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— Je suis de l'avis de Norman, dit Lucien à son tour; j'ai remarqué cc matin certains arbres au noir feuillage qui m'ont produit tout l'effet d’être des cèdres, et je crois, comme notre cousin, que, s’il y en a dans le pays, c'est sur les coteaux que nous devons les trouver. Cette position est d’ailleurs conforme aux habitudes des cèdres, qui poussent de préférence dans les lieux escarpés.
— La question, dit Basile, doit être bientôt tranchée. Nous voulons faire un canot, n'est-ce pas ? Eh bien, ne perdons pas ile temps, et rassemblons au plus vite les matériaux nécessaires. Un dit qu'il doit y avoir des arbres sur la colline, allons-y donc voir sans perdre de temps.
— Bien dit, firent les autres tout d’une voix.
Et, ce disant, chacun se leva et jeta son fusil sur son épaule. On prit aussi la hache, et l’on s'achemina gaiement vers la colline. Ce voyage d'exploration ne demeura pas longtemps infructueux; les collines voisines, composées principalement de roches et de craie, étaient couvertes de bouquets de cèdres rouges (juniperus virginiana).
Ces arbres sont faciles à distinguer au premier abord. Leurs branches horizontales, couvertes d’une multitude d'aiguilles, leur donnent un aspect sombre qui frappe au premier coup d'œil.
Le cèdre rouge est la demeure favorite des hiboux de touts espèce. Son bois de couleur rougeâtre est connu de tout le monde, et tous ceux de vous, mes jeunes amis, qui ont manié un pinceau ou un crayon, ont eu entre leurs doigts un morceau de cèdre. Dans les parties de l'Amérique où ce bois croît en abondance, on s’en sert pour toute espèce de construction et principalement à l'extérieur, car c’est un bois solide et d’une nature très durable. C'est aussi un excellent bois de chauffage ; il prend feu avec une grande facilité, et sert à allumer les bois plus difficiles à embraser, tels que le chêne, par exemple, et les pins non résineux.
Le cèdre rouge atteint ordinairement la hauteur de trente à quarante pieds ; mais, dans des situations favorables, il s'élève beaucoup plus haut. Il affectionne les lieux pierreux, et l’on voit les collines les plus stériles et les plus desséchées couvertes de cèdres magnifiques, tandis qu'on ne rencontre pas un seul de ces arbres dans les vallées les plus fertiles.
86 LA BAIE D'IHUDSON.
Il existe une espèce de cèdre dont les branches poussent contre terre, moins semblable à un arbre qu'aux tiges d'une plante grimpante. Ge cèdre est de l'espèce des multipliants, dont les branches s’enfoncent dans la terre et forment de nouvelles racines, C’est moins, à vrai dire, un arbre qu’un buisson qui croît sur les rochers et sur les pics les plus inaccessibles. Il est connu en botanique sons le nom de jun'perus prostrata.
Après avoir examiné quelques pieds de cèdre, Norman s'arrêta.
-— Nous avons maintenant, dit-il, tout ce qu’il faat pour faire notre canot, mettons nous donc tous à l'ouvrage et sans perdre de temps.
— Très bien, réponé'rent ses trois cousins, nous sommes prêts à t'obéir, dis-nous seuler.ent ce qu’il faut que nous fassions.
— La première chose à faire, dit Norman, c’est, je crois, de changer notre camp &@eplace et de l’établirici, où nous trouverons les différentes espèces d'arbres dont j'ai besoin, et tous de meilleure qualité que sur les bords de la rivière. Voici, en effet, continua-t-il en indiquant du gesie une petite vallée bien boisée, de magnifiques bouleaux et de superbes épinettes. (C'est ainsi que les voyageurs canadiens appellent le sapin blanc.)
— Tu raison, répondit Basile, allons chercher notre viande sèche, et établissons-nous ici pour travailler à notre grande opération.
I! fut arrètéséance tenante qu’on retourneraii au campet qu'on en rapporterait tout ce qui y restait encore.
Ce qui avait été ait fut bientôt exécuté. Nos jeunes gens dressèrent leur petit camp au pied d’un grand cèdre, aux branches duquel ils suspendirent leurs provisions de bouche et leurs munitions. Les fusils furent appuyés contre le tronc de l'arbre, on alluma le feu, et le nouveau campement se trouva au complet. Il eût été plus confortable sans doute s'ils eussent pu dresser une tente, mais leur toile avait fait naufrage comme le reste, et nos héros durent s’en passer. C'était dur, mais après tout ils n'étaient pes les premiers qui campassent ainsi à la belle étoils, car dans les solitudes de l'Amérique, cela arrive tous les jours aux chasseurs et aux voyageurs.
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CITAPITRE XII