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La baisse de l'argent et la situation monétaire aux Etats-Unis

La baisse continue de la valeur et du prix de l'argent est une des principales préoccupations de l'époque actuelle. Elle a passé au premier rang par suite de la dépression qui a eu lieu dans ces derniers temps, et la crainte d'une catastrophe prochaine et inévitable, dont plusieurs journaux se sont faits l'écho, a éveillé l'attention. Le Statist, le premier en Angleterre, a jeté un cri d'alarme, auquel la Commercial Chronicle des Etats-Unis a répondu, puis sont venues un grand nombre de lettres traitant la question à un point de vue particulier, ainsi que quelques brochures, parmi lesquelles nous signalerons celle de M. de Broc, qui donne des tableaux puisés aux meilleures sources, dans les mémoires de MM. Soetbeer et Leech, directeur de la Monnaie à Washington, le mieux placé pour observer sur place, au centre même de l'action, tous les incidents de la lutte gigantesque engagée par les Etats-Unis pour maintenir artificiellement le prix de l'argent.

Des deux côtés de l'Océan, les opinions sont bien différentes : en Angleterre, les journaux paraissent inquiets et présentent la situation sous les couleurs les plus noires ; aux Etats-Unis, au contraire, sans méconnaître le danger, on fait montre de toutes les ressources que l'on possède. On affirme, dans les deux camps, républicain et démocrate, que, quoi qu'il arrive, on maintiendra l'or au pair avec le dollar; on convoque une conférence internationale pour indiquer, ne les ayant pas encore trouvés, les moyens d'arriver à ce but et enfin, si on ne les trouve pas, on

(1) Extrait de l'Économiste français, des 19 novembre et 17 décembre 1892.

modifiera La loi de 1890, c'est-à-dire l'achat de 4 millions et demi d'onces d'argent par mois, cessant ainsi d'offrir, après les élections, aux producteurs de métal aux Etats-Unis, un bureau d'achat toujours ouvert.

Qu'y a-t-il de vrai dans ces deux opinions si opposées? C'est ce que l'observation des faits peut seule nous apprendre.

Toutes les combinaisons, tous les efforts tentés par les Etats-Unis pour maintenir artificiellement le prix de l'argent paraissent arriver à leur terme. En présence de l'inutilité de leurs achats (car le secrétaire du Trésor doit toujours être acheteur) pour maintenir les prix, ils s'adressent à l'Europe, la priant de chercher avec eux, dans une conférence, par quel moyen on pourrait redonner à l'argent la valeur qu'il a perdue depuis un assez grand nombre d'années, mais surtout dans ces derniers temps. Après avoir vainement entrepris la lutte, et essayé môme de lutter seuls s'il le fallait, ils en sont réduits à demander l'assistance des autres nations pour sortir des embarras dans lesquels ils se sont mis. Ils reconnaissent enfin dans quelle position critique ils sont acculés; et, si on ne leur tend pas une main secourable, ils auront au moins un prétexte, abandonnés de tous, pour changer la loi. Remettre sous les yeux du public les principales pièces du procès engagé depuis si longtemps, pièces puisées aux meilleures sources et qu'on n'a pas toujours sous la main, c'est lui permettre d'avoir une opinion et de la soutenir.

Malgré tous les efforts pour conserver à l'argent sa valeur, elle se déprécie chaque jour ; et les prix non seulement baissent, mais se dérobent comme on ne l'avait jamais vu jusqu'ici : le prix de l'once, sur le marché anglais, de 61 1/2 pence, moyenne de 1861-65, est tombé au-dessous de 38 pence il y a un mois !

Quelle est la cause de cette baisse de prix? Faut-il accuser l'accroissement de la production des mines d'argent, combiné avec un moindre rendement des mines d'or, ce qui aurait encore augmenté l'écart de la proportion légale du 15 1/2, toujours visée, quoiqu'elle n'ait jamais pu fonctionner? Y aurait-il, comme on l'a prétendu, par suite de la rareté et de la recherche de l'or une appréciation de ce métal? Faut-il accuser la démonétisation de l'argent en Allemagne, la restriction du monnayage de la pièce de cinq francs en 187 i dans l'Union latine, la suspension même du monnayage de l'argent en 1878, ainsi qu'en Autriche? Telles î^ont les mesures prises en Europe pour se préserver de la dépréciation de l'argent et qui ont pu, au contraire, y contribuer. Pendant que l'Europe se mettait sur la défensive n'ayant pas à protéger l'exploitation de mines cl argent, il n'en était pas de même aux Etats-Unis où les intérêts miniers étaient fortement représentés dans les Congrès, à la Chambre et au Sénat : on en a eu la preuve dans les dernières séances du mois de juillet.

Dès Tannée 1878, en réponse à la suppression de la trappe en Europe, le Congrès votait le Bland bîll qui, bien loin d'apporter aucune restriction à la production de l'argent, décrétait l'achat et le monnayage par le secrétaire du Trésor d'un minimum de 2 millions de dollars d'argent par mois. Cette loi n'ayant pas donné pour le maintien de la valeur de l'argent les résultats que l'on attendait, un nouvel effort fut tenté par les représentants des mines en 1890 et une nouvelle loi éleva le> achats du Trésor de 2 millions de dollars par mois à \ millions et demi d'onces d'argent, soit à S millions de dollars au lieu de 2 millions : on doublait la somme et au delà. Voilà donc, dans la lutte engagée depuis 1873, quelles ont été les armes ou, pour mieux dire, les procédés qui ont été employés : dans l'Union latine, pour empêcher l'avilissement de la monnaie d'urgent de chacun des Etats; aux Etats-Unis, pour releyer le prix drs Lingots d'argent sur tous les marchés. Dans le premier cas l'effort était limité, dans le second il embrassait le monde, tout en ayant seulement en vue les producteurs des Etats-Unis. Quel a été le résultat de toutes ces combinaisons? C'est ce que le tableau des prix mis sous nos yeux va nous montrer, pour conclure il suffira de mettre en présence la production.

Tableau de la production et du prix de U argent.

Prix de l'argent, Production Production de l'argent. cours moyen de l'or.

— à Londres. —

Années.

Millions d'onces.

Pence.

Millions de dollars.

Max.

Min.

Écarts.

Max.

Min.

Max.

Min

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