‹ La baie d'Hudson [microforme]Chapitre 8 sur 53 · LE PONT DE CUIR · texte numérisé non relu

LE PONT DE CUIR

Le canot était perdu, et avec lui tout ce qu’il contenait, ou du moins peu s’en fallait, nos voyageurs n'ayant sauvé que leurs couteaux, leurs fusils, leurs cornes à poudre et leurs sacs à plomb, tous objets qu’ils portaient sur leur personne. Il y avait encore cependant une autre chose qui avait été sauvée du naufrage, c'était une hache, que Basile avait eu la précaution de jeter sur le rocher au mor:nt où il abandonnait lui-même le canot qui sombrait. Tout :e reste, vêlements, robes de buffalo, couvertures, cygnes, ustensiles de cuisine, sacs de provisions, café, farine et viande sèche, tout était perdu, irrévocablement perdu. ‘Chacup de ces objets, selon sa pesanteur spécifique, était ou entraîné au fil de l’eau, ou coulé à fond, et demeurait accroché entre les pierres dont le lit du fleuve était hérissé. Ils étaient donc perdus, bien perdus, il n’y avait plus à y penser, et nos voyageurs, jétés sui une pointe de rocher au milieu du courant, ne possédaient plus que les habits qu’ils avaient sur le dos et les armes qu'ils tenaient à la main. Leur position n'était pas belle. ‘

L'événement avait été si imprévu, le choc si snudain et si terrible, que pendant quelques minutes ils demeurèrent à la place où ils venaient de sauter, immobiles et terrifiés, et sans trouver un mot à s'adresser les uns aux autres. Ils cherchaient des yeux

t suivis

lit, eme autre . L'eau nes, les rtés par enflamussitôt, de leur

, ou du 1e leurs plomb, encore aufrage, eter sur not qui couvercafé, faperdu.

ou enché ent donc S voyaourant, dos et ait pas t si tera place rouver

es yeux

Les quatre voyageurs suivis de Marengo sautèrent sur le rocher.

LA BAIE D'ilUDSON. 51

le canot, trop sûrs, il est vrai, qu'il avait sombré, mais incertains encore du sort des objets précieux qu'il contenait.

L'obscurité, déjà fort sombre, était rendue plus épaisse encore par le contraste produit par la subite extinction du flambeau ; et tout ce qu’on pouvait distinguer, c'était une masse d’écume blanche comme les cygnes qu'ils avaient tués, et que le courant ballottait en faisant entendre un mugissement sourd qui résonnait à leurs oreilles comme un glas de mort.

Ils demeurèrent longtemps accablés par l'horreur de la situation dans laquelle cet accident les avait jetés. C'est qu’en effet leur position était terrible: ils se trouvaient sur une misérable pointe de rocher, au milieu d’un torrent, et, pour comble de calamité, tout le pays qui les environnait était complètement désert; il n’y avait pas un seul établissement à plusieurs milles à la ronde. Le plus proche était fort éloigné, et il fallait pour y arriver traverser d'immenses forêts et de nombreux cours d'e&u. Des marais et des lacs interceptaient la route, et ce voyage aussi long que pénible, ne pouvait être accompli à pied.

Heureusement qu'aucun de nos jeunes voyageurs n’étaithomme à se désespérer. Tous connaissaient le danger, et avaient déjà échappé plus d’une fois à des périls plus grands que celui-ci. Aussi, dès qu'ils furent bien convaincus de la perte de leur canot et de tous les objets qu'il contenait, au lieu de s'’abandonner à des lamentations stériles, ils se mirent à réfléchir sérieusement au moyen d'améliorer leur position.

Il n’y avait rien à faire pendant tout le reste de la nuit. Quitter le rocher avant le jour était chose impraticable et à laquelle il ne fallait même pas songer. Ils étaient au milieu d’un rapide dont le lit était hérissé de pointes de rochers contre lesquelles l’eau se brisait avec une extrême violence. Il était donc au-dessus de la puissance humaine de gagner la rive pendant l'obscurité. L'essayer eût été le comble de la démence; c’est ce que nos jeunes voyageurs eurent bientôt compris. :

Le seul parti qui leur restât, c'était de demeurer où ils étaient jusqu'au retour de la lumière ; aussi ils s’assirent sur le rocher, et se préparèrent à y passer la nuit.

Ils étaient pressés les uns contre les autres, et ne songeaient guère à dormir; le lieu où ils se trouvaient n'était pas en effet une chambre à coucher bien confortable.

Cependant la fatigue les accablait, et il arrivait de temps à autre

Ca ee

que l’un d'eux fermait les yeux, laissait tomber sa tête sur sa poitrine, et s'abandonnait à une sorte de demi-sommeil ; mais ce repos n'était pas de longue durée, et le dormeur se réveillait bientôt en sursaut sous l'impression de quelque songe pénible.

Les naufragés parlaient peu, car toute conversation était rendue excessivement difficile par le bruit de l’eau, qui couvrait la voix, et il fallait, pour se faire entendre, crier de toute la force de ses poumons, comme des voyageurs qui causent en omnibus sur une route pavée.

Ils avaient aussi très froid, car, bien qu'ils n’eussent été que lé- ‘gèrement mouillés à leur sortie du canot, ils n'avaient ni pardessus, ni couverture, ni robe de buffalo, et se trouvaient exposés sans défense à la fraîcheur de la nuit; et il est bon de dire qu'aux environs du lac Winnipeg les nuits sont loin d’être chaudes. Ces contrées ne se trouvent cependant que sous le 50° degré de latitude, ct l’on sait que sous ce parallèle, dans le nord dé l'Europe, en Angleterre, par exemple, les nuits de printemps re sont pas rigoureuses. Mais il ne faut pas oublier qu’à latitude égale la temdérature est beaucoup plus froide en Amérique qu'en Europe, et que pour trouver dans les deux pays la ligne que les météorologistes appellent isothermale, il faut se rapprocher de l'équateur bien plus en Amérique qu’en Europe.

Il est un autre fait important qu'il ne faut pas négliger. Sur la côte orientale de l'Amérique, les bords de l'Atlantique, par conséquent, il fait beaucoup plus froid à latitudes égales que dans la partie occidentale située sur les bords du Pacifique. Le climat de ce dernier océan correspondait beaucoup mieux à celui des latitudes égales d'Europe, ce qui semblerait indiquer que la température d’une côte dépend beaucoup de la position de l'océan qui la baigne, et qu'il n’est pas indifférent que la mer soit à j'est ou à l'ouest. On voit, en effet, en ouvrant la carte, que les côtes occidentales de l’ancien monde et celles du nouveau sont sit 1ées de la même manière par rapport à l'océan qui les baigne ; da} peut-être la similitude de leurs climats.

Ces causes ne sont pas les seules qui influent sur le climat, et la température dépend aussi beaucoup de la direction des vents et des effets différents qu'ils produisent sur l’atmosphère, selon qu'ils ont passé sur la mer ou traversé au contraire de grands espaces de terre. On croyait autrefois, et c'est encore aujourd’hui

ut MD PP bé

ts eh

LA BAIE D'HUDSON. 53 l'opinion de beaucoup de gens, que les vents étaient produits par

RES 2 : le déplacement de certaines masses d'air chaud, Dans cette hy- DAS pothèse, ce déplacement occasionnait un vide que venait aussitôt sveil- remplir l'air froid qui se précipitait de tous les côtés à la fois, Ce e pé- mouvement était réputé la cause du vent.

| Cette théorie est exacte jusqu'à un certain point, mais le vent hd È se produit de beaucoup d'autres manières. L'électricité, par exem- ‘ait la È ple, agent très puissant, quoique encore mal défini, a une très "ce de © grande influence sur les vents, comme sur tout le reste des phé- 1s sur

nomènes physiques. La révolution que la terre accomplit sur son axe n'est pas non plus sans quelque importance dans cette for-

que lé- : mation. En un mot, il y a une foule de circonstances que ce sysir des- À tème ne saurait seul expliquer, et il est en vérité fort étonnant j posés que le genre humain se soit pendant si longtemps tenu satisfait de à qu'aux 0 cette théorie de l'air chaud. Mais il y a dans ce monde tant de 1 nr à choses étonnantes, que celle-ci ne doit pas nous surprendre plus

que les autres, et le mieux est de laisser ces théories scientifiques

arope, pour revenir à nos héros.

nt pas Nos voyageurs étaient donc gelés jusqu'aux os, et ce ne fut pas atem- sans un véritable sentiment de joie qu'ils virent le jour poindre Jropes dans le sommet des arbres d’abord, puis s'étendre bientôt après téoro- jusque sur les rives du fleuve. Aussitôt que la lumière fut assez ateur vive pour leur permettre de distinguer les objets, ils se préoccupèrent du moyen de gagner la terre. Tous quatre étaient d'ha- Sur la biles nageurs, et une rivière de la largeur de celle qu'ils avaient r con- à leurs pieds n’eût été pour eux qu’une bagatelle. Ils se fussent ? dans même trouvés sur l’une des rives de la rivière Rouge qu'ils se limat seraient fait fort d'atteindre bientôt l’autre rive, pourvu qu'on leur ui des laissât choisir un endroit où le courant permit de traverser sans à tem- trop de danger.

océan Mais dans leur position, la chose était bien différente, et sur à l'est leur rocher ils n'avaient pas le choix du lieu, car les rapides les côtes entouraient de tous côtés, et le lit du fleuve était parsemé de il ke tant de rochers, qu’il était plus que probable que s'ils osaient esali

sayer de gagner une des rives à la nage, ils seraient emportés et noyés par le courant, sinon brisés contre les pierres. Tel fut en effet le spectacle que le jour, en se levant, vint montrer à leurs . yeux. Leurs appréhensions redoublèrent, et ils sentirent plus que amais la nécessité de sortir de cette position ; mais comment faire, c'était là la difficulté.

at, et vents selon ds esrd'hui

GRR roches TT LE

La rive droite, qui était la plus éloignée, paraissait en revanche être la plus facile à aborder de ce côté; le courant n'était pas aussi rapide, et l’eau semblait aussi moins profonde. 71 fut résolu qu'on vérifierait la chose, et Basile descendit dans l’eau. A la consternation générale il perdit bientôt pied et fut obligé de retourner à la nage sur le rocher, qu'il eut toutes les peines du monde à regagner. La distance qui séparait le rocher de l: rive droite était d'environ cent cinquante pas. La surface de l’eau était d'espace en espace hérissée de rochers, dont quelques-uns sortaient de près de trois pieds, et présentaient à l'œil l'aspect d'un champ couvert de tombes.

Lucien, après avoir observé cette disposition des lieux, dit à ses compagnons que si l’on avait seulement une corde on pourrait l’artacher à l’une de ces pierres, gagner la pierre voisine, puis là suivante, et de la sorte arriver jusqu'à la rive.

L'idéé n'était sans douie pas mauvaise, mais elle n’avançait guère les choces, car il fallait une corde, et tout ce qu’on en avait possédé avaït sombré dans le naufrage ainsi que les courroies et les lassos. Il ne leur restait que les courroies de cuir qu'ils portaient en bandoulière, et c'était beaucoup trop peu pour l'usage auquel on les destinait. Il fallait une corde assez forte pour supporter le poids d’un hcmme omyorté par un courant rapide, ce qui doublait et triplait même le poids de l’homme, et assez longue, pour aller d’un rocher à l’autre.

Toutes les pensées se tendirent vers le même. objet; cette corde était le moyen de salut, il fallait à tout prix l’obtenir. Chacun se déïit à l'instant de tous les galons et courroies qu'il pouvait avoir sur lui, et on les attacha bout à bout. Malheureusement le résultat de cet essai fut pour nos voyageurs la conviction de l'insuffisance de la corde, et pas moyen de rien trouver pour l’aliinger !

C'était Aésespérant !

Heureusement nos héros étaient des gens de ressource, accoutumés éepuis longtemps à se tirer des plus mauvais pas, et la difficulté des circonstances leur suggéra une idée. Norman et Basile parurent tout d'un coup «voir la même pensée, car on les vit de concert,et comme s’ilsse fussent donnéie mot,déboucler leurceinture et mettre bas ieur tuniqne de peau. Les autres devinèrent aussitôt leur persée, et comprirent qu'il était question de couper les vêlements en lanièies afin de fabriquer une longue corde.

LA BAIE L’IIUDSON.

revan- Chacun mit la main à l'ouvrage, François et Lucien tenaient

n'était + les tuniques, tandis que Basile et Norman jouaient du couteau. fut De la sorte, en moins de rien le rocher se trouva couvert de l'eau. + rubans de peau de deux pouces de large et d’un mètre de long. ligé de 4 On les ajusta solidement en les nouant bout à bout, de manière nes du 4 à en former une corde qui n'avait pas moins de quarante pieds l: rive # de long. A l'une des extrémilés on pratiqua une boucle par la- > l’eau L. quelle on fit passer l’autre bout, et l'on eut ainsi un nœud cou- 16S-UNns E lant à l'instar des iassos dont se servent les Mexicains et les In- ’aspect 1 diens. Es | . La corde était prête, il n’y avait plus qu’à en faire usage, ce . dit à 1 soin revenait de droit à Basile, car l'aîné des trois frères maniait à pour- le lasso de manière à rendre jaloux tous les gauchos du Mexique. roisine, 4 Il s'était servi de cet instrumert maintes et maintes fois, et toun jours avec succès, pour chasser les buffles sur les prairies d'Opevançait lousas et sur celles d'Attakapas.

h avait Ce fut donc Basile qui s'’arma de la corde, puis il se plaça sur roies et la partie la plus élevée du rocher apres avoir pris la précaution ils por- de replier le lasso et de placer le rouleau sous son bras gauche. l'usage Il tenait la corde de la main droite, près de l'extrémité où se ur Sup- trouvait le nœud coulant, et la faisait tourner avec force autour idu:-c8 de sa tête. Pendant ce temps ses compagnons, pour ne pas gèner dk tre ses mouvem£ats et ne pas se trouver dans le cercle décrit par la corde, s'étaient couchés sur le rocher, où ils se tenaient im- : cette mobiles. Quand Basile crut que l'élan était suffisant, il lâcha la

corde, qui partit en avant avec un long sifflement,

Un cri poussé par François annonça la réussite de l’entreprise. En effet, le nœud coulant, lancé par une main sûre, s'était enroulé sur le sommet pointu d'un rocher situé à quelque distance de là. Un mouvement de Basile suffit pour l'y consolider à tel point qu'il n’y avait plus aucun danger de le voir se détacher.

Ce premier point accompli, l’autre extrémité du lasso fut atta: chée solidement à l’une des saillies du rocher sur lequel se trou-

btenir.

es qu'il eureuonvicrouver

accou-

à . vaient nos voyageurs. De la sorte, la corde était parfaitement frite tendue, et présentait une ligne horizontale située à environ un vit de pied au-dessus de l’eau.

se Les jeunes voyageurs se préparèrent alors à quitter leur roinèrent cher. Les fusils et la poudre furent empaquetés de manière que couper 3 l'eau ne pèût leur causer aucun dommage, puis chacun prit une

brde.

lanière de peau et se l’attacha autour des reins, de manière à former une ceinture, qui embrassait également la corde et était destinée à les soutenir dans le voyage à la force des poignets qu'ils allaient exécuter. Basile passa le premier, c'était l'aîné de la troupe, et d’ailleurs il réclama cette priorité comme un droit. C'était pour lui un devoir d'essayer le pont qu'il avait construit.

Le pont était bien étAbli, car il soutint admirablement le poids du corps de Basile, considérablement augmenté cependant par l’action incessante du courant. Ce passage ne s’effectua pas sans que le jeune homme déviàt légèrement de sa route, poussé qu'il était par la force du rapide. La corde se tendit avec violence, et l’aventureux voyageur parvint, quoique avec peine, à gagner le second rocher, où il s'installa en sûreté.

Pendant ce temps ses compagnons suivaient tous ses mo‘'vements avec une inquiétude plus facile à comprendre qu'à décrire, st dès qu'ils lui virent atteindre l’autre extrémité de la corde et s'installer sur le rocher, ce fut un chœur d’applaudissements ct de cris de joie.

Lucien passa le second et fut suivi par Fançois, qui, en dépit du danger et du désagrément de la position, trouva moyen de rire aux éclats pendant tout le temps qu’il mit à se hisser sur la corde. Ses frères étaient moins tranquilles que lui, et surveillaient son passage avec une anxiété visible ; leurs craintes ne se réalisèrent pas, et tout alla pour le mieux. François passé, vint le tour &e Marengo ; on l’attacha à la corde, et le brave chien passa aussi heureusement que ses maîtres.

Norman fut le dernier à traverser ce pont de cuir; il eut comme les autres le bonheur de le faire sans accident, et nos cinq voyageurs, le chien y compris, se trouvèrent enfin réunis sur une pointe de rocher tout juste assez grande pour qu'ils pussent s’y tenir debout.

Mais là se présentait une autre difficulté à laquelle ils n'avaient . pas encore songé. Il y avait un autre bras du rapide à traverser avant d'arriver au lieu où l’eau se trouvait assez paisible pour qu’on pût s’y hasarder à la nage. Nos voyageurs s'étaient bien déjà aperçus de cette circonstance, mais ils ne s’en étaient pas préoccupés davantage, ayant aperçu en même temps un autre rocher sur lequel ils espéraient réussir à attacher.Je nœud coulant de la corde. C'était bien raisonné sans doute,-mais la difficulté provenait maintenant de la corde elle-même » Cette corde

ère à était gnets né de droit.

truit.

poids it par sans qu'il ce, et 1er le

)'vecrire, de et nts et

dépit en de sur la ryeilne se , vint hien

eut t nos sunis pus-

aient :

rser pour bien pas utre ouùiffirde

Fig. 4.

PA Si M 1 1 À Î ÿ 1} ls”

AR

co

LA BAIE D’IUDSON. 57

était engagée par ses deux extrémités, et comment détacher celle qui tenait au premier rocher qu'on venait de quitter. Sans doute l’un des naufragés pouvait retourner sur ce rocher et défaire le nœud, mais alors comment ferait-il pour rejoindre les autres ? Tel était le problème à résoudre; ni les uns ni les autres ne savaient comment s’y prendre.

La partie du rapide qui leur restait à traverser n’était pas moins dangereuse que celle qu'ils venaient de passer, et il ne fallait pas espérer la franchir à la nage sans s’exposer à être emporté par le courant et brisé contre les rochers, à moins d'employer pour en sortir le moyen qui leur avait déjà réussi, mais pour cela il fallait la corde, et la corde n'était plus à leur disposition.

Chacun se taisait, réfléchissant à part soi au moyen de détacher la corde, — La chose est impossible, dit l’un d'eux au bout de quelque temps. Je le crois comme toi, répondit un autre, essayons de faire une seconde corde, il nous reste nos guêtres et la blouse de François, peut-être cela nous suflira-t-il.

Ce dernier avis, ouvert par Norman, fut appuyé par François et Lucien, et les trois jeunes gens étaient déjà en train de défaire eurs guêtres, quand Basile les arrêta d’un mot :

— Stop! dit-il.

— Qu'’y a-til donc, demanda Lucien?

— Je crois que j'ai trouvé le moyen de détacher l'autre extrémité de la corde; en tout cas je veux essayer, cela ne nous coûtera ni beaucoup de temps ni beaucoup de peine.

— Que prétends-tu faire, mon frère ?

— Serrez-vous les uns contre les autres, dit Basile, en me laissant le plus de place possible, et regardez-moi faire.

On se serra ainsi que le demandait Basile. Pendant ce temps, celui-ci découvrit la batterie de son fusil, qu'il avait soigneusement enveloppée dans un morceau de peau de daim, s’afflermit sur ses pieds, et parut se disposer à faire feu. C'était en effet son intention, car l'instant d’après on le vit épauler sa carabine et viser avec soin, Ses compagnons le regardaient faire en silence, ils avaient deviné son projet et attendaient l'événement,

L'extrémité de la corde nouée autour du rocher que les jeunes gens venaient de quitter était disposée de telle sorte, qu’une partie du nœud coulant se trouvait en face de l’autre rocher, d'où on pouvait l'apercevoir facilement. C'était précisément ce nœud

so ne PSE HS

LA BAIE D'IUDSON.

coulant que Basile visait en ce moment, et sur lequel il avait l'intention de tirer.

La lanière était trop large pour qu'il pût espérer la couper d’une seule balle, mais il comptait faire en plusieurs coups ce qu'il ne pouvait faire en un seul. D'ailleurs, en supposant qu'il ne pût parvenir à trancher le nœud, il était cependant possible encore qu'en frappant sur le rocher les balles modifiassent assez la disposition de la corde pour qu'on püût finir de la détacher en la tirant à force de bras.

Quand Basile se crut bien assuré de son coup, il lâcha la détente : l'arme partit, et l'on vit s'élever du point où la balle avait frappé un nuage de poussière ; en même temps plusieurs fragments de rochers se détachaient et tombaient dans l’eau.

— Bravo! bravo! cria François plus prompt à parler que les autres, et qui comme eux avait vu que le coup avait porté juste et qu'une partie du rocher avait volé en éclats.

Pendant que Basile rechargeait, Norman prit son fusil et tira. Le coup fut bon, moins bon pourtant que celui de Basile, ce qui n’était pas étonnant, car peu de tireurs sont capables d’accomplir un pareil haut fait, et je suis sûr qu’on n’en trouverait pas beaucoup de cette force, même parmi les trappeurs et les chasseurs de profession. Le résultat de ce second coup fut iel, cependant, qu’on put reconnaître que la corde était déjà presque à moitié coupée. Ce que voyant, François la saisit par l'extrémité qui se trouvait à sa portée, et hala dessus avec force ; mais ce fut en vain, la corde résista à tous ses efforts. De guerre lasse il Ja laissa là, et attendit l'effet du second coup que Basile se préparait à tirer. |

Ce dernier avait fini de recharger son arme. Il prit son temps, visa avec soin et tira une seconde fois. On voyait toujours la corde enroulée autour du rocher par son extrémité, tandis que le milieu, que la tension avait fait allonger, plongeait dans le courant. Mais à peine on venait d'entendre le bruit de l'arme, qu’on vit l'extrémité de la corde se détacher et tomber dans l’eau.

Un cri joyeux de François annonça le succès de l’entreprise.

La corde fut alors facilement retirée de l’eau. Basile s’en servit comme ia première fois, et parvint à l’enrouler autour d’un nouveau rocher. Ce second pont volant fut traversé avec autant de facilité que l’autre, et tout le monde arriva sain et sauf à cette troisième station. Toutes les difficultés se trouvaient vaincues; à

itl'in- partir de ce point la rivière était praticable, nos jeunes gens se jetèrent bravement à l'eau et atteignirent enfin la rive, non sans ouper peine, mais au moins sans encombre.

ips ce t qu'il )ssible assez CHAPITRE VIII her en CHÈVRES ABUSÉES.

la dé- É 8 avait Voilà donc nos voyageurs échappés au danger. Ils sont en sûfrag- reté sur la rive; mais si nous nous donnons la peine de réflé- | chir aux circonstances dans lesquelles ils se trouvent, nous conue les à viendrons facilement que leur position n’est pas des plus gaies. juste L. En effet, ils sont au milieu d'un désert, et n'ont à leur disposition pour en sortir ni chevaux ni bateau. Ils ont perdu tout ce qu'ils ttira. 4 possédaient, à l'exception de leurs armes et d’une hache. Deux le, ce d’entre eux se sont vus forcés de sacrifier leur tunique, et doivent d’ac- avoir beaucoup à souffrir du froid sous des latitudes où la saison verait rigoureuse se prolonge souvent pendant une partie de l'été. Il ne et les leur reste pas un vase pour faire cuire leur nourriture; de plus,

t iel, esque émité ais ce isse il

ils n’ont ni viande, ni pain, ni quoi que ce soit pour apaiser leur faim, et ils ne doivent plus compter désormais pour leur alimentation que sur leurs fusils, qu’ils ont heureusement sauvés du naufrage avec leurs munitions de chasse.

Sitôt que nos héros se virent sur la rive, leur première pensée

> pré- fut de se procurer quelque chose à manger. Ils n'avaient rien ; pris depuis longtemps, et commençaient à se sentir très affamés. Mps, Par un mouvement unanime que leur dictait sans doute leur rs la Li estomac à jeun, ils levèrent les yeux vers les arbres et se mirent que Li à inspecter les branches, dans l'espoir d'y découvrir quelque ns le LI animal bon à manger, quadrupède ou oiseau, peu leur impor. rme, | tait, pourvu que le gibier fût assez gros pour leur fournir à dé- ’eau. | jeuner. Les bois semblaient d’un aspect giboyeux; maïs les apse. | parences sont souvent trompeuses, et nos quatre affamés ne servit LI découvrirent absolument rien.

nou- L | Ils ne se découragèrent pas cependant, et persuadés par l’ast de L. pect des lieux qu'il ne pouvait manquer de se trouver du gibier cette E ! dans le voisinage, ils prirent leurs dispositions en conséquence. es; à e Lucien et François demeurèrent chargés de faire du feu, tandis

que Basile et Norman s'éloignèrent à la recherche de l'objet qu'on devait faire cuire devant le feu qui se préparait.

Moins d’une heure après, Norman revint portant un animal sur ses épaules. Les deux jeunes Landi reconnurent dans ce gibier “ne ancienne connaissance, l’antilope à cornes fourchues (antilope furcifer), ainsi nommée de la forme de ses cornes, qui se terminent par une petite fourche.

Norman appelait cet animal une chèvre, assurant que c'était le nom sous lequel le désignaient habituellement les marchands de fourrures ; tandis que les voyageurs du Canada le distinguent au contraire par la dénomination de cabri. Lucien ne s'y laissa pas tromper, car il connaissait cet animal depuis longtemps et savait très bien qu'il n’appartenait point à l'espèce des chèvres, mais bien à celle des antilopes, et que c'était le seul animal de cette espèce qu'on trouvàt dans l'Amérique du Nord.

Ce quadrupède est originaire de la prairie, et on ne le trouve pas actuellement dans l'Est au delà des limites de ces prairies.

Il ne se rencontre pas non plus très avant dans le Nord, car c'est un animal incapable de supporter un grand froid. Autrefois, il y a deux cents ans, il fréquentait les côtes de l’océan Atlantique, à en croire du moins le père Hennepin, qui dans ses relations de voyage parle de chèvres tuées dans le voisinage du Nia . gara, et fait de ces prétendues chasses une description qui ne peut s'appliquer qu'aux antilopes à cornes fourchues.

C'est à tort, je le répète, qu'on s'obstine à ranger ces animaux dans la classe des chèvres. Les véritables chèvres sauvages d’Amérique sont des animaux d'un genre tout différent, et que l'on rencontre seulement dans les montagnes Rocheuses.

C'était donc réellement une antilope que Norman avail tuée. Ces animaux sont appelés cabris par les voyageurs et chèvres par les marchands de fourrures, tant à cause de leur couleur, qui ressemble beaucoup à celle de la chèvre commune, que parce qu'ils portent sur la partie supérieure du cou une petite crinière qui a beaucoup de rapports avec celle de la chèvre d'Europe. Les antilopes mâles ont encore un autre point de ressemblance avec nos boucs domestiques, c'est leur odeur désagréable, odeur qui provient de deux glandes qui se trouvent aux angles des màchoires, et offrent l'aspect de petites boules noirâtres.

Lucien et François avaient déjà tué des antilopes pendant le cours de leur première expédition sur les prairies, et le lecteur

LA BAIE D'IUDSON.

u on

l sur ibier anliter-

it le s de itau pas avait nais ette

Juve S.

car fois, ntielaia ne

aux l’Al'on

ée.

par qui rce

re pe.

ice ur Là -

le ur

LA BAIE D'IUDSON. 6

voudra bien se rappeler la manière dont ces animaux s'étaient laissé tromper en cette occasion, tant par les loups que par nos chasseurs eux-mêmes.

Les antilopes sont d’un naturel très curieux, et les Indiens abusent de ce défaut pour les amener à portée de leurs coups. Un morceau d'étoffe rouge ou tout autre objet de couleur. voyante suffit pour attirer leur attention et exciter leur curiosité ;" ilest fort rare que ce moyen manque son effet.

Norman apprit à ses compagnons que les Indiens en rapport avec la compagnie de la baie d'Hudson faisaient peu de cas des antilopes, et ne leur donnaient que rarement la chasse, leur peau étant de très mince valeur et leur chair fort peu estiméc. Le motif principal de ce dédain des chasseurs vient sans doute de ce que ces animaux se trouvent dans les mêmes parages que le buffalo, l'élan et le cerf. Les Indiens préfèrent de beaucoup s’occuper de ces gibiers plus précieux, et ne se décident guère à chasser l’antilope que lorsqu'ils y sont poussés par la faim ou par l'absence de tous autres animaux.

Pendant qu’on préparait l’antilope pour le déjeuner, Norraan raconta à ses compagnons la manière dont il l'avait tuée.

— Je suis parvenu, leur dit-il, à l’aide d’un stratagème, à la lirer à bonne portée, et voici comment :

— Après avoir fait environ un demi-mille à travers bois, j'arrivai dans un endroit découvert où s’élendait une immense prairie, et je pus me convaincre que les bois n'avaient pas plus d'un mille de profondeur. Ce pays se com,0se, autant que je puis 1e conjecturer, d’une lisière boisée le long de la rivière, et d'immenses plaines dépourvues d'arbres, à l'exception de quelques ilots semés çà et là dans la prairie.

Norman ne se trompait pas dans ses conjectures : le pays arrosé par la rivière Rouge se compose en effet principalement de grandes prairies qui s'étendent à l’ouest jusqu’au pied des be Li Rocheuses.

— En arrivant dans le lieu découvert dont je vous ai parlé, continua Norman, j'aperçus une troupe d’antilopes ; elle était peu considérable, et comptait au plus dix ou douze individus. J'eusse préféré trouver toute autre chose, un daim ou un cerf, par exemple, car je suis à cet égard de l'opinion des Indiens, et professe peu d'estime pour la viandre de chèvre. Mais comme après tout la faim ne me donnait pas le droit d’être difficile, j'avisai au

62 LA BAIE D'IUDSON.

moyen d'attraper un de ces animaux. Ce n'était pas facile, car il n’y avait aucun couvert dont je pusse profiter, et il fallait trouver un stratagème pour approcher ces bêtes timides sans les eLaroucher.

Voilà de quoi je m'avisai.

Je me couchai sur le dos et levai les jambes aussi haut que possible. Dans cette position singulière, j'eus bientôt la satisfaction de voir que j'avais attiré l'attention des chèvres, qui vinrent rôder en tournant autour de moi. Ces animaux s’avançaient en décrivant une spirale dont j'étais le centre, et se rapprochaient toujours davantage. Le cercle devenant de plus en plus petit, le troupeau fut bientôt à portée de mon fusil. Je me retournai vivement sur le côté, je visai un mâle et je fis feu. L'animal tomba sur le gazon, et le reste de la troupe se mit à courir comme le vent. Je n'avais ni le temps ni la volonté de les suivre ; j'avais faim, je vous savais aussi de très bon appétit; et sans m'amuser à examiner m. gibier, je le ramassai promptement, le jetai sur mon épaule et vins vous rejoindre en toute hâte.

Voilà toute l’histoire.

Pendant que Norman se procurait à déjeuner, Lucien et François avaisat rassemblé des branches de pin résineux, et avaient allumé un joyeux brasier, Ils étaient en train de faire sécher leurs vêtements humides, quand le chasseur revint avec le gibier que nous savons. Ses deux cousins lui aidèrent à dépouiller l’animal; ce ne fut pas long, et bientôt après des tranches d’antilope cuisaient en crépitant sur les charbons ardents.

Tout était pour le mieux. Le feu flambait, le déjeuner avait bon air, et l’on n’attendait plus que la présence de Basile pour commencer le déjeuner. Cependant celui-ci ne revenait pas, les estomacs criaient famine, et les jeunes gens, las d'attendre leur aîné, s’assirent à terre et se mirent à faire honneur aux côtelettes d'antilope.

Ils n'avaient aucune crainte au sujet de Basile, et supposaient seulement que, ne rencontrant pas de gibier, il avait poussé sa chasse un peu loin, hypothèse d'autant plus admissible que Basile n’était pas d'humeur à revenir les mains vides; d’ailleurs la journée n'était point encore avancée.

Plusieurs heures se passèrent, et Basile ne revenait pas. Sa chasse commençait à se prolonger démesurément, circonstance d'autant plus extraordinaire, qu'il chassait dans des bois à lui

, Car allait 18 les

| que sfacarent nt en aient it, le arnai imal ourir ivre ; sans nent, à,

Franaient cher bier

l'aanti-

avait pour s, les leur ettes

aient sé sa Bars la

. Sa ance à lui

LA BAIE D'IIUDSON. 63

tout à fait inconnus, et qu'ayant été obligé de quitter ses vôtements trop humides, il était parti en simples manches de chemise. 11 fallait qu'il y eût quelque chose d’extraordinaire pour le relenir si longtemps absent.

Norman et ses deux cousins commençaient à s'inquiéter sérieusement; plusieurs autres heures s'étant encore passées sans amener le retour du chasseur, l'inquiétude se changea en alarme, et l'on résolut d'aller à sa recherche.

Pour avoir plus de chance de le rencontrer on prit différentes directions. Norman devait explorer les bois, tandis que Lucien ct François, suivis du chien Marengo, descendraient le long de la rivière. Il était assez supposable, en effet, que si Basile s'était perdu il aurait gagné la rivière, avec l'intention de la remonter pour revenir trouver ses compagnons.

Il fut convenu entre les trois jeunes gens que, quoi qu'il advint de leur recherche, on se retrouverait au bivouac à la nuit tombante.

Norman explora les bois et la plaine pendant plusieurs heures, ct finit par se décider à revenir sur ses pas sans avoir rien aperçu qui pôt lui indiquer la route suivie par son cousin Basile. Les autres étaient déjà de retour au lieu du rendez-vous.

Chacun rendit compte de son expédition; on n'avait rien découvert d'une part ni de l’autre. C'était un triste résultat, et sans aucun doute Basile élait perdu, car il n’y avait qu’un accident grave qui pôt le retenir si longtemps absent.

Que pouvait-il lui être arrivé?

Avait-il été dévoré par un ours ou par une panthère ?

Était-il tombé entre les mains des Indiens, qui l'avaient ernmené prisonnier, sinon tué sur place ?

Telles étaient les tristes conjectures qu'on formait sur le compte de l'absent.

Il faisait tout à fait nuit.

Les trois jeunes gens s’assirent silencieusement autour du feu, la tète penchée sur leurs genoux, et le désespoir dans l'âme.

Quoiqu'ils fussent tous très fatigués, aucun d'eux ne songeail à dormir; de temps à autre ils relevaient la tête, échangeaient quelques paroles relatives à l’objet qui les préoccupait, puis retombaient dans le silence.

Il n'y avait en effet rien à faire de toute la nuit, et il fallait

attendre le retour du jour pour recommencer leurs recherches et battre le pays environnant.

Minuit vint.

On était toujours assis auprès du feu dans l'attente et la tristesse, quand tout à coup Marengo se dressa sur ses pattes et fit entendre deux ou trois jappements. Les derniers accents de la voix du chien s'étaient à peine perdus au milieu des arbres, qu’on entendit un coup de sifflet partir des bois.

— Oh! mes amis, s’écria François en se levant tout d'une pièce, c'est le sifflet de Basile, j'en suis sûr, je le reconnaîtrais entre mille, Dieu soit béni !

En même temps François poussa un bruyant hourra auquel un autre cri répondit aussitôt. Dans ce cri on reconnut la voix de Basile. Trois nouveaux hourras partirent en même temps auprès du feu.

— Bien, bien, mes amis, répondit la voix.

Un instant après on commença à distinguer la grande taille de Basile, éclairée par les lueurs du foyer. Chacun s'élança à sa rencontre ; Marengo voulut lui faire fête comme les autres, et ce fut presque en triomphe que le chasseur fut conduit au bivouac,

Basile ne revenait pas les mains vides, il tenait sous son bras gauche un sac gonflé de plusieurs oiseaux de l'espèce des faisans, connus sous le nom de coqs de prairie, et portait au bout de sa carabine, qu'il avait jetée sur son épaule, un gros paquet qui n’était autre chose que deux magnifiques langues de buffalo.

— Tenez, dit-il en jetant le sac par terre, où en êtes-vous de votre souper ? Voici, ajouta-t-il en montrant les langues de buffalo, quelque chose que je vous recommande. Allons, dépêchonsnous, et faisons cuire cela sans perdre de temps, car, s’il faut vous le dire, j'ai une faim dévorante. ;

On se mit aussitôt en devoir de satisfaire à la demande de Basile; le feu fut rallumé, on se procura facilement des broches, et l'on procéda sans plus tarder à la cuisson d’une langue et d’une poule.

Lucien, François et Norman avaient déjà soupé avec la viande de chèvre, mais ils n’en firent pas moins honneur aux nonveaux mets apportés par Basile. Quant à celui-ci, c'était le plus affamé des trois, et cela se comprend, car il avait beaucoup fatigué et était à jeun depuis plus longtemps que les autres. Ce n'était pas cependant que la nourriture lui eût manqué; mais il s'était douté

de l'inquiétude de ses compagnons, et n'avait pas voulu prendre le temps de faire cuire sa chasse, bien qu'il eût eu à sa disposition plus de viande qu'il ne lui en fallait; car il avait tué les deux buffalos dont il apportait les langues.

C'était même ces deux buffalos qui l'avaient retenu si longtemps, ainsi qu'il en informa ses compagnons.

On voulut alors connaître tous les détails de sa rencontre avec les buffalos ; Basile ne se le fit pas demander deux fois, et, pendant qu'on savourait autour d’un bon feu les mets délicats qu'il avait apportés, il raconta en détail les aventures de sa journée.

Page 1