), qui donne une écorce fort estimée en tannerie, et qui pour cet usage ne le cède guère qu’à l'écorce de chêne.
Le sapin noir (pénus nigra) mérite aussi d'être mentionné ; c’est avec ses bourgeons qu'on fabrique la boisson connue sous le nom de bière de sapin.
Ici nous nous arrêterons, quoique à regret, car, si le temps et l’espace ne nous manquaient, nous aurions encore à parler d’une douzaine d'espèces, récemment découvertes dans l’intérieur des
montagnes du Mexique, et qui toutes ont leur utilité et leurs propriétés particulières.
Les pins ne peuvent point être considérés comme des arbres «ropicaux, bien qu'on en rencontre jusque sous les latitudes les plus chaudes. Dans les Carolines, le goudron et la térébenthine qu'on tire de cet arbre forment deux objets d'exportation qui ne sont pas sans importance, et l'on trouve jusque sous l'équateur de hautes montagnes couvertes de forêts de pin. Malgré cela, cet arbre appartient plutôt au nord qu'au midi, et plus on approche des cercles polaires, plus son espèce domine dans les forêts. Le dernier arbre qu'on rencontre en s’avançant dans le nord est une espèce de pin, qui forme l'extrême limite de la végétation et de l'entière stérilité dans ces contrées glacées.
L'arbre indiqué par Norman à ses compagnons de voyage appartenait précisément à cette espèce désignée en botanique sous le nom de pin blanc (pinus alba).
L'arbre en question n'avait pas plus de trente à quarante pieds de haut; son tronc, de couleur sombre, n'avait guère qu'un pied de diamètre ; ses feuilles en aiguilles, très déliées et très acérées, d'environ un pouce de long, étaient d'un vert tirant sur le bleu ; ses fruits, loin d’être encore à maturité, étaient alors d’un vert pâle; en vieillissant, ils prennent une couleur plus sombre et atteignent en grosseur à peu près deux pouces de diamètre.
Ni Basile ni François ne soupçonnaient le rôle que cet arbre devait jouer dans la construction du bateau ; Lucien seul s'en doutait.
François entama la question.
— Cousin, dit-il, c'est avec ce bois, je suppose, que tu feras les cintres de notre canot.
— Non, dit Norman, je compte employer pour cet usage une troisième espèce de bois. Si je ne la rencontre pas, il faudra bien m'en passer, mon canot en sera moins parfait.
— Et quel est ce troisième arbre ? demanda François.
— C'est le cèdre, répondit l’autre.
— On ne peut mieux choisir, en effet, répondit François, c'est un bois doux et liant, et très propre à l'usage auquel tu le destines. Es-tu bien sûr d'en avoir vu ce matin sur les collines ?
— je le crois; du moins les arbres que j’ai aperçus ont une apparence toute semblable.