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CHAPITRE XXI LA PIE-GRIÈCHE ET LE COLIBRI

Les bords riants de l’Elk semblaient être le séjour de prédilection des oiseaux de toute espèce; nos voyageurs en virent un grand nombre tant de ceux qui émigrent dans le pays des fourrures pendant l'été que de ceux qui habitent orainairement dans ces parages. Parmi les premiers, ils remarquèrent surtout l'oiseau bleu de Wilson (sialia Wilsoni), qui, à cause de sa grâce et de l'innocence de ses habitudes, est aussi aimé en Amérique que le robin l’est en Angleterre. Ils virent aussi un autre oiseau également cher aux fermiers, le martin pourpre. C'étaient là en général des oiseaux pêcheurs qui voltigeaient sans cesse au-dessus des eaux du fleuve; d’autres au contraire avaient établi leur demeure sur les arbres de la rive, et sautillaient de branche en branche. C’étaient le gros-bec cardinal (pitylus cardinalis) aux ailes écarlates, le geai bleu brillant et babillard, le bec en croix (loæia), oiseau rare et reconnaissable à la couleur cramoisie de son plumage. Les oiseaux que nous venons de nommer n'étaient pas les seuls habitants de la feuillée. Beaucoup d’autres, au contraire, égayaient le paysage soit par leur chant soit par leur brillant plumage.

L'oiseau qui intéressait le plus vivement nos jeunes voyageurs n'avait pourtant ni belle voix ni belles plumes; loin de là, sa voix, désagréable à entendre, ressemblait au bruit d’une porte qui crie plus qu’à toute autre chose. Cet oiseau, de a grosseur d’une grive, était de couleur grise, blanc sous le ventre avec le bout des ailes noir. Son bec était courbé comme celui des oiseaux de proie, tandis que ses pieds ressemblaient à ceux de la famille des pics. En somme, il paraissait tenir le milieu entre les deux espèces.

Ce n’était ni la couleur de cet oiseau, ni sa forme, ni sa voix

qui avaient attiré l'attention de nos voyageurs. Ses singulières habitudes lui avaient seules valu cet honneur, Ce fut pendant une de leurs haltes méridiennes qu'ils eurent l’occasion favorable d'observer de près les manœuvres de ce petit acteur emplumé. Ils s'étaient arrêtés dans une île boisée pour y passer les heures chaudes de la journée. et avaient établi leur camp sous un grand arbre autour duquel s’enlaçaient les tiges nombreuses d'un chèvrefeuille dont les fleurs entièrement épanouies embaumaient l'air de leur douce senteur.

Ils y étaient à peine installés, que François, dont les yeux élaient toujours en mouvement, découvrit dans les touffes de chèvrefeuille la présence de plusieurs petits oiseaux. On ne fut pas longtemps indécis sur l'espèce à laquelle ils appartenaient ; c'élaient des colibris de l'espèce connue sous le nom de gorge de rubis (4rochilus colubris). Ge nom leur a été donné à cause de la plaque rouge que le mâle porte à la poitrine, plaque qui resplendit aux rayons du soleil et jette des feux semblables à ceux du rubis Le dos de cet oiseau est d'un vert d'émeraude, dont l'opposition fait encore ressortir plus vivement l’écarlate de la poitrine. C'est de tous les oiseaux qui émigrent üans le pays des fourrures le plus mignon et le plus petit, si l’on en excepte toutefois son congénère le colibri cinnamon ({rochilus ;'ufus) ; encore ce dernier oiseau ne se rencontre-t-il guère dans les régions septentrionales que sur le versant occidental des montagnes Rocheuses, et on le trouve de ce côté jusque sur les côtes inhospilalières et glacées du détroit de Nootha. Le Mexique et les pays tropicaux de l'Amérique sont le séjour de prédilection de toutes les espèces de colibris, et l’on a longtemps cru que le gorge de rubis était le seul qui émigrât plus au nord que le territoire du Mexique. Des observations plus récentes ont modifié cette opinion, et l’on connaît maintenant, outre le cinnamon, deux ou trois autres espèces qui émigrent chaque année et se réfugient sous les latitudes les plus froides. |

Les gorges de rubis non seulement émigrent dans le pays des fourrures, mais il existe de grandes bandes de ces oiseaux qui ne quittent jamais les bords de l’EIk et demeurent constamment au lieu où nos voyageurs se trouvaient alors.

‘endant que François et ses compagnons observaient ces petits êtres charmants, qui voltigeaient en bourdonnant de fleur en fleur, un nouveau venu vint par ses mouvements attirer leur

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