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LA BAIE D'’IUDSON,
comme les autres de son léger fusil pour être prêt à tout événement.
Les choses étaient disposées de telle sorte qu'il n’y avait qu'à maintenir le canot dans la ligne du courant pour arriver en plein sur les cygnes.
On approcha sans efforts de la troupe d'oiseaux, et les chasseurs se trouvèrent bientôt assez près d'eux pour distinguer leurs cous tendus et l’air étonné avec lequelils fixaient la lumière mouvante. Il est probable que ces nouveaux cygnes poussèrent à cette vue le même cri que les précédents ; mais on ne les entendit pas, car le bruit de la chute était assez fort pour couvrir leur voix.
Basile et Norman commencèrent le feu et tirèrent en même temps, François ne se fit pas attendre et déchargea ses deux coups. La mousqueterie fut close par Lucien. Trois oiseaux furent tués sur le coup; un quatrième, grièvement blessé à l'aile, plongea dans le fleuve. Le reste de la bande s’éleva en l'air et disparut bientôt dans l'obscurité.
Pendant que cette manœuvre s’accomplissait, le canot, que Lucien avait un moment cessé de diriger, fut pris en travers par un remous du courant, et fut tourné de l'avant à l'arrière, de telle sorte que les rayons du pot à feu éclairaient non plus le bas, mais au contraire le haut de la rivière : tout ce qui était en aval se trouva, par suite, plongé dans l’obscuri‘é la plus profonde.
Pendant que nos voyageurs s’efforçaient de replacer le canot dans sa direction première, un nouveau bruit qui vint frapper leurs oreilles les glaça d’effroi et leur fit pousser un cri de terreur,. Ce bruit ressemblait au premier, mais il partait de la rivière elle-même. Sans aucun doute il provenait d’une cataracte, vers laquelle nos voyageurs se sentaient emportés avec une rapi-
dité qu'ils ne pouvaient plus maîtriser.
— Ferme! à vos rames! les rapides, les rapides! s’écria Norman d’une voix tonnante en même temps qu'il se précipitait sur un aviron.
En un clin d'œil tout fut trouble et consternation, la peur fit oublier la prudence, et dans leurs mouvements inconsidérés les voyageurs imprimèrent au canot de telles oscillations que ses bords entrèrent presque dans l’eau. Au même moment le canot fut retourné par un autre reinous du courant, et le bas de la
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rivière se présenta aux yeux des voyagevrs. Ce fut un terrible spectacle. Aussi loin que la vue pouvait s'étendre, on ne distinguait qu'une écume blanchissante violemment emportée par la rapidité du courant. Des blocs de rochers présentaient d'espace en espace leurs têtes pointues, autour desquelles l'eau venait se briser avec fureur. Ce n'était point une cataracte, car il n’en existe pas sur tout le cours de la rivière Rouge: mais c'était, chose non moins terrible, un rapide capable de chavirer et d'engloutir les voyageurs imprudents.
Les cygnes furent bien vite oubliés, les morts furent abandonnés au caprice de l’eau, et le blessé put fuir en toute liberté, Les chasseurs avaient en effet bien autre chose à faire qu’à s'occuper de leur gibier, il fallait à tout prix arrêter la course du canot avant qu'il fùt arrivé dans le rapide.
C'était dans ce but que chacun avait saisi une rame; mais en dépit de leurs efforts, ils s'aperçurent bientôt que le canot subissait la fatale influence du courant, et qu'il était emporté avec plus de rapidité que jamais. Leurs coups d’aviron n’aboutissaient à rien.
En quelques secondes le canot se trouva en plein rapide, et fila avec la rapidité d’une flèche. Une grosse pointe de rocher se dressait juste au milieu du fleuve, le courant venait s’y briser avec bruit en faisant jaillir de chaque côté des masses d’écume blanchissante. C'était contre cet obstacle que le canot était entrainé. Le frèle esquif avait encore fait un mouvement de conversion, la lumière éclairait de nouveau la partie supérieure du fleuve, et": ” .lheureux voyageurs ne pouvaient voir le dangereux rocher. D'ailleurs, ils l’auraient aperçu qu'ils n'auraient pu l’éviter ; le canot échappait à leur direction et tourbillonnait sahs but au gré du courant qui l’emportait. Tout d'un coup une nouvelle conversion fit entrevoir l'obstacle; trop tard! c'était précisément au moment où le canot le rencontrait,.
Pendant quelques instants l'esquif, pressé contre le rocher par la force du courant, demeura immobile; mais ses parois étaient trop faibles contre de parcilles attaques, elles cédèrent, et l'eau entra dans l’intérieur. Basile, toujours calme et froid dans le danger, s'aperçut aussitôt de cette terrible circonstance ; le canot sonibrait, il ne restait plus qu’à se tirer de li comme on
» pourrait. Son parti fut bientôt pris, il jeta sa rame, saisit son >» fusl, et cria à ses compagnons de s’élancer sur le rocher. Chacun
lui obéit sans hésiter, et nos quatre voyageurs sautèrent suivis de Marengo.
Le canot ainsi allégé tourbillonna un instant, puis partit, emporté par le courant. L'instant d’après il rencontra une autre pointe de rocher à laquelle il s’accrocha par ses bords. L'eau pénétra alors à flots dans l'intérieur, et l’on vit les cygnes, les robes de buffalo, les couvertures et tout le bagage emportés par les vagues furieuses. La poêle fut renversée, la résine entflammée tomba en crépitant dans le fleuve, où elle s'éteignit aussitôt, laissant nos voyageurs méditer dans l'obscurité l'horreur de leur situation.