‹ La baie d'Hudson [microforme]Chapitre 35 sur 53 · PÊCHE SOUS LA GLACE · texte numérisé non relu

PÊCHE SOUS LA GLACE

En s'éveillant le lendemain maiin, ils s'aperçurent, à leur grande surprise, que le lac était couvert de glace. Ils en avaient cependant été en quelque sorte prévenus, car la nuit avait été froide, et si froide qu'ils avaient mal dormi. La glace était encore peu épaisse, et cette circonstance rendait leur position plus difficile en ce qu’elle était assez forte pour empêcher la navigation et trop faible encore pour les porter. De la sorte, ils se trouvaient prisonniers dans l'île où ils avaient débarqué la nuit.

Ce ne fut pas sans une certaine terreur qu'ils firent cette découverte. La réflexion cependant finit par calmer leurs craintes ; il était évident en effet que les choses ne pouvaient pas rester en cet état: ou la glace fondrait, et ils remettraient leur canot à l'eau, ou elle deviendrait assez forte pour les porter et leur permettre de gagner la côte septentrionale du lac.

De la sorte tranquillisés, ils se mirent en devoir d'établir leurs quartiers dans l'île avec tout le confortable que permettait le peu de ressources dont ils disposaient. Après quelques jours passés dans cette situation, leurs appréhensions reparurent ; la glace ne devenait ni plus épaisse ni plus légère, et semblait destinée à demeurer éternellement stationnaire. Pendant toute la matinée la couche de glace, épaissie par le froid de la nuit, était de force à les porter; mais, pendant le jour, la chaleur du soleil la diminuait sensiblement.

Ce n'était pas sans raison que nos voyageurs commençaient à s'alarmer de cette étrange position. Leurs provisions touchaient à leur fin, et l’île ne fournissait aucune espèce de gibier ; ils l'avaient battue jusqu’au dernier buisson sans faire lever même un seul oiseau.

À deux ou trois reprises différentes, ils avaient pensé à mettre leur canot l’eau et à se frayer un chemin à travers la glace; mais ils n'avaient pas tardé à renoncer à ce projet devant les

eur ent été tail tion r la , ils é la

» détes; er en not à per-

leurs e peu bassés ce ne | ée à atinée force dimi-

ient à

aient Br ; ils même

nettre glace ; ant les

LA DAIE D'IUDSON, 179

difficultés de l'exécution. C'était en effet une entreprise aussi pénible que dangereuse. L'ile sur laquelle ils étaient se trouvait à dix milles au moins de la rive ; c'était donc dix milles de glace qu'il leur fallait briser, et ce n'était pas un mince travail. Ce qui le rendait plus effrayant encore, c'est qu'il était impossible de faire les mouvements nécessaires à cette rude opération sans causer le risque de faire chavirer une embarcation aussi frêle que leur canot d'écorce. C'était s'exposer sans Ctre sûr du résultat ; aussi cette idée de se frayer une route dans la glace futelle abandonnée.

Cependant la position empirait à chaque instant. Les provisions, ménagées aussi longtemps que possible, finirent par manquer complètement, et la glace était toujours trop faibie pour porter nos voyageurs. Elle eût peut-être encore résisté près des bords de l’île; mais on ne pouvait s'avancer sans courir les plus grands risques. D'un autre côté, rester dans l'île était chose tout aussi impossible, car dans ce cas il fallait se décider à mourir lentement de fai, l’île ne renfermant absolument rien qui fût susceptible d'être mangé.

C'était une triste alternative.

— Que faire ? se demandaient-ils les uns aux autres.

Sans doute les eaux du fleuve étaient zsuplées de poissons ; mais il fallait les prendre, et la chose n'était pas facile. Ils avaient essayé de se faire un trou dans la glace, et d'y introduire une ligne et un hameçon ; mais leurs efforts longs et patients étaient demeurés sans succès. Les poissons avaient refusé de mordre, et, bien que nos voyageurs fussent demeurés des heures entières les yeux fixés sur l’eau, ils n'avaient même pas aperçu la queue d'un seul poisson.

Désespérés de voir la pêche demeurer infructueuse, ils commençaient à revenir au projet dangereux de se frayer une route à travers la glace, quand Norman ouvrit un nouvel avis.

— Puisqu'on ne pouvait pas réussir, dit-il, à leurrer le poisson, que n’employait-on la violence au lieu de la ruse, et que ne le prenait-on à la ligne?

Cette idée fut aussitôt adoptée par tous ses compagnons. Une difficulté se présentait pourtant encore : on n'avait pas de filet, ce n'était pas dans l’île qu'on pouvait en trouver, et il eût fallu faire

des centaines de milles peut-être pour se procurer ce précieux instrument,

Cet obstacle n'eût pas manqué d'effrayer des gens prompts à s’alarmer ; mais nos jeunes voyageurs n'élaient pas hommes à s'arrêter devant si peu de chose. Ils avaient en leur possession les cuirs de deux caribous qu'ils avaient tués dernièrement, et Norman proposa d'en faire un filet.

Aussitôt dit, aussitôt fait, et ous quatre se mirent à l'instant à l'œuvre. Deux d’entre eux, Basile et Lucien, tirèrent leurs couteaux et coupèrent le cuir en lanières, tandis que François aidait Norman à nouer ces lanières ensemble, On travailla si bien de part et d'autre, qu’au bout de quelques heures la peau du caribou était entièrement découpée, et qu'on avait un filet de dix-huit pieds de long sur environ six pieds de large.

Ce filet était, il est vrai, grossièrement fait ; mais, tout imparfait qu'il fût, il était aussi propre à l'usage auquel on le destinait que s'il eût été tissé de soie. Au surplus, on ne devait pas être longtemps à éprouver sa valeur, car nos jeunes gens avaient à peine mis la dernière maille, qu'ils le prirent sur leurs épaules, et se dirigèrent en toute hâte vers le lac, avec l'intention d'éprouver le nouvel engin.

Nos trois méridionaux n'avaient jamais vu placer un filet sous la glace, car dans le pays qu'ils avaient habité jusque-là la glace est chose fort rare, et quand elle se montre par hasard sur les rivières, ce n’est jamais qu’une couche lég :r° incapable de supporter le poids d'un homme. Une curiosité bien naturelle ajoutait donc encore pour eux à l'attrait de cette pêche. Ils ne compreraient pas comment on pouvait placer le filet sous la glace de manière à prendre le poisson, et ne perdaient de vue aucun des mouvements de Norman, qui seul connaissait la manière de procéder en pareille circonstance.

Quant au jeune marchand de fourrures, il avait vu plus d’une fois les Indiens procéder de la sorte, et connaissait parfaitement la manière dont il fallait s’y prendre. Il commença par s’avancer sur la glace jusqu'à la distance de trente à quarante pas de la rive, opération qui nécessitait les rius grandes précautions, car la glace craquait sous ses pas. Arrivé à la place où il avait l’intention de tendre son filet, ilse mit à genoux et creusa dan: la glace plusieurs trous, tous sur une même ligne et à environ six pieds les uns des autres.

Le pêcheur avait eu soin de se pourvoir d’un morceau de branche d'environ six pieds de long, à l’une des extrémités de la-

ompts à »1mmes à \ssession ment, et

l'instant urs COUois aidait bien de a caribou dix-huit

it impardestinait t pas être avaient à s épaules, éprouver

filet sous

à la glace rd sur les le de suple ajoutait 8 comprea glace de aucun des re de pro=

plus d'une rfaitement r s'avancer e pas de la utions, car il avait l’inusa dans la environ six

au de brannités de la-

de né cd

ISSOn.

let dans lequel se trouvai

fique po

un magni

sur la glace le fi

Il amena

LA BAIE D'HUPSON. 181

quelle il avait attaché une corde : cette corde se rattachait ellemême au filet. Il introduisit cette branche dans le premier trou, et la fit filer sous la glace jusqu’à ce qu’elle arrivât au second trou ; de là il la fit glisser jusqu'au troisième trou, et ainsi de suite jusqu’au dernier. Par ce moyen bien simple, le filet était entré par le premier trou, et se trouvait étendu dans l’eau tout le long de la ligne de trous, car il avait suivi dans sa marche toutes les évolutions du bâton auquel il était attaché par la corde dont nous avons parlé.

| Grâce au poids dont il avait été chargé, le filet s'enfonça dans { l'eau et demeura dans une position verticale, tandis que ses k extrémités étaient retenues à la surface de la glace à l’aide de bâtons piacés en travers sur les trous. Le filet était placé ; il n'y avait plus qu’à attendre que le poisson vint s’y prendre, auquel V cas on devait employer pour le retirer les mêmes procédés qui avaient déjà servi à le faire pénétrer sous la glace. 1] Ë Cette opération terminée, nos voyageurs revinrent à leur bi- fl vouac et s’assirent autour du feu les regards fixés sur la rivière 4 avec une expression famélique. Ils pensaient avec anxiété que !. Re si le filet ne réussissait pas, il ne leur restait plus d'autre res- Li source que de remonter dans leur canot, et de chercher à gagner 1 è la rive en se frayant un chemin à travers ia glace. Dans l'état L ss d’excitation où ils se trouvaient, il leur fallut commander à leur impatience bien naturelle pour demeurer deux heures entières sans approcher du filet. Au bout de ce temps, Basile et Norman se levèrent, gagnèrent le lac, et s’aventurèrent sur la glace pour s'assurer au sort que la fortune leur avait réservé. Ce ne fut pas sans de vivlents battements de cœur qu'ils approchèrent de la 4 place où se trouvait le filet. Ils mirent sur la corde une main k tremblante d'émotion et tirèrent à eux.

— Ah! dit Basile, ce filet paraît bien lourd. Eh ! vraiment, continua-t-il, il y a là quelque chose!

L | Et en même temps le jeune homme amenait sur la glace le filet dans lequel se trouvait un magnifique poisson.

A cette vue, un cri de joie sortit de sa poitrine; Lucien et François lui répondirent de la rive, car ces deux derniers étaient restés à terre, dans la crainte que la glace ne fût pas assez forte pour les porter tous quatre.

Cependant les pêcheurs continuaient à retirer le filet, dont une partie se trouvait encore sous la glace. De nouveaux cris

PRET Yes

TRE. ee md

GE

Re Er nd onu Haine 4 st NE Lacan

LA BAIE D'IIUDSON.

de joie ne tardèrent pas encore à se faire entendre : ils étaient causés par la capture d’un second poisson encore plus gros que le premier.

Après s’êlre bien assurés qu’il n’y avait plus rien dans le filet, Basile et Norman le replacèrent avec soin dans l’eau et revinrent à terre avec le poisson qu'ils avaient si heureusement pris. Norman fut accueilli par une salve d’applaudissements. Les deux poissons paraissaient appartenir à l'espèce des truites, et l’on se convainquit bientôt, en le mangeant, qu'on ne s'était pas trompé dans cette appréciation. Le plus gros ne pesait pas moins de cinq livres; chacun fit, en les dévorant, l'éloge des morceaux, et déclara que de sa vie il n’avait rien mangé de plus délicieux. Peut-être exagéraient-ils un peu, et je ne serais pas élonné que leur appétit, excité outre mesure, n’eût influé sur leur jugement; car s’il est vrai que l'appétit soit le meilleur assaisonnement des mets, on peut dire que jamais poissons ne furent mieux assaisonnés que les deux dont il est question; nos voyageurs avaient, en effet, une faim de loup.

Leur faim était apaisée ; c'était beaucoup, sans doute, mais ce n’était pas assez, et l'avenir les inquiétait toujours. S'ils ne prenaient pas d’autres poissons, et rien ne leur garantissait le succès, ils allaient bientôt se trouver aussi embarrassés que par le passé ; heureusement que ces craintes ne furent pas de longue durée. La seconde levée du filet se trouva être bien plus fructueuse que la première : cinq poissers s'étaient laissé prendre, et ces cinq poissons réunis ne pesaient pas moins de vingt livres. Cette ressource eût pu leur suffire pendant plusieurs jours, mais ils n'étaient pas destinés à dmeurer plus longtemps sur l'île. La nuit suivante fut signalée par un de ces froids rigoureux que l’on ne trouve que sous ces hautes latitudes, et ils trouvèrent le lendemain matin que la glace de la rivière avait acquis un pied d'épaisseur. Il n’y avait plus à craindre qu’elle se rompit sous leur poids, aussi, sans plus tarder, ils chargèrent sur leurs épaules leur canot et tout leur bagage, et se mirent en route.

Quelques heures leur suffirent pour atteindre la pointe de l'Esclave. Ils prirent terre sur ce promontoire, y choisirent une place convenable et y établirent leur camp.

LA BAIE D’IUDSON.

Page 1