L'AUTRICHE EST-ELLE VIABLE
Comme le système monétaire autrichien paraît aujourd’hui rétabli sur des bases stables, le problème de la vie de l’Autriche* n’est pas un problème aigu, dont la solution doive être immédiatement trouvée. Certains économistes autrichiens se demandent seulement si l'Autriche économiquement peut vivre, si l’Autriche est « Lebensfähig » ou si au contraire elle ne dévorera pas constamment sa substance, jusqu’au moment où le pays ‘sera accablé sous le poids de ses dettes, où sa population aura en majeure partie émigré vers des régions plus favorisées. Dans une telle alternative, il paraît bien délicat de prendre parti.
Ainsi que nous l’avons vu, il semble que le déficit commercial en 1923 et en 1924 est un peu anormal et que, déjà en1925,la balance commerciale ne présente pas un excédent d’importations supérieur à quelque 900 millions de couronnes-or. Il est d'autant plus vraisemblable que dans les années postérieures le déficit ne dépassera
pas ce chiffre, que l'Autriche commence à bénéficier de la stabilité de sa monnaie,tandis qu’en 1923 et en 1924,elle a souffert de la période de stabilisation, surtout en face de voisins à monnaie instable. Dans ces conditions, les chapitres invisibles paraissent devoir suffire à combler le déficit commercial et la balance des comptes pourrait se maintenir dans un équilibre normal. C’est l’opinion des experts de la Société des Nations, opinion que le retour de la production à un niveau voisin de celui d’avant-guerre paraît confirmer (1).
L'avis du Dr Stolper est tout à fait opposé à celui des Experts de la Société des Nations. Le Dr Stolper, après avoir sévèrement discutè les chiffres des Experts, décare que des chiffres aussi incertains ne peuvent convaincre personne et que la crise autrichienne est bien plus grave qu’on ne l’a présentée. D’après lui, c’est la structure intime du pays qui est bouleversée, et dans les conditions actuelles de {a vie de l’Autriche,rien ne pourra rétablir un équilibre normal entre la production et la consommation.
Il nous semble qu’il y a une très juste remarque dans l'étude du Dr Stolper, mais que l’économiste autrichien n’a point tiré la conclusion normale et dernière de son raisonnement. Il est possible en effet que la structure intime de Autriche ne lui permette pas de vivre comme elle vit actuellement; mais cela implique seulement que PAutriche, pays riche et prospère grâce au soutien de toutes les provinces qui formaient l’empire austro-hon-
4. On peut admettre que la production atteint en Autriche environ 75 % du niveau d’avant-guerre.
grois, grâce à son rôle d’intermédiaire commercial et financier, deviendra peut-être, par le fait de son isolement nouveau, un pays pauvre et stérile, Il est possible en effet, que Vienne perde peu à peu sa situation, unique au milieu des pays du Danube, au profit des capitales de la Tchéco-Slovaquie, de la Pologne, de la Hongrie, de la Yougo-Slavie, ou même au profit des places financières et commerciales de l'Allemagne. Mais cette évolution dépendra avant tout de l’activité des Autrichiens et des Viennois eux-mêmes, puisqu'ils bénéficient aujourd’hui encore d’une situation ancienne, et que la position géographique de l’Autriche, au milieu des pays danubiens, restera toujours une supériorité induscutable sur tous les pays successeurs. Aussr nous semble-t-il que la restriction de la consommation que l’Autriche doit normalement s'imposer pour s’adapter à sa nouvelle situation n’est point de nature à provoquer ni une nombreuse émigration ni une diminution grave des richesses du pays.
Nous avons étudié avec quelque soin la balance internationale des paiements de cinq grands pays industriels, l’Angleterre, les Etats-Unis, la France, l’Allemagne, et l’Autriche et nous avons surtout cherché à montrer quelle influence la dernière guerre avait eue sur leur situation financière internationale, quels troubles l’instabilité monétaire avait provoqués dans leurs relations extérieures. Différents par l’étendue de leurs territoires et l’importance de leurs populations, par leur degré de puissance industrielle et commerciale, ces cinq pays ont néanmoins dans le monde une situation privilégiée dont la supériorité de leur marché financier est le meilleur signe. Ce sont d’ailleurs des causes diverses qui ont permis à leurs établissements de crédit et à leurs bourses de prendre ainsi la direction financière des principales affaires du monde entier. Par l’étude préalable des conditions de prospérité d’un marché financier, nous distinguerons plus aisément les causes qui ont donné à Londres, et à New-York, à Paris et à Vienne, à Berlin et aussi comme nous le verrons,
à Amsterdam et à Bruxelles, leur prépondérance financière,