‹ La Balance des Comptes de Quelques Grands Pays IndustrielsChapitre 20 sur 91 · C. — Remises des émigrants et dépenses des touristes · texte numérisé non relu

C. — Remises des émigrants et dépenses des touristes

La guerre a à peu près entièrement arrêté les mouvements d’émigration, jusque là très importants en Angleterre. Bien plus, elle a entraîné, à partir de 1945, le retour à la métropole de nombreux Anglais et d’étrangers dont le nombre a dépassé celui des nouveaux émigrants. Ainsi les sommes expédiées d'Angleterre sont extrêmement faibles, tandis qu’à la demande des parents restés en Grande-Bretagne, les Anglais installés à l’étranger ou dans les colonies et dominions ont dû envoyer vers la métropole ou y ramener avec eux des sommes importantes. Après la guerre, le mouvement d’émigration a repris plus normalement et en 1919 on a pu constater plus de sorties que de rentrées; en 1920, le chiffre des sorties a largement dépassé celui des rentrées mais, à partir de 1921, l’émigration anglaise diminue rapidement, malgré les efforts du Gouvernement britannique pour favoriser le départ de ses nationaux vers les colonies et dominions..

Le ralentissement de l’émigration (1) est dû sans doute

4. Le nombre des émigrants a été en 191% de 91.000 (451.000 — 360.000).

De 1915 à 1918 on constate un excédent de rentrées en Angleterre égal à 36.000.

En 1919 excédent de sorties de 27.000 anglais.

excédent de rentrées de 19.000 étrangers

En 1920 excédent de sorties de 172.000 anglais; excédent de rentrées 18.000 étrangers.

En 1921 excédent de sorties de 119.000 anglais; excédent de sorties 31.000 étrangers.

En 1922 excédent de sorties de 92.500 anglais ou étrangers.

En 1923 excédent de sorties de 183.000 étrangers ou anglais.

En 1924 excédent de sorties de 90.500 anglais ou étrangers.

ÿ .62 LA BALANCE DES COMPTES DE LA FRANCE

au caractère même des ouvriers anglais : Geux-ci en effet sont surtout des ouvriers d'industrie, souvent spécialisés dans leur travail, tandis que les dominions (notamment l'Australie et l’Inde) ont besoin d’ouvriers agricoles et que leurs syndicats ouvriers craignent la concurrence de la main-d'œuvre industrielle anglaise. Peut-être aussi la mentalité de l’ouvrier anglais a-t-elle changé, au point de lui faire apparaître l’émigration comme une chose peu désirable. Enfin, ies lois américaines qui limitent l’immigration étrangère ont pu ralentir quelque peu l’émigration anglaise, bien que celle-ci soit plus favorisée qu'aucune autre par les lois américaines d'immigration.

La difficulté d’évaluation des transports de fonds qui résultent de ces mouvements réside dans l’appréciation des sommes ermportées et des sommes rapatriées en moyenne par chaque émigrant. Pour 1913 nous avons admis le chiffre de 25 millions de £,alors qu’à la même époque les sommes rapatriées par les immigrants installés aux Etats-Unis étaient évaluées à 200 millions de & (45 millions de £). De 1914 à 1918, la même évaluation aux Etats-Unis donnait 600 mililons de &# (1); comme l'Angleterre a certainement reçu de ses dominions et colonies des sommes plus considerables qu’à l’ordinaire nous admettons pour 1914-1918 le chiffre de 400 millions de £.

À partir de 1920, les remises ont du être à nouveau

4. Evaluation très précises, effectuées par les économistes américains de l’Université d’'Harvard. Voir Review of economie statistics et notre étude page 4167.

voisines de ceiles de 1913 : si la baisse de la livre sterling a dû accroître leur valeur nominale, en revanche les sommes emportées par les émigrants se sont également accrues. On admettra donc que ces remises atteignent, comme en 1913, la moitié des sommes rapatriées par les immigrants étrangers aux Etats-Unis, soit :

60 millions de £ en 1919, 75 millions en 1920, 60 en 4991, 45 en 1922, 50 en 1923 et sans doute 55 en 1924.

En tenant compte des sommes emportées par les émigrants, on obtiendra les résultats suivants :

En 000.000 £ 1919 : 60 1920 : 60 1921 : 36 1922 : 40 1923 : 40 4924 : 50

Si les remises des émigrants paraissent ainsi être à nouveau voisines de celles de 4913, les dépenses des touristes ont été certainement beaucoup plus considérables après qu'avant la guerre. Pendant la durée des hostilités, le tourisme est très restreint et il ne se déloppe donc qu’à partir de 1919. En effet dès 1919, de nombreux Anglais viennent visiter les champs de bataille du Nord de la France; d’autres séjournent à nouveau sur la côte d’Azur et sur la côte d’Argent, en Italie, en Hollande, en Belgique, etc. A partir de 1920, la baisse des changes incite beaucoup d’Anglais à passer leurs mois d’été sur la côte française de la Manche ou de l'Océan, en Allemagne, en Autriche ou en Belgique, et même de nombreux étudiants,des rentiers viennent s'installer dans ces pays où la vie leur est plus agréable et moins coûteuse.Enfin les prix plus bas pratiqués dans les pays à monnaie dépréciée ont entraîné

l'achat d'objets de toute espèce et particulièrement d’objets d’art ou de luxe. |

Au contraire, en 4924, la stabilisation de la monnaie en Autriche, la stabilité du cours du franc depuis six ou huit mois ont provoqué une évolution en sens opposé qu'ont encore accentué la stabilisation du mark allemand et la création du zloty polonais.

D’après les renseignements des offices de tourisme et des Compagnies de navigation, le nombre des Anglais venus en Europe a été de : 450.000 en 1920, 520.000 en 1921, 602.000 en 1922, de 777.000 en 1923, 811.000 en 1924. On peut admettre une dépense moyenne de 50 à 75 £ par touriste, et par conséquent des dépenses totales de: 1920: 28.000.000 de £ ; 1921 : 30 millions de £; 1922 : 40 millions ; 1923 : 48 millions ; 1924 : 50 millions de £.

Par contre de nombreux Américains et des habitants des dominions et des colonies anglaises viennent séjourner en Grande-Bretagne et des voyages d’affaires sont fréquemment effectués en Angleterre par des Français, des Italiens, des Espagnols, des Belges, des Hollandais, des Allemands. Ces dépenses peuvent être évaluées à environ un tiers des dépenses des Américains en Europe, soit 12 millions de £ en 1920, 16 millions en

1. Rappelons que les dépenses des touristes américains en Europe ont été évaluées à 150 milions de $ en 1920, 200 millions en 1921, 300.en 1922, 300 en 1923 et 500 en 1924; tandis que les dépenses des touristes étrangers en France ont été d’environ 2.200 millions de francs en 1920 2.800 millions en 1921, 3.000 millions en 1922, 4.000 millions en 1923 et 4.800 millions en 1924,

1921, 24 millions en 1922, 28 millions en 1923 et 35 millions en 1924.

D.— Mouvements de capitaux.

Ces mouvements constituent de beaucoup, depuis la guerre, le chapitre invisible le plus important de la balance des comptes. En effet, il a fallu, pendant les hostilités liquider une partie des capitaux accumulés pour faire face aux dépenses de guerre; l'insuffisance des ressources immédiates de l’Angleterre a conduit son Gouvernement à obtenir de l'étranger, surtout des Etats-Unis, des prêts considérables, de même que la faiblesse des moyens financiers de quelques-uns de ses alliés l’a contraint de leur consentir des avances. Après la guerre, le règlement de ces prêts et de ces emprunts ainsi que le transfert des recettes provenant de l’exécution du traité de paix ont encore maintenu aux mouvements de capitaux une importance anormale. Mais la part beaucoup plus grande des transactions entre Gouvernements permet d'évaluer avec plus de précision les modifications qui affectent la situation des créances et des dettes internationales de l’Angleterre :

a) Importations de capitaux. — Le Gouvernement anglais a obtenu de divers gouvernements étrangers (surtout des Etats-Unis) des crédits qui se sont élevés à 759.895.000 £ de 1914 à 1918 et à 200.000.000 £ en 1919. Il a pu en outre placer aux Etats-Unis une partie des titres de ses emprunts intérieurs de guerre, soit 440 millions de £. Enfin dès 1919 il a reçu quelques remboursements effectués par les dominions et qui ont

atteints 23.549.000 ƀ en 1919, 51.294.000 en 1924, 6.000.000 en 1922, 2.000.000en 1923 et 2.000.000 en 1924.

Les particuliers et les Sociétés ont pu aussi placer à l’étranger pendant la guerre des emprunts pour une

somme de 216.000 .000 £ de 1914 à 1918 et, 50.000.000 £ :

en 1919, tandis qu’une partie du portefeuille anglais de valeurs étrangères a été vendue à l’étranger pour combler le déficit de la balance commerciale. Entre juillet 1914 et juillet 1917, date à laquelle sont décidées en Angleterre la conscription générale des titres étrangert et leur déclaration obligatoire, on peut estimer ces ventes de valeurs mobilières étrangères à 700 millions de £ (1). À partir de 1917 jusqu’au 31 décembre 1918, les ventes effectuées par les soins du Gouvernement anglais ont porté sur 216.000.000 £ de titres (2). En 1949 et en 4920, la Trésorerie britannique a encore transféré à l’étranger des valeurs mobilières étrangères qui avaient été déposées en gage dans ses caisses; elle a ainsi réalisé une somme de 49 millions de £ en 1919 et 73 nullions en 1920.

b) Exportation de capitaux. — Mais ces importations de capitaux ont été compensées par des exportations à peu près égales.

En face des crédits accordés au Gouvernement anglais, doivent être placés ceux que le Gouvernement anglais

1. Dont 196.700.000 £ aux Etats-Unis et 20.000.000 £ au Japon et en Espagne.

2. D’après une indication du Chancelier de l’Echiquier fournie au moment de la diseussion dw budget de 1920.

Page 1