IT. ELÉMENTS DE LA BALANCE DES COMPTES
Les créances et les dettes internationales ont pour origine des échanges de marchandises, de services et de capitaux. Aussi étudierons-nous d’abord la balance du commerce qui donne les principaux mouvements de marchandises et les dépenses des étrangers qui correspondent tantôt à des achats de marchandises, tantôt à des prestations de services; nos créances à ce dernier titre sont représentées par les gains de transport, d’assurances maritimes, de transit; enfin, la situation des créances et des dettes internationales est l’origine de paiements d'intérêts et se trouve constamment modifiée par les mouvements des capitaux.
A. — Balance du commerce
La balance du commerce présente les mouvements de marchandises et de métaux précieux quise manifestent au passage de la frontière et sont constatés par l’Ad-
ministration des douanes ; l'exactitude des statistiques douanières pouvait être admise sans réserve pour la période qui a précédé la guerre; la stabilité de la monnaie et des prix permettait alors à la commission des valeurs en douane d’établir avec certitude des prix unitaires qui jétaient ensuite appliqués aux quantités de marchandises relevées par le service des douanes.
Au contraire, depuis 1914, l'incertitude des prix a provoqué des erreurs nombreuses, aggravées par la nouvelle méthode d’évaluation appliquée depuis 1920. En effet la spécialisation des marchandises est ‘nsuffisante et provoque des assimilations regrettables; les prix fixés par la commission sont le plus souvent trop élevés, quelquefois trop bas.
Pendant la guerre, Les évaluations d’importations pour le compte de l’Etat sont trop élevées (produits chimiques, produits alimentaires, armes et munitions et toutes espèces de marchandises), parce qu’on leur a appliqué les prix courants du commerce, alors que PEtat obtenait à l’étranger des conditions plus avantageuses.
Depuis 1920, les statistiques d’importations sont établies d’après la déclaration que souscrivent les importateurs pour l’application des droits de douane et de la taxe sur le chiffre d’affaires.
Les erreurs doivent donc être beaucoup plus faibles qu'auparavant. Mais il faut noter que les commerçants doivent, au sens de la Douane, déclarer la valeur des importations d’après les prix en vigueur sur le marché
français (1). Ainsi les valeurs relevées aux importations sont très supérieures aux dettes que nous contractions de ce chef envers l'étranger, puisqu'elles comprennent, à partir de 1920, outre le prix du transport et de l’assurance, dont nous tiendrons compte dans les éléments invisibles, le bénéfice des importateurs et l’accroissement de la valeur durant le trajet (accroissement très sensible du fait de la baisse simultanée des changes). Malheureusement, il est impossible de tenir un compte exact de ces erreurs, puisqu’une réévaluation des 1mportations et exportations pourrait seule permettre d’obtenir ce résultat; on peut noter, d’ailleurs,que c’est là le travail auquel ont dû se livrer bien afin d'éviter d’autres méprises, les collaborateurs de M. Mac Kenna dans l’évaluation de la balance des comptes de l’Allemagne. Pour corriger, dans la mesure du possible, les erreurs des statistiques, nous avons contrôlé les évaluations françaises par les évaluations étrangères correspondantes ; ie tab'eau suivant donne, année par année à partir de 1919, les résultats essentiels (en nmullions de francs).
1. Un procès est en cours en ce moment devant le Conseil d'Etat, cépendant que la Commission des valeurs en douane a demandé au gouvernement de présenter un projet de loi rendant légale cette base d'évaluation.
| | emnnenn| ee
Importations : À Chiffre français ...:(23.058| 8.80010.319 3.038) 3 407] 5.272 Chiffre anglais (ex-
poftations) ...... 11.000! 5,155) 7.338) 2 650] 2 950! 4.347
Exportations :
Chiffre français... .| 5.688| 2 216| 4.939! 3 179) 3 960! 6.154 Chiffre anglais (im-
portations)...... 5.650| 1.697] 4.093| 2.210] 2 950| 4 871
Importations :
Chiffre français: ...126.894) 9.21710.846) 3.499) 3,863| 9.049
n (exportations) .:.117.200) 7.594! 8.778) 3.136) 3,458! 4.232
Exportations : | Chiffre français ....| 2.245) 892| 2.256 2.192] 2 006! 2 490 Chiffre américain
(importations). ..| 2.295) 1.034] 2.045] 1.974] 1,859] 2.496
La transformation des livres sterling et dollars en francs a été faite respectivement par le Board of Trade et le Federal Reserve Bulletin, sauf pour l’année 1923, pour laquelle nous avons pris, d’après les moyennes mensuelles du change : À liv.st.= 75 fr. 60 : un dollar — 16 fr. 64. Les statistiques françaises sont extraites du Tableau gencral du commerce et de la navigation.
Il convient de majorer les chiffres des exportations dünnés par les statistiques angiaise de 15 p. 400 pour les années 1919 et 1920 (1), et ceux des statistiques américaines de 30 p. 100 pour 1914-1918 et de 15 p. 100 pour les années 1919 et 1920 (2), afin de tenir compte des frais de transport inclus dans les chiffres d’impor-
4. Ces pourcentages de 15 p. 100 et de 10 p. 100 sont encore supérieurs à ceux admis en Angleterre par le Board of Trade. V. Board of Trade Journal.
2, Ces pourceñtäges Sont süupérieurs à ceux qu’aÿaient admis les Aréricains.
tations donnés par les statistiques françaises. Même ainsi, on obtient encore les écarts suivants :
Pour 10.400 millions avec les statistiques anglaises. 1918-1914. 4.500 millions avec les statistiques américaines. Pour 1919... 3.130 millions avec les statistiques anglaises. 500 millions avec les statistiques américaines,
Pour 1920.... 2.240 millions avecles statistiques anglaises.
570 millions avec lesstatistiques américaines.
A partir de 1921, les écarts, quoique un peu élevés. sont redevenus normaux.
D'ailleurs la confrontation des statistiques belges et françaises montrent bien que des exportations étrangères, américaines ou anglaises, déclarées pour la Belgique, expédiées en réalité en France, n’ont pas diminué les chiffres des statistiques d’exportations américaines et anglaises vers la France (1).
(En millions de francs.)
1920 1922 1923 Statistiques françaises (importations venant de Belgique)...... 2.568 1.734 2.404 Statistiques belges (exportations VOTS IAA TANCE) EE TR NME EAPRRES 2.526 4.573 1.979
En outre, les statistiques belges prouvent, de même que les statistiques anglaises pour l'Angleterre, que la Belgique est souvent déclarée à tort pays d’exportation.
1. Les chiffres belges ont été relevés dans l’Economiste français, les chiffres français dans l’Annuaire statistique de la France.
(Ea millions de francs.)
1929 1922 1923 Statistiques françaises (exportations x N J vers la Belgique)..:........... 3.914 4.015 5.805 Statistiques belges (importations venant de France)............. 2.318 1.900 2.784
Comme il est vraisemblable que les importations en provenance d’autres pays ont dû être majorées dans des proportions égales, nous ne croyons pas être exagérément optimiste en tenant compte seulement, mais intégralement, des écarts constatés. Notre balance peut alors être présentée de la façon suivante (1) :
Années Importations Exportations Déficits Excédents 1914-18..... 73.037 25.953 47.284 ALORS 32.169 11.899 20.290 41920820 46.914 26.894 20.020 1924180 22.067 49772 2.295 4922580 ue 23.930 21.378 2.552 19235200 32.608 30.431 2.177 IP RE CARRE 40.132 41.454 1322
Malgré les modifications apportées aux statistiques officielles, le déficit de la balance du commerce reste immense depuis 1914.
Il est inutile d’insister sur le chiffre considérable des importations que la guerre a provoquées ; on peut remarquer toutefois que ces importations ont été favorisées par le maintien du franc tout auprès du pair dans les rapport internationaux, alors que le
1. D’après le Tableau general du commerce et de la navigation et suivant les corrections indiquées.
pouvoir d'achat de notre mônnäie avait beaucoup baissé en France. Aïnsi se maintenait un écart entre les prix en France et aux Etats-Unis où én Angleterre, écart favorable aux importatèurs et nuisible aux éxpottateurs. En 1919, les besoins nouveaux résultant de la paix en même temps que le maintien artificiel du franc ont provoqué le plus fort excédent d’importations qui ait jamais été constaté (20.290 millions de francs); aussi, dans le second semestre de l’année, alors que les crédits américains avaient cessé, le franc :a-t-il commencé à baisser. Le déficit reste presque aussi élevé en 1920 (20.020 millions), par suite des besoins de reconstruction des régions libérées et du renouveau de l’activité industrielle. Mais cette activité même entraine une augmentation des eé%portations, tahdis que la crise qui a marqué les derniers mois de 1920 restreint les importations ; le déficit commercial tombe ainsi à 2.295 millions en 1921, à 2.552 millions en 1922, pour s’abaisser à 2.177 millions en 1923 et se transformer en un excédent d’exportations de 1.300 millions en 14924. I] faut reconnaître d’ailleurs que cette évolution a été favorisée par le maintien presque constant, grâce à la baisse du change, du pouvoir d’achat intérieur de la monnaie française au-dessus de son pouvoir d'achat à l'extérieur (1).
Si les résultats obtenus donnent une figuré à peu
A. V. comparaison du pouvoir d'achat du franë à l’intérieur et à l’extérieur dans Federal Reserve Bulletin et dans l’Europe nouvelle, supplément sur la situation économidüe et RARE de la France (novembre 1924).
RU
près exacte de l’activité du commerce extérieur français, is ne correspondent pas de façon réelle aux dettes que nous contractons envers l'étranger du fait des échanges de marchandises. La confusion abusive du commerce entre la France et ses colonies avec le commerce extérieur modifie notre situation débitrice.
En effet, les colonies françaises, sauf l’Indo-Chine qui possède une monnaie spéciale, la piastre indochinoise, emploient le franc comme signé monétaire; aussi nos excédents d’exportations de marchandises vers les colonies ne nous apportent-ils aucune disponibilité de change; ils sont cependant portés au crédit de la balance des comptes par nos statistiques commerciales ; à l'inverse, lés excédents d’importations de marchandises venant des colonies ne nous rendetit nullement débiteurs de monnaies étrangères. Pour compenser cette erreur, il convient donc de rétablir au débit de notre balance les excédents d’exportations vers lés colonies et au crédit les excédents d’importations des colonies vers la métropole. Enfin, le commerce de nos colonies avec l'étranger doit s'ajouter dans notre balance aux chiffres du commerce extérieur de la métropole.
Or, de 1914, à 1918 le commerce de la France avec les colonies (Indo-Chine non comprise) accusé un excédent d’importations de 2.319 millions de francs (1) et en 1919 un excédent de 1.889 millions. Ces chiffres donnent une idée de l’aide que nous ont prêtée Les colonies
4. D’après l’Annuaire statistique de la France, les excédents ont été de 83 millions en 1914 (exportations), de 386 millions en 1915, 356 en 1916, 1.053 en 1917, 607 en 1918,
pendant la guerre, si l’on pense qu'avant 1914 un excédent d’exportations se manifestait en genéral dans nos relations avec les colonies. A partir de 1920, les échanges avec nos colonies ne sont pas loin de se com-
penser (1).
1920..... Excédent d’exportations, 500 millions de francs. 1921..... Excédent d’importations, 621 millions de francs. 1922..... Excédent d’exportations, 764 millions de francs. 1933..... Excédent d’exportations, 915 millions de francs, 1924..... Excédent d’exportations, 1021 millions de francs.
Le commerce de nos colonies avec l’étranger (2) présente un équilibre à peu près exact pour les années 1914 à 1918 et pour l’année 1919; depuis 1920, au contraire, il accuse un excédent d’exportations de 140 millions en 1920, 1.450 en 1921, 950 en 1922.
4. D’après le Tableau général du commerce et de la navigation et l’Annuaire statistique de la France.
2. Les statistiques coloniales sont moins exactes que les statistiques françalses; aussi avons-nous appliqué aux chiffres qu elles présentent .es corrections dues aux frais de transport et au bénéfice des importateurs d’aprèsles proportions obtenues en comparant les statistiques françaises et les statistiques coloniales, ainsi nous avons retranché, 30 p. 100 des importations en 1920 et 25 p. 100 en 1921, 1922 et 1923 et ajouté 15 p. 100 aux exportations en 1920, 42 p. 100 en 1921, 1922 et 1923. Ces corrections s’expliquent par l’impossibilité d’évaluer les gains des navires françois transportant les marchandises étrangères ou coloniales en provenance ou à destinetion des colonies et ont été appliquées aux statistiques suivantes de l’Annuarre statis tique :
Commerce extérieur des colonies françaises sauf l’Indo-Chine. 1920 1921 1922
Importations..." 3.004 2.189 2.084 Exportations........ se LS OEG 2.726 2.237
Mais il faut encore assimiler aux marchandises les métaux précieux qui font l’objet d'échanges internationaux et contribuent au règlement de la baiance des comptes. Il serait néanmoins inexact, à l’heure actuelle, de voir encore dans ces échanges le signe de l’équilibre ou du déficit de la balance; les statistiques établies depuis la guerre montrent, en effet, que l'importation de métaux précieux ne correspond point nécessairement à une balance des comptes équilibrée ou favorable, comme on le disait autrefois quand elle accusait de nouveaux placements à l'étranger; et l'exemple de la France le prouve très clairement.
La France, avant la guerre, importait chaque année plus de métaux précieux qu’elle n’en exportait et les besoins de la circulation absorbaient aisément cet excédent qui coïncidait avec une constante exportation de capitaux vers l’étranger. À partir de 1914,les mouvements de métaux précieux deviennent plus complexes; les entrées et les sorties constatées par la douane, peu importantes d’ailleurs,traduisent en général un excédent d’importations, tandis que les mouvements dirigés par le Gouvernement et effectués par la Banque de France présentent toujours un excédent d’exportations ; ces exportations d’or vers l’Amérique, puis vers l’Angleterre, à titre de vente, puis de gage, dépassent largement, de 1915 à 1918, les importations pour le compte de particuliers (par suite de la loi de défense d’exportation de l’or, à laquelle de très rares dérogations furent accordées). À partir de juin 1917, la diminution des encaisses respectives de la Banque de France et de la
Banque d'Angleterre incite les Gouvernements anglais et français à abandonner les envois d’or (1).
En 1919, la réalisation des crédits dont la France dispose aux Etats-Unis évite les sorties d’or, malgré le déficit commercial. En 1920 et 1921, il devient nécessaire d’expédier à l’étranger de fortes sommes d’or pour contribuer à couvrir nos achats; en effet, les crédits du Gouvernement américain sont épuisés et la vente des titres étrangers du portefeuille français a presque complètement cessé avec la chute du frane. En 1922 seulement, les importations d’or dépassent de nouveau les exportations, par suite de la politique de renforcement de l’encaisse que pratique la Banque de France.
En résumé, depuis 1914 jusqu’à fin 1923, le stock d’or de la Franee a été réduit de 1.891 millions ae franes
PRE u
Annéos Excédents gouvernement Années Excédents 1913..... + 544 1919..... + 139 | 1914...., + 276 1920... + 473 LH — 24 2,568 1921, 5 2 1916. ..:. + 128 RP — 48 a (Or Ey MANS + 145 450 LD TE — 18 1918... + 55 1924... in 13 1914-1918. +580 3.018
Excédent d’exportations : —; excédent d’importations : +.
Tableau établi d’après l'Annuaire statistique de la France.
4. V. pour la politique de l’or la thèse de M1!e Suzanne Gi, raud, La Banque de France pendant la guerre. Montpellier
Aïnsi avons-nous terminé l'examen de la balance du commerce; il nous reste maintenant à aborder l'étude des éléments invisibles.
On étudiera successivement chacun des différents chapitres, pour toute la période 1944 à 4923 : les mouvements de marchandises et de services comprendront les dépenses des touristes, les recettes de transports et d’assurances maritimes, de transit par voies ferrées, et les remises des ouvriers étrangers ; les mouvements de Gapitaux particulièrement importants pendant et depuis la guerre formeront la seconde partie des éléments invisibles et on y rattachera les paiements d'intérêt des créances et des dettes internationales.
B. — Echanges invisibles de marchandises et de services.
19 Les dépenses des touristes étrangers en France correspondent en effet à l'achat de marchandises diverses et à l’usage de services tels que transports, logement, spectacles … L'évaluation en est cifheile, à cause de leur diversité et de Pabsence de toute statistique les concernant.
De 1944 à 1919, l'industrie touristique est naturellement peu prospère en France; d’après une publication américaine (4), le nombre de touristes américains visitant l’Europe aurait été de 246.000 en 1913, 65.000 en 1915, 62.000 en 1916, 25.000 en 1917, 32.000 en 19H18 et 146.000 en 1919. La France a sans doute reçu près de la moitié de ces touristes, si l’on tient compte du
4. Smith Stargis and More, Advertising of foreign travel to the american public.
nombre assez important de familles américaines,anglaises ou autres qui sont venues visiter leurs parents aux armées. Aussi fixons-nous le chiffre minimum de 4 milliard pour ces cinq années, en admettant une proportion constante des dépenses des Américains, par rapport à l’ensemble des dépenses des étrangers (1).
En 1919, la reprise de l’industrie touristique est assez rapide; mais, en l’absence de toute statistique précise, nous serons obligé de nous en tenir au chiffre de 1913, soit 600 millions de francs, représentant les dépenses des touristes étrangers à cette date; en effet si le nombre des touristes paraît avoir été en 1919 d’environ les trois cinquièmes de celui de 1943, il est probable que la hausse des prix en France a largement compensé par une dépense individuelle plus élevée cette diminution des dépenses totales.
Mais ces gains relativement fatbles ont été accrus par les dépenses des armées étrangères en France. Le Gouvernement américain a publié (2) à cet égard le montant des sommes de monnaies étrangères qu'il avait dû acheter pour couvrir les dépenses de ses troupes en Europe, soit 1.018 millions de dollars de 1914 à 1918 et 626 millions en 1919. On peut admettre que la France a reçu pour sa part au moins 900 millions de dollars
4. En 1913, 600.000 touristes en France; 246.000 Américains en Europe; 600.000.000 de francs de recettes.
De1914 à 1918, 388.000 Américains en Europe, soit 1.000.000 de touristes en France et 1 milliard de recettes.
2. V. Review of Economic statistics, supplément de juin 1921, sous la rubrique : « U. S. Government purchases of currencies to cover expeditions in Europe. »
PEN RM A ES TRS RS QE Ale
de 1914 à 1918 et 500 millions en 1919 (1) soit respectivement 4.650 à 2.600 millions de francs.
Les dépenses du Gouvernement anglais ont sans doute été aussi élevées que les précédentes; si la facilité d’approvisionner les troupes à peu près exclusivement en Angleterre et de faire revenir en Angleterre pour des permissions fréquentes officiers et soldats anglais a dû exiger, toutes proportions gardées, des frais moins élevés, il ne faut pas oublier que les troupes anglaises, bien plus nombreuses, ont débarqué en France plus de deux ans avant les troupes américaines. Aussi, en Pabsence de chiffres exacts publiés par la Trésorerie anglaise, admettons-nous que ces dépenses se sont élevées à 4 milliards pour la période 1914-1918 et à 2.500 millions pour l’année 1919.
À partir de 1920, le tourisme étranger se développe rapidement en France; le souvenir des champs de bataille incite beaucoup d’anciens combattants ou leurs familles à venir faire un séjour en France; mais c’est surtout le charme traditionnel de notre pays, charme rendu plus accessible aux masses par la baisse du franc, qui a attiré chez nous, en très grand nombre, les étrangers de toutes nationalités. On a souvent exagéré l’importance du tourisme; n’a-t-on pas été jusqu’à en estimer les recettes à 7 et même 8 milliards de francs (2), mais souvent aussi On en a trop négligé l'intérêt.
4. Le gouvernement français fait prévoir dans l’{nventaire la publication des dépenses effectuées pendant la guerre par le gouvernement français pour le compte du gouvernement anglais
‘2 V. Bourdon, Revue politique et parlementaire.
Mevanial À
Actuellement, d’après les appréciations des personnes les plus qualifiées, ces recettes varient entre 3 (1) et 6 milliards (2).
Les diffioultés d’une évaluation plus précise résultent à la fois de l’objet même de cette étude et de l’absence de toute statistique. La création d’un Office central du tourisme, qui a pour mission de donner une direction d'ensemble aux diverses industries intéressées (hôtellerie, transports, spectacles et divertissements, industries de luxe), n’a pas encore donné les résultats qu’on est en droit d’en attendre. L'Office national, malgré les efforts fournis depuis sa création, n’a encore qu’incomplètement réussi à prévoir avec quelque précision le sens des courants touristiques, à concentrer et à développer ses organismes de publicité, non plus qu’à rechercher les lacunes qu’il importe de combler et les progrès à réaliser.
Aussi les chiffres sur lesquels nous fondons notre évaluation sont-ils incomplets, et les résultats en resteront-ils diseutables; toutefois le contrôle d’une méthode par une autre réduit, dans la mesure du possible, les risques d'erreur trop grossière : un premier procédé consiste à évaluer en francs les dépenses des touristes et il faudra donc étudier séparément chaque catégorie de dépenses; un autre a pour but de saisir la quantité de monnaie étrangère que les touristes transforment pour leurs besoins en monnaie française, et les banques
1. Builetin quotidien d’études et d'informations économiques. 2. Article de M. Barrier, président de la «Chambre nationale de l’hôtellerie française » dans Le Matin.
ÉRES MORT EMEA En
ou organismes publics étrangers seront seuls à même de fournir ces renseignements.
D’après les données recueillies (V. en note l’énumération de ces données qu’il serait fastidieux de développer ici) (1), le nombre des étrangers qui ont séjourné en France a atteint les chiffres suivants :
1920 : 250.000 Anglais 70.000 Américains, 40.000 Espagnols. Total : 360.000.