‹ La Balance des Comptes de Quelques Grands Pays IndustrielsChapitre 80 sur 91 · CARACTÈRES COMMUNS DES CINQ PAYS ÉTUDIÉS :? LE MARCHÉ FINANCIER · texte numérisé non relu

CARACTÈRES COMMUNS DES CINQ PAYS ÉTUDIÉS :? LE MARCHÉ FINANCIER

La prospérité d’un marché financier dépend à la fois de l’importance des offres et des demandes de capitaux qu’il réunit, comme des avantages que procure l’organisation même du marché. Il est évident que l’abondance des capitaux qui sont l’objet même des opérations, est la condition première de toute activité : cette abondance dépend de l’épargne. Aussi les marchés financiers sont-ils en général l’apanage de pays de civilisation ancienne, dans lesquels la possibilité matérielle d'économie est plus grande et l’esprit d'épargne plus développé. La diversité des désirs et des besoins des épargnants favorisera la variété des capitaux offerts, capitaux à court terme et capitaux à long terme, capitaux dont on exige un revenu fixe et capitaux qui participeront moyennant une rémunération plus élevée aux chances de gain et aux risques de perte. Aïnsi sera réalisée une adaptation plus exacte aux besoins de l’industrie et du commerce.

C’est qu’en effet des placements variés et avantageux permettent seuls la formation de capitaux abondants. L'industrie et le commerce seront donc le soutien de tout marché financier, et les demandes de capitaux effectuées par l’Etat seront elles-mêmes très utiles, à condition qu’elles ne nuisent point aux entreprises privées et servent au perfectionnement de l'outillage national.

Mais de plus en plus les marchés financiers tendent

à déborder le cadre national trop étroit et à devenir des places internationales où les capitaux de tous pays viennent chercher les placements qui leur sont offerts par les emprunteurs de toutes nations. Les capitaux à court terme prennent alors une importance nouvelle, parce qu’ils facilitent les règlements internationaux dont les places financières sont les agents. Dans ce rôle d’intermédiaire, il faut surtout que les marchés financiers soient constitués par des organismes perfectionnés et qu’ils puissent assurer à leurs clients une parfaite sécurité.

La spécialisation des banques permet par l’usage de procédés teghniques plus perfectionnés de traiter les affaires d’une manière plus rapide et mieux adaptée à la nature de chacune d’entre elles, tandis que la concentration des établissements de crédit, en les mettant mieux à même de résister à des difficultés partielles ou passagères, augmente la sécurité des opérations; la puissance d’une banque privée d'émission, dirigée avec prudence, permet de donner plus d’unité et de suite à la politique financière en même temps qu’elle place la monnaie à l’abri des entreprises de l'Etat. Mais la stabilité de la monnaie ne peut être assurée par la banque d'émission si le budget de l'Etat n’est pas établi avec sévérité et exécuté avec exactitude,si des craintes fiscales entraînent à l’étranger les capitaux dont le marché aurait pu disposer, ou si des bouleversements sociaux font redouter aux capitalistes la mainmise de l’Etat sur leurs richesses.

Ainsi la confiance dans la stabilité de la monnaie, dans

En.

la sécurité des opérations, ne dépend pas seulement des conditions réelles du marché à un moment donné, mais aussi de l’opinion que s’en font prêteurs et emprunteurs : il faut donc que le passé puisse être une garantie de l’avenir, que les qualités du marché aient pu, depuis longtemps, être appréciées par tous ceux qui y sont intéressés.

De toutes ces qualités qui font la valeur d’un marché financier, les places financières possèdent en général quelques-unes à un degré particulier, mais une seule place les réunit toutes au même degré, c’est la place de Londres. Londres est en effet une place dont Le crédit est ancien, favorisée à la fois par la puissance de l’industrie et du commerce britannique et par les capitaux que vient offrir chaque année une abondante épargne. L'organisation des banques et de la bourse ysemble plus parfaite qu’en aucun autre pays du monde, grâce à une spécialisation très poussée et à une forte concentration. Enfin le commerce maritime très actif et la possession d’un empire colonial riche et étendu ont facilité à l'Angleterre la transformation du marché de Londres en une place internationale,

C’est aussi ce caractère international qui a donné à New-York et à Amsterdam leur prééminence sur les autres marchés financiers. New-York, place récente, doit son activité à la situation privilégiée que les Etats- Unis ont conquise dansle monde. Le territoire américain est sans doute le plus riche en matières premières de

tousles pays civilisés et domine ainsi les marchés commerciaux de produits essentiels; l’industrie américaine est devenue également une des plus puissantes du monde. Surtout la guerre a permis aux Etats-Unis de constituer une épargne qui lui faisait défaut et de placer ainsi à l’étranger en peu d'années des capitaux considérables, tandis que la stabilité ae la monnaïe détournait des marchés européens leurs clients habituels, au profit de New-York. Mais siles maisons de banque américaines sont puissantes, leur spécialisation est encore insuffisante et l'institution du système fédéral de réserve est trop récente pour qu’on puisse apprécier déjà avec certitude ses qualités et ses défauts. Enfin, malgré des avantages immenses, New-York n’a pu se faire en quelques années une clientèle semblable à celle que tout un passé d'efforts continus à attirée à Londres. Amsterdam doit sa situation internationale à l’ancienneté de ses rapports avec l’étranger et à la situation géographique particulièrement heureuse du territoire hollandais, au milieu des trois pays les plus industriels d° l'Europe : l'Angleterre, la France, l'Allemagne. Malgré le développement beaucoup plus rapide de l’industrie en Belgique, Bruxelles ne jouit pas d’une pareille supériorité; c’est une place récente à l'indépendance de laquelle nuisent sans doute les liens trop étroits qui unissent le cours de sa monnaie à celui de la monnaie française. Beaucoup plus que tous ceux qui précédent, les marchés français, allemand et autrichien ont souffert de l'instabilité de leur monnaie qui a diminué leur indépendance en fournissant aux spéculateurs étrangers

des moyens d’action plus efficaces sur les cours de leurs devises. Paris conserve néanmoins une assez grande prospérité, grâce à l'abondance de l’épargne française et à la variété des titres qui composent le portefeuille national de valeurs mobilières, grâce aussi au renouveau industriel dont le pays bénéficie actuellement. On peut espérer que la stabilité de la monnaie permettra à Paris de reprendre une position financière plus solide et que le développement récent de quelques grandes banques d’affaires et la création d’une banque du commerce extérieur soutiendront cette tendance.

Quant à Berlin, c'était, avant la guerre, une place très récente sur laquelle les demandes de capitaux provoqués par les progrès de l’industrie et du commerce nationaux dépassaient de beaucouples offres de l’épargne allemande; la baisse du mark lui a enlevé toute indépendance, maïs il est possible que la reprise d’une plus grande liberté politique et économique favorise des progrès que semble présager le développement nouveau et rapide de l’industrie et du commerce allemands après la guerre.

Enfin la situation de Vienne est très particulière Avant la guerre, Vienne, capitale de l'Empire Austro- Hongrois, avait une position financière beaucoup plus solide et plus ancienne que celle de Berlin et entretenait des rapports beaucoup plus étroits avec les grandes places internationales, Londres, Amsterdam et New-York. La baisse de la couronne a limité l’indépendance de Vienne, mais l'isolement de l’Autriche a fait apparaître plus nettement le rôle d’intermédiaire commercial et finan-

cier que Vienne joue à l’égard des pays de l’ancienne monarchie et des pays du Danube, ainsi que l'importance des capitaux autrichiens investis en Pologne, en Tchéco- Slovaquie, en Hongrie et en Yougo-Slavie.

Mais, quelle que soit l’importance relative des marchés financiers de ces sept pays, on peut admettre qu’ils forment à eux seuls l’armature financière du monde entier. À peu près seuls ils possédaient avant la guerre une monnaie parfaitement stable. Seuls aussi ces pays détenaient avant la guerre un portefeuille important de valeurs étrangères et leurs capitaux avaient servi à la mise en valeur de pays neufs et de nombreuses colonies.

Cette similitude apparaît aussi dans la forme de leur balance internationale des comptes. Si nous avons noté quelques différences entre Les diverses manières dont l’équilibre de la balance est réalisé dans les grands pays industriels, nous avons pu constater qu’en dehcrs de situations passagères, dues aux conséquences de la guerre, la balance des paiements laissait chaque année un excédent créditeur assezimportant pour permettre le placement de nouveaux capitaux à l’étranger. Il est donc intéressant d'examiner la balance des comptes d’autre pays étrangers et de montrer comment le mode de réalisation de l’équilibre de la balance correspond en général au caractère plus ou moins industriel de chaque pays.

Page 1