A. — SENS ET PORTÉE DE LA BALANCE INTERNATIONALE DES COMPTES
Les économistes et les gouvernements ont attribué de tout temps aux mouvements d’échange d’un pays avec
l'étranger une valeur presque symbolique : ils ont pensé trouver un signe de prospérité ou un indice de décadi dence, en même temps que le principe d’une politique | commerciale, dans l'étude statistique des relations éco-
nomiques extérieures. C’est d’abord la balance du com-
merce (1) qui a semblé pouvoir servir de critérium 1infaillible. La simplicité et la fragilité d’une base pareille
| apparaissent aujourd'hui trop nettement pour qu’on a puisse encore lui accorder quelque crédit, mais la comio plication qu’évoque la balance des comptes (2), la diffi-
4. La balance au commerce est le relevé statistique des importations et des exportations de marchandises et de métaux précieux.
2. La balance des comptes comprend, outre la balance du commerce, toutes les créances et les dettes entre nations,
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culté de son évaluation semblent répondre à la complexité des faits économiques et absorbent quelquefois l'esprit au point de lui cacher la portée réelle et limitée de toute étude statistique et son insuffisance pour résoudre des problèmes économiques d’ordre général et de durée étendue.
C'est au moment même où la découverte du Nouveau Continent avait entraîné, en même temps qu’un large afflux de métaux précieux en Europe une nouvelle prospérité du commerce maritime, que l’on s’est préoccupé d’étudier les échanges d’un pays avec l'étranger et d’en diriger les mouvements. Du moins sera-ce le mérite des gouvernements de cette époque d’avoir compris l'intérêt primordial du commerce extérieur, jusquelà seulement toléré, Ils pensaient en effet que l’abondance des métaux précieux fait la richesse d’une nation : comme l’importation de ces métaux précieux ne pouvait être réalisée que grâce à un excédent des exportations sur les importations de marchandises, il leur semblait que la politique intérieure de tout bon gouvernement dût être de développer la production en réduisant les prix de revient afin d'augmenter les exportations et de réduire les importations, \
Sans entrer dans les discussions théoriques longues et nombreuses que ces principes ont suscitées (1), il nous paraît utile de présenter la critique qui en a été faite
créances et dettes nées des services rendus, des mouyèments des personnes et des mouvements des capitaux.
1. Voir pour la Balance du Commerce : Ponsot, La balance du commerce. Thèse, 1901, t. 20.
par Adam Smith, Adam Smith déclare d’abord que l'abondance des métaux précieux n’est à aucun égard, le signe ni la cause de la prospérité d’une nation; et l'exemple de l'Espagne venait alors à l’appui de sa négation. Mais il ajoute d’ailleurs que le tort des partisans de la balance du commerce est d’avoir eu constamment en vue l'intérêt du producteur et non celui du consommateur, dont la satisfaction est pourtant l’origine et le but de tout commerce, Enfin Adam Smith remarquait que la politique de la balance du commerce contenait en elle-même son remède : « Les nations spoliées veulent reprendre leur argent ; la cherté des prix amène les marchandises étrangères dans le pays et il se produit une sortie de métaux précieux. »
L'évolution économique a d’ailleurs rendu inutile la sritique d’Adam Smith. On a bientôt constaté, en effet, que les échanges de marchandises et de métaux précieux n'étaient pas les seuls éléments des relations économiques d’un pays avec l'étranger. L'expérience montrait que plusieurs nations avaient conservé pendant de longues années une balance commerciale déficitaire, sans avoir eu à déplorer aucune sortie de métaux précieux, ni aucun appauvrissement d'ordre général. Aussi a-t-on découvert d’autres sources de créances et de dettes entre les nations, et d’abord les mouvements des capitaux et les mouvements des personnes. Peu à peu on est parvenu à connaître tous ces éléments invisibles (1) qui forment, avec la balance commer-